Bouillaud’s Weblog – bloc-notes d’un politiste

Entrée de mars 2008

RFSP cuvée 2007, morne plaine…

31 mars 2008 · 5 commentaires

La Revue française de science politique reste la revue principale sur le plan académique de la science politique française. Y publier est presque indispensable pour devenir enseignant-chercheur ou chercheur. Je l’ai fait moi-même une seule fois en 1998. En rangeant chez moi, vendredi dernier, j’ai reparcouru l’ensemble de la livraison de 2007.
Malheureusement ce rapide parcours fut largement désespérant. Aucun article ne démérite à première vue des critères de qualité en vigueur dans la discipline, tout cela est du plus grand sérieux, mais je serais bien en peine de citer un article qui a fait avancer d’un iota la science politique en général. C’est plutôt le registre du “deux pas en avant, un pas en arrière, et un pas de côté”, qui est mobilisé. Rendons tout plus complexe semble être le motif, et ne soyons d’accord sur presque rien d’essentiel. Montrons que nous maitrisons bien nos gammes. C’est sans doute logique en terme de publication scientifique, mais que c’est morne et sans saveur, que sais-je de plus qui soit important à savoir à travers ces numéros – à part qu’un tel ou un tel “a publié dans la RFSP”? Que sa carrière va donc avancer ou se poursuivre? Qu’il a bien occupé l’espace qui lui était alloué en démontrant à tous sa virtuosité? Qu’il reste un “cador” ou qu’il est une “étoile montante”?
Tout est sérieux, je le répète pour bien me faire comprendre, et je serais bien en peine d’atteindre le niveau scientifique de bien des articles, mais quel sentiment d’absurde vous envahit à la lecture de certains. Le comble fut atteint pour moi avec l’article de Pierre François, “Le marché et le politique. Le rôle de l’action publique dans le développement du monde de la musique ancienne”, RFSP, vol. 57, n. 5, octobre 2007. C’est fort bien fait, mais ce genre d’article me parait presque risible en regard de la compréhension du monde contemporain. Cela existe certes (comme les associations de philatélistes et bien d’autres choses sans grand impact sur le vaste monde), mais cela représente combien du budget de l’Etat? Cela change quoi face aux grandes mutations du monde, de la démocratie, de la géopolitique, de la puissance? Et, à propos, il se passe quoi en Chine, en banlieue, dans la haute finance, à Vaduz, à Pristina? Et, puis, en France, combien y a-t-il eu d’accidents cardio-vasculaires la semaine dernière? les gens sont-ils heureux dans la cinquième puissance économique du monde?
Il est certain que la multiplication de bonnes revues thématiques ou “de tendance” en science politique tend à vider la revue centrale de son contenu sur les divers problèmes du monde ou sur les diverses aires de la politique, mais cela n’excuse pas l’ennui que ressent le lecteur. J’avais d’ailleurs constaté que les étudiants réagissaient le plus souvent mal à la proposition de lire un article de la RFSP. Pour eux, ces articles sont marqués par le jargon, le verbiage compliqué pour dire des choses simples en fait et banales au demeurant. Je ne partage pas complètement cette condamnation, mais je vois bien que le lien avec l’analyse d’Howard Becker sur l’écriture en sociologie : plus on est incertain de son fait, plus on se protège par des signes de scientificité. Cela doit être d’autant plus le cas que la revue, rappelons-le, sert souvent à valider la qualité d’un candidat à un des (très) rares postes disponibles.
En écrivant ces lignes, je me dis en même temps que c’est mon horizon d’attente qui pose problème : je voudrais lire quelque chose de “vraiment intéressant”… n’est-ce pas ne rien comprendre à la vraie règle du jeu de notre discipline. Je confonds sans doute “littérature” et “littérature”.

