Bouillaud’s Weblog – bloc-notes d’un politiste

Entrée de mai 2009

Alegerile Europene. Tu decizi.

26 mai 2009 · 2 commentaires

Version roumaine de la campagne du Parlement européen.“Elections européennes. Tu décides”. On aura reconnu le slogan de la campagne paneuropéenne menée par le Parlement européen pour inciter à la participation électorale le 7 juin 2009.

Eh oui, je me suis fait rare sur ce blog… J’étais en vacances dans ma belle-famille roumaine, et mes parents par alliance ne sont équipés que de clavier “Qwerty” sans accents ce qui rend toute écriture informatique bien pénible, d’où mon silence de ces jours-ci. J’ai donc passé une quinzaine de jours (du 6 au 20 mai) dans ce pays qui vote pour la deuxième fois seulement aux Élections européennes, et bien, croyez-le ou non, dans ce pays de l’(ex) “Nouvelle Europe”, la campagne électorale pour les Européennes se voit dans les rues et à la télévision. Il existe indéniablement dans ce pays une double campagne, à la fois pour encourager les électeurs roumains à s’exprimer et, de la part de chaque parti politique, pour emporter les sièges d’Europarlementaires qui lui sont dus selon lui.

P5151124Je ne comprends pas très bien la langue roumaine, je peux juste suivre le sens d’une conversation sans pouvoir cependant  y mettre mon grain de sel (ce qui devient un peu frustrant à la longue), mais je n’ai aucun problème à comprendre les slogans des grands partis politiques roumains. Celui du Parti social-démocrate (PSD Partidul social-democrat, membre du PSE) vous rappellera quelque chose : “Pentru 0 Europa sociala” (Pour une Europe sociale), que j’ai vu en petites affichettes sur les lampadaires partout dans la modeste  ville moldave  où habitent mes beaux-parents. On trouvera aussi le plus terne : “Alege Bine” (Vote bien). Celui du Parti démocrate-libéral (PD-L Partidul Democrat – Liberal, membre du PPE) m’a semblé plus original : “La bine si la greu” – c’est selon ma femme la même formule que lors d’un mariage, “pour le meilleur et pour le pire”! Cela m’a étonné dans un premier temps, un parti qui vous propose de voter pour lui “pour le pire”, mais j’ai trouvé cela plutôt bien vu, un idéal-type d’appel à l’identification partisane dans le contexte de crise économique montante. C’est le parti du chef du gouvernement, Emil Boc, un homme  de taille modeste qui veut sans doute se la jouer à la Churchill. Un de ceux du Parti national-libéral (PNL Partidul national-liberal, membre de l’ELDR) m’a tellement plu que je n’ai pas résisté à l’immortaliser en le prenant en photo en situation en plein coeur de Bucarest : “Europa este liberala” – soit, vous l’aviez deviné, “L’Europe est libérale” (ah enfin du parler vrai!) Un autre slogan du PNL qui fait chaud au cœur est : “Bani pentru Romani. Bani europeni”, soit:  “De l’argent pour les Roumains. De l’argent européen” (sic). Ce slogan pour le moins  “matérialiste”, pré-Ingelhartien si j’ose dire, m’a évoqué  le rappel de l’aide américaine dans les années 1950 dans les campagnes électorales à l’Ouest du continent de la part des partis conservateurs. Les autres partis m’ont semblé inexistants dans l’espace public.

Ces slogans basiques sont toujours accompagnés d’un code couleur omniprésent : le PSD est rouge, le PD-L est orange, le PNL est jaune-bleu.  Comme me l’a dit ma belle-soeur, une urbaine fière de l’être qui enseigne l’anglais aux enfants dans une école privée de la capitale, de toute façon,  “le villageois” a besoin de signes simples pour se repérer, et les couleurs, surtout si vives,  c’est donc vraiment pratique. C’est vrai qu’on ne peut les manquer. On ne peut pas manquer non plus les stands établis au coin des rues de Bucarest avec ces mêmes couleurs, aussi entêtantes à la longue qu’une publicité pour une vulgaire marque de boisson gazeuse.

P5171157Ma connaissance du roumain ne m’a pas permis de comprendre tout le sel des arguments échangés lors des débats télévisés,  sinon que chaque parti prétend présenter les plus compétents des hommes et des femmes pour représenter le pays à Bruxelles. J’ai bien saisi toutefois que les enjeux de cette campagne européenne n’étaient pas d’une saillance extrême du point de vue européen. Par contre, l’information télévisée, qui constitue là comme ailleurs la source privilégiée d’information du grand public, était pleine du nième épisode de la grande saga (implicite), le Président Basescu contre le reste du monde (se représentera-t-il? oui, non, peut-être, quand?  comment? pourquoi? etc. ad libitum jusqu’à la nausée). Dans ce flux continu d’événements présentés par une rhétorique télévisuelle à la Fox News ou presque comme décisifs pour le sort du monde (au moins, si ce n’est de l’univers!), je me suis noyé pendant de longues heures. C’est une expérience dictée par la nécessité de l’ennui de la vie provinciale qui m’a fait tester le degré d’irréalité qu’atteint la vie politique présentée ainsi comme “Dallas-sur-Dambovitza”. A force de zapper entre chaînes, j’ai fini par avoir la surprise (pour moi) de trouver que, “le réel” (au sein du Spectacle!), c’était au choix : un match de football (y compris en différé), un récital de chansons folkloriques roumaines, ou encore un interview d’un sommelier roumain sur la vertu de cet objet merveilleux qu’est un “tastevin”(in french in the text). A cause de mon handicap linguistique,  je me suis mis finalement à la place de quelqu’un qui ne comprend pas grand chose à la politique et qui est scotché toute la journée devant sa télévision. C’est en fait une expérience salutaire que d’expérimenter de temps en temps ce que l’on enseigne soit même par ailleurs, à savoir que “la politique” constitue un univers aux codes particuliers auxquels tous les habitants d’un pays n’ont pas naturellement accès. Pour tout dire, si les Roumains ne se rendent pas beaucoup aux urnes le 7 juin, je ne serais pas plus surpris que cela. Il y aura eu une campagne certes, mais perdue dans “Dallas-sur-Dambovitza”, elle risque bien d’être passée inaperçue.

