Bouillaud’s Weblog – bloc-notes d’un politiste

Entrée de avril 2008

“Les Parisiens sous l’Occupation” (II)

28 avril 2008 · Laisser un commentaire

L’exposition “Les Parisiens sous l’Occupation” est effectivement l’objet d’une polémique plus large que je ne l’avais pensé au départ. D’après le Monde, une querelle familiale se place en arrière-plan entre les différents enfants de Zucca. J’ai appris aussi que le très courageux Jean-Pierre Azéma se désolidarise complètement de cette exposition, dont il a préfacé pourtant le catalogue avec les mots rappelés dans le premier post que j’ai consacré à ce sujet. Il ne veut sans doute pas cautionner de son autorité une exposition qui “sent le souffre”. Mais va-t-il rembourser la (petite) somme reçue pour la Préface? Va-t-il exiger qu’on arrache les pages qui le concernent des catalogues encore en vente? Attitude un peu légère tout de même – mais être soupçonné de négationnisme rampant, cela ne pardonne pas de nos jours! Cela me fait penser à ces scènes de la vie culturelle en Union soviétique ou dans ses satellites où chacun laisse (prudemment) seul celui qui a eu le malheur de s’écarter (sans le vouloir) de “la ligne”.

Ceci étant, en regardant les réactions des internautes aux articles publiés sur le sujet dans le Monde et Libération, j’ai constaté que bien des réactions vont dans le sens d’un appel à ne pas croire les visiteurs pour plus désinformés qu’ils ne le sont. Il y a quelques personnes appelant toutefois à plus de pédagogie, de mise en forme historique, essentiellement en pensant aux “jeunes”, mais le ton dominant parait être celui de la plainte contre le “politiquement correct”. J’ai même eu l’impression que Pierre Marcelle, dans Libération toujours, prenait plutôt position pour la liberté du regard du spectateur, qui saurait bien juger sur pièce. Il y a aussi des internautes qui pensent, comme moi, que cette exposition peut aussi renvoyer à notre condition présente de privilégiés dans un monde de grandes souffrances.

Bref, ces réactions sont plutôt rassurantes, même si en pratique les autorités parisiennes redoubleront de prudence pour tout ce qui concerne cette période. L’adjoint au maire de Paris, Christophe Girard, qui a tout déclenché, a déjà annoncé “quelques procédures” supplémentaires, quelque Comité super-Théodule d’experts chargé de vérifier qu’un adolescent ne puisse pas éventuellement croire que tout alla bien entre 1940 et 1944… Je veux bien que l’Education nationale ait des lacunes, mais tout de même! Et, de toute façon, quel adolescent sous-éduqué irait voir non accompagné d’un adulte ce genre d’exposition? Quel adulte n’a pas entendu parler en mal de l’Occupation? A ce compte-là, je serais aussi pour l’interdiction aux mineurs de tout film sur la période à valeur comique : la très lénifiante Grande Vadrouille par exemple ou le presque négationniste Papy fait de la résistance. En fait, en écrivant ces lignes, je me dis qu’il s’agit à peine d’une hypothèse d’école. Peut-on faire rire de l’Occupation et de la Résistance? N’est-ce pas du négationnisme subtil?

Plus encore, toute cette polémique part de la croyance en un ancrage de notre morale dans le passé, dans cette Seconde Guerre Mondiale qui instituerait encore les coordonnées de notre présent, dans le bien et dans le mal. Cette vision me parait nécessairement en voie de dépassement, parce des acteurs historiques apparaissent qui n’ont pas grand chose à voir avec cette guerre mondiale-là. Pour ne prendre que l’exemple le plus criant, quel fut le rôle de l’Islam politique dans cette guerre? Un rôle marginal pour le moins, or il est au centre de notre présent. De même, parlait-on alors de global warming? d’épuisement de certaines ressources naturelles? Connaissait-on l’ubiquité d’Internet? Bref, laissons désormais à l’histoire ce qui à l’histoire.

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“Les Parisiens sous l’occupation”.

