Bouillaud’s Weblog – bloc-notes d’un politiste

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Deutschland 09- 13 kurzen film zur lage der Nation.

10 novembre 2009 · Laisser un commentaire

D09_PlakatLe film “Deutschland 09 – 13 kurzen film zur lage der Nation” (Allemagne 09 – 13 courts-métrages sur l’état de la nation) a été projeté hier soir à l’Institut Lumière de Lyon dans le cadre du “Week-end du cinéma allemand”. Les germanistes (et les autres) trouveront le site officiel du film ici pour se faire une idée de son contenu. Ce film ambitionne de présenter par une vision artistique de 13 réalisateurs différents sur l’état actuel de l’Allemagne. C’est un mélange plutôt réussi de styles visuels très différents, qui vont d’un réalisme proche d’une série policière (à l’allemande) ou de l’extrait de documentaire à des approches expérimentales, en passant par des morceaux de bravoure totalement foutraques qui rappellent le cinéma de Jean-Pierre Jeunet. Dans tout ce kaléidoscope, on retrouvera toutefois, quoiqu’en disent les réalisateurs, une “ligne générale”, et je dois dire que celle-ci m’a  frappé par son extraordinaire pessimisme, son absence de toute perspective un peu positive. C’est un film à déconseiller aux suicidaires et aux déprimés. Même le court-métrage consacré à l’apprentissage de la décision démocratique par les élèves d’une école primaire laisse de fait une grande amertume.  Le spectateur a l’impression d’être convoqué à un constat : la vision de l’avenir filmée par Terry Gillian dans Brazil serait en train de se faire réalité dans l’Allemagne de 2009.  Au sortir de ce film, on n’a pas vraiment l’impression que ce pays doive demeurer encore longtemps un État de droit : entre l’indifférence, pour ne pas dire plus, des autorités allemandes face au sort d’un détenu turco-allemand de Guantanamo, et la dénonciation d’une manipulation policière visant à “inventer” un chef terroriste dans la personne d’un banal universitaire, on se sent plutôt très mal à l’aise – ce qui correspond d’évidence à l’intention politique de certains réalisateurs.  Le dernier court-métrage raconte une fable sur un exode lunaire d’un peuple allemand qui ne saurait plus qu’il est venu d’Allemagne sur fond d’images d’appartements abandonnés, et, de fait, on dirait bien que les réalisateurs, dans leur diversité, sont d’accord pour exprimer leur incommensurable insatisfaction vis-à-vis du présent. Les seuls aspects un peu positifs résident dans les paysages, dans la nature, dans les choses, dans les anciens bâtiments: un court-métrage  particulier redonne à ces derniers d’ailleurs toute leur dignité, rappelant au spectateur français tout l’effort de réfection / reconstruction dont notre voisin se trouve être le lieu depuis 1989 et qui ne va pas elle aussi sans désorientation.  Dans ces courts-métrages, presque personne ne parait un tant soit peu heureux. On se trouve dans la post-modernité, l’égarement,  la perte de tout sens, ou, dans certains courts-métrages “foutraques”, dans le  franc n’importe quoi qui ne saurait durer et qui m’a fait penser à l’art expressionniste d’un Grosz. On se trouve  à cent lieux de “Berlin, symphonie de la grande ville”(1927), la boucle est bouclée : la modernité a pris son essor, mais qu’est-elle devenue?

Comme français et européen, j’ai aussi été frappé de l’enfermement dans l’Allemagne elle-même de ces courts-métrages. La logique du thème choisi veut  sans doute cela, mais il est étonnant de ne pas voir apparaitre vraiment que bien rarement les voisins européens. Le monde extérieur apparait seulement dans le périple autour de la planète, proprement effrayant dans sa banalité, d’un manager allemand, bien propre sur lui,  entre Hôtels Marriott et Cafés Starbucks…, ou dans la folie d’un homme d’affaires autrichien bien décidé à ce que rien ne change dans le conservatisme du F.A.Z., ou encore dans le récit “mythique” d’un tenancier iranien de bordel sur les mœurs de ses clients. Les mânes de l’américaine Susan Sontag sont elles aussi invoquées. En dehors de ces quelques exemple, on dirait un peu que, selon tous ces réalisateurs, les Allemands se retrouvent désormais  seuls au monde face à un univers qui n’a plus de sens.

Je doute que ce film puisse passer longuement dans les circuits normaux de distribution du cinéma en France tant il fait appel à des idiotismes germaniques, mais,  en même temps, comme cela serait nécessaire! Ne serait-ce que pour pouvoir s’apercevoir que bien des choses se rejoignent…

Catégories : Europe · varia
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Dernier Traité avant inventaire.

7 novembre 2009 · 2 commentaires

Comme cela devenait clair depuis le oui au référendum irlandais de cette année, le Traité de Lisbonne sera finalement ratifié par tous les Etats de l’Union européenne. Vaclav Klaus a apporté sa signature  au Traité de Lisbonne au nom de la République tchèque.  Il a ainsi démontré que son statut de Président de la République lui était bien plus important que son prétendu refus du Traité. Face à la “trahison” de la Cour constitutionnelle de son pays, il aurait au moins pu démissionner de son poste pour retarder encore l’échéance de l’inévitable signature, ou attendre d’être  suicidé par le nouveau pouvoir bruxellois tel un Jan Masaryk, s’il avait cru lui-même à son discours sur le caractère totalitaire de l’Union européenne. Ce prétendu “dissident de l’Union européenne” s’inscrit ainsi dans cette longue liste des dirigeants de partis “eurosceptiques”, mais seulement en parole. Quand ils sont arrivés au pouvoir dans quelques Etats européens au cours de cette décennie,  ils n’ont de fait rien entrepris de sérieux pour détricoter l’intégration européenne. Je m’en étais aperçu en suivant les votes de leurs élus au Parlement européen sur la question constitutionnelle entre 2004 et 2007. L’accès au pouvoir d’État amollit tout parti eurosceptique encore la veille. A ce jour, aucun eurosceptique, arrivé à un poste de gouvernement ou de chef d’État dans un État européen, n’a souhaité “mourir pour la liberté”. David Cameron semble bien devoir faire partie lui aussi de cette belle galerie d’eurosceptiques du seul temps des promesses électorales, qui aboient sans jamais mordre. Cette situation est  excellente pour la solidité de l’Union, tout à fait piteuse pour les démocraties nationales concernées qui supportent (aux deux sens du terme) de tels acteurs. Le Traité devrait donc entrer en vigueur au 1er décembre 2009. Hourra! Gaudeamus! I’m happy!

Comme je l’ai dit mardi à mes étudiants au moment même où le président tchèque apposait son paraphe, il s’agit là sans aucun doute du dernier grand  traité négocié entre pays de l’Union européenne pour un temps qui s’annonce extrêmement long. Jean Quatremer fait la même remarque d’évidence : “Après tant de vicissitudes, il est clair qu’il n’y aura plus de nouveau traité européen horizontal, sans même parler de référendums, avant très longtemps. Les États sont épuisés et veulent donner du temps au temps.” (nb. “horizontal” veut dire ici portant sur de nombreux sujets et organisant toute la matière européenne). Cette résignation des gouvernants, plutôt que des Etats, se trouve d’ailleurs inscrite dans la mission confiée aux “Sages” chargés de réfléchir à l’avenir de l’Union à l’horizon 2020 : interdiction expresse leur a été faite de traiter des institutions. Pour ma génération (née au début des années 1960), qui a vécu la succession rapide de l’Acte Unique (1986), du Traité de Maastricht (1992), du Traité d’Amsterdam (1997), du Traité de Nice (2001), du Traité constitutionnel (2004), et enfin du Traité de Lisbonne (2007), penser qu’il n’y aura plus jamais de grand traité discuté entre pays européens jusqu’au jour où nous aurons atteint au mieux – si nous ne sommes pas morts d’ici là – les bornes de la vieillesse (ou de la sénilité) représente une destruction de toutes les espérances que l’on pouvait investir dans le projet européen. Où est-elle passée cette grande utopie européenne dont un Dominique Wolton nous disait il y a quinze ans qu’elle était la “dernière utopie”? Nous voilà doté pour le reste prévisible de nos jours  d’un Traité européen adopté dans des conditions démocratiques plus que contestables (surtout si l’on se trouve par malheur être français), s’avérant peu à même a priori de résoudre les problèmes déjà posés lors de la Déclaration de Laeken (2001) surtout pour ce qui concerne les aspects démocratiques, ayant abandonné en rase campagne les aspects symboliques de l’unité européenne (drapeau, hymne, etc.) sur un froncement de sourcil britannique, ayant accepté des Droits de l’Homme européen à géométrie variable selon les pays (dont le dernier opt-out accordé in extremis à V. Klaus pour prix de sa reddition), nous laissant face à une organisation institutionnelle et politique d’une belle complexité – certes sans doute nécessaire car issue de l’histoire européenne depuis les années 1950, mais défiant pour l’heure l’entendement de 99,9% de la population adulte du continent- , bref dix ans et plus de discussion pour aboutir à cela…  On se trouve bien loin du discours de J. Fischer à l’Université Humbolt de Berlin il y a dix ans. En tant qu’enseignant, j’y vois toutefois une consolation : le système institutionnel semblant désormais établi pour longtemps, il sera plus facile à faire connaitre aux étudiants. Dans un quart de siècle,  à la fin de ma carrière si tout va bien, 5% de la population européenne maitrisera pleinement les subtilités des Traités européens, et les étudiants d’alors seront tout à fait au courant des affaires de l’Union (je suis optimiste…)

Une ère nouvelle s’ouvre donc : désormais, il faudra vivre avec l’idée que, au moins du point de vue des institutions “patentes”, celles qu’on peut facilement expliquer aux étudiants, on n’ira pas plus loin que cela. Finita la comedia! Les gouvernants (et futurs gouvernants) qui auront vécu cette séquence des années 2000 auront à cœur de ne plus jamais se mettre en situation d’avoir à se présenter devant quelque peuple que ce soit avec l’obligation – légale ou politique – de faire valider un Traité européen par l’un des peuples de l’Union. Il n’y aura donc plus jamais non plus de référendum, sauf sur des questions ne concernant directement qu’un seul État dans ses rapports avec les politiques de l’Union (en particulier l’adhésion à la zone Euro). Cette situation n’empêchera naturellement pas des évolutions, pourvu qu’elles se fassent dans le cadre institutionnel posé désormais. Le Traité de Lisbonne crée par exemple des clauses-passerelle que rien n’empêchera d’utiliser. Lorsque le leader tory, D. Cameron, semble promettre des changements de politique qui supposeraient de renégocier, même partiellement, les Traités, il est effectivement “pathétique” comme l’aurait déclaré un ministre français avant de  nuancer diplomatiquement ses propos peu amènes. Plus généralement, toute politique qui supposerait un grand chambardement des traités est donc condamnée d’avance, inutile d’en parler plus avant.  Si nécessaire toutefois, un aspect limité des textes en vigueur se révélant invivable, on se contentera d’ajustements discrets lors de chaque traité concernant une nouvelle adhésion. La “cage de fer” est désormais scellée, il faudra faire avec.

