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Dani Rodrik, The Globalization Paradox. Why Global Markets, States, and Democracy Can’t Coexist.

Certains universitaires anglo-saxons me fascineront toujours pour leur capacité à produire des ouvrages qui se situent efficacement à mi-chemin entre un discours destiné à la communauté académique et un discours destiné au grand public cultivé. Dani Rodrik avec son The Globalization Paradox. Why Global Markets, States, and Democracy Can’t Coexist (Oxford : Oxford University Press, 2011) est de ceux-là.

Le livre est d’évidence fondée sur les travaux antérieurs de l’auteur (cités en notes et expliqués en langage ordinaire au fil de l’ouvrage), tout en proposant une mise en récit fort réussie qui rend la lecture aisée et vivante. Ce spécialiste d’économie politique internationale (EPI) se propose de penser ensemble les contraintes économiques et les contraintes politiques.  Il croit de fait pouvoir établir un triangle d’incompatibilité entre trois aspects du monde contemporain : la démocratie, la souveraineté nationale, et l’(hyper)globalisation économique. On peut avoir deux de ces aspects en même temps, mais pas les trois à la fois.

Pour faire cette démonstration et en tirer les conséquences, D. Rodrik n’est pas loin de reconstituer toute l’histoire économique de l’Occident capitaliste depuis le XVIIIème siècle. Il propose surtout une vision, classique de l’économie politique internationale, qui rompt avec l’idée que les affaires économiques (marché), les affaires juridiques (normes de droit = État souverain ou accords entre Etats souverains = condition de l’existence du marché) et les affaires politiques (État-Nation = rapports de force entre groupes au sein de ce dernier + division géographique de la Terre en souverainetés distinctes) peuvent être valablement traités de manière distincte. Le propos est donc fort riche, et je ne peux ici qu’en donner un aperçu pour encourager à le lire.

En résumé donc (cf. en particulier le chapitre 9, “The Political Trilemma of the World Economy”, p. 184-206), si toutes les règles juridiques qui permettent d’établir un marché mondial pour les biens et les services se décident à travers un accord de toutes les nations (comme avec l’OMC actuelle), il y a fort à parier que tous les groupes dominés dans les nations dominantes  et les nations en retard de développement économique  au moment de l’établissement de l’accord vont y perdre toute possibilité de rétablir leur situation, pour les groupes au sein des Etats, par une protestation démocratique, ou, pour les Etats, par une politique protectionniste de défense des secteurs d’avenir.  D. Rodrik souligne en effet à de multiples reprises que les économistes standard ont tendance, d’une part, à sous-estimer les coûts d’ajustement aux effets de la libéralisation commerciale pour les perdants de cette dernière, et, d’autre part, qu’ils nient effrontément le constat historique selon lequel le décollage économique d’un État ne peut s’appuyer que sur une première phase protectionniste qui lui permet d’investir dans des secteurs d’avenir.

Au sein des Etats, pour que les perdants ne se rebellent pas contre le sort qui les attend avec la libéralisation commerciale, le mieux reste encore qu’ils n’aient pas la possibilité politique de le faire (avec un régime dictatorial ou un régime de suffrage censitaire sans pression populaire). Pour D. Rodrik (cf. chapitre 2, “The Rise and Fall of the First Globalization”, p. 24-46), le régime d’étalon-or, qui a bien fonctionné au XIXe siècle, était typique de cet équilibre marché mondial / État-nation : si l’économie nationale devait connaître un ajustement en raison de quelque choc asymétrique, il suffisait de laisser l’étalon-or produire ses effets automatiques : sous sa douce et ferme pression, les salaires et les prix baissaient, et c’était tout! Il était alors inutile de recourir au protectionnisme : le marché mondial continuait à fonctionner. Le génie de J. M. Keynes est justement d’avoir compris et théorisé que ce mécanisme d’ajustement à la baisse des prix et salaires ne fonctionnait plus :  à son époque (années 1920), les pays occidentaux vivaient désormais en démocratie, ou, tout au moins, sous la pression des masses, et les perdants de l’ajustement (les masses de salariés ou de petits indépendants) pouvaient se défendre, soit par la voie syndicale, soit par leur vote, soit par l’usage de la violence. La conséquence ultime de cette pression des masses sur les gouvernants (y compris dans les régimes totalitaires fondés sur le soutien des dites masses, cf. aspects welfaristes du nazisme) n’est autre que l’écroulement progressif du marché international au profit du protectionnisme de tous les Etats au profit de leurs ressortissants et à celui de l’impérialisme des Etats qui avaient  les moyens de se réserver ainsi une part du marché mondial.