21 avril 2008 · 2 commentaires

L’exposition “Les Parisiens sous l’occupation”, organisée ces temps-ci par la Bibliothèque historique de la ville de Paris” ,donne lieu à une polémique typique de notre temps, où le citoyen est sensé être stupide et sans esprit critique. Cette exposition montre un échantillon des photographies prises par un certain André Zucca à Paris pendant la période 1941-1945. Ces photos sont exceptionnelles parce qu’elles sont en couleur, suberbement rénovées par les moyens de la technique moderne, et qu’elles sont totalement décalées par rapport à ce qu’on attendrait (pas de file d’attente, pas d’otages, de Juifs déportés). Elles montrent un Paris ensoleillé (à cause de la sensibilité de la pellicule couleur alors disponible), où les gens vaquent à leurs petites occupations. On voit même des gens prendre des bains de soleil en bord de Seine. Les occupants allemands sont bien présents, mais sous la forme d’une ville destinée au repos du guerrier (“Soldatenkino” par exemple). Je n’ai à ma disposition que le livre-catalogue de l’exposition, mais, pour moi, cette exposition est un double témoignage sur une des réalités de l’Occupation, la poursuite de la vie ordinaire, et sur la qualité d’un regard photographique aux prises avec les débuts de la couleur.

Du coup, j’ai été vraiment déçu de ce fait d’entendre l’historienne Annette Wievorka sur France Inter dans le “7-10″ entamer le couplet du “il aurait fallu mieux encadrer par du travail historique cette exposition”, dont le catalogue d’après lequel elle disait juger (faute d’avoir eu le temps d’aller voir l’exposition), qui selon elle ne comportait aucune intervention d’historien. Or dans le livre, il y a une préface de Jean-Pierre Azéma (p.5-11), l’historien qu’on ne présente plus, où les choses sont clairement dites pour qui veut bien se donner la peine de lire. Je cite : “André Zucca avait réalisé pour Signal suffisamment de reportages photos sur la LVF, sur les destructions des bombardements anglo-saxons, sur la Relève (qu’il a sans doute approuvée), sur l’échec anglo-canadien à Dieppe, puis sur le retour des prisonniers de la région libérés par Hitler, pour être arrêté en octobre 1944 (p.11).”

On ne peut pas donc dire que le lecteur du catalogue ne soit pas prévenu sur la position historique de celui qui a pris ces photos. Un collaborateur. Simplement on semble supposer que les visiteurs sont en moyenne tellement stupides qu’ils vont tous croire que, comme dirait J.M. Le Pen, l’occupation allemande ne fut pas bien terrible.

Cette remarque déplacée de l’historienne tient peut-être à une inimitié avec J.P. Azéma ou à une lecture trop rapide de l’ouvrage consulté en passant dans une librairie. Pour ma part, j’y vois plutôt un exemple de cette tendance actuelle à instrumentaliser les “années noires”, qui sont devenus un fond de commerce de moralisation supposée d’une société (actuelle) qui n’est guère morale, et surtout d’une tendance à croire les visiteurs d’une telle exposition assez imbéciles pour ne pas se rendre compte du statut de ces photos. Qui irait donc voir une telle exposition sans savoir déjà ce qu’est l’Occupation? Qui va y aller par hasard sans rien savoir de cette époque? Et même, qui ne remarquerait pas tous ces soldats en uniforme allemands qui traînent dans les photos, y compris sur la couverture fort bien choisie?

A noter dans le Monde, il y a eu un article de Philippe Dagen contre cette exposition qui louait au contraire le travail de C. Boltanski, l’artiste contemporain, avec justement un “travail” autour du fameux magazine Signal mis en contrepoint avec les horreurs des Camps. Pour ma part, j’y vois un double affrontement : entre les historiens de la photographie et entre les historiens de l’art, mais aussi entre ceux qui croient que le public est subtil et ceux qui, en fait, croient qu’il faut lui souligner au marqueur les faits pour qu’il comprenne. En fait, cet art, qui utilise le malheur pour nous en faire prendre conscience, me semble de plus en plus comme une simple “instrumentalisation du malheur”, qui suspend le jugement esthétique. Bref, nous acceptons de l’art trés mauvais qui, en fait, se répète depuis au moins trente ans, parce qu’il s’agit de “dénoncer l’innomable”. A mon avis, les photos de Zucca ont un effet plus fort encore : elles montrent que la vie (bourgeoise en particulier) suivait son cours alors même que des choses horribles se passaient non loin de là. Cela reste de fait un message pour nous dans le présent : la vie ne suit-elle pas son cours alors même que des gens souffrent et meurent partout sur la Terre? (Est-ce là un raisonnement trop subtil pour le citoyen normalement éveillé?)