Bien sûr, personne ne sait ce que le Traité de Lisbonne fera à l’Union européenne. Il me semble toutefois que l’Union européenne va être désormais privée de ce grand instrument d’intégration symbolique qu’est “le grand Traité”. Or cet instrument – annoncer au(x) peuple(s) que l’on avance vers quelque chose de “bien” (la paix éternelle, la prospérité, voire les Etats-Unis d’Europe) via un Traité – risque rapidement de venir à manquer. Le Traité de Lisbonne renforce entre autres choses les bases institutionnelles d’une Europe qui se ferait “puissance mondiale”. La lecture de la version consolidée des traités (TUE nouveau et TFUE nouveau) ne laisse pas d’ambigüité sur ce point : l’Union européenne se veut une puissance capable d’agir sur l’échiquier du monde. Malheureusement, l’histoire des vingt dernières années de 1989 à 2009 aurait plutôt démontré que les pays européens possèdent une extraordinaire capacité à négocier et signer des traités affirmant la nécessité de leur unité de vue en matière internationale tout en laissant faire au même moment, ou peu après, des séquences pitoyables où leurs divisions s’étalent au grand jour… Je suis de cette génération qui a vu Maastricht être concomitant avec les guerres de Yougoslavie, Amsterdam précéder de peu la pantalonnade du Kosovo, et enfin le Traité constitutionnel être porté au jour au moment même où “Ancienne” et “Nouvelle” Europe faisaient des choix pour le moins divergents. Certes, on pourrait citer bien d’autres crises internationales où les pays de l’Union européenne ont fait preuve de plus d’unité, et on pourrait bien rappeler que nous ne sommes pas entretués pour Sarajevo, Pristina ou Bagdad. Toutefois, ces précédents de division lors des crises internationales augurent mal de l’avenir. Si une crise majeure advient  et si, une fois encore, les pays de l’Union européenne se divisent sur l’essentiel tout en restant fermement unis sur l’accessoire, la ressource de s’en prendre aux mauvaises institutions de l’Union pour expliquer l’échec ou de compter sur une nouvelle étape d’intégration pour compenser par l’avenir nécessairement radieux les nullités du présent et pour assurer aux peuples que cela n’arrivera plus désormais, aura disparu. Le Roi sera totalement nu, ridicule. On pourra certes faire peser le poids de l’échec sur la personnalité de tel ou tel responsable européen, et espérer faire mieux la prochaine fois avec des chefs plus avisés,  mais cela ne trompera sans doute plus personne.

Plus généralement encore, on pourrait s’interroger sur le pertinence même de cette idée de faire de l’Union européenne une puissance sur la scène mondiale, avec tous les attributs de la puissance y compris l’usage éventuel de la force des armes. Au delà des institutions, ne faudrait-il pas s’intéresser au substrat social de la puissance ? En premier lieu, la crise économique, et plus généralement les contraintes budgétaires qui pèsent sur les Etats européens, ne sont pas là pour inciter à de fortes dépenses en matière militaire. Faudra-t-il sacrifier alors ce qui reste d’État social? En second lieu, et cela me parait bien plus important que le premier aspect, sommes-nous prêts, en tant que peuples constitués d’individus de plus en plus conscients de leur individualité irréductible à quelque collectif que ce soit, à mourir pour une cause quelconque? C’est sans doute fort anecdotique, mais aussi fort révélateur : des parents de soldats français morts en Afghanistan dans une embuscade veulent porter plainte contre l’armée française, si j’ai bien compris, pour mise en danger d’autrui…  Or, jusqu’ici, il était admis qu’à la guerre, bizarrement, des soldats meurent que ce soit pour de bonnes et mauvaises raisons. La guerre tue, presque comme le tabac et les graisses polysaturés, étrange non? Serait-ce que ces soldats auraient signé leur engagement après avoir eu des garanties sur l’application “zéro défaut” par l’armée française de la  théorie du “zéro mort”?  Cette plainte traduit une chose qu’en termes hégéliens, on pourrait dire ainsi : nous sommes en train de devenir des “esclaves”, nous ne sommes plus prêts pour être les “maitres” à sacrifier éventuellement notre vie dans un combat à l’issue incertaine. J’ai bien conscience de rejoindre ici les critiques des néo-conservateurs américains sur l’impuissance européenne, mais j’y vois surtout la réalité démographique et sociologique de l’Europe! On prédit aux bébés qui naissent aujourd’hui en France un destin individualisé de centenaire, est-ce bien raisonnable de vouloir en faire de quelque façon que ce soit la “chair à canon” de la puissance européenne à venir?

Sur ce, attendons l’amusement suivant : le choix des têtes de gondole du produit médiatique : “l’Union européenne est désormais une puissance”, the EU is back on stage, and it will be blood!

Catégories : Europe · Relations internationales
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Premier inventaire avant fermeture du ban : le Traité de Lisbonne.

2 octobre 2009 · 2 commentaires

Normalement, demain vendredi 2 octobre 2009, les électeurs irlandais vont se prononcer majoritairement pour la ratification du Traité de Lisbonne. Tous les sondages publics semblent aller dans ce sens. Bien sûr, l’ampleur de la participation et l’ampleur du “oui” amèneront des commentaires de soulagement plus ou moins prononcés, mais, dans le fond, peu importe. Le calvaire n’est certes peut-être pas fini pour le Traité, dans la mesure où le  Président tchèque – dont je me demande s’il n’est pas lui aussi un protagoniste de l’art contemporain – semble décider à “jouer la montre” et où une fraction de son parti (l’ODS) serait en mesure de l’appuyer en rejouant le scénario (déjà joué pourtant!?) d’un appel à la Cour constitutionnelle de la République tchèque. Cette péripétie n’a toutefois  pas du tout le même poids qu’un vote populaire, et je doute tout de même un peu que V. Klaus puisse retenir sa signature jusqu’à l’arrivée des Tories au pouvoir à Londres. Ne serait-ce que parce qu’aucun État n’a envie de se retrouver à devoir réduire la taille de la Commission comme prévu par le Traité de Nice.

Quoi qu’il en soit des péripéties qui suivront le vote irlandais,  le bien et le mal sont faits.

Le vote irlandais devrait en effet être le dernier vote populaire sur un traité institutionnel  européen avant très, très, très longtemps. Vu les référendums français et néerlandais de 2005 et le premier référendum irlandais de 2008, une fois le Traité de Lisbonne adopté, toute modification ultérieure des Traités européens amenant un pays à se lancer dans un référendum, soit par obligation constitutionnelle nationale, soit par choix pour légitimer le processus d’intégration, semble exclue. Nous allons donc vivre très longtemps avec ce Traité de Lisbonne, dont  aucune  personne ayant un peu suivi la vie politique européenne pendant les premières années 2000 ne pourra ignorer qu’il reprend à 99,5% le contenu substantiel du “Traité constitutionnel” (C.I.G. 2004). Les modifications apportées aux Traités précédents s’avèrent tellement semblables entre les deux Traités, que, d’ailleurs, l’usage finira par assimiler les deux textes, la baliverne d’une différence vraiment substantielle ne résistant pas à l’analyse (on m’objectera cependant avec raison qu’il existe une différence de “sens” attribué à l’un et l’autre Traité). Ainsi, même si les Irlandais font un triomphe au texte, il restera de toute l’aventure engagée au tournant du siècle pour doter “l’Europe” de meilleures institutions “plus efficaces, plus transparentes, plus démocratiques”, une impression amère. Comme enseignant, je vais devoir en effet expliquer pendant  quelques années que, eh bien oui, chers étudiants, le contenu du Traité de Lisbonne se trouve être effectivement à quelques détails prés (certes pas insignifiants du point de vue légal et pratique) le même que celui du Traité constitutionnel.  Il faudrait expurger les bibliothèques de tous ces ouvrages qui célébraient l’aventure constitutionnelle européenne au début de la décennie pour ne pas avoir à mesure à quel point elle finit mal – du moins si l’on croit de manière minimale à l’idée de “volonté souveraine du peuple”. Bien sûr, le souvenir du référendum de 2005 va s’effacer rapidement à mesure que de nouvelles générations d’étudiants vont arriver dans l’enseignement supérieur qui n’auront pas directement entendu parler de ce vote. Cela sera un peu comme pour l’adoption de la Constitution de la IVème République. On oubliera donc les circonstances piteuses qui ont amené les dirigeants européens à adopter cette solution de faux-semblant, c’était cela ou rien, et, rien, cela aurait été terrible. Ils avaient leurs raisons, les peuples comprendront plus tard.

Je n’ose à vrai dire même pas imaginer ce qui pourrait se passer si les Irlandais d’aventure disaient non demain. J’aime autant ne pas être convié à ce festival de haine “anti-populaire” (en l’occurrence anti-irlandaise) qui se déclencherait parmi les élites gouvernantes de l’Europe (cf. les déclarations déjà fort menaçantes de Silvio Berlusconi ou de Nicolas Sarkozy). Je préfère que les Irlandais votent massivement oui, pour ne pas entendre ces déclarations qui rageraient sur le thème “ce ne sont pas 1% d’européens complètement idiots qui nous empêcheront d’avancer”.

Le Traité de Lisbonne représente peut-être un excellent texte, seul l’usage finalement en sera juge, mais son parcours d’adoption représentera par contre pour une génération de politiciens  une catastrophe sans fin. Chacun y a certes mis son grain de sel : les classes politiques, les électeurs, et même les juges. Je pense en particulier au jugement sur le Traité de Lisbonne rendu public au début de cet été de la part du “Tribunal fédéral constitutionnel” allemand. Certes, il reconnait la conformité du nouveau Traité avec la Constitution de la République fédérale allemande, mais allez lire le jugement (disponible en anglais et en allemand), vous serez surpris de l’argumentation. Réitérant largement la décision du même Tribunal sur le “Traité de Maastricht”, elle y ajoute une sorte d’esprit de satire tout à fait inquiétant. En résumé, le Tribunal accepte pleinement le Traité de Lisbonne, parce que ce dernier ne fait que déléguer de la souveraineté allemande à l’Union européenne, et qu’il n’institue en rien une fédération européenne (un “Bund”), et, d’ailleurs, ajoute perfidement le Tribunal, heureusement que ce Traité n’institue en rien un tel lien fédéral/étatique, parce que, dans un tel cas, la chose ainsi instituée, l’Union européenne, ne saurait correspondre en rien à une démocratie telle que l’on l’entend généralement : il n’existe pas en effet de “peuple européen”, puisqu’il faudrait pour qu’il existe que l’on ait explicitement demandé au “peuple allemand” de se dissoudre dans cette entité; il ne saurait de plus pas  y avoir de représentation de ce (non-)peuple par un Parlement européen, car ce dernier n’est pas élu (vu les différences de représentation entre Etats qui donne un poids extraordinaire aux électeurs des petits Etats) selon le principe démocratique “un homme, une voix”, et que, donc ce Parlement ne saurait faire naitre en son sein un “gouvernement européen”. Amusement de juristes qui, après tout, ont approuvé le texte sans réserves, que cette argumentation? En un sens oui, dans la mesure où cela ne change rien au déroulé de la mise en place du Traité. Le Tribunal demandait seulement dans son jugement que le Parlement allemand améliore la “loi d’accompagnement” qui règle les pouvoirs des parlementaires de ce pays en matière de nouvelles délégations de souveraineté  à l’Union.  Le Parlement (sortant) s’est acquitté de cette tâche au cours de l’été, et le Président allemand n’a plus eu qu’à signer  le Traité de Lisbonne.  “Y causent, y causent, c’est tout ce qui savent faire, ces braves juges de Karlsruhe!” Mais  la substance de ce jugement est désormais publiquement disponible pour être réutilisé en d’autres circonstances moins heureuses pour le projet européen.

Bref, ce calvaire semble s’achever… L’Union européenne sera bientôt doté de ce nouveau Traité que j’annonce aux étudiants depuis quelques années déjà. Mais  des rumeurs persistantes font état d’une candidature de Tony Blair au poste, nouvellement créé par le Traité de Lisbonne, de “Président du Conseil européen”. Je crois qu’on ne saurait rêver mieux comme personnage illustrant la manière dont il faut mener une carrière politique de nos jours. Des bruits font aussi état d’ambitions du  leader à peine défait du SPD allemand pour un poste au niveau européen, peut-être celui de Haut représentant pour la Politique étrangère. On croit rêver : on disait jadis que le Parlement européen était un lieu pour “pré-retraités” de la politique, doit-on en conclure que les postes dirigeants au niveau européen seront destinés désormais aux perdants du suffrage universel ou aux personnages désormais peu présentables au suffrage dans leurs pays respectifs?

J’ose tout de même espérer que ces rumeurs, surtout celles persistantes sur Tony Blair, ne sont que des “ballons d’essai”, de la poudre aux yeux, des vaticinations journalistiques. Pourquoi ne pas nommer Vaclav Klaus, ou le “jumeau polonais” resté sans poste, tant que nous y sommes?