Pour D. Rodrik, la période 1945-1975 constitue ensuite celle d’un équilibre subtil entre démocratie, mondialisation et ambitions nationales. Le régime de Bretton-Woods / GATT permet en effet de rendre conciliable une (ré)ouverture mesurée et graduelle aux échanges internationaux de biens et de services entre nations et une vie démocratique nationale, où chaque pays choisit d’établir ses institutions propres (de sécurité sociale, de normes de sécurité alimentaire, de conditions de travail, etc.) pour répondre aux demandes des masses, tout en garantissant l’augmentation de la puissance de l’État via la croissance économique. En transposant au cas français, ce que ne fait pas l’auteur, c’est la synthèse gaulliste  des années 1960 : Sécurité sociale, SMIG, Marché commun, et Bombe atomique! La réussite est alors d’autant plus grande que les secteurs (essentiellement industriels) qui s’ouvrent de nouveau à la concurrence internationale sont justement ceux où les gains mutuels de l’échange se trouvent être les plus grands et où les distorsions de bien-être entre groupes de chaque nation suite à ces échanges restent limités. En somme, beaucoup de gagnants et peu de perdants.

La période actuelle s’ouvre dans les années 1980, moment où triomphe l’idée portée par les économistes néolibéraux que la libéralisation des échanges n’est pas allé assez loin pour soutenir désormais la croissance à venir et que les règles imposées à la finance internationale sont irrationnelles pour assurer une bonne allocation de l’épargne au niveau mondial. La période consiste donc à l’inverse à revenir à la situation, où, pour encourager la création d’un vrai marché mondial des biens, services et des capitaux, les nations s’accordent pour accepter des normes juridiques qui vident largement la démocratie au niveau national de son sens. Si les perdants des nouvelles normes juridiques qui ouvrent les marchés tiennent encore à se plaindre des conséquences négatives qu’ils subissent, ils se trouvent désormais face à des institutions politiques nationales qui ne peuvent plus répondre à leurs plaintes. Ces dernières ont bien  pris soin en effet de se  démettre de leurs prérogatives auprès d’instances non-démocratiques (du genre banque centrale indépendante ou “panels de l’OMC”). La démocratie (nationale), au sens de droit d’appel des perdants, se trouve vidée de son sens, mais, en revanche, le marché mondial triomphe et les Etats les plus habiles (par exemple la Chine) accumulent, grâce à la croissance qu’ils connaissent, de la puissance comme jamais. Il faut ajouter que, selon D. Rodrik, les gains marginaux liés à l’ouverture des échanges dans de nouveaux domaines ou selon de nouvelles normes dans des domaines déjà ouverts auparavant  sont décroissants en terme de richesses supplémentaires créées, tout en provoquant par contre des effets distributifs entre groupes sociaux de plus en plus puissants. (A ce propos, j’ai pensé dans l’actualité récente à l’ouverture du commerce de détail dans l’Union indienne aux investissements internationaux – ouverture proposée par le gouvernement indien, et repoussée temporairement suite aux vives protestations des commerçants indiens…)