Dernier point : cette intervention d’A. Wiervorka s’est faite à France-Inter parce que les historiens y étaient invités ès qualités, car la communauté historienne se mobilise contre des amendements “historicides” du Sénat pris dans la nouvelle loi sur les archives (qui les fermeraient de fait désormais sur un délai de 75 ans). La remarque avait donc été précédée par un plaidoyer pro domo pour la neutralité scientifique de l’historien, avec l’aide de Benjamin Stora, l’autre invité. Or nos historiens du contemporain jouent double jeu: en réalité leurs travaux n’ont d’intérêt que parce qu’ils ne sont pas neutres politiquement, en particulier sur la période de Vichy ou sur la guerre d’Algérie, parce qu’ils révèlent les côtés obscurs de l’Etat et de la politique. Il n’est pas étonnant alors que quelque Sénateur, revanchard ou prudent sur sa réputation future, ait décidé de leur clouer le bec, en les coupant de leurs chères archives.

Plus encore, je vois dans les amendements sénatoriaux une conséquence de la notion de plus en plus courante d’imprescriptibilité de certains crimes, du refus de l’oubli. A ce compte-là effectivement, dans un monde où l’on n’oublierait rien des crimes et méfaits antérieurs des personnes et des institutions, les archives deviennent un lieu de forte tension. Il vaut mieux les fermer pour tout ce qui concerne l’histoire vivante. Qu’on me comprenne bien, je suis pour l’ouverture la plus large des archives le plus tôt possible, mais je veux souligner que cela est loin d’être politiquement neutre et que la donne a changé avec l’idée de juger les criminels trés longtemps aprés les faits ou d’imputer à des institutions actuelles des responsabilités (morales ou pécuniaires) de faits qui se sont produits il y a longtemps commis par l’institution ou les institutions dont elles ont repris l’héritage (économique en particulier). Le sentiment de justice exige peut-être une telle imputation, mais il ne faut pas s’étonner alors d’une volonté de certains d’empêcher désormais toute imputation fondée sur des archives.

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“Partito di lotta e di governo”

17 avril 2008 · Laisser un commentaire

Cette expression “Partito di lotta e di governo” (Parti de lutte et de gouvernement) , qu’on attribua jadis au PCI, m’est revenue à l’esprit face aux résultats. En ayant les données définitives, la victoire de la “Ligue Nord” à droite, celle d’”Italie des valeurs” au centre-gauche, et la défaite de “Gauche arc-en-ciel” à gauche s’inscrit dans cette contradiction : comment être à la fois au pouvoir et exprimer les demandes populaires de manière radicale? La trés nette défaite du cartel de la “gauche de la gauche” ressort de cette contradiction; cela ressemble aux défaites du PCF aprés toutes ses participations au gouvernement, qui ont marqué les étapes successives de son déclin. En revanche, Idv (Italie des valeurs) était au gouvernement en 2006-08, mais Antonio Di Pietro son leader n’avait de cesse de se quereller publiquement avec le ministre de la Justice, Clemente Mastella, de l’UDEUR. Ce même ministre qui a fini par appuyer (fort mal à propos) sur le “feu nucléaire” de la défiance et qui a de fait détruit ce gouvernement de coalition. Clemente Mastella n’a même pas pu se présenter aux élections faute de trouver un allié, les partenaires de la gauche de la coalition de l’Union (autre nom de l’Olivier) ont payé l’addition, mais IdV gagne des voix (un quasi-doublement) et des élus. A. Di Pietro a réussi à être “de lutte et de gouvernement”. Pas les partis de la “Gauche arc-en-ciel”, auquel tout le monde attribue la failblesse du gouvernement Prodi II. La LN triomphe aujourd’hui, elle retrouve sa grande géographie de 1992, elle est trés présente dans ses bastions lombards, venètes, mais elle se répand de nouveau dans tout le nord, y compris dans les régions rouges. C’est extraordinaire, pour un parti qui était groupusculaire au sud du Po depuis des années, de dépasser régulièrement les 5% des voix. Le succès est aussi étonnant dans les grandes villes du nord, ou plutôt dans les quartiers populaires des grandes villes. Bref, la Ligue Nord ne pouvait guère faire mieux, presque tous les gains en voix de la coalition gagnante vont vers elle et son alter ego sudiste, “Le Mouvement pour les Autonomies”. Par contre, elle est confrontée dès maintenant à l’articulation entre le fait d’être au gouvernement et celui de représenter les instances populaires quel qu’elles soient. Par exemple, à en croire la presse pro-Pdl, le problème des “Roms” a été décisif. Peut-être, mais je doute fort dans un contexte européen que le gouvernement italien puisse faire quoi que ce soit. Le gouvernement roumain a déjà négocié avec le gouvernement Prodi une meilleure collaboration sur ce point, à la suite d’un meurtre particulièrement horrible, meurtre qui avait donné l’occasion à W. Veltroni, alors encore maire de Rome, de “faire son xénophobe”. Sur ce problème “Rom”, je doute qu’une efficacité à court terme quelconque puisse être atteinte, sans piétiner d’une façon ou d’une autre les droits de l’Homme et le droit européen. En somme, les dirigeants de la Ligue Nord sont programmés pour perdre les prochaines élections nationales, mais comme ils le savent sans doute….