En tout cas, Irlandais, votez oui, et qu’on en finisse!

Catégories : Europe
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François Denord, Antoine Schwartz, L’Europe sociale n’aura pas lieu

2 juillet 2009 · Laisser un commentaire

denordschwartzFrançois Denord et Antoine Schwartz se sont associés pour publier à la veille des élections européennes chez Raisons d’agir Éditions (Paris, 2009), un petit livre incisif,  L’Europe sociale n’aura pas lieu. Il est vrai que les résultats électoraux  de la gauche socialiste  aux élections européennes en France et ailleurs semblent devoir légitimer a posteriori leur jugement aussi péremptoire que définitif.

Ces deux auteurs y proposent en effet une thèse forte, exprimée en peu de pages (138 pages de livre de poche, notes comprises)  mais argumentée : selon eux, dès les années 1950, dans l’ADN de la construction européenne,  un programme néo-libéral  a été inclus qui ne demandait qu’à croitre et embellir. L’orientation “néo-libérale”, qu’on date souvent à tort  selon eux des années 1980, avec l’adoption du traité de l’Acte Unique et le “Grand Marché”  dont il cherche à faciliter la réalisation, et qu’on relie au “Grand tournant” de ces années Thatcher-Reagan, serait présente dès le début, aussi bien dans le Traité de la CECA que dans le Traité de Rome. C’est en un sens une évidence, le projet européen n’a-t-il pas d’abord été connu sous le nom même de “Marché commun” qui en indique bien l’orientation première? Les partis  communistes n’en ont-ils pas été les plus fervents et constants détracteurs?  Les Etats-Unis d’Amérique et leurs entreprises majeures ne l’ont-ils pas soutenu avec constance? Les universitaires américains (non-marxistes!) n’en ont-ils pas fait les premiers la théorie? Les auteurs rappellent, pour expliquer cette erreur de perspective, que les Etats européens ne se sont certes  pas privés dans les années 1960-1970 de faire quelques grosses entorses à l’esprit libéral du Traité de Rome, en protégeant par exemple leurs “champions nationaux” respectifs. Cette période, parfois appelée d’”euro-sclérose”,  explique donc l’impression de changement de cap dans les années 1980 vers une approche plus libérale de l’unification européenne. Le “tournant néo-libéral”  est donc sans doute vrai en pratique (avec la décision de 1979 sur le “Cassis de Dijon” de la CJCE qui apparait comme le coup d’envoi du bal libéral qui va suivre), mais, pour les auteurs, les années 1980 n’apportent rien  à un projet “néo-libéral” présent en fait dès l’exorde de l’aventure : “(…)l’Union européenne actuelle ne réalise pas les idéaux de solidarité  et de fraternité dont elle se réclame parfois. On ne saurait pour autant affirmer  que son inclination libérale constitue un dévoiement du projet des “pères fondateurs” conservateurs et libéraux: elle marque, au contraire, son aboutissement. L’Acte Unique a levé les obstacles à l’épanouissement des principes du marché commun (…)” (p. 122).

Qu’est-ce alors selon les auteurs que le “néo-libéralisme”  dans lequel le projet européen serait encastré? Pour eux, c’est l’idéologie selon laquelle on ne peut atteindre un optimum économique et social qu’à travers le fonctionnement libre des marchés pourvu que ces derniers soient soumis à une régulation publique qui en évite les dysfonctionnements.  Ceux-ci sont pour résumer de deux ordres : les uns inhérents à la dynamique “naturelle” du marché, les autres inhérents à la mobilisation politique des masses face aux conséquences  de cette dynamique “naturelle” du marché. Selon la thèse de François Denord, Néo-libéralisme. Version française. Histoire d’une idéologie politique (Paris: Demopolis, 2007) dont des éléments sont repris dans l’Europe sociale n’aura pas lieu, cette version 2.0 du libéralisme  résulterait de la reconnaissance par les libéraux eux-mêmes des échecs du libéralisme “manchestérien” du XIXème siècle. Le “laissez-faire” de ce dernier aurait ainsi échoué lors de la  crise des années 1930, et le célèbre Colloque Lippman de 1938 serait le point de départ réel du “néo-libéralisme” contemporain, qui entend sauver le libéralisme de lui-même. Cette reconnaissance de l’échec de la version 1.0 du libéralisme s’opère aussi bien sur le plan économique que sur le plan politique (avec la montée simultanée du dirigisme en économie et des “partis-Etats” en politique). D’une part, les tenants de cette approche “néo-libérale” considèrent que le marché, sans surveillance adéquate, de la part d’un garant en dernier ressort de son bon fonctionnement – l’État de droit -, voit disparaitre la concurrence au profit d’oligopoles ou de monopoles (les “trusts” comme on dit à l’époque). D’autre part, ils voient l’action politique des masses en réaction à ces dysfonctionnements du marché comme aboutissant nécessairement à des choix sous-optimaux car passant par un dirigisme (de droite : fascisme, ou de gauche : communisme). Ainsi, que ce soit avec l’action des syndicats ouvriers ou avec  les mobilisations partisanes des extrémismes de droite ou de gauche, on aboutit nécessairement à des règles anti-concurrentielles ou même à une étatisation de l’économie, toutes deux foncièrement nocives pour le bonheur public. On aura reconnu bien sûr la vision d’un F. von Hayek de l’ordre politique, économique et social. Tous les monopoles ou oligopoles (du côté des entreprises ou du côté des travailleurs) sont donc à proscrire, et la politique des masses  a tendance à tourner à l’aigre, il faut donc s’en méfier tout en ne l’abolissant pas toutefois comme l’auraient fait des réactionnaires de 1848. Les auteurs tendent ainsi à faire du projet européen un complot (public) de la bourgeoisie d’affaires – incarné en Jean Monnet (p. 32-34) -  qui y aurait vu  l’occasion de protéger définitivement le marché de lui-même et des aventurismes nationaux, étatiques, syndicaux et partisans.

Les auteurs rappellent aussi à quel point le Traité de Rome s’inspire de l’ordo-libéralisme allemand (p. 57-61), et relient l’expression “économie sociale de marché” actuellement en usage dans les affaires européennes à cette source en n’y voyant qu’un aimable faux-semblant selon lequel le mot “social” ne désigne ici que le modelage de la société sur les impératifs du marché (cf. l’interview des auteurs au journal l’Humanité) . Or l’ordo-libéralisme tient bien compte des conséquences sociales et politiques des échecs du marché:   la crainte de l’hyperinflation, qui détermine l’action de la Bundesbank puis celle de la BCE, tient compte du retour d’expérience (allemande) des auteurs de la doctrine.  Plus généralement, les auteurs pris dans leur (légitime) fougue anti-”néo-libérale” oublient que, pour tous les auteurs travaillant dans cette mouvance, l’économie néo-libérale fondée sur une “concurrence libre et non faussée” aboutit en principe à une satisfaction maximum de tous, en particulier de tout un chacun comme consommateur. Cette croyance dans les effets bénéfiques des marchés à la fois libéralisés et surveillés par l’État a eu d’autant plus de chances de s’enraciner dans les esprits qu’elle correspond au “miracle économique allemand”. Celui-ci voit effectivement une élévation extraordinaire du niveau de vie des masses, et donc l’éloignement de l’angoisse de la révolution qui étreignait ces mêmes élites depuis les années 1920. On peut donc comprendre leur attachement au modèle proposé. Plus généralement, les tenants libéraux ou conservateurs de l”économie sociale de marché” comme doctrine officielle de l’Union européenne insistent toujours sur les conséquences  heureuses pour tout un chacun de l’application de celle-ci. C’est sans doute là une lapalissade, mais ils évoluent, surtout s’il s’agit d’acteurs partisans (les partis membres du PPE ou de l’ELDR), dans le cadre d’une société de masse et ils ne peuvent prétendre vouloir faire autre chose que le bonheur de tous. On peut bien sûr discuter de la validité empirique de telles promesses…, mais les auteurs ont tendance à faire comme si tous les néo-libéraux européanistes ne voulaient faire que leur propre bonheur.

Selon les auteurs Denord et Schwartz, le Traité de Rome et toute la suite des Traités ne sont donc que la réalisation de cette vision néo-libérale des années 1930, dans un contexte par ailleurs marqué par l’intervention géopolitique des Etats-Unis d’Amérique en faveur de cette mise en commun des marchés européens.  L’intégration des pays occidentaux de l’Europe dans un “marché commun”  doit aux yeux des européanistes néo-libéraux créer des interdépendances qui, de fait, interdiront à l’un de ces pays de jouer la carte du “socialisme dans un seul pays” ou de tenter l”autre politique” pour utiliser le terme français des années 1980. Ils citent d’ailleurs des acteurs politiques de la gauche modérée des années 1950 qui se rendent bien compte de la contrainte ainsi posée sur toute action future au niveau national dans un sens socialiste (cf. p. 20-23 le rappel bienvenu de la position bien connue des travaillistes britanniques face au Marché commun ).

Cette présentation prend bien sûr dans l’esprit des auteurs un sens politique fort : les socialistes, qui accompagnent le projet européen depuis les années 1950, sont en conséquence les “idiots utiles” du projet néo-libéral, eux qui consentent à faire crédit aux “néo-libéraux” au nom d’un  illusoire espoir de rédemption fédérale des péchés capitaux du marché européen; les auteurs rappellent ainsi l’ère Delors (p. 98-104) pour bien montrer qu’aux avancées bien réelles du projet “néo-libéral” ne répondent que des miroirs aux alouettes sociales. Qui se rappelle en effet de la “Charte sociale” de 1989 qui avait occasionné tant de furieux débats à l’époque? J’aurais donc bien du mal à leur donner tort, dans la mesure où personne, en dehors d’un ultra-libéral jouant les exaltés à la Vaclav Klaus, ne peut prétendre que l’Union européenne possède aujourd’hui une forte politique sociale. Même si les auteurs tendent à présenter une vision qui se veut radicale, force est de constater que les savoirs acquis sur l’Union européenne permettraient difficilement de nier complètement leur approche.

Ce petit livre se veut donc un démenti à la stratégie socialiste et social-démocrate,  poursuivie avec plus ou moins de constance depuis les années 1950 par tout ou partie de cette famille politique. Celle-ci consiste à jouer le niveau européen afin de pouvoir à terme contrecarrer les pouvoirs réactionnaires nationaux. La thèse d’Altiero Spinelli, qui a théorisé dès 1941 dans le “Manifesto di Ventotene” cette manœuvre de contournement et qui a cru la rendre opérationelle  en 1984-1986 en cherchant à renforcer les pouvoirs du Parlement européen (supposé “naturellement” socialisant), serait donc caduque, tout comme la stratégie d’un Mitterand, d’un Delors ou d’un Jospin affirmant faire du “donnant-donnant” dans les années 1980-1990 avec la droite libérale et conservatrice. Sur les court et moyen termes, surtout si on regarde les éléments centraux et historiques du “social” (salaire minimum ou niveau de la protection sociale par exemple), les auteurs me semblent avoir entièrement raison; en revanche, il ne me parait pas aller de soi, sub specie aeternitatis, que l’Union européenne n’a aucune potentialité “socialiste” à son échelle. L’expérience de la Confédération helvétique ou celle des Etats-Unis d’Amérique ne plaident certes  guère pour faire d’une fédération  le lieu privilégié d’une expérience socialiste, mais une telle évolution n’est pas exclue sauf à croire en une essence libérale de toute vraie fédération : les auteurs font, me semble-t-il, un peu bon marché du changement de camp des Conservateurs britanniques depuis les années 1980. Celui-ci devrait être formalisé au sein du Parlement européen lors de cette nouvelle Législature 2009-2014. L’Union européenne actuelle correspond effectivement à une situation optimale pour les “néo-libéraux” de stricte obédience; il n’empêche que cet optimum pourrait être dérangé par des décisions “sociales”. Rien dans les Traités n’interdit par exemple un choix à l’unanimité des pays pour une politique fiscale commune qui permettrait de refinancer les Etats Providence : un libéral “historique” comme Mario Monti, ancien Commissaire européen en charge de la concurrence, le suggérait d’ailleurs récemment. Certes, on semble ne guère en prendre le chemin tant le camp défavorable à toute avancée sociale au niveau de l’Union européenne, surtout celle élargie à 27 membres, a tendu à se renforcer lors de ces élections européennes, tant on a donné des garanties dans le Traité de Lisbonne à ceux qui voudraient ne rien faire de tel (y compris les “garanties” réaffirmées en matière fiscale à l’Irlande après le premier rejet du Traité de Lisbonne), et tant le camp adverse (socialistes et sociaux-démocrates) tend dans la Grande Europe à  se réduire à une minorité permanente et divisée.