Bref, D. Rodrik nous explique, après d’autres, comment nous sommes arrivés at the state we’re in. (Toute application de ce schéma à l’Union européenne serait pure malveillance de ma part…) Si on tient un tant que soit peu au bonheur du plus grand nombre, la situation ne semble pas vraiment optimale. Que faire alors? Bien sûr, face à cette situation, on pourrait rétablir la démocratie comme moyen de prendre en compte les intérêts de tous en la situant au niveau mondial où se créent les normes juridiques qui régulent le marché mondial, et on pourrait aussi imaginer une responsabilisation de ceux qui créent ces mêmes normes via un processus démocratique mondial à inventer. Le plus logique mais aussi le plus utopique serait alors de  créer une fédération mondiale qui ferait de fait disparaitre les souverainetés nationales. Le plus faisable est encore de renforcer une gouvernance mondiale où les perdants (groupes et Etats) aient vraiment beaucoup plus de voix au chapitre  – mais, dans cette hypothèse, D. Rodrik fait remarquer que les préférences des habitants des différentes nations restent très différentes, et qu’on risque donc de ne s’accorder au final que sur des règles minimales au niveau global.

Que reste-t-il alors à faire? Il propose de revenir à une vision plus modérée des gains de l’échange international et à une prise en compte démocratique de la voix des perdants au niveau national. Il faut revenir vers un compromis à la Bretton Woods / GATT, en abandonnant le mirage de l’hyperglobalisation comme panacée universelle, tout en admettant que le protectionnisme n’est pas non plus une panacée universelle. Il faut repasser d’une “globalisation épaisse” qui rentre dans les détails de l’organisation institutionnelle de l’économie de chaque État à une “globalisation fine” qui s’assure simplement que des échanges commerciaux ont lieu dans les domaines de plus grand intérêt mutuel.

Pour aller dans cette direction, il m’a semblé que D. Rodrik fait peser une large partie de l’avenir sur les épaules des économistes. En effet, ce sont eux qui justifient la nécessité absolue de l’hyperglobalisation pour faire le bonheur de l’humanité, et cela selon D. Rodrik, alors même qu’ils se rendent bien compte à travers leurs travaux que les choses ne sont pas aussi simples qu’ils ne veulent bien l’expliquer aux journalistes ou aux étudiants  (cf. p.61-66 en particulier).

Il faudrait donc au minimum que les économistes dans leur majorité reconnaissent que les effets distributifs de l’ouverture commerciale entre groupes sociaux d’un État sont bien plus pesants qu’ils ne le disent généralement face au grand public, que ces effets directs et indirects de l’ouverture commerciale méritent donc une discussion publique bien plus approfondie qu’actuellement à chaque fois qu’on se propose d’effectuer une libéralisation,  que les économistes admettent publiquement que toutes les spécialisations productives ne se valent pas du point de vue de leur potentiel de croissance future. Ainsi D. Rodrik fait remarquer que les économistes savent bien – ce dont tout le monde se doute bien -  qu’il vaut mieux se spécialiser dans des secteurs industriels plutôt que dans la mise à disposition de matières premières, dans l’agriculture ou les services (… à la personne ou de restauration…)  pour assurer un développement à long terme, mais qu’ils ne le clament pas trop fort. (Il est intéressant par ailleurs de voir D. Rodrik raconter comme il a essayé de donner des conseils au gouvernement sud-africain pour sauver son industrie dans le cadre des règles de l’OMC en essayant de jouer intelligemment avec les règles.)

En pratique, le message principal  de D. Rodrik est que chaque nation doit se voir reconnu de nouveau le droit de mener des politiques économiques et sociales au bénéfice de toute sa population, et non pas seulement de son État et de ses élites. (Cela n’est pas sans ressembler à la “démondialisation” proposée par le ci-devant candidat aux primaires socialistes Arnaud Montebourg.)

Bien sûr, pour qu’une telle transformation s’opère, je serais tenté de dire que les masses n’ont pas fini de devoir protester! Ou alors faut-il espérer/craindre que l’(hyper)globalisation s’écroule d’elle-même sous le coup d’une thrombose financière qui marquera le présent siècle ?