Dès l’année prochaine, il y a des élections européennes. On devrait voir un effet de ces considérations. Si le mode de scrutin reste le même, une proportionnelle intégrale sans seuil minimum, tous les petits partis qui ont perdu aujourd’hui vont tenter de “se refaire”, et les partis de gouvernement devrait être “sanctionnés” – dont tout particulièrement la “Ligue du nord”.

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Berlusconi troisième et dernier acte.

15 avril 2008 · 4 commentaires

Et voilà, il a gagné de nouveau, et à la loyale en plus! Silvio Berlusconi vient d’enregistrer une grande victoire électorale pour son cartel électoral, “Peuple de la liberté”, “Ligue du nord”, et “Mouvement per les Autonomies”, il laisse prés de 10 points derrière le cartel “Parti démocrate – Italie des valeurs”.

Pendant la campagne électorale, on a même bien peu parlé de son poids différentiel dans les médias audiovisuels. L’”autorité de garantie pour les communications” s’est plaint (un peu) du déséquilibre dans les médias audiovisuels, mais sans plus et sans grand écho. S. Berlusconi a protesté comme d’habitude contre la “par condicio”, la loi qui régule l’équité lors des campagnes électorales, mais en fait il n’a pas plus insisté que cela. Il est vrai que le plus marquant a été la bipolarisation dans les grands médias de la campagne entre S. Berlusconi et W. Veltroni, et les deux leaders des deux grands cartels étaient d’accord pour réduire le débat à eux-mêmes.

De plus, S. Berlusconi n’a rien été obligé de promettre d’extraordinaire, contrairement aux fois précédentes. Il y a indéniablement une réussite personnelle dans tout cela : le lancement à l’automne dernier du nouveau (futur) parti dit “Le peuple de la liberté”, depuis une manifestation dans un théâtre situé Place San Babila à Milan, haut lieu de la droite italienne (et surtout de l’extrême-droite), a été une contre-mesure aussi risquée que géniale à la crise de l’alliance “Maison de la liberté”. Les alliés, pourtant publiquement réticents au leadership du vieux leader, ont été obligé de suivre: c’est le cas en particulier de Gianfranco Fini. Il a suivi plus contraint qu’enthousiaste, et il a gagné, car son électorat a suivi lui aussi : du point de vue du positionnement idéologique, il était déjà difficile de distinguer un électeur d’AN et de FI, cela a bien fonctionné finalement, mais AN est décidément le “junior partner” de cette fusion autour de FI. A vérifier lors du processus constituant réel de la nouvelle force politique.

Il a aussi réussi à reconstituer une géographie variable de son système d’alliance, avec la “Ligue du nord” qui l’appuie au nord de Rome et ensuite de Rome au “sud profond” le “Mouvement pour les Autonomies”. Ce dernier est surtout implanté en Sicile, et son leader, Raffaele Lombardo, a remporté rien moins que l’élection pour le poste de Président de la Région (autonome) Sicile avec un écart énorme (60/40). Je suppose que cela va confirmer les analyses de Luca Ricolfi qui insistent sur la nature “anti-centraliste” et “anti-étatiste” de l’électorat des droites rassemblées (en 2006) derrière Berlusconi (ce qui néglige un peu la tendance “étatiste-laziale” d’AN).