Il est logique alors que les auteurs placent leurs espoirs dans une “grève” de l’Union européenne de la part d’un État (la France sans doute) qui referait le coup de la “Chaise vide” pour faire avancer des revendications en la matière. L’hypothèse me parait d’une crédibilité toute douteuse : un seul gouvernement de gauche n’aurait guère de poids dans une Europe à 27, 28 ou plus encore, pour bloquer vraiment les mécanismes européens (comme la France du Général De Gaulle dans l’Europe des Six). Il serait à tout prendre plus simple de profiter de la clause de sortie de l’Union prévue par le Traité de Lisbonne. Je suppose quant à moi qu’il vaut mieux que la gauche française, puisque c’est d’elle qu’il s’agit ici, fasse pour un temps qui peut durer longtemps le deuil de toute sortie par l’Europe de ses difficultés françaises. Le slogan “Et maintenant l’Europe sociale” du PS aux élections européennes de 2004 (cité avec mordant par les auteurs dans leur conclusion) a fait naufrage en 2009 pour n’avoir mené à rien de bien concret aux yeux des électeurs français.  Puisque l’Union européenne  impose de fait la mise en concurrence des modèles économiques et sociaux, rien n’interdit de chercher à en jouer avec intelligence. C’est, au moins dans leurs discours, ce que ne se privent pas de faire au sein de l’Hexagone toutes les collectivités locales à gestion socialiste (communes, départements, régions). Pourquoi s’interdire de mener le même genre de raisonnement au niveau national? Certes, cela supposerait d’avoir quelques idées nouvelles sur l’art et la manière de gouverner  – mais c’est là un tout autre problème. Oserais-je citer, cruellement, l’appel d’un certain F. H. à la réflexion?

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Il ne faut vraiment pas sauver le soldat Martine!

10 juin 2009 · 2 commentaires

Sic transit gloria mundi! Comme les sondages et plus simplement le suivi de l’actualité le laissaient amplement prévoir, la plupart des alliés européens du PS français ont connu de très sérieuses déconvenues (euphémisme…) et le groupe du PSE au Parlement européen en ressort  pour le moins affaibli…  La très fantomatique nouvelle majorité de gauche au Parlement européen, dont Martine Aubry se faisait encore vendredi dernier le héraut auprès des électeurs français, a disparu dans les limbes de l’actualité dimanche soir. Et pour couronner le tout, le PS français dans l’opposition depuis 2002 (tout de même) ajoute sa propre part au déclin du socialisme européen.

En effet, pour ce qui concerne l’électorat français, certes dans un contexte d’abstention majoritaire qui demande à relativiser les résultats obtenus, il se fait humilier par le parti présidentiel et ses petits alliés  qui n’en attendaient pas tant (cf. le cas de Brice Hortefeux, élu par inadvertance), et  il manque de se faire doubler par un cartel électoral pour l’heure tout “de circonstance”. Le désastre en France semble particulièrement net si on compare les contextes qu’ont dû affronter les autres partis socialistes, travaillistes ou sociaux-démocrates, ayant eux aussi perdu les élections européennes cette année :  en effet, le PS n’est pas au pouvoir national seul ou en coalition depuis un temps qui détermine largement l’ampleur du désaveu subi (contrairement aux Britanniques, aux Espagnols, aux Portugais, aux Hongrois, aux Néerlandais, aux Allemands, aux Autrichiens, aux Bulgares); dans l’opposition, il n’est pas confronté à la force de frappe médiatique pro-gouvernementale d’un Silvio Berlusconi comme son futur allié, le Parti démocrate italien; dans des conditions de concurrence politique normales, il n’est même pas capable de limiter la casse comme certains  de ses confrères nordiques. Je n’épiloguerais pas sur la victoire du peu fréquentable (vu d’ici) SMER slovaque ou  sur la capacité des sociaux-démocrates roumains au pouvoir à se maintenir en tête (certes d’un cheveu de… jeune femme) malgré leur statut (récent) de parti au pouvoir en coalition, ni sur celui du PASOK  grec qui (hélas! Hellas!) repasse devant son rival habituel de droite, ni enfin sur celui des socialistes francophones belges qui restent le premier parti de leur communauté linguistique à la (mauvaise) surprise générale. Ces  cas, peu évoqués dans la presse française, démentent l’idée d’une déroute nécessaire des socialistes dans le contexte historique présent, qui verrait comme une inévitabilité de la droite.

Si l’on écarte donc cette idée d’inévitable  victoire des droites, il ressort d’autant plus crûment que le PS français  réussit  à faire un résultat presque aussi mauvais que celui des travaillistes britanniques, confronté à des circonstances bien plus défavorables dont un scandale d’une portée inédite (à ma connaissance) dans le contexte britannique. Les élections européennes ont déjà certes porté malchance à des dirigeants du PS français comme un certain Michel Rocard, et elles ne sont pas a priori faciles pour un grand parti de gouvernement qu’il soit au pouvoir ou dans l’opposition. La pitoyable déclaration de Martine Aubry dimanche soir n’a pourtant fait que souligner l’échec complet de sa stratégie sur cette élection. Difficile en effet d’apparaitre comme un personnage  crédible quand on annonce la veille la victoire européenne à portée de main et que son camp en général se prend une historique déculottée, difficile surtout de dire qu’il faut rénover encore et encore le Parti socialiste français quand on en représente un des représentants majeurs depuis des années…. Se battre la coulpe en public  pour se faire pardonner ses péchés est passé de mode et ne mènera pas très loin. La première rénovation passe par la liquidation politique de toutes les personnalités incarnant la ligne passée du Parti socialiste des années 1980-1990. N’importe quel jeune dirigeant à la place de Martine Aubry aurait pu avoir quelque crédibilité après quelques mois seulement de pouvoir à la tête du PS  pour appeler à une poursuite de la rénovation en proposant à l’occasion une réforme destinée à écarter tous les anciens, mais un vieil apparatchik comme Martine Aubry, “fille de” en plus, “figlia d’arte” comme on dit en italien, “politique né de politique”,  n’a plus aucune crédibilité à tenir ce genre de discours. A ce stade, cela fait presque comique de répétition. 1993, je dois rénover, 2002, je dois rénover, 2007, je dois rénover, 2009, je dois rénover, qui suis-je? sinon la même personne!

Enfin, à voir ce résultat, il m’est venu le soupçon qu’une partie des électeurs avait de la mémoire. En 2004, aux Européennes, le PS triomphait sur le slogan “Et maintenant l’Europe sociale!”. Bien évidemment, celle-ci fit comme Godot, elle ne vint pas, et l’on eut “business as usual”, l’arrêt Viking de la CJCE fut même offert en prime pour les déniaiser aux électeurs socialistes qui avaient cru respirer un temps avec la version amendée de la Directive Bolkenstein. En 2009, le PS a voulu promettre peu ou prou la même chose, soit du social au niveau européen. Une promesse ni  très nouvelle  ni très crédible (n’en déplaise à ma collègue de l’IEP de Grenoble, la juriste Florence Chaltiel, qui s’est essayé à faire rêver dans le Monde du 26 mai 2009 à ce sujet: “En Europe, tout est possible à condition de volonté politique”, dixit l’éminente collègue), d’autant plus que quelques électeurs avertis se sont peut-être rendus compte que Martine Aubry n’était autre que cette même personne qui avait été Ministre des Affaires sociales de 1997 à 2002 au temps (un peu lointain déjà certes) où les gouvernements socialistes étaient majoritaires au Conseil européen et pire peut-être (même si elle n’y est pour rien) qu’elle était bien la fille de ce même  Jacques Delors qui avait  promis un volet “social” à l’Union européenne entre 1985 et 1995 (il y a donc très, très, très longtemps…) sans que cela ne se concrétise jamais… Las d’attendre l’Europe sociale, cet électeur qui aurait eu quelque mémoire des faits décida donc de sauver au moins la planète en attendant, cela irait plus vite.

Ps. Au matin du mercredi 10 juin, il me faut constater en plus que la direction du PS a réitéré ses promesses d’ivrogne d’arrêter de boire “dans les six mois”. Je promets quant à moi de faire du sport et de maigrir de dix kilos d’ici novembre.

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Il (ne) faut (pas) sauver le soldat Martine.

3 juin 2009 · 4 commentaires

Ce matin, sur France-Inter, à la veille des élections européennes, Martine Aubry intervenait comme l’invitée dans le 7/10 de cette station. C’est peu de dire que ses propos m’ont paru une illustration parfaite du chiasme européen que je soulignais dans mon post précédent. En effet, la première secrétaire du PS a répété à cette occasion l’antienne qui lui est familière lors de cette campagne  selon laquelle le changement de majorité au Parlement européen était à portée de main,  que, si cette majorité changeait, l’on pourrait se débarrasser de José Manuel Barroso et voter rapidement des directives européennes favorables aux Français qui souffrent, qu’enfin il suffisait que dans chaque pays un député supplémentaire socialiste ou social-démocrate soit élu en plus pour faire basculer les choses du bon côté. Encore un effort, camarades, la victoire est à portée de mains!

Manque de chance pour elle, le journaliste faisant la revue de presse qui s’intercale entre les propos de l’invité a indiqué que la droite selon les sondages publics disponibles avait le vent en poupe dans toute l’Europe ou presque (et une droite dure en plus, ajouterais-je…). Un auditeur attentif ne pouvait que remarquer le hiatus entre les propos triomphalistes de la première secrétaire et la réalité annoncée ; Bernard Guetta, qui ne pouvait pas laisser passer cela tant cela crevait les oreilles, demanda  du coup très poliment  et avec quelques circonvolutions d’usage, à l’invitée si cette situation ne posait pas problème, et notre chère Martine de répondre par une envolée lyrique sur l’unité des socialistes européens et leur enthousiasme, et sur la victoire qui reste à portée de mains, et sur les commentaires qui ne doivent pas précéder les faits…

En un sens, je comprends qu’il faille faire “rêver le peuple de gauche”. Ce discours s’accompagnait d’ailleurs d’un discours inverse de peur affirmant que, si la droite  en France et en Europe l’emportait, cette dernière voterait des textes permettant au néo-libéralisme de tout raser sur son passage de ce qui reste des avantages sociaux des Français (santé, retraites, etc.).

Pour la leader d’un parti qui se veut “européen”, tout cela m’a paru pitoyable, impardonnable.

Premier point : inutile de se le cacher, tous les sondages prédisent une débâcle pour les forces liées au PES/PSE. Martine a-t-elle entendu parler de la situation britannique? A-t-elle eu des nouvelles récentes des camarades hongrois? Sait-elle qu’en Pologne, la gauche (en général) semble toujours à la limite du coma dépassé où elle se trouve depuis des alternances au pouvoir qui ont réjoui le coeur et le portefeuille des citoyens polonais? Sait-elle qu’en Italie, le parti frère membre du PES proprement dit joue sa survie parlementaire au sein d’une liste de loosers réunis (Socialismo é Libertà) qui n’est pas certaine de passer le quorum de 4% des voix  désormais exigé et que le futur allié du groupe du PES, le Parti démocrate, lutte lui pour ne pas réaliser son pire score? Il existe sans doute des situations nationales plus favorables, mais, pour le moins aucune vague socialiste ou social-démocrate ne se dessine à la veille du scrutin, les rapports de force au sein du Parlement européen devraient donc rester globalement inchangé.  De fait, concrètement , il  ne peut rester pour seul espoir pour le  PES  à l’issue de ces élections de 2009 que celui de dépasser le groupe du  PPE en sièges au Parlement européen à la faveur de l’abandon par les Conservateurs britanniques et leurs alliés (ODS tchéque en particulier) du groupe PPE-DE. L’espoir, s’il existe, réside donc dans une combinaison parlementaire liée au renforcement de la droite “anti-fédéraliste”, et non pas dans un glissement au centre-gauche des rapports de force parlementaire.