Enfin, si j’avais une critique à formuler à l’encontre du modèle de D. Rodrik, c’est qu’il ne spécifie pas assez ce qu’il entend par “nation”. J’ai largement reformulé dans ce présent compte-rendu en identifiant la “nation” aux intérêts géopolitiques des élites qui contrôlent l’État. En effet, comme le montre l’exemple du XIXe siècle, ou celui plus contemporain de la “Chinamérique”,  la libéralisation des échanges commerciaux et financiers est tout à fait compatible avec une augmentation de la puissance (militaire, impériale) des Etats, mais, semble-t-il, pas avec les dépenses sociales qui seraient nécessaires pour faire le bonheur de tous les assujettis.  Un peu le vieux dilemme du beurre ou des canons en somme.

Au total, le triangle d’incompatibilité de Rodrik est sans doute destiné à rentrer dans le vocabulaire courant des sciences sociales – je l’ai d’ailleurs déjà entendu dans la bouche de doctorants. Et c’est une bonne chose, même si c’est pour le critiquer comme il se doit.

Vendre la peau de l’ours… avant de l’avoir tué.

Je n’ai pas écrit sur ce blog à propos de la situation en Libye depuis plusieurs mois, n’ayant rien à dire qui me paraisse mériter l’attention de quiconque. Les événements des trois derniers jours me paraissent par contre témoigner d’un dysfonctionnement extraordinaire de la politique et du journalisme. Les insurgés libyens ont certes surpris par leur avancée soudaine sur Tripoli, mais, de là, à faire comme si, désormais, tout était du coup fini dans ce long et âpre conflit, cela me parait manquer de la plus élémentaire prudence dans la présentation des faits, et, pour tout dire, du minimum de sens commun qu’on devrait exiger des journalistes et des politiques. Si l’on suit le fil des événements libyens depuis six mois, il est pourtant facile de se rendre compte que la situation sur le terrain a été marquée jusque là par une résistance acharnée des khadafistes (qu’il faudrait d’ailleurs expliquer!), pourquoi en serait-il à tout d’un coup autrement? Tous ces médias, et plus grave à mon sens, tous ces hommes politiques occidentaux (comme Alain Juppé qu’on a connu plus prudent), qui font comme si tout était déjà fini et dissertent déjà de l’avenir radieux de la Libye libérée, me désolent.

Décidément, notre époque est marquée par ce que j’appelle, avec bien d’autres, l’emballement médiatique. Il suffit qu’un fait paraisse vaguement réel à un moment donné, pour que tous les commentateurs et maintenant les politiques se mettent à délirer sur les conséquences de ce fait. Je me demande même parfois si les khadafistes n’ont pas joué de cette faiblesse actuelle des démocraties en pratiquant empiriquement par des reculs temporaires la politique de la douche écossaise pour affaiblir la cause de leurs adversaires auprès de l’opinion occidentale.

Tuez donc l’ours d’abord, et vantez-vous en ensuite!

Ben Laden décédé, ou le doux blabla de la presse

Finalement, l’ennemi terroriste n°1 des Etats-Unis d’Amérique et de l’Occident en général a été tué. Toutes les autorités occidentales jubilent, et on ne saurait en être surpris. Il a été abattu, comme il se doit au Pakistan, parait-il dans un lieu situé près d’une caserne de l’armée de ce pays…. Cet épilogue me parait plutôt banal vu ce qu’on savait déjà de la situation pakistanaise et vu les moyens officiellement engagés par les Etats-Unis depuis quelques années pour se débarrasser – dead or alive! – du bonhomme. Du coup, face à tant de banalités que les médias en fassent un tel blabla depuis ce matin m’énerverait plutôt. Et nos scribouillards de retracer en effet sa “carrière”, sa “traque”, et bien sûr de soupeser à l’aide d’experts (plus ou moins sérieux) les conséquences de cet “événement”.  Eh bien non, ma brave dame, le terrorisme (islamiste) ne va pas s’arrêter d’un coup de ce fait, mais cela va tout de même leur porter un coup au moral à ces méchants  de terroristes (islamistes) et ils vont chercher à se venger. (Y a-t-il  seulement un seul être pensant sur la planète qui puisse sérieusement s’être posé la question à laquelle on somme les experts de répondre?)  Passionnant, vraiment passionnant. Il faut bien meubler, s’exciter, se congratuler, etc. C’est presque aussi pénible que le mariage princier britannique, qui restera sans doute comme un des sommets du néant médiatique de notre temps. Pourquoi les journalistes confondent-ils à ce point le quantitatif et le qualitatif ?