Bref, une très belle victoire, logique vu les résultats de l’élection de 2006. Bien qu’il ait été au pouvoir, S. Berlusconi avait failli ne pas perdre. La victoire à la Chambre des député lui avait échappé de 22.000 voix à peine (0,1%) (ce qui correspondait à un parti autonomiste du nord laissé en dehors de la grande alliance d’alors) ; et au Sénat, il avait (presque) arraché l’égalité. Pour ces élections, avec des périmètres d’alliance différents, il gagne nettement dans les deux Chambres. C’est sans appel.

Autre nouveauté que tout le monde signale, et que j’envisageais dans mon “post” précédent : le massacre des petits partis porteurs d’anciennes identités politiques. La surprise, c’est la catastrophe électorale de la “Sinistra arcobaleno”. Je pressentais que Fausto Bertinotti n’était pas très vendeur comme tête de gondole, mais à ce point : le nouveau sujet politique rassemble à peine 3% de voix. En chiffres absolus, ce n’est pas très loin au dessus de “la Destra”, l’ultime tentative d’une refondation néo-fasciste. Tout le monde le remarque : les marques électorales du XXième siècle sont en crise. A la gauche de la “Sinistra arcobaleno” (Sa), les résultats sont groupusculaires (ou crépusculaires?), mais ces voix ont manqué à Sa pour atteindre les 4% demandés pour avoir des représentants à la Chambre. Au centre-gauche, la diaspora socialiste récemment réunifiée coule corps et biens avec moins de 1% des voix. Au centre, il faut noter la disparition de l’UDEUR de Clemente Mastella, qui ne s’est même pas présenté aux élections. La tentative de ressusciter le PLI (d’avant 1994) a fini avec 0,3% des voix, et la plupart des petites entreprises de survie des anciennes enseignes se sont ralliées soit au PDL soit au PD quand la porte leur a été ouverte. Seuls la diaspora démocrate-chrétienne possède encore une enseigne : l’UDC de Casini (allié avec ses propres scissionnistes de la “Rose blanche”) sauve les meubles. Elle dépasse les 5% des voix. A droite, la tentative de reconstituer une droite néo-fasciste parlementaire échoue, et à l’extrême de l’extrême-droite, le “FN” fait un beau flop.

En résumé, tout ce qui n’a pas été rénové disparait, et ne survit que les deux forces issues de la crise des années 1980-90, “Ligue Nord” d’un côté, et “Italie des valeurs” de l’autre : le représentant des prolétaires nordistes en colère et celui des honnêtes gens en colère avides d’ordre et de légalité de l’autre. Les deux grands partis “Pd” et “Pdl” eux affirment leur nouveauté, leur positionnement l’un vis-à-vis de l’autre. Ils sont deux grands chaudrons où il serait intéressant de regarder les ingrédients, fort étonnants parfois. Ainsi Lamberto Dini, un traître au berlusconisme de 1995 à 2007, se retrouve dans le “PdL”, et il en a défendu les raisons lors de cette campagne. Il faut savoir pardonner les offenses et “retourner sa veste” comme dit la chanson…

Dernière remarque : en France, on parle souvent pour l’alliance “Parti démocratique et Italie des valeurs” de la gauche. Il s’agit d’un simplification : de gauche au sens traditionnel du terme, il n’y a qu’une partie des dirigeants du PD, qui viennent effectivement de l’ex-majorité du PCI (d’avant 1990), mais pour le reste, on peut en douter. Le choix du mot de “Parti démocrate” pour se nommer n’est pas du tout anodin; il s’agit bien de rompre avec le communisme et même avec le socialisme (qui n’a d’ailleurs jamais attiré l’aile ex-démocrate chrétienne des dirigeants du parti). Si on se réfère à la gauche au sens strict (héritage socialiste, y compris la branche communiste issu du Congrès de Livorno des années 1920), il n’y a plus rien de revendiqué au niveau du nouveau Parlement italien.

En fait, on aura plutôt au Parlement une opposition entre deux centres (Parti démocrate et UDC) séparés entre autres par la question de la laïcité et une coalition des droites divisées territorialement. Bref, la “gauche” italienne a devant elle beaucoup, beaucoup, beaucoup de travail.

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Fin de campagne… fin de parti (sans e).