Second point : pour profiter du jeu parlementaire typique du Parlement européen, qui oblige à constituer une super-majorité pour faire fonctionner concrètement le Parlement, le PES et ses alliés (Parti démocrate et peut-être Modem?) peuvent éventuellement échanger avec le PPE affaibli par la perte de certains de ses  compagnons de route l’abandon d’une seconde présidence Barroso contre le soutien du PES  à une Commission un peu recentrée à gauche – d’un centième de millimètre tout au plus. En ce sens, Martine Aubry pourrait avoir raison, mais il ne s’agirait aucunement de changer la majorité au Parlement européen au sens de changer la majorité dans un Parlement national, mais de recentrer légèrement les rapports de force au sein du bloc de gestion habituel du Parlement européen au profit du centre-gauche en profitant du… renforcement de la droite conservatrice de plus en plus ouvertement eurosceptique. Il est vrai que cette combinaison parlementaire ne fera pas vraiment rêver l’électeur, mais c’est là une perspective (presque) réaliste. (J’en doute toutefois:  en effet, sur site de la Fondation R. Schuman, dans leur suivi de campagne, on découvrira qu’il faudrait ajouter à la liste de supporters socialistes d’une seconde présidence Barroso de la Commission, le Chancelier autrichien et le Premier Ministre bulgare, qui s’ajouteraient aux “traitres” bien connus, espagnol, portuguais et britannique, qui obligent déjà Martine et Poul Nyrup Rasmussen à tant d’habiles circonvolutions…)

Troisième point : M. Aubry fait donc comme si le Parlement européen avait une majorité modifiable par une élection et comme si une nouvelle majorité pouvait voter de nouveaux textes à sa guise. En même temps, si on l’interroge sur les votes des représentants du PES et du PS français dans le Parlement sortant, elle est obligée de reconnaître que l’on vote souvent les textes “techniques” avec tout le monde et que, par ailleurs, on vote parfois un texte parce qu’on a obtenu un amendement intéressant pour les causes qu’on entend défendre. Ce n’est pas faux,  loin de là, tout comme dire que sur les grands textes engageant des choix essentiels, il existe effectivement une vraie opposition entre droite et gauche; mais cette description réaliste du fonctionnement du Parlement européen me semble incohérente avec l’idée de changer d’un coup de baguette magique la majorité qu’on vend à l’électeur au même moment. Surtout, j’aurais envie de rappeler à l’ancienne Ministre des Affaires sociales que le Parlement européen n’a pas l’initiative des textes législatifs qu’il vote (qui reste du ressort de la Commission) et surtout que tout texte législatif européen doit avoir l’aval du Conseil – soit selon les matières traitées d’une majorité qualifiée ou d’une unanimité des gouvernements nationaux… Il est donc impossible à une éventuelle majorité de gauche (fantasmée devant l’auditeur) du Parlement européen de rien faire sans le Conseil dominé comme on le sait actuellement par des gouvernements de droite ou de centre-droit…

Pour ma part, je ne crois pas que ces incohérences dans le discours soient inévitables. Le Parti socialiste français aurait pu bâtir une campagne plus cohérente en se présentant comme le défenseur du dernier bastion (ou presque) en Europe d’un socialisme des services publics et de l’action bien ciblée de l’État. Il aurait donc mieux valu appeler les électeurs à la défense d’un modèle républicain français contre une vague déferlante européenne de droite plus ou moins dure, et bien leur indiquer qu’au Parlement européen, sans pouvoir changer les données de fond, plus le PS français et ses alliés du PES seraient forts, plus ils pourraient chercher à éviter des conséquences dommageables pour les Français qui souffrent. C’était là jouer en défense, mais j’ai bien peur que c’était une meilleure option que jouer à la Nivelle en attaque avec des chances nulles ou presque de réel succès.

Plus généralement, ces petits ou gros mensonges, demi-vérités et approximations, font ressortir nettement l’écart entre les valeurs du socialisme dont on se réclame (qui suppose de croire le peuple fait d’individus matures qui peuvent comprendre les données d’une situation si  on prend la peine de leur expliquer à la manière d’un Jaurès ou d’un Léon Blum) et la pratique politique. Si effectivement lundi prochain, les journaux européens titrent (entre autres) sur la “Fin de la social-démocratie”, Martine Aubry représentera l’une des bonne raisons de cette débâcle.

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Chiasme(s) européen(s).

2 juin 2009 · 4 commentaires

Nous entrons dans les tous derniers jours de la campagne électorale pour l’élection du Parlement européen au suffrage universel de juin 2009. Le bilan de cette trentenaire  (1979-2009) risque bien de ne pas être exaltant du tout du point de vue des espoirs démocratiques et fédéralistes dont elle avait été investie dans les années 1960-1970…  L’onction du suffrage universel (direct) qu’elle offre depuis 1979 au Parlement européen a certes  servi à en renforcer le poids institutionnel à chaque nouveau Traité depuis l’Acte Unique et donc politique dans le canonique “Triangle institutionnel” européen (Conseil, Commission, Parlement), mais elle a bien peu fait progresser la cause qu’elle devait servir au départ, à savoir l’avènement d’une “Europe fédérale” au sens plein du terme. Les gaullistes et les conservateurs britanniques qui avaient été les grands opposants à cette innovation n’ont finalement rien eu à craindre de cette assemblée élue directement par les électeurs des différents pays. Elle n’aura pas représenté la nouvelle “Assemblée de Francfort” (par allusion ici à l’assemblée pan-allemande de 1848) tant crainte à l’époque. Les appels qu’on entend encore de çi de là à ce que le Parlement élu en juin 2009 se déclare lui-même “constituant” me font rire  par leur absence totale de sens des réalités politiques les plus élémentaires. (Je propose quand à moi l’autogestion des prisons…)

Et, pour ce qui concerne cette élection de 2009, la tendance générale me semble même aller en sens presque inverse des espoirs fédéralistes et des craintes nationalistes de jadis; en effet, j’ai beau chercher un peu partout dans les médias et blogs à ma disposition, je ne trouve en fait que deux informations pertinentes et partagées jusqu’à la nausée : la première est que cette élection ne passionne personne en Europe en tant qu’élection européenne proprement dite et que cela implique une abstention forte faute d’enjeux européens fortement ressentis et faute de distribution lisible par les citoyens du pouvoir au niveau européen en raison des résultats électoraux; la seconde, envers de la premières, est que cette élection a tendance à être jouée, plus ou moins complètement selon les cas, sur des schémas d’opposition et des enjeux nationaux. La situation belge  semble être le summum de cette situation : les élections régionales y comportent des forts enjeux “communautaires” et semblent devoir marquer une dérive supplémentaire dans le complexe système politique de ce pays, et, sans trop s’alarmer, on peut se demander comment l’État belge y survivra, les élections européennes qui se passent le même jour n’en sont qu’un appendice, alors même que toutes les grandes forces politiques traditionnelles du pays restent (à ma connaissance) sur une ligne “fédéraliste” (au niveau des choix européens).

Le moins que l’on puisse dire est la théorie de l’”élection de second ordre” exprimée en 1980 dès les lendemains de la première élection européenne risque fort de survivre encore une fois au test de la réalité. Ne faudrait-il pas inventer l’élection de troisième ordre d’ailleurs?  J’ai entendu, avec quelque incrédulité tout de même, des prévisions de participation (13%?????) pour certains pays  qui font presque de ces élections des concurrentes des élections universitaires en France… Je suppose certes que beaucoup de commentateurs prêchent le pire pour mobiliser le sens civique des possibles abstentionnistes. Le site du Cevipol, le centre de recherche de science politique de l’ULB (Bruxelles), propose en français une revue de presse européenne pour de nombreux pays, or, à parcourir ces diverses revues de presse, il m’a semblé qu’on pouvait y changer les noms des partis, des pays et des dirigeants, on obtiendrait partout le même brouet insipide de l’élection intermédiaire. Au moins, pourra-t-on se dire si les électeurs européens ne sont pas passionnés par des “enjeux européens” et par une “vraie” élection européenne, vivent-ils au moins tous parallèlement le même scénario de la politique des petits chevaux (ou plutôt de la course d’entrainement au grand galop qui vient ensuite).  En somme, c’est la version politique du succès de “Qui veut gagner des millions?” sur les télévisions européennes, partout le même format audiovisuel, partout le même enjeu monétaire et narcissique pour les candidats au jeu, mais à chaque fois des questions différentes en fonction de ce qui constitue le bagage culturel de l’audience visée (je conseille de suivre ce jeu dans une langue étrangère et dans un pays étranger, c’est un cours gratuit de Landeskunde, comme disent les Allemands). C’est déjà ça, réussir à ennuyer 350 millions et plus de personnes, et à en faire voter quand même une grosse minorité,  c’est tout de même une belle réussite! Pour revenir à la politique, l’élection européenne, c’est un peu comme des élections municipales: à chacun sa commune et ses enjeux communaux, avec une dose de nationalisation du scrutin plus ou moins importante. (Simplement, personne n’aurait l’idée de faire de tels élus “communaux”, les élus “nationaux”, sauf dans un schéma fédéraliste à la Jean-Jacques Rousseau de vote pyramidal de la commune à l’Univers ou dans notre Sénat….)

En même temps, malgré toute cette abstention prévue, tout ce désintérêt, des électeurs se déplaceront pour voter, ils le feront sans doute majoritairement pour produire ou empêcher une conséquence politique nationale (ou même régionale), mais aussi pour soutenir un parti pro-européen (ainsi, en France, il semble sûr dans tous les cas humainement envisageables que le score cumulé de UMP+PS+Modem+Verts sera très supérieur au score cumulé de tous les autres partis en lice à droite ou à gauche, que je regroupe un peu arbitrairement certes dans un “enfer” des anti-européens ).

On devrait donc avoir un chiasme de plus en plus accentué : l’abstention aux élections européennes s’explique par la nature européenne de l’élection, d’une part parce que la nouvelle répartition du pouvoir dans l’Union européenne à la suite de ce vote reste très faiblement lisible pour les profanes à travers le sort réservé à des personnes particulières (le jeu de chaises musicales est pour le moins subtil),  d’autre part, parce que les électeurs n’ont toujours pas compris la hauteur des enjeux traités par le Parlement européen. Pour reprendre  un argument en faveur du vote souvent entendu ces jours-ci en France, ces naïfs d’électeurs oublient que  “80% des lois françaises se décident d’abord à Bruxelles”, et, comme le dit la campagne d’incitation au vote, “c’est ton choix”.  Selon Olivier Costa et Sylvain Brouard, dans leur récent article dans le Monde, intitulé “Mythes et réalités de l’européanisation”, ce mantra d’incitation au vote serait cependant une légende urbaine que l’examen précis des sources de la législation française suffirait à démentir…. On en conclura pour notre part, un peu facilement certes (à la Moravscik), qu’il est donc inutile d’aller voter pour si peu…, ou, un peu moins facilement, on remarquera que, si les partis politiques  devaient en plus mobiliser les électeurs sur les seuls domaines précis de compétences légales du Parlement européen, remises elles-mêmes en perspective dans le schéma général de “gouvernance européenne” (avec par exemple le poids de la CJCE), le nombre d’électeurs s’écroulerait encore plus; il faut faire rêver l’électeur de “lendemains qui chantent” (ou tout au moins ne déchantent pas trop…), et je ne crois pas qu’une description précise et vraie du rôle et des attributions du Parlement européen par la science politique puisse remplir cet objet.  Toutes les campagnes d’information sur le rôle du Parlement européen font d’ailleurs comme si  ce dernier avait un rôle des plus éminents et, comme si le sort de l’Europe et du monde  en général se décidait dans sa seule enceinte.  Cette abstention, rationnelle surtout si on suit O. Costa et S. Brouard dans leur analyse, ne traduit  cependant pas nécessairement à un sentiment d’aliénation des électeurs abstentionnistes vis-à-vis de l’Europe, comme le montrent  les sondages sur le cas polonais: nos compatriotes polonais “europhiles” déclaratifs, surtout les jeunes, vont s’abstenir massivement, mais cela ne voudra rien dire d’autre que “Qui ne dit mot consent!” . Il va falloir ressortir des placards le bon vieux concept de “consensus permissif” en lui donnant un gradient Est/Ouest.