Pour moi, tout cela n’est que du remplissage – car, s’il existe  (ce qui est bien possible) des arrières-plans cachés à cette affaire Ben Laden et des conséquences pour le coup bien réelles à ce décès, on ne les connaitra que dans quelque temps, voire dans quelques décennies. Contentons-nous donc de la simple information sans plus. Et occupons-nous d’autres sujets qui méritent plus d’informations et d’analyses.

Notre (ex-)ami le satrape (VII)

Et voilà le Rubicon a été franchi. Contrairement à ce que je voyais se profiler la semaine dernière au fil des journées et des heures à mesure que les forces fidèles au tyran reprenaient le dessus, une réaction de la “communauté internationale” a eu lieu in extremis. Vote vendredi 18 mars 2011 d’une résolution du Conseil de sécurité, qui obtient une majorité et qui échappe à l’exercice du droit de veto d’un membre permanent. Réunion samedi dernier 19 mars à l’Élysée des différentes instances (Etats et organisations internationales) intéressées à sa mise en application. Mise en œuvre de la force aérienne dès la fin de l’après-midi du samedi. Tout ce que j’ai pu lire dans la presse européenne tend à prouver que ces bombardements ont évité la prise de Benghazi à quelques heures prés.

Sur l’interprétation à chaud de cet événement, je ne crois guère à une explication par un complot franco-anglais (surtout français en fait) pour mettre la main sur le pétrole de la Libye. Certains responsables italiens y recourent pourtant (craignant pour les concessions pétrolières de l’ENI). Dans ce genre d’explications par l’accès au pétrole (ou à des matières premières vitales), les guerres récentes (Irak 1991,  Afghanistan 2001, Irak 2003) me semblent plutôt indiquer que l’absence de conflit aurait été bien plus simple et rentable au final du point de vue de l’acheteur de ces ressources que le conflit.  Dans le cas présent,  un satrape revenu solidement au pouvoir après une insurrection écrasée à l’ancienne aurait été une bien meilleure option du point de l’acheteur de pétrole. Je ne crois guère par contre non plus à la vertu humanitaire de la “communauté internationale” des Etats. Je privilégierais plutôt comme explication une double clé de lecture :

- une erreur initiale de jugement de la part des dirigeants occidentaux, qui ont cru (sur la foi de quelles informations? est-ce simplement pour suivre l’enthousiasme médiatique sur le “Printemps arabe”? ) que le satrape allait tomber dans l’heure, et qui les a amenés à mon sens à se lier les mains en tenant des propos bien trop définitifs à son égard. C’est là souvent une stratégie typique pour impressionner un adversaire que de brûler ses vaisseaux pour montrer sa détermination. Une partie de la communauté internationale l’a fait sans bien se rendre compte qu’elle se mettait dans cette situation, croyant simplement entériner un fait déjà presque accompli et venir au secours d’une insurrection populaire sur le point d’être victorieuse.

- puis, face à la résistance des forces loyales au satrape, et à leur contre-offensive, une décision de certains (la France, la Grande-Bretagne, puis les Etats-Unis) de ne pas perdre la face en laissant celui qu’on donnait pour perdu reprendre tout son bien vite fait bien fait.