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Un ennui total…

30 mars 2008 · Laisser un commentaire

Les 13-14 avril ont lieu les élections générales italiennes anticipées pour cause de dissolution prématurée de la coalition de centre-gauche qui avait gagné d’un cheveu en 2006. Je devrais me passionner pour ce nouveau développement, mais je me sens gagné par un ennui sans nom. Ce qui est étrange, c’est que beaucoup de commentateurs italiens expriment le même sentiment. Ilvo Diamanti, un grand nom de la science politique italienne, semble peiner à écrire ses commentaires pour la Repubblica, les “Mappe”. Il s’ennuie lui aussi, et surtout il semble douter de la pertinence de la science politique ordinaire pour expliquer ce qui se passe. La campagne actuelle n’est en effet pas le mieux en ce qui concerne l’affirmation de la rationalité politique : les deux camps ont explosé en plusieurs factions, ce qui contredit toutes les règles précédemment établies qui avaient si bien été confirmées en 2006 (après 1994, 1996, et 2001). Pour gagner, il faut réunir l’alliance la plus large possible. Cette fois-ci, les deux camps se sont réduits à leur partenaire principal et à de petits alliés, ce qui logiquement promet une défaite au camp le plus divisé, à savoir celui de l’ancien centre-gauche (Olivier). Pourtant, il fait semblant de pouvoir gagner sur la simple vertu de son leader “nouveau”, Walter Veltroni, et en dépit du fait qu’il est le sortant au moment où les Italiens sont d’un pessimisme noir foncé sur leur avenir collectif.
I. Diamanti soupçonne qu’à droite au moins les considérations personnelles ont joué un rôle immense, ce qui est confirmé par le leader de l’UDC (catholiques du centre-droit), Casini, dans l’Espresso. La rupture selon lui serait due simplement à l’incompatibilité d’humeur entre lui-même et Silvio Berlusconi. Ce n’est plus de la politique, c’est une scène de ménage; et la situation n’est guère meilleure avec Gianfranco Fini, le leader d’AN, rallié à Berlusconi aprés avoir été fort désagréable avec lui cet automne.
La situation est donc la suivante : ce qui est l’ancien centre-gauche est sûr ou presque de perdre, et l’ancien centre-droit de gagner tout en étant parcouru de rancoeurs diverses et en étant affligé d’un leadership qui ne peut plus durer bien longtemps.
La situation est d’autant plus bloquée que d’aprés les sondages publiées, l’attrait du candidat de centre-gauche tend à baisser, encore plus vite que celui du candidat de centre-droit. En fait, tous les candidats voient leur attrait baisser auprés des électeurs. Ce n’est pas seulement un effet de la campagne qui radicalise les jugements, mais aussi de l’ennui de cette situation. Tous sont des animaux politiques à la longue carrière et tous prétendent incarner le renouveau. On est revenu à la situation d’avant 1992, les cheveux sont gris, les personnages sont des clowns tristes d’une vieille fête qui ne mène à rien, et trop les revoir dans les émissions politiques n’arrange rien.
Ceci étant, les camps en présence sont :
- “le Peuple de la Liberté”, le PDL le parti-cartel qui rassemble FI, AN et quelques petits partis divers de centre-droit et d’extrême-droite (sic), allié à la Ligue du Nord au nord du pays et au “Mouvement pour les autonomies” en Sicile;
- le “Parti démocratique”, qui fusionne les “Démocrates de gauche” et la “Margherite”, allié seulement au parti-personnel “Italie des valeurs”, d’Antonio Di Pietro, et ayant absorbé sur ses propres listes, le courant principal des Radicaux (M. Panella et E. Bonnino).
A gauche :
- le cartel “Arc-en-Ciel”, qui regroupe les deux partis se revendiquant communistes (RC et PCDI), les Verts (de gauche), et un groupe de scissionnistes des DS ayant refusé le “Parti démocrate”; les plus radicaux de RC présentent en dehors de ce cartel des listes “communistes” maintenues et rénovées.
Au centre :
- le Parti socialiste, qui a refusé de se noyer dans le “Parti démocrate”, et qui a un vieux contentieux avec A. Di Pietro et l’ex-majorité du PCI devenue le groupe dirigeant du “Parti démocrate” ;
- l’UDC, un allié historique de S. Berlusconi, ayant fini par rompre avec le dit leader, mais ayant réabsorbé une propre scission qui critiquait le fait de ne pas rompre (“la Rose blanche”, sic) et ayant accueilli quelques anciens “populaires” (DC de gauche) insatisfaits du “Parti démocrate”.
A l’extrême-droite :
- un groupe de scissionistes d’Alliance nationale qui reprochent à G. Fini d’avoir renié le fascisme et ses valeurs éternelles (sic); ce groupe dit “la Destra” a été soutenu au départ par S. Berlusconi pour diviser AN et affaiblir G. Fini; aujourd’hui, ce groupe est en opposition frontale au PDL, et joue sa survie; il est à noter qu’ il est constitué de leaders ayant eu une expérience de pouvoir local; une partie de l’extrême-droite (petit-fille du Duce) est elle dans le PDL; les plus radicaux présentent encore d’autres listes séparées.
En fait, tout pourrait s’analyser comme une bataille entre deux systèmes politiques : un système à l’américaine avec deux partis attrape-tout aux programmes presque identiques, et auxquels personne ne peut rationellement ajouter foi, fortement liés à la personnalité “charismatique” de leur leader; un système à l’italienne où les vieilles identités politiques qui ont structuré le jeu depuis les années 1920 ne veulent pas mourir : communistes, fascistes, socialistes, démocrates-chrétiens sont toujours là sous leurs couleurs (parfois sans leur symbole historique : plus de “marteau et faucille” pour la coalition “Arc-en-ciel”), tout en n’ayant eux aussi pas grand chose à proposer de bien crédible au pays.
L’enjeu est donc de savoir si ces vieux partis sauveront encore une fois la mise au point d’empêcher l’américanisation du système politique.
C’est effectivement d’une importance historique en un sens, mais cela m’ennuie quand même. C’est peut-être qu’une telle évolution est promise au pays depuis le début des années 1990. En fait, dans les deux cas, le résultat sera piteux : si les deux grands PDL et PD s’affirment et deviennent à eux deux hégémoniques dans l’électorat, cela sera le triomphe de la politique-spectacle sans contenu et revenant à neutraliser l’arène électorale pour faire les grands choix en terme de politques publiques; si les petits survivent, le blocage qui peut en résulter ne sera guère propice aux avancées vers une Italie mieux gouvernée.
Suite au prochain numéro.