12 avril 2008 · Laisser un commentaire

La campagne électorale italienne ne s’est guère agité jusqu’à la fin. On pourrait faire une longue liste des commentateurs qui se sont ennuyés. En fait, tout cela a été des plus classiques : W. Veltroni , candidat du Parti démocratique et d’Italie des valeurs, a fait le tour de l’Italie dans un bus. Il me semble bien qu’en 1995-96 R. Prodi avait fait la même chose en pré-campagne, et qu’en 2001, R. Rutelli avait la même chose en train. J’étais d’ailleurs allé voir une étape de ce train en Lombardie. Le symbolisme à l’américaine n’est donc pas très nouveau, j’ai bien l’impression aussi qu’en 2001, R. Rutelli avait prévu de visiter plus ou moins toutes les provinces italiennes comme W. Veltroni.

S. Berlusconi vient de faire sa promesse de dernière minute qui est compréhensible par tout le monde en terme d’argent de la vie quotidienne : il a promis de supprimer la vignette automobile (… comme un vulgaire Lionel Jospin!). En fait, ce qui a manqué dans cette campagne, c’est une invention médiatique quelconque de ce dernier. Il a été plutôt “sottotuono” : qu’aurait-il d’ailleurs pu inventer d’autre après toutes les inventions des campagnes précédentes?

Les forces en dehors de deux grands – “Parti Démocrate” et “Peuple de la Liberté” – ont été complètement étouffées dans les grands médias qui n’ont eu d’yeux que pour ces deux forces. La bipolarisation médiatique est évidente. Le débat le plus politique a été finalement la controverse autour du sort d’Alitalia, qui à ce stade semble devoir être réglé par le futur gouvernement.

A ce stade, deux grandes hypothèses viennent à l’esprit.

Premier cas (le plus probable) : comme d’habitude, les électeurs italiens changent peu leurs orientations politiques d’une élection à l’autre. Dans ce cas, le résultat ne change pas des derniers sondages disponibles. Le “Peuple de la Liberté” gagne à la Chambre des députés, et… après pour le Sénat, c’est la loterie vu le mode de scrutin et les primes régionales de majorité qu’il prévoit. S. Berlusconi peut payer le prix de la loi électorale qu’il a fait lui-même adopter in extremis à l’automne 2005.

Dans ce scénario, l’inconnue n’est autre que l’ampleur de la victoire de S. Berlusconi, qui détermine sa réelle capacité à gouverner. (Sans compter les sénateurs élus par les Italiens de l’étranger et le rôle éventuel des sénateurs à vie…)

Second cas (le moins probable) : un vrai mouvement dans l’électorat s’effectue. Le PdL est finalement plombé par ses ailes perdues (UDC, La Destra) et surtout par l’assimilation “PdL=Berlusconi”, qui n’est pas si attirante que cela pour l’électorat (comme l’avaient montré les analystes en 2001 Berlusconi peut aussi être une raison de ne pas voter pour la coalition des droites… pour un électeur d’un parti de droite ou du centre). Le PD apparait symétriquement grâce à W. Veltroni comme autre chose que l’héritier du gouvernement Prodi. Il s’agit de la même tactique que le choix de Rutelli en 2001 pour guider la coalition de l’Olivier. Cela avait failli fonctionner à en croire les courbes de sondages. Donc peut-être que l’autre maire de Rome, du même parti désormais, “peut le faire” (pour reprendre son slogan “si può fare”).

Dans ce cas, si le PD dépasse le PDL à la Chambre des députés, la surprise serait telle (vu les sondages, vu l’histoire électorale précédente) que le résultat du Sénat compterait peu quel qu’il soit: l’aura de S. Berlusconi serait détruite; et, là, on changerait vraiment de période.

Raisonnablement, le second scénario est peu probable, mais qui sait?