Maintenant, la mise a été doublée : soit le satrape tombe, et les pays en pointe dans l’action militaire, comme la France, en profitent pour réaffirmer leur prestige international; soit le satrape réussit à manœuvrer encore, à jouer des divisions de la “communauté internationale”, etc., et cela peut finir comme l’expédition de Suez en 1956 par une perte de statut des plus offensifs parmi les ex-amis du satrape.

Quant à l’Union européenne, on peut avoir deux visions de sa situation. Le première classique serait de souligner que la politique étrangère de l’Union européenne est bel et bien morte dans les sables libyens il y a quelques jours, et qu’elle n’est décidément qu’un spectre (voir les propos de Daniel Vernet). Il y a toujours 27 politiques étrangères dans l’Union européenne, malgré les institutions (Traité de Lisbonne) et les propos unitaires de façade (déclarations des sommets européens). Il n’y a pas non plus de capacités militaires propres de l’UE pour appuyer la dite politique étrangère de l’UE. Pourquoi d’ailleurs en discuter encore? A cette version classique, on peut opposer la version inverse qui voudrait que, dans le fond, grâce à ses divisions entre Etats membres sur tous les grands sujets, l’UE ne met jamais tous ces œufs dans  le même panier. En 2003, pour la guerre d’Irak, une fracture nette était apparue entre “Vieille Europe” et “Nouvelle Europe”; le fil des événements a donné raison à la “Vieille Europe”. Dans le cas présent, une ligne de fracture apparait, qu’on pourrait qualifier de  fracture entre les “Munichois” d’une part, et les “Va-t-en guerre” d’autre part. Du coup, on pourrait dire que, quoiqu’il arrive à la fin, un des deux camps européens sera gagnant : si le satrape se maintient, les poules mouillées se feront une joie de l’aider à se réintégrer dans la communauté internationale; si le satrape tombe, les téméraires ramasseront la mise. Pour que l’Union européenne soit gagnante à tous les coups, il faut et il suffit juste que une divergence en matière de politique étrangère ne déborde jamais sur les bonnes relations quotidiennes entre pays européens. C’est peut-être cela la nouveauté de l’Union européenne comme forme politique. (Il est d’ailleurs frappant qu’au même moment, où l’on diverge sur la Libye, on semble en voie de s’accorder sur les affaires économiques et monétaires.) Je ne croyais pas trop à cette seconde voie d’explication, mais je commence à avoir besoin d’y croire pour ne pas désespérer de l’Europe.

Une dernière chose : il faut noter la vitesse avec laquelle la question du coût financier de l’intervention aérienne a été évoqué dans la presse française.

Notre ami le satrape (VI)

Analogie n’est pas raison bien sûr, mais le fil des évènements en Libye commence indéniablement à sentir bien fort son “Munich 1938″ ou son “Budapest 1956″. (Avis à mes étudiants : il va falloir réviser ces épisodes.) Comme il était prévisible depuis quelque temps déjà, la “communauté internationale”, et bien sûr l’Union européenne, se révèlent aussi impuissante qu’il est possible de l’être face aux faits accomplis qui sont en train d’advenir par la bonne vieille force des armes. Des rumeurs courent même selon lesquelles déjà le bon satrape libyen se serait trouvé des alliés parmi ses amis dictateurs pour lui fournir quelque aide tangible pour en finir vite et bien avec les insurgés. Cela fait penser à la situation de l’Espagne en 1936, d’un côté, la très lâche “non-intervention”, et, de l’autre, à fond les manettes dans l’aide aux putschistes franquistes. Au moins, à l’époque, certains responsables en France avait su passer outre la “légalité internationale” de l’époque au nom de la juste cause républicaine. (Avis à mes étudiants : la guerre civile espagnole 1936-1939 demande aussi révision.) D’un côté, la “communauté internationale” est bloquée dans ses palinodies (si on attend que la République populaire de Chine et la Fédération de Russie, états fort démocratiquement gérés comme chacun sait, approuvent quoi que ce soit de sérieux…), de l’autre côté, les forces du satrape se préparent à quelques massacres bien sentis (loin des caméras de télévision si possible).