Catégories : Italie
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De la naïveté des économistes critiques…

28 mars 2008 · Laisser un commentaire

Je viens de voir que des économistes critiques, profitant de l’émoi créé par la crise financière actuelle, demandent l’abolition d’articles du Traité de Lisbonne,

cf. http://www.stop-finance.org/Speculation-et-crises-ca-suffit

En fait, il s’agit d’abolir des articles du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE), futur ex-TCE. Je ne suis pas sûr que la pétition ne se trompe pas sur la numérotation exacte des articles. Mais peu importe.

Une pétition pour demander la lune, est-ce bien raisonnable? Est-ce bien raisonnable de faire croire aux signataires qu’on pourrait changer de telles dispositions essentielles à l’idée même de grand marché du capital ouvert sur le monde qui est inclue dans la construction européenne depuis au moins l’Acte Unique des années 1980? Certes, ce que l’homme a fait, il peut le défaire. Mais ici, tout est parti pour que le Traité de Lisbonne soit ratifié tel quel, vu les difficultés qu’il y a eu à le négocier, vu le mal que les gouvernants de tous les pays se sont donnés pour éviter tout référendum populaire (y compris en Grande-Bretagne) et surtout vu que ces dispositions font partie de ce qu’EST l’Union européenne. En fait, il serait plus simple, et à tout prendre moins naïf, de proposer directement (ce qui sera prévu dans le nouveau texte) de sortir de cette dernière. En cas de sortie d’un pays de l’UE, tout est renégociable (si effectivement le droit de sortie est national et non pas réduit à une fiction par un droit de veto du Parlement européen sur toute sortie selon ce que prétendent des juristes eurosceptiques).

Bref, nos économistes font semblant de croire que l’on pourrait changer quelque chose à la liberté de circulation des capitaux ou à la liberté d’établissement. J’espère qu’ils ne sont pas assez naïfs pour croire une chose pareille.

Pour ma part, je pense que seul un désastre majeur (attaque terroriste nucléaire, chimique ou bactériologique, écroulement de l’économie d’un grand pays, émeutes de la faim, défaite militaire par exemple) pourrait modifier ces règles fondatrices de l’Union européenne. L’écroulement du système financier parait lui bien peu probable, justement parce que les autorités économiques savent qu’il faut l’éviter à tout prix. Le contribuable paiera comme pour le Crédit Lyonnais il y a quelques années, on nationalisera si nécessaire (cf. le cas de la Northern Rock), et alors?