Si l’abstention est prioritairement européenne, la participation aux élections européennes est elle prioritairement nationale, en un double sens : une partie des électeurs croit sans doute les propos des partis politiques nationaux sur la capacité de ce parti de changer quelque chose en “Europe” – en étant de fait complètement aveugle à la nature spécifique de la “gouvernance européenne”.  Les électeurs se laissent leurrer à croire qu’en Europe, cela fonctionne grosso modo comme dans un pays particulier vivant en démocratie représentative (avec une majorité et une opposition, ou des accords de coalition qui peuvent changer fortement en fonction du résultat électoral). C’est le cas de l’électeur UMP qui croit sincèrement qu’un poids supplémentaire de ce parti  au Parlement européen et dans le PPE va changer les orientations générales de l’Union européenne en direction d’une “Europe qui protège”, d’une Europe qui si elle veut, elle peut. Or un parti national, aussi puissant soit-il, ne peut guère changer les orientations d’un tel Parlement à lui tout seul. Il faut que sa famille politique l’emporte très nettement dans toute l’Union, et qu’en plus, cette famille soit sur la même ligne politique sur les aspects cruciaux. Même avec 95% des voix des électeurs français avec 90% de participation en France, N. Sarkozy ne deviendra pas pour cinq ans le leader suprême de l’Union européenne (sauf à ce que tous nos partenaires acceptent qu’il cumule dorénavant Présidence française, Présidence de la Commission,  et Présidence fixe du Conseil européen…) Plus sérieusement, l”affaire de la candidature turque à l’UE suffirait à montrer que le PPE ne propose pas une ligne unifiée sur ce point, même si l’UMP et la CDU viennent de réaffirmer à mots couverts par le texte commun Sarkozy-Merkel leur unité de vue ce dimanche. Ce n’est donc  pas parce l’UMP et la CDU emporteront chacun une grande victoire dimanche prochain (ou une non-défaite) que l’Union européenne dira définitivement dans les quinze jours à la Turquie que “Non, désolé ce ne va pas être possible…” Cela constituera au mieux un “signal”, terme obscur pour dire que le curseur s’est déplacé d’un millimètre vers le refus de la Turquie en Europe. Passons, l’électeur UMP peut encore y croire un peu en sachant de quoi il retourne au niveau européen, mais l’électeur PS lui ne peut voter qu’en pleine ignorance de cause! En effet, même si le PS français connaissait une embellie (et que les sondeurs aient tout faux sur son cas!), comme presque tous ses alliés socialistes et sociaux-démocrates vont eux au massacre électoral (plus ou moins accentué certes, il y aura un abîme de ce point de vue entre les Britanniques du New Labour et les Espagnols du PSOE), il lui est donc logiquement hors de question d’être majoritaire au sein du Parlement européen, ou même d’y progresser nettement en pourcentage des sièges détenus avec ses alliés. Par ailleurs, comme le montre jusqu’à la caricature les soutiens de certains chefs de gouvernement issus de partis membres du PSE ou de responsables de ces  mêmes partis frères (?) à un nouveau mandat pour José Manuel Barroso à la tête de la Commission, les élites du PSE ne font guère preuve d’unité d’intention (sinon dans le sauvetage de ce qui peut encore être sauvé en termes de maigres dépouilles à distribuer…). On peut en dire autant pour l’électeur du Modem, qui doit ignorer que, même en cas de succès  historique en France, la place des élus du Modem, au sein du Parlement européen, sera ancillaire faute de vrais alliés à faire valoir au sein du Parlement… sauf à se rallier au groupe du PSE. Pour ne parler des petits partis français, qui même s’ils ont des élus en dépit de leur dispersion et du mode de scrutin coupe-minorité, auront une influence minime dans le processus législatif. Bien sûr, les partis français ne vont pas expliquer cela à l’électeur, qu’au mieux leur vote permet de gagner de l’influence  – ce qui en soi est important! – et non pas de faire à eux seuls la décision, et certains électeurs croiront en toute bonne foi que leur vote peut faire la différence dans les affaires européennes. Autrement dit, parmi les électeurs qui déclarent voter pour des enjeux européens à l’élection européenne, encore faudrait-il faire la proportion de ceux qui ont conscience de la nature de la “gouvernance” européenne qui donne de fait à leur vote une nature différente de celle à laquelle ils sont accoutumés dans les affaires nationales.

A cette première raison “nationale” de voter par confusion sur la nature du système politique en cause, est-il besoin d’ajouter qu’il existe surtout de nombreux enjeux ou identités nationaux qui incitent à voter à cette élection européenne. Ces élections européennes sont prises un peu partout en Europe dans la “campagne permanente” en cours pour obtenir ou défendre le pouvoir national. Je suis bien sûr fortement influencé par le cas italien que je m’efforce de suivre, où l’élection européenne est en train de se transformer au fil des jours en un plébiscite pour ou contre S. Berlusconi et pour ou contre son droit irréfragable à une vie privée dissolue.  Mes pires cauchemars en terme de “peopolisation” sont dépassés, c’est sans doute la première campagne Eva 2000 (du nom d’un journal italien à scandale) de l’histoire politique italienne.  Notre cher S. B. fréquente-t-il des jeunes filles mineures? Si oui, jusqu’où cela va-t-il? En a-t-on des preuves photographiques? La saga Monica Lewinski est de retour en version catholique. Pitié!!! Qu’y aura-t-il donc d’”européen” dans cette élection? A part, le mot “européen” qui les définit et qui agrémente les slogans des différents partis, rien de rien à ce jour. La situation britannique n’a guère l’air plus enviable où, apparemment, une contamination est en train de se faire entre un scandale impliquant la classe politique britannique élue à Westminster et les élections européennes (encore le scandale aurait-il porté sur les dépenses indues des Eurodéputés britanniques…) Il faudra faire le bilan dans les 27 pays de l’Union européenne aprés l’élection, mais j’ai bien peur que la balance penche vraiment fortement du côté des incitations nationales au vote. Si les Britanniques se précipitaient cette année aux urnes, il sera difficile de ne pas voir le lien de cause à effet avec la situation vécue par le pays – même si , à Bruxelles, on se réjouira d’une hausse de la participation! Il sera difficile de prétendre à une crise d’europhilie des Britanniques…

Le chiasme réside donc dans le fait que l’Europe (ou du moins les personnes qui se sont investies dans une carrière via le Parlement européen) a besoin d’électeurs  pour se légitimer comme une instance élue directement par le peuple – et de préférence d’électeurs votant sur des enjeux européens : c’est ce qu’exprime exactement sa propagande paneuropéenne: “A toi de décider!”, ou la campagne française d’incitation au vote avec des informations fictives qui pourraient arriver si nous ne votons pas aux Élections européennes, mais qu’elle les trouve de fait majoritairement pour des raisons nationales, identitaires, passionnelles, qui n’ont que peu à voir avec le rôle officiel de ce Parlement européen, à savoir délibérer sur des textes d’intérêt général européen.

Le chiasme me semble s’accentuer encore cette année parce que le Parlement européen s’est lancé, de manière pour le moins téméraire à mon sens, dans une campagne de communication paneuropéenne visant à augmenter la participation de l’électorat, et en particulier de l’électorat le plus jeune. Comme tout indique que les tendances lourdes de la sociologie électorale vont l’emporter sur l’écume de la communication – même bien faite -, et que l’abstention sera encore une fois fortement clivée selon les âges de la vie et tous les autres critères sociologiques pertinents, le Parlement européen risque bien d’attirer malencontreusement ainsi l’attention sur le fait qu’il n’est pas élu par une part aussi importante que cela de l’électorat potentiel. Les médias ont d’ailleurs saisi tout l’intérêt de mettre l’accent sur ce point pour essayer de “faire évènement” faute de trouver autre chose à se mettre sous le clavier. J’entends déjà d’ici les commentaires des journalistes selon que la participation globale a reculé ou a progressé par rapport à 2004 – ces commentaires n’auront sans doute aucun sens faute de tenir compte des nombreuses modifications circonstancielles propres à chaque pays et au poids relatif à chaque fois diminué des pays à vote obligatoire (je doute qu’on ose proposer un taux de participation à 15 pays seulement pour avoir une comparaison fiable, ou un taux de participation sans tenir compte des pays à vote obligatoire, ou en défalquant  du calcul tous les pays organisant en même temps d’autres élections pour 2004 ou 2009 ou les deux… ce qui rendrait une comparaison 2004-2009 difficile il est vrai…) et faute de tenir compte des raisons du vote ou de l’abstention dans les différents pays.

C’est un peu la même chose du côté de l’usage d’Internet. Je suis frappé par la multiplication quasi à l’infini d’initiatives visant à faire quelque chose sur le net à l’occasion des élections européennes. En France en tout cas, quelqu’un qui voudrait suivre tout ce qui se passe sur le net à propos des élections européennes pourra y trouver une façon de soigner son insomnie.  En même temps, si toute cette activité se trouve être concomitante avec une abstention élevée des électeurs (sauf surprise!), eh bien, cela semblera un peu étrange dans un premier temps. “So much noise in the cyberspace for nothing”. Les caractéristiques sociologiques des personnes soutenant l’Union européenne et s’y intéressant expliquent largement ce surinvestissement dans le média Internet, et sans doute son impact imperceptible (même si des collègues  quelque part en Europe vont en faire leur sujet de recherche, cela remplira bien quelque panel de l’ECPR ou de quelque autre société savante en mal de sujet).

Plus généralement, la faiblesse de la participation me semble résulter enfin  résulter d’un progrès de la réflexivité, ou plus simplement d’un effet d’expérience. Tout le monde (qui s’intéresse un peu à la politique) sait d’expérience que les électeurs voteront majoritairement dans tous les (grands) pays pour des partis qui s’inscrivent dans le fonctionnement normal de l’Union européenne; les familles conservatrices, libérales et sociale-démocrates, et leurs appendices verts, régionalistes et nationalistes modérés, seront encore en juillet 2009  majoritaires au Parlement européen, et ce quoi qu’il arrive. Une victoire paneuropéenne du parti “Libertas” a autant de probabilité d’advenir qu’un débarquement d’une ambassade de la planète Jupiter sur le parvis de la Maison Blanche entre aujourd’hui et le 7 juin. Le Parlement européen continuera donc de fonctionner sur sa lancée : aussi fort soit-il aucun mouvement d’opinion strictement national ne peut espérer rien y changer…  Le PS dépasserait-il les 50% en France, qu’est-ce que cela changerait si ses alliés s’écroulent ailleurs?  Les “100 jours” d’application du “Manifesto du PSE” en cas de “victoire” de ce parti européen de la gauche modérée, évoqués il y a quelques semaines par Martine Aubry pour motiver l’électorat français en lui faisant miroiter une autre politique, sont ainsi aussi crédibles qu’une révolution spartakiste dans les quinze prochains jours pour renverser Angela Merkel. Ainsi même si l’UKIP et le BNP raflaient presque tous les sièges britanniques, cela ne changerait rien! Idem pour un succès historique du FPÖ ou du BZÖ en Autriche, ou tout autre situation surprenante : du genre la liste G. Wilders dépassant les 50% des suffrages dans les plus si paisibles Pays-Bas.

