Bouillaud’s Weblog – bloc-notes d’un politiste

Entrée de janvier 2008

Et même Olivier Besancenot tomba dans le piège…

22 janvier 2008 · 2 commentaires

Lors de sa conférence de début d’année, notre hyperprésident a proposé à la surprise générale la suppression de la publicité commerciale sur les chaines de télévision publiques. Malheureusement, les leaders de la gauche se sont empressés de dénoncer la décision comme hâtive et non financée, et de faire comme s’il s’agissait d’un complot pour couler et privatiser France-Télévisions au profit des “puissances d’argent”. Et tout ce beau monde de citer la hausse des actions TF1 en bourse au lendemain de l’annonce… preuve de l’objectif présidentiel : avantager les patrons de la télévision commerciale, ses amis en fait.

Ce matin sur France-Inter, O. Besancenot, vitrine de la Ligue communiste révolutionnaire, tombe lui aussi dans le panneau à la fin d’une interview. Une mesure de N. Sarkozy ne peut être bonne, elle n’est qu’à l’avantage de TF1, et surtout “il pense aux salariés”…. Je suppose aux salariés de l’audiovisuel public menacés par une perte de ressources publicitaires estimées autour de 800 millions d’euros par an.

Le malheur, c’est que cette défense du droit des chaines publiques de faire de la publicité commerciale vient contredire par ailleurs un autre combat, celui pour une télévision différente qui ne soit pas soumise aux impératifs de l’audience, celui contre la publicité qui envahit l’espace public (médiatique ou réel) avec ses anti-valeurs de consommation effrénée, de mépris, de sexisme, etc..

Ici le leader d’un parti soit-disant révolutionnaire se montre incapable de comprendre que la démarchandisation d’au moins quelques chaines de télévision représente – même avec des faibles ressources qui peuvent en résulter – une avancée vers une culture (potentiellement) libérée des impératifs de la séduction tant dénoncé en son temps par l’Ecole de Francfort et repris aujourd’hui par les divers mouvements “anti-pub”. Je dois dire que N. Sarkozy expliquant qu’il ne voit pas pourquoi les chaines devraient être publiques si elles font la même chose que les chaines privées est un argument imparable de ce point de vue. En Allemagne, par exemple, la différence chaines publiques/chaines privées se voit très bien. Pour parler plus en économiste, N. Sarkozy reconnait de fait une “market failure”, un échec du marché, qui justifie qu’on subventionne la culture, l’innovation, l’éducation, que ne peut fournir la télévision commerciale. Il n’est pas dit non plus que les chaines privées ne pâtissent pas à terme de la manne qu’on semble leur offrir : en effet, le téléspectateur peut se lasser de la publicité, et finalement préférer un programme moins séduisant a priori mais sans publicité. Cet équilibre existe d’ailleurs déjà dans l’univers de la radio. (L’annonce de N. Sarkozy concerne aussi d’ailleurs les radios publiques, qui étaient menacées d’envahissement juste avant…)

Plus généralement, que N. Sarkozy donne raison à l’argumentaire antipublicitaire en n’y voyant pas l’alpha et l’oméga de la culture et du service public devrait réjouir toute personne censément de gauche (si ce terme possède quelque lien avec l’idée d’éducation populaire, d’élever la population à des plaisirs élevés comme dirait John Stuart Mill). Bref, notre cher “petit facteur” a démontré son incapacité à penser plus loin que le plaisir de dénoncer une mesure de Sarkozy.

En fait, il n’est pas impossible que N. Sarkozy ait annoncé une telle mesure justement pour démontrer la bêtise de ses adversaires, alors même qu’il est fort découvert sur le “front culturel” en raison de l’austérité budgétaire qu’il impose au monde du “spectacle vivant” et à l’opposition qu’il voit poindre dans ce milieu des “cultureux” à sa politique d’expulsions.

Bravo l’artiste, aurait-on envie de dire!

Catégories : Philosophie politique/Théorie politique
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