Au pire, si le système financier devenait vraiment fou, on trouvera toujours une exception dans le droit européen pour préserver l’essentiel sans modifier les règles de la libre circulation des capitaux. En somme, il sera plus facile de faire ce que demandent les économistes que de changer les textes fondateurs de l’Union.

Catégories : Europe
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“Traité simplifié” – ou exactement l’inverse.

28 mars 2008 · Laisser un commentaire

Grâce à la célérité de l’excellent éditeur universitaire belge (Editions de l’Université de Bruxelles), le lecteur francophone dispose d’une version maniable des Traités européens, tels qu’ils résultent du Traité de Lisbonne : Marianne Dony, Après la réforme de Lisbonne. Les nouveaux traités européens, Bruxelles, Editions de l’Université de Bruxelles, 2008.

De cette présentation pédagogique, il ressort que :

a) Toute idée de simplification a disparu, c’était pourtant prévu dans la Déclaration de Laeken qui avait lancé le processus constitutionnel, et c’était implicitement indiqué dans la promesse du candidat Sarkozy d’un “traité simplifié”. J’avais lu en son temps la Constitution dans ses deux versions (celle proposée par la Convention Giscard, celle issue de la CIG 2004), c’était un pensum indigeste, mais tout de même cohérent par bien des aspects. Le nouveau texte est par moments absolument illisible, ou plus exactement, il suppose un solide sens juridique pour pouvoir être compris (sans compter les différences d’interprétations de certaines dispositions que seuls la pratique ou un arrêt de la CJCE pourront trancher ).

En tant qu’enseignant, je me demande comment faire lire un texte pareil aux étudiants. Bien sûr il faut qu’ils ne le lisent pas (sic) et qu’ils lisent (ou écoutent en cours) des commentaires autorisés. En même temps, tout commentaire simplifie une réalité, où décidément “le diable est dans les détails”. En effet, si l’on lit en détail le texte, tout parait truffé d’exceptions, et d’exceptions aux exceptions, et surtout les protocoles et déclarations prolifèrent, et bien fol serait celui qui lirait le texte sans vérifier si il n’y a pas un texte qui peut en cacher un autre. La renumérotation générale promet aussi bien du plaisir aux commentateurs (enfin cela fait travailler la mémoire…). Le système de vote à la majorité qualifié devient comique en un sens à enseigner : on reste en fait dans le système de Nice jusqu’au 1er novembre 2014 (à quelques détails prés…), et on bascule ensuite dans le nouveau système jusqu’en 2017…. En même temps, il est certain qu’une ou plusieurs nouvelles adhésions (Croatie par ex.) auront lieu d’ici là et qu’un traité d’adhésion (ou plusieurs) ratifié (s) par tout le monde devra changer tout cela de nouveau.

Quant on “s’amuse” à lire le texte comme un roman, on remarque de plus une particularité stylistique : plus le texte est ancien, plus il parait clair (et je ne crois pas que cela soit seulement un effet de familiarité de ma part face aux parties anciennes). Du coup, les dispositions issues du Traité de Rome paraissent gravé dans un meilleur marbre. Surtout je ressens dans ce nouveau traité le changement d’époque : le Traité de Rome traduit en mots la rigueur des juristes ordo-libéraux qui l’ont écrit, de vrais règles générales, des “lois” au sens ancien sont posées, qui définissent bien les modifications de la réalité sociale qu’ils entendaient obtenir ; à l’inverse, les ajouts du Traité de Lisbonne mélangent des affirmations qui ne mangent pas de pain sur la “bonté” des politiques à venir de l’Union, qui normalement devrait amener le bonheur en tout domaine possible humainement pensable, y compris au paralytique, à l’aveugle et aux autres damnés de la terre (des deux sexes bien sûr), tout en maintenant un progrès continu de la puissance de l’Union sur la scène internationale (ce qui suppose une domination d’autrui et peut-être son exploitation économique), et des procédures dont le byzantinisme confine parfois au sublime. En tout cas, il est certain que cela ne ressemble pas à une Constitution, au moins par le style. Quel Etat européen oserait se doter d’un texte pareil pour se définir et se gouverner?