Par ailleurs, même sur la politique proprement nationale, cette élection européenne ne change rien. Si on regarde l’histoire politique française de ces élections européennes, force est de constater qu’elles font partie des épiphénomènes. Où est passé le RPF triomphant d’il y a quelques années? Le PS ou les grands partis de droite modéré ont-ils été “tués” par un mauvais score à une élection européenne? Cela peut casser une carrière (et encore, il faut des circonstances exceptionnelles, cf. N. Sarkozy comme contre-exemple), mais cela ne change pas grand chose sur le moyen terme. C’est la même chose ailleurs. C’est en cela que j’aurais envie d’inventer la notion d’élection de troisième ordre…. (proposition de définition : élection dont on sait qu’à terme ses résultats ne portent guère à conséquences aussi flamboyants soient-ils à première vue).

Ce progrès de la réflexivité n’amuse pas tout le monde semble-t-il. D. Reynié, intervenant il y a quelques jours dans le journal de FR3 de 19h30, pour présenter le résultat de son enquête préélectorale paneuropéenne (à lui!) qui annonçait comme les autres une forte abstention malgré un européisme tout aussi majoritaire dans l’opinion des sondés, avait un air un peu contrit qui ne lui ressemblait pas. Il s’inquiétait du niveau prévisible d’abstention, et se demandait si,  la tendance à l’abstention dusse-t-elle encore se renforcer, il ne fallait pas ouvrir une réflexion sur l’usage d’un tel mode d’élection… Moment temporaire de déprime, plutôt étonnant tout de même de sa part.

En fait, sauf à informer les citoyens que l’Europe n’est décidément pas démocratique, on ne peut en aucun cas supprimer ces élections au suffrage universel; il serait donc bon de les doter d’une nouvelle  théorie (en fait une ancienne). Ces élections européennes ne visent en réalité qu’à former un Parlement européen, elles ne représentent pas au sens fort du terme des courants d’opinion paneuropéen qui n’existent pas ou qui n’existent pour l’heure que de manière “inter-nautique”, elles ont juste un rôle fonctionnel; du coup peu importe pour quel motif les électeurs votent, il suffit qu’ils votent, le feraient-il d’ailleurs en trés petite proportion, y compris pour donner leur absolution à un chef de gouvernement frappé de priapisme. Cette théorie de l’électorat-fonction paraitra un peu réactionnaire je l’avoue, mais elle me semble bien correspondre à la réalité de l’élection en cours.

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Alegerile Europene. Tu decizi.

26 mai 2009 · 2 commentaires

Version roumaine de la campagne du Parlement européen.“Elections européennes. Tu décides”. On aura reconnu le slogan de la campagne paneuropéenne menée par le Parlement européen pour inciter à la participation électorale le 7 juin 2009.

Eh oui, je me suis fait rare sur ce blog… J’étais en vacances dans ma belle-famille roumaine, et mes parents par alliance ne sont équipés que de clavier “Qwerty” sans accents ce qui rend toute écriture informatique bien pénible, d’où mon silence de ces jours-ci. J’ai donc passé une quinzaine de jours (du 6 au 20 mai) dans ce pays qui vote pour la deuxième fois seulement aux Élections européennes, et bien, croyez-le ou non, dans ce pays de l’(ex) “Nouvelle Europe”, la campagne électorale pour les Européennes se voit dans les rues et à la télévision. Il existe indéniablement dans ce pays une double campagne, à la fois pour encourager les électeurs roumains à s’exprimer et, de la part de chaque parti politique, pour emporter les sièges d’Europarlementaires qui lui sont dus selon lui.

P5151124Je ne comprends pas très bien la langue roumaine, je peux juste suivre le sens d’une conversation sans pouvoir cependant  y mettre mon grain de sel (ce qui devient un peu frustrant à la longue), mais je n’ai aucun problème à comprendre les slogans des grands partis politiques roumains. Celui du Parti social-démocrate (PSD Partidul social-democrat, membre du PSE) vous rappellera quelque chose : “Pentru 0 Europa sociala” (Pour une Europe sociale), que j’ai vu en petites affichettes sur les lampadaires partout dans la modeste  ville moldave  où habitent mes beaux-parents. On trouvera aussi le plus terne : “Alege Bine” (Vote bien). Celui du Parti démocrate-libéral (PD-L Partidul Democrat – Liberal, membre du PPE) m’a semblé plus original : “La bine si la greu” – c’est selon ma femme la même formule que lors d’un mariage, “pour le meilleur et pour le pire”! Cela m’a étonné dans un premier temps, un parti qui vous propose de voter pour lui “pour le pire”, mais j’ai trouvé cela plutôt bien vu, un idéal-type d’appel à l’identification partisane dans le contexte de crise économique montante. C’est le parti du chef du gouvernement, Emil Boc, un homme  de taille modeste qui veut sans doute se la jouer à la Churchill. Un de ceux du Parti national-libéral (PNL Partidul national-liberal, membre de l’ELDR) m’a tellement plu que je n’ai pas résisté à l’immortaliser en le prenant en photo en situation en plein coeur de Bucarest : “Europa este liberala” – soit, vous l’aviez deviné, “L’Europe est libérale” (ah enfin du parler vrai!) Un autre slogan du PNL qui fait chaud au cœur est : “Bani pentru Romani. Bani europeni”, soit:  “De l’argent pour les Roumains. De l’argent européen” (sic). Ce slogan pour le moins  “matérialiste”, pré-Ingelhartien si j’ose dire, m’a évoqué  le rappel de l’aide américaine dans les années 1950 dans les campagnes électorales à l’Ouest du continent de la part des partis conservateurs. Les autres partis m’ont semblé inexistants dans l’espace public.

Ces slogans basiques sont toujours accompagnés d’un code couleur omniprésent : le PSD est rouge, le PD-L est orange, le PNL est jaune-bleu.  Comme me l’a dit ma belle-soeur, une urbaine fière de l’être qui enseigne l’anglais aux enfants dans une école privée de la capitale, de toute façon,  “le villageois” a besoin de signes simples pour se repérer, et les couleurs, surtout si vives,  c’est donc vraiment pratique. C’est vrai qu’on ne peut les manquer. On ne peut pas manquer non plus les stands établis au coin des rues de Bucarest avec ces mêmes couleurs, aussi entêtantes à la longue qu’une publicité pour une vulgaire marque de boisson gazeuse.

P5171157Ma connaissance du roumain ne m’a pas permis de comprendre tout le sel des arguments échangés lors des débats télévisés,  sinon que chaque parti prétend présenter les plus compétents des hommes et des femmes pour représenter le pays à Bruxelles. J’ai bien saisi toutefois que les enjeux de cette campagne européenne n’étaient pas d’une saillance extrême du point de vue européen. Par contre, l’information télévisée, qui constitue là comme ailleurs la source privilégiée d’information du grand public, était pleine du nième épisode de la grande saga (implicite), le Président Basescu contre le reste du monde (se représentera-t-il? oui, non, peut-être, quand?  comment? pourquoi? etc. ad libitum jusqu’à la nausée). Dans ce flux continu d’événements présentés par une rhétorique télévisuelle à la Fox News ou presque comme décisifs pour le sort du monde (au moins, si ce n’est de l’univers!), je me suis noyé pendant de longues heures. C’est une expérience dictée par la nécessité de l’ennui de la vie provinciale qui m’a fait tester le degré d’irréalité qu’atteint la vie politique présentée ainsi comme “Dallas-sur-Dambovitza”. A force de zapper entre chaînes, j’ai fini par avoir la surprise (pour moi) de trouver que, “le réel” (au sein du Spectacle!), c’était au choix : un match de football (y compris en différé), un récital de chansons folkloriques roumaines, ou encore un interview d’un sommelier roumain sur la vertu de cet objet merveilleux qu’est un “tastevin”(in french in the text). A cause de mon handicap linguistique,  je me suis mis finalement à la place de quelqu’un qui ne comprend pas grand chose à la politique et qui est scotché toute la journée devant sa télévision. C’est en fait une expérience salutaire que d’expérimenter de temps en temps ce que l’on enseigne soit même par ailleurs, à savoir que “la politique” constitue un univers aux codes particuliers auxquels tous les habitants d’un pays n’ont pas naturellement accès. Pour tout dire, si les Roumains ne se rendent pas beaucoup aux urnes le 7 juin, je ne serais pas plus surpris que cela. Il y aura eu une campagne certes, mais perdue dans “Dallas-sur-Dambovitza”, elle risque bien d’être passée inaperçue.

Catégories : Europe · Sociologie politique
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Philippe Riès, L’Europe malade de la démocratie.

5 mai 2009 · 2 commentaires

riesVous avez un ami militant de l’UMP et vous voulez lui donner de quoi se chauffer le sang une bonne fois avant les Européennes? Vous avez un ami sympathisant du PS  et vous voulez le remotiver dans son militantisme à l’occasion des Européennes de juin?  Un ami rallié au NPA ou au “Front de gauche”, un peu trop calme ces temps-ci à votre goût? Une lointaine connaissance souverainiste ou chasseur, un peu en manque d’un complot bruxellois contre quelque coutume immémoriale?  A tous ces gens différents par ailleurs, offrez ou faites offrir le petit opuscule de Philippe Riès, L’Europe malade de la démocratie (Paris, Grasset, 2008); s’ils le lisent jusqu’au bout sans défaillir, vous verrez, cela leur fera un petit effet sympathique, leur militantisme en sera relancé jusqu’au 7 juin au moins.

Que dit en effet ce tout petit ouvrage de 134 pages (en petit format)? En gros, Philippe Riès explique à son lecteur que, pour la construction européenne, tout irait  bien mieux si les politiques nationaux ne s’en mêlaient plus, et notre auteur de se lancer dans un plaidoyer pour une Europe où la Commission, incarnant l’intérêt général européen, deviendrait dominante de nouveau dans l’initiative politique réelle et où les politiques, qui suivent bien trop les récriminations populaires, seraient remis à leur juste place. Pour tout dire, P. Riès  offre ici un vif plaidoyer pour une Europe (néo-)libérale, où la Commission prendrait soin du long terme et où le marché unique ainsi valorisé deviendrait la solution à (presque) tous nos maux. Pour notre auteur, J. M. Barroso, l’actuel Président de la Commission, n’est  d’ailleurs qu’un odieux tiède, “vendu” aux tendances protectionnistes et souverainistes des gouvernements nationaux, un renégat du maoïsme et du libéralisme à la fois incapable d’imposer à tout ce beau monde les vertus régulatrices du marché. On comprend facilement le titre de l’ouvrage : trop de démocratie (c’est-à-dire d’écoute de la part des politiques des demandes protectrices / protectionnistes des électeurs et des lobbys nationaux – soit “démocratie = populisme+ corporatisme”) nuit à l’intégration européenne entendue comme recherche d’un optimum productif (et donc eudémonique) par le marché. Selon l’auteur, le consommateur européen s’est trouvé maltraité par exemple avec l’abandon de la première version de la Directive Bolkenstein, sous le coup des populismes et des corporatismes. Pour Riès, “seul le Marché sauve!” Et prenons garde surtout à ne pas demander leur avis aux électeurs! Ils sont bien mauvais juges de leurs intérêts (comme semblent s’en être convaincu une partie des économistes les plus libéraux et quelques géostratéges aux vues amples, héritiers sans doute de Guillaume II).

Le plaidoyer a été écrit avant la crise financière de la seconde moitié de l’année 2008,  ce qui lui donne évidemment une tonalité déjà un peu passée, mais cet opuscule reste(ra) une synthèse de ce qu’on peut dire de plus farouchement élitiste à notre époque.  De fait, il est rare que quelqu’un s’exprime publiquement de cette manière;  il est vrai que l’auteur ne nous propose tout de même pas une solution à la Chilienne façon Pinochet pour résoudre les problèmes posés par la démocratie et ses politiciens qui écoutent l’opinion publique et les lobbys, le texte en perd du coup un peu de sa cohérence par moment où l’on revient à des récriminations plus ordinaires, mais bon, dans l’ensemble, cela reste fort. Il cite en conclusion Anselm Kiefer, le plasticien, qui aurait écrit en 2007: “La démocratie est quelque chose de plus intéressant que le populisme. Nous devons la réinventer. C’est une erreur de demander au peuple si nous avons besoin de l’Europe (!!!!???). Aujourd’hui, nous n’avons plus besoin des nations. Ce qu’il nous faut, c’est l’Europe.” Je ne sais si la citation est exacte; en tout cas, cette réinvention de la démocratie à teneur nulle en populisme (et corporatisme), j’ai bien peur qu’elle ressemble fort à la réinvention de l’anti-parlementarisme des années 1900-1945, du moins dans ses aspects technocratiques. En effet, j’ai toujours du mal à imaginer ce que pourrait vouloir dire d’autre sortir de la “démocratie d’opinion” au nom de l’intérêt général en donnant le pouvoir de décision à une élite restreinte de “meilleurs d’entre nous”.