Ce qui me parait par contre évident dans cette campagne, ce sont les dégâts sur certains acteurs politiques des choix de coalition et du mode de scrutin. Le PSI (Parti socialiste), qui se présente seul faute d’avoir pu s’allier au PD, va au désastre, sauf miracle : on sent que ce parti, récemment réunifié d’ailleurs, a perdu au jeu des chaises musicales. C’est assez absurde en fait, mais du coup Enrico Boselli, le leader du PSI, tient un discours de désespéré plutôt intéressant, dans la mesure où il dénonce les fausses promesses du PD d’un point de vue “social-libéral” ou l’incohérence de ce parti sur les questions éthiques tiraillé qu’il est entre “teodem” (catholiques intégristes démocratiques en jargon) et “laïcs”. Il parle d’or ce Boselli, mais on ne l’entend pas beaucoup bizarrement. De même “la Destra”, qui veut faire survivre le néo-fascisme (modéré), risque énormément dans cette configuration. Pour ces deux partis, les seuils d’accès au Parlement sont tels qu’ils risquent de ne pas les dépasser… sauf surprise majeure. Au Sénat, la plupart des partis en dehors du PDL et du PD risquent de ne pas atteindre les 8% demandés dans une région pour avoir éventuellement des élus. La “Sinistra arcobaleno” (Gauche arc-en-ciel) risque moins la disparition, mais le choix d’un “vieux” leader comme Bertinotti pour un sujet neuf qui prétend défendre les jeunes ne me parait pas des plus adéquats. Ce dernier sujet réussira-t-il à bien faire comprendre la continuité avec les partis associés (RC, PCDI, Verdi, Sinistra democratica)? Je serais curieux de voir l’effet des deux petits partis néo-communistes qui essayent de le concurrencer, et qui eux affichent “la faucille et le marteau” dans leur symbole.

Bref, quelque soit le résultat global, il me semble que certaines traditions politiques jouent leur dernière carte. .. sauf miracle. Dommage.

Catégories : Italie
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B. Kouchner, ou des moyens de parvenir.

7 avril 2008 · 5 commentaires

Samedi, en me promenant chez les bouquinistes de ma ville, je suis tombé sur un livre, dont la référence exacte est :

Tibet, l’envers du décor, Textes réunis par Olivier Moulin, Genève, Olizane, 1993.

Ce livre a attiré mon attention par son thème, et surtout par sa couverture : un dessin qui imite le style d’Hergé ou d’Edgar P. Jacobs, avec des moines tibétains qui affrontent un blindé de style mi- “Bordurie” mi-”Empire jaune”. (Je ne sais pas de qui est le dessin). Je l’ai ouvert, et là j’ai eu un choc : la préface de ce livre de 1993 est signée d’un certain Dr. Bernard Kouchner, et elle est intitulée à peu prés : “Le Tibet meurt de nos silences”. Je n’ai pas osé lire plus loin, mais j’en ai retrouvé ce matin des extraits qui sont recopiés sur un site pro-tibétain :

http://solhimal.org/forum/viewtopic.php?t=254

Je n’en garantis pas l’exactitude, mais cette préface existe bel et bien et possède évidemment le sens d’un soutien au Tibet libre. Je ne devrais pas m’étonner, mais ce petit fait illustre tout l’usage qui a été fait par certains de “grandes causes” pour parvenir. Notre Rastignac de l’humanitaire est devenu “Ministre d’ouverture” une quinzaine d’années plus tard. Il faut donc remercier bien bas Nicolas Sarkozy d’avoir remercié d’un poste bien en vue ce personnage “bon pour toutes les saisons” (comme on dit en Italie pour désigner ce genre de carrière). Son existence illustre par l’exemple ce qu’on sait sur la diversité des motivations des acteurs politiques : on sait depuis longtemps que les partis ou les hommes qui se placent au centre d’un jeu politique quelconque sont bien plus souvent des carriéristes (ou des prudents) que les autres. Etre coalisable avec tout le monde est une qualité pour arriver au pouvoir et en jouir en bon père de famille. B. Kouchner fait donc partie de cette catégorie; cela ne sera pas un scoop pour grand monde; je crois même que D. Cohn-Bendit aurait dit que Bernard rêvait de ce poste depuis trente ans; mais, au moins, nous pourrons illustrer nos cours avec son cas.

En lisant mon blog, on pourrait croire que je m’en prends particulièrement aux anciens proches du Parti socialiste, mais qu’y puis-je si la collection de N. Sarkozy ressemble à un “best of”? (Comme d’ailleurs les personnes ayant participé à l’ouverture de F. Mitterrand au lendemain de sa victoire de 1988…. où, là, le côté “IVème République” était patent).