b) Du point de vue quantitatif, en nombre de mots et de phrases nouvelles, le lecteur ne peut qu’être frappé par l’importance des nouvelles dispositions portant sur la politique étrangère. Le Haut Représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité se voit consacré de longs développements. Cet ex-Ministre des Affaires étrangères de l’Union (selon la Constitution) devrait devenir selon les textes un personnage-clé de toute la machinerie; en particulier, tout est prévu pour que celui-ci coordonne l’action de l’Union en cas de crise internationale majeure (il ne peut certes pas déclarer la guerre ni l’état d’urgence sur le territoire de l’Union, mais peu s’en faut…). Plus généralement, il ressort du texte que l’Union voudrait progresser vers une véritable politique autonome de puissance, tout en restant, of course, une “bonne” puissance pacifique, et aussi un bon allié des Etats-Unis (heureusement!). Cela peut certes être critiquable d’un point de vue pacifiste ou simplement neutraliste, mais surtout on sent dans le texte une hésitation entre l’insistance sur les “valeurs” de l’Union (nécessairement humanistes et pacifistes) et ses “intérêts” (qui peuvent nécessiter de combattre les armes à la main le “terrorisme”, c’est à dire tout groupe ou Etat désigné tel par l’Union). Cela existe bien sûr dans la plupart des Etats européens (y compris les “neutres”), mais ici le texte exprime les deux faces à la fois, alors que les Constitutions des pays européens se contentent d’affirmer leurs valeurs humanistes, et renvoient brièvement à la nécessité de défense aux fonctions normales des pouvoirs publics.

En lisant le texte, on se rend aussi compte que, si le Haut Représentant aura fort à faire, et sera vraiment à la croisée des chemins, par son mode de nomination, et par ses fonctions qui semble bien comprendre même un embryon de “comité de sécurité” à la mode américaine (cf. art 38 du TUE nouveau, “comité politique et de sécurité”), le Président du Conseil européen risque bien d’inaugurer les chrysanthèmes. A quoi sert-il au fait? D’autant plus que la présidence tournante par un Etat du Conseil (des ministres) reste en vigueur, sauf pour celle du Conseil des ministres des Affaires étrangères, attribué au Haut représentant. A priori, comme on dit, les rapports entre Président du Conseil européen, Haut représentant, et Président de la Commission seront ce qu’en feront les acteurs qui occuperont ces postes. En cas de crise majeure, ces trois personnages auront vraiment intérêt à bien se coordonner… sinon cela l’Union va encore se couvrir de ce ridicule si particulier à sa gestion des crises internationales depuis 15 ans (ex-Yougoslavie, Irak par ex.) dont on nous dit à chaque fois que cela ne se reproduira plus.

c) Le texte charrie aussi tout une série de mises à jour, correspondant aux problématiques de l’heure. J’ai remarqué ainsi l’article 39 du TUE nouveau qui semble bien permettre dans le cadre des relations extérieures de l’Union de s’exonérer des règles de protection des données personnelles, réaffirmées par ailleurs dans l’article 16 du TFUE. J’ai bien l’impression qu’il s’agit ainsi de permettre au Conseil de résoudre les problèmes de transferts de données personnelles aux Etats-Unis dans le cadre de la lutte antiterroriste. Le Parlement européen était certes désagréable sur ce sujet, il semble bien devoir être hors jeu désormais. Quoiqu’il en soit, il me semble gênant d’introduire dans un texte de base une telle disposition sur un sujet important certes, mais pas essentiel.

Bref, en tant qu’enseignant amoureux des choses clairement exprimées, je dois dire que cette nouvelle mouture des Traités européens me plonge dans la perplexité. Face à un tel texte, que d’énergie faudra-t-il dépenser pour démontrer la rationalité qu’il comprend malgré tout, la subtilité et la nécessité des compromis obtenus, la délicatesse des mécanismes inventés pour ne fâcher personne tout en se laissant la possibilité d’avancer. Comment expliquer à des jeunes citoyens que tout cela est illisible au nom d’un “bien supérieur”? Serai-je un “chien de garde” fatigué d’aboyer?

Catégories : Europe
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