Non seulement les interventions de samedi du G4 et de lundi en fin d’aprés-midi de N. Sarkozy au nom des 27 n’ont pas eu un effet extraordinaire sur la situation de crise financière, mais en plus on recommence à se chamailler en coulisses sur la stratégie à adopter. Le FAZ fait un article intitulé “Die Deutschen sind schuld!” où le journaliste résume tout l’énervement de certaines élites françaises envers l’attitude allemande. Il est vrai que le Monde a fait un éditorial en ce sens. Cela ne pouvait échapper à l’attention de l’autre côté du Rhin.
Pendant que tout le monde est au courant qu’une certaine mésentente régne entre Paris et Berlin, le Conseil des ministres des finances a pondu ce mardi un extraordinaire plan qui ne résout pas grand chose…. On va garantir mieux les dépôts des particuliers dans toute l’UE (ce que de toute façon tout le monde a fait ou s’apprêtait à faire de sa propre initiative), et quelques autres mesures aussi peu à la hauteur de la situation que de répèter plus ou moins ce qui a été déjà annoncé samedi…
En parcourant la presse, je commence à voir ressortir des allusions à la faiblesse constitutive de l’Euro, qui ne s’appuie pas sur un Etat. Je m’aperçois aussi que l’idée d’un plan Paulson à l’européenne revient comme une litanie, même le grand Michel Aglietta serait pour. (Par contre, je n’ai lu nulle part la forme précise qu’un tel fonds pourrait prendre.)
L’Euro et le “grand marché (financier)” issus des choix des années 1980 vont donc peut-être avoir l’occasion de jouer (enfin) le rôle d’engrenage “fédéraliste” qu’on leur prêtait jadis. Face aux conséquences inattendues des interdépendances qui se sont crées par la monnaie et les marchés, face à cette crise de confiance qui semble déteindre sur l’Euro lui-même, les dirigeants nationaux seraient obligés de faire un saut qualitatif vers une vraie politique économique commune, et donc vers une fédération de fait. Un fonds commun à 300 milliards d’euros (pourquoi ce montant plutôt qu’un autre? ) géré en commun qui serait dans l’air ne ferait jamais que représenter plus de deux fois le budget annuel de l’UE ou quelque chose d’approchant. Il est vrai que cette somme ne serait pas renouvelable, et qu’il faut supposer son coût étalé sur de nombreuses années, mais, diantre, cela suppose une capacité des responsables européens à discuter à grande vitesse pour partager le fardeau éventuel que l’on ne leur connaît pas jusqu’ici (voir les discussions sur le budget pluriannuel 2007-2013). On peut donc douter de ce sursaut vers un partage plus fort du coût de la crise financière en cours.
Mais il n’est pas interdit d’espérer un rebondissement heureux.
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