En lisant ce pamphlet, je n’ai pu m’empêcher de penser aux “vertus” de ces politiques  aussi nationaux que démocrates  si décriés ici, je n’ose en effet imaginer ce que deviendrait l’Union européenne sous l’emprise du mépris  absolu de son “déficit démocratique” auquel nous invite l’auteur.

Catégories : Europe · Note de lecture

Des élections européennes? Où ça des élections européennes?

16 avril 2009 · Laisser un commentaire

Jean Quatremer est un grand journaliste, mais un journaliste un peu taquin: à la veille de ses propres vacances, il a publié sur son blog, un petit “scoop” sur le sondage Eurobaromètre concernant les élections européennes. Ce sondage EB 71.1, selon ce qu’il en rapporte, indiquerait une faible participation à venir aux Élections européennes de cette année. L’abstention finirait au total par s’établir à en croire les déclarations des sondés  à 66%, soit à un taux de participation de 34%. Cette information a largement été reprise et commentée avec quelque alarmisme. Sur le site de la Commission, les différents rapports de ce sondage effectué en janvier-février 2009 sont désormais disponibles; en lisant le rapport de synthèse, on s’apercevra d’ailleurs que la Commission précise bien (en gras dans le texte) qu’un tel sondage ne peut pas prévoir un taux de participation, surtout à six mois du scrutin. On leur donnera facilement raison, et l’on sera tenté d’accuser J. Quatremer et tous ses confrères qui l’ont repris d’avoir présenté abusivement les résultats de ce sondage. En même temps, ce sondage ne fait que confirmer une conviction bien établie par les expériences précédentes (de 1979 à 2004), à savoir que l’élection européenne ne peut qu’échouer à passionner les foules. J’ai essayé de faire un peu le tour de ce qui se dit à ce propos, et si j’ose dire, il existe là un consensus.

Par exemple, Olivier Costa, notre collègue bordelais, par ailleurs l’un des dirigeants de la Section d’Etudes européennes (SEE) de l’AFSP, donne un texte au site “Les Euros du village”, intitulé tout bonnement : “Pourquoi les électeurs boudent les élections européennes… et pourquoi ce n’est pas si grave” (en date du 19 février 2009). L’explication de l’abstention, qu’on y lira,  s’accompagne ici des motifs qui font qu’il ne faut guère s’en inquiéter, le Parlement même bien mal élu remplissant fort bien les fonctions que l’on en attend au sein du Triangle institutionnel. On ne sera guère étonné de lire une telle analyse sous la plume de l’auteur de Le Parlement européen, une assemblée délibérante (Bruxelles : Presses de l’Université de Bruxelles, 2001), livre qui a constitué une des premières analyses fouillées en français du fonctionnement et du rôle réel du Parlement européen dans la gouvernance européenne. Comme le montrent toutefois les quelques réactions qu’a suscité le texte de notre collègue, la logique ici proposée mène irrémédiablement à la conclusion qu’il ne sert à rien à ce que ce Parlement là soit élu directement par les citoyens. Olivier Costa considère en effet les craintes pour la faible participation électorale comme des instrumentalisations de la part de divers acteurs tout internes au système européen de gouvernance. Il a raison de son point de vue, mais il oublie toutes les attentes que font naître chez les citoyens ordinaires (et si j’ose dire les journalistes ordinaires) l’idée  d’une élection au suffrage universel direct d’une institution quelle qu’elle soit. Il oublie en quelque sorte le “mythe démocratique” qui surplombe toute la situation, et auquel quoi qu’il en ait, une partie au moins des profanes croit encore. La Chambre des Lords  en Grande-Bretagne ou le Conseil économique et social en France  jouent certes bel et bien leur rôle  respectif dans les “gouvernances” des deux pays, mais il n’empêche que leur rôle changerait (un peu) en cas d’élection directe, ou plutôt devrait changer en bonne logique démocratique. On notera d’ailleurs qu’Olivier Costa s’exprime en termes plus mesurés le 11 mars 2009 quand il donne un entretien au site “Toute l’Europe”, où il ne met pas directement en cause l’axiome, la prémisse, selon laquelle il faudrait que les Européens se déplacent plus pour voter aux Européennes – ce qui pourtant me semble être le sens de son intervention écrite dans les “Euros du village”. (Il est vrai que le site “Toute l’Europe” est mobilisé pour répercuter toutes les initiatives incitant le peuple français à aller voter).

Bruno Cautrès ne disait pas autre chose à la demande du  même site “Toute l’Europe”, lui non plus, en date du 17 décembre 2008, ne s’attendait pas à des bouleversements en terme de participation électorale : sa conviction semble d’autant plus difficilement attaquable tant elle est exprimée (voir la vidéo disponible sur le site) avec la plus grande pondération.

Cette abstention prévisible n’empêche pas pourtant les acteurs les plus engagés dans la défense du niveau européen de décision de construire une communication destinée à engager les citoyens à aller voter. Le Parlement européen consacre une partie de son site à une campagne d’information, destinée à inciter au vote, qui s’intitule “Elections européenne : à vous de choisir”. Cela ressemble à une version Internet de la bonne vieille instruction civique de mon enfance. Plus sérieusement, la Fondation Robert Shuman a créé un site ad hoc sur les élections européennes. Ce site, déjà plus efficace que celui du Parlement européen, comporte une intéressante section sur la participation et le vote utile. Tout en constatant chiffres à l’appui que depuis 1979, la participation baisse régulièrement, la Fondation propose l’analyse suivante :

“Une faible participation aux élections européennes favorise mécaniquement les partis protestataires, dont l’électorat a tendance à se mobiliser davantage, et qui auront alors un nombre de députés supérieur à ce que leur poids politique réel leur permettrait d’envisager. La surreprésentation de ces partis au sein du Parlement européen est d’autant plus forte que c’est le scrutin proportionnel qui est en vigueur pour les élections européennes. Une faible participation aux élections européennes produit aussi des effets négatifs du point de vue de l’influence nationale d’un pays à Strasbourg ou à Bruxelles. Les abstentionnistes qui auraient choisi de voter pour des représentants notamment appelés à siéger au sein des groupes influents au Parlement européen doivent savoir que leur non-vote contribue en partie à l’affaiblissement de la capacité de leur pays à peser au sein du Parlement européen. Là encore, une prise de conscience du caractère de moins en moins périphérique et subalterne des élections européennes doit amener les électeurs à mieux peser les conséquences de leur choix.”

Cette argumentation, dont on pourrait certes contester la validité empirique en faisant remarquer que ce sont les groupes sociaux les plus périphériques (les jeunes, les moins qualifiés, etc.) qui s’abstiennent le plus à ces élections “compliquées” et “sans enjeu national”, n’est pas sans rappeler les arcanes classiques de la mobilisation par la peur. Si tu ne votes pas, “ils” le feront, et cela sera terrible, tu en seras responsable. “Dans l’isoloir, Dieu te voit, pas Staline!” comme on disait jadis en Italie. La Fondation souligne toutefois que les électeurs ont tendance aussi à voter à cette occasion pour les partis de gouvernement dans l’opposition et que cela ne porte pas trop à conséquence – contrairement au vote pour les extrêmes qui enferme les élus ainsi obtenus dans l’inefficacité. Cet appel à voter, mais à voter UMP ou, à limite, PS, Verts ou Modem, qui rappelle que les éventuels élus d’autres partis ne pourront pas faire entendre la voix de la France et de leurs électeurs au sein du Parlement européen, m’a paru certes réaliste du point de vue de l’influence française, mais peu à même d’inciter à se rendre aux urnes tous ceux qui se situent en dehors du consensus. S’abstenir ou voter souverainiste, c’est donc du pareil au même.

La mobilisation des partis sur Internet va sans doute connaitre un nouveau pic à l’occasion de ces élections. L’activité sur Internet pour rendre compte de la campagne de cette élection où sans doute une minorité de citoyens ira voter à l’échelle de l’Union me parait elle aussi  foisonnante. Les grands journaux commencent à ouvrir des sections ad hoc. Un blog lié au Monde s’essaye de suivre toute l’actualité de l’élection européenne, il est clairement de tonalité proeuropéenne. Une initiative du CUEJ de Strasbourg offre un site sur les partis européens; il ne semble plus être actif depuis quelques temps. Serait-ce que les jeunes apprentis journalistes se sont rendus compte qu’en 2009, ce serait business as usual contrairement au ton triomphaliste de leur site qui annonçait fin 2008 une “Europe politique”, avec une interview du collègue Simon Hix à l’appui de leur thèse? Le soutien pour le moins appuyé de Gordon Brown, un  Premier Ministre travailliste membre pourtant du PES, à un deuxième mandat du très “populaire” José-Manuel Barroso à la tête de la Commission européenne a dû les troubler, tout comme l’évocation (perfide?) d’une candidature Juppé ou Fillon au même poste au nom des intérêts de l’Europe et de la France par un certain Jacques Delors, père (indigne?) d’une leader (en perdition?) d’un Parti socialiste français (en carafe?): la “grande combinazione” qui se dessine ainsi, qu’a récemment évoquée à mots couverts Bruno Le Maire en tant que Ministre concerné par l’affaire, n’est sans doute pas très compréhensible par des étudiants français élevés dans la clarté de la Vème République, où “celui qui n’est pas avec moi est contre moi”. Le grand marché quinquennal aux bestiaux bruxellois est ouvert, et les électeurs n’en doivent pas trop savoir sur ce point.

Au delà de l’abstention, les résultats de ces élections européennes ne risquent d’ailleurs pas de troubler le sommeil de grand monde à en croire l’essai de prévision globale établie par des collègues britanniques, dont le même Simon Hix : l’opération, qui avait déjà été faite en 2004 si je me souviens bien, est sponsorisée par la même firme de lobbyisme, Burson-Marsteller, que lors de l’élection précédente.  Selon eux, l’équilibre des forces au sein du Parlement européen devrait peu changer; la seule vraie incertitude vient alors des reclassements de partis entre groupes et des alliances entre groupes : si les extrêmes avancent, surtout si les Conservateurs britanniques se radicalisent pour de bon après un succès majeur, il faudra peut-être recourir à une alliance de type “Troisième Force” recentré à gauche. On notera que, sur ce site,  on se trouve incité à exprimer un “vote de paille” pour choisir le Président de la Commission, témoin de leur préoccupation dernière. Si l’on regarde leur prévision en détail, par pays, j’ai l’impression qu’elle pêche un peu par sous-estimation des effets de rationalisation des modes de scrutin. Avec la réduction du nombre de députés par pays (pour la plupart d’entre eux) sous le régime du Traité de Nice (avec seulement 736 députés à élire), on doit s’attendre à un amortissement très net de toute poussée “extrémiste” : les partis extrêmes, dont la Fondation Robert Schuman  se méfie, peuvent fort bien avoir des électeurs en nombre, mais ils risquent bien de ne pas avoir beaucoup d’élus au final au Parlement européen, sauf s’ils font des scores vraiment inédits pour eux – mais une telle surprise peut se produire dans quelques pays, mais pas partout!

Bref, en date du 15 avril 2009, tout indique que ces  élections européennes de juin 2009 seront d’une banalité à faire pleurer. Il ne reste plus qu’à espérer (ou craindre) un déclic lors de la phase haute de la campagne électorale. A dire vrai, je ne vois pas lequel.

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