Déjà sûr de sa victoire imminente, le satrape a d’ailleurs déjà donné une interview revancharde – mais, pas trop en fait …, il est bon prince – au Giornale, l’un des journaux de la famille Berlusconi.  Il s’y déclare très déçu de ses nouveaux amis européens, surtout de son grand ami Berlusconi. Nicolas Sarkozy, selon lui, serait fou.  Gentiment, il précise qu’après les alternances dans les différents pays, il reprendra langue avec les nouveaux dirigeants. Comme quoi, il s’y connait en démocratie… il n’a donc pas lu que Montesquieu. Il se donne le temps de renouer avec les pays européens dont les actuels dirigeants le condamnent verbalement. (Un slogan pour 2012 :  ”Je serais le Président du réalisme et des intérêts français.”)

Bien sûr, les méchantes langues diront que, comme d’habitude, l’Occident n’intervient que lorsque ses intérêts (pétroliers) sont en jeu, et qu’il se moque comme de sa dernière introduction en bourse du sort des populations assujetties par les tyrans. C’est un peu excessif, mais si vrai n’est-il pas? En même temps, j’ai cru comprendre que, dans la bonne vieille tradition contre-révolutionnaire, l’armée d’un grand pays du Golfe persique était entré sur le territoire d’un petit état allié pour aider à y maintenir le régime en place. Ah le Duc de Brunswick et tous ceux qui l’ont suivi avec plus de succès, quelle leçon universelle pour les peuples.

Certes, on pourrait dire que, dans le fond, nos intérêts vitaux (français et/ou européens) ne sont pas en jeu, que la guerre demeure une sale affaire, que les interventions occidentales dans cette région du globe ont eu des effets très mitigés depuis 20 ans (et qu’il n’y a donc pas de raison de croire pouvoir faire mieux cette fois-ci), etc. Mais, en l’espèce, en laissant faire à leurs portes mêmes une telle répression que le concert des pays européens affirmaient encore vendredi contraire aux valeurs mêmes dont ils se réclament (officiellement),  ces derniers abandonnent de facto toute idée de puissance. Finita la comedia! Place à la bonne vieille théorie réaliste des relations internationales!

 

Notre ami le satrape (V)

Et voilà donc que ce qui devait arriver : l’Union européenne va se prendre une gamelle de dimension historique… (enfin historique : les Africains ne sont peut-être pas encore rentrés dans l’Histoire, mais nous nous sommes en train d’en sortir par la petite porte… avec un beau coup de pied au derrière de la part de notre ami le satrape et de son fils bien éduqué à la LSE…). Les mots me manquent. On aura beau dissimuler la chose derrière de brillantes analyses, ce qui est en train de se passer va rendre caduque toute idée de “puissance européenne”. (J’ai encore vu en librairie un livre à peine sorti, dissertant sur cet aspect : comique.) Chacun pour soi, et sauve qui peut.

Face à la catastrophe qui se profile, beaucoup vont sans doute accabler Nicolas Sarkozy pour son aventurisme, mais, pour le coup, il semble bien être le seul à avoir vu l’abime qui est en train de se créer entre les prétentions européennes et les capacités d’action (problème classique en politique publique entre les prétentions et les potentialités réelles ). On va disserter longtemps sur ces atermoiments européens, mais, quoiqu’il en soit, dans deux trois jours, moins peut-être, les Européens seront des QUAQUARAQUA .

Notre ami le satrape (IV)

Je suis désolé d’ennuyer mes lecteurs éventuels avec encore un court post sur la crise libyenne, mais le moins que l’on puisse dire, c’est que cette dernière menace au fil des jours de tourner à l’humiliation publique  pour l’Union européenne. Les réactions de cette dernière sont poussives,  pleines d’arrière-pensées diverses de ces différents pays-membres, incohérentes sur le fond (se donne-t-on  vraiment les moyens d’abattre le régime du satrape?), et surtout complètement en décalage avec les nécessités de l’affrontement sur le terrain. A ce train-là (de sénateur??? mais je ne veux pas insulter notre Sénat qui saurait être  au cas où plus rapide que cela!), j’attends de voir ce qui va se passer quand notre ami le satrape va reconquérir dans la joie des retrouvailles  la région de Benghazi… Il a déjà apparemment repris une ville au moins à l’insurrection.  Un député européen (UMP-PPE) lui aussi s’étonne, voir son interview pour le blog Bruxelles 2. Lui aussi cite les promesses – à ce stade risibles! – du Traité de Lisbonne.