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Philippe Riès, L’Europe malade de la démocratie.

5 mai 2009 · 2 commentaires

riesVous avez un ami militant de l’UMP et vous voulez lui donner de quoi se chauffer le sang une bonne fois avant les Européennes? Vous avez un ami sympathisant du PS  et vous voulez le remotiver dans son militantisme à l’occasion des Européennes de juin?  Un ami rallié au NPA ou au “Front de gauche”, un peu trop calme ces temps-ci à votre goût? Une lointaine connaissance souverainiste ou chasseur, un peu en manque d’un complot bruxellois contre quelque coutume immémoriale?  A tous ces gens différents par ailleurs, offrez ou faites offrir le petit opuscule de Philippe Riès, L’Europe malade de la démocratie (Paris, Grasset, 2008); s’ils le lisent jusqu’au bout sans défaillir, vous verrez, cela leur fera un petit effet sympathique, leur militantisme en sera relancé jusqu’au 7 juin au moins.

Que dit en effet ce tout petit ouvrage de 134 pages (en petit format)? En gros, Philippe Riès explique à son lecteur que, pour la construction européenne, tout irait  bien mieux si les politiques nationaux ne s’en mêlaient plus, et notre auteur de se lancer dans un plaidoyer pour une Europe où la Commission, incarnant l’intérêt général européen, deviendrait dominante de nouveau dans l’initiative politique réelle et où les politiques, qui suivent bien trop les récriminations populaires, seraient remis à leur juste place. Pour tout dire, P. Riès  offre ici un vif plaidoyer pour une Europe (néo-)libérale, où la Commission prendrait soin du long terme et où le marché unique ainsi valorisé deviendrait la solution à (presque) tous nos maux. Pour notre auteur, J. M. Barroso, l’actuel Président de la Commission, n’est  d’ailleurs qu’un odieux tiède, “vendu” aux tendances protectionnistes et souverainistes des gouvernements nationaux, un renégat du maoïsme et du libéralisme à la fois incapable d’imposer à tout ce beau monde les vertus régulatrices du marché. On comprend facilement le titre de l’ouvrage : trop de démocratie (c’est-à-dire d’écoute de la part des politiques des demandes protectrices / protectionnistes des électeurs et des lobbys nationaux – soit “démocratie = populisme+ corporatisme”) nuit à l’intégration européenne entendue comme recherche d’un optimum productif (et donc eudémonique) par le marché. Selon l’auteur, le consommateur européen s’est trouvé maltraité par exemple avec l’abandon de la première version de la Directive Bolkenstein, sous le coup des populismes et des corporatismes. Pour Riès, “seul le Marché sauve!” Et prenons garde surtout à ne pas demander leur avis aux électeurs! Ils sont bien mauvais juges de leurs intérêts (comme semblent s’en être convaincu une partie des économistes les plus libéraux et quelques géostratéges aux vues amples, héritiers sans doute de Guillaume II).

Le plaidoyer a été écrit avant la crise financière de la seconde moitié de l’année 2008,  ce qui lui donne évidemment une tonalité déjà un peu passée, mais cet opuscule reste(ra) une synthèse de ce qu’on peut dire de plus farouchement élitiste à notre époque.  De fait, il est rare que quelqu’un s’exprime publiquement de cette manière;  il est vrai que l’auteur ne nous propose tout de même pas une solution à la Chilienne façon Pinochet pour résoudre les problèmes posés par la démocratie et ses politiciens qui écoutent l’opinion publique et les lobbys, le texte en perd du coup un peu de sa cohérence par moment où l’on revient à des récriminations plus ordinaires, mais bon, dans l’ensemble, cela reste fort. Il cite en conclusion Anselm Kiefer, le plasticien, qui aurait écrit en 2007: “La démocratie est quelque chose de plus intéressant que le populisme. Nous devons la réinventer. C’est une erreur de demander au peuple si nous avons besoin de l’Europe (!!!!???). Aujourd’hui, nous n’avons plus besoin des nations. Ce qu’il nous faut, c’est l’Europe.” Je ne sais si la citation est exacte; en tout cas, cette réinvention de la démocratie à teneur nulle en populisme (et corporatisme), j’ai bien peur qu’elle ressemble fort à la réinvention de l’anti-parlementarisme des années 1900-1945, du moins dans ses aspects technocratiques. En effet, j’ai toujours du mal à imaginer ce que pourrait vouloir dire d’autre sortir de la “démocratie d’opinion” au nom de l’intérêt général en donnant le pouvoir de décision à une élite restreinte de “meilleurs d’entre nous”.

En lisant ce pamphlet, je n’ai pu m’empêcher de penser aux “vertus” de ces politiques  aussi nationaux que démocrates  si décriés ici, je n’ose en effet imaginer ce que deviendrait l’Union européenne sous l’emprise du mépris  absolu de son “déficit démocratique” auquel nous invite l’auteur.

Catégories : Europe · Note de lecture