En écrivant ces lignes, j’écoute France-Inter, où l’on débat des Jeux de Pékin et du Tibet. Un représentant du gouvernement, Jean-François Lamour, vient de dire que “les Chinois [la population] veulent les Jeux”. Il est en effet bien connu de tous que le peuple chinois peut librement former son opinion. Des gens peuvent être contre, mais ont-ils le droit de le dire? Et s’ils sont pour, ont-ils pu former leur opinion librement avec des médias pluralistes? Et s’ils sont pour, ne sont-ils pas aussi des “nationalistes” voulant fêter les triomphes de la Chine nouvelle et éventuellement méprisant ces bouseux de Tibétains? (Auxquel cas il faudrait ajouter dans la comparaison avec “Berlin 1936″ ce genre de consensus populaire que l’Europe post-nationale devrait se garder d’encourager.)

En tout cas, cette affaire tibétaine possède le mérite de ramener chacun à la vérité des ses choix et de sa position.

“Il n’y a pas eu de répression au Tibet”, vient de dire un officiel de l’Ambassade chinoise sur France-Inter. Evidemment. Evidemment. Il ne s’est rien passé à Katyn non plus d’ailleurs.

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“Berlin 1936 = Pékin 2008″, une équation absurde bien sûr…

2 avril 2008 · Laisser un commentaire

Les récents évènements qui opposent une partie de la population tibétaine aux autorités chinoises ne manquent pas de me faire penser à cette équation si tentante, “Berlin 1936 = Pékin 2008″. Cela tend à l’exercice pour étudiants de Science-Po. Identifiez les similitudes et les différences, et concluez sur la différence de la différence. Le vieux totalitarisme est mort, place à quelque chose de postmoderne à souhait : la juste répression de “la clique du Dalaï Lama”, mais le tout en différé léger devant un monde entier, où le sport est devenu un des secteurs économiques les plus porteurs. (Exercice : comparer la sémiotique visuelle des Jeux de Berlin et celles des futurs Jeux de Pékin. Réviser de manière critique K. Polanyi auparavant.)

Cette situation me parait en fait surtout intéressante du point de vue “moral”, en ce qu’elle met à jour l’immense tartufferie qui préside à nos rapports avec les divers pays ne respectant que de très, très loin le minimum de droits humains auxquels nous sommes habitués (depuis pas si longtemps en fait, et pas pour tout le monde en réalité). Il est évident que la fête de l’hypercapitalisme que va représenter “Pékin 2008″ ne peut pas être gâchée, voire annulée, pour si peu : un peuple que la RPC ethnocide depuis un petit bout de temps déjà. En même temps, le dire comme ça crument, c’est un peu court. De “belles âmes” (dont je suis bien évidemment!) revendiquent que l’on fasse quelque chose, que l’on indique une certaine indignation, il faut les satisfaire, ces “belles âmes” protestent et pourraient même influencer l’”opinion publique” du vulgaire. En fait, nous n’attendons que d’être trompés par nos gouvernants, et surtout protégés de notre propre ignominie morale. Vu la structure du commerce extérieur français qui repose sur les “grands contrats” (Airbus, TGV et centrales nucléaires) et sur le luxe (dont le consommateur chinois peut se passer), il ne serait pas très avisé de se fâcher – ne serait-ce qu’un peu – avec le sympathique au demeurant régime chinois du continent. En tant que garants des intérêts matériels des citoyens et de l’ordre public interne, les autorités françaises se doivent de faire le minimum tout en nous faisant croire (au moins un tout petit peu) qu’on a tout essayé pour modérer les autocrates chinois du continent.

C’est un principe que j’ai l’impression d’observer de plus en plus souvent, qui pourrait se résumer ainsi : “nous sommes bons puisque nous fustigeons publiquement les mauvais régimes avec lesquels nous commerçons avec bonheur”… Mais surtout que cela ne nous coute en réalité rien. Est-ce que je ne suis pas moi-même en train de rédiger ces lignes (et vous de les lire) grâce à du matériel fait en Chine continentale à un prix qui nous permet de nous équiper sans douleur?

Je me demande si on devrait pas inventer le terme de syndrome : “Not Under My Eye, Only in My Back” or NoMyCo, “Not in My Conscience” sur le mode du célèbre “Not in My Backyard”. Il est interdit de me faire sentir que, en réalité, je fais partie de ceux qui profitent de la situation, de ceux qui sont responsables des actes politiquement sensés qu’on commet au nom de leurs intérêts matériels.

Catégories : Philosophie politique/Théorie politique
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