Un rattrapage est peut-être encore possible dans les décisions collectives de l’Union européenne à prendre aujourd’hui et demain, mais j’en doute fort.

Enfin, une fois que notre ami le satrape aura réglé la question manu militari, nous pourrons (nous politistes intéressés par l’Union européenne)  publier des articles dans des revues à comité de lecture pour décortiquer ce magnifique fiasco…

Puissé-je avoir complétement tort!

Ps 1. Lors du Conseil européen du 11 mars 2011, les dirigeants des pays membres se sont tout de même mis d’accord sur une formulation forte de condamnation du régime du satrape (voir point 7 du texte officiel) . C’est déjà cela, sans doute pour fêter dignement le recul des insurgés sur tous les fronts. En quelque sorte, l’Union européenne se lie les mains, brûle ses vaisseaux, en qualifiant ainsi “le colonel Khadafi”, en s’obligeant dès lors à le traiter en paria de la “communauté internationale” (ou bien,  à se déjuger lamentablement en subissant  dans quelque temps les humiliations que les Khadafi – père et fils – jugeront bon d’exiger pour prix de leur bonhomie retrouvée…),  ce qui constitue une menace à moyen terme, mais à moyen terme seulement. D’ici là, tout cela m’a fait penser à la phrase d’une marionnette de  Balladur aux Guignols de l’Info : “Je vous demande de vous arrêter.”

Ps2. Pas de nouvelles des révélations gênantes que Khadafi avait annoncé à l’encontre de notre Président de la République. Qu’il le fasse donc, cela motivera encore plus les autorités françaises.

Notre ami le satrape (III)

Le nouveau Ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, semble avoir décidé de frapper les esprits par une communication décidée envers les médias francophones et arabophones dès son entrée en fonction.  Du coup, au nom de la France,  il affiche désormais un  soutien appuyé aux mutations en cours dans  certains pays du monde arabe. Fort bien. Mais j’ai cru comprendre qu’il aurait annoncé lors de son rapide voyage en Égypte le soutien de la France aux autorités insurrectionnelles libyennes situées à Benghazi (Le Monde, mardi 8 mars 2011, p. 7).

Deux petites remarques : si tel est bien le cas,  comme il s’agit tout de même d’une décision importante que de prendre parti dans une telle situation où le sort des armes semble  loin d’être décidé, la politique étrangère de l’Union européenne, qu’était censé rénover le Traité de Lisbonne, se trouve bien chaotique tout de même. Chacun semble tirer à hue et à dia comme avant.  Alain Juppé fait une déclaration importante le 7 mars, et le directoire européen se réunit pour décider (ou pas) le 11 mars… A quoi sert d’avoir fait de ce Traité tout un plat? De plus, il reste des ressortissants européens dans les zones de Libye contrôlées par le régime; heureusement, que, pour l’instant, ce dernier ne traite pas  la déclaration de notre Ministre comme le point de vue général de l’Union européenne  à son égard. En tout cas, même si, comme citoyen, j’approuve pleinement cette déclaration de soutien aux insurgés, je me dis comme politiste qu’il va falloir en assumer les conséquences. Il ne faudrait pas avoir  benoîtement soutenu des gens qui vont finir dans deux jours écrasés sous les chenilles des chars de notre ami le satrape… Comme aurait dit François Mitterand en 1990, entrons-nous du coup dans une “logique de guerre”?

Deuxième remarque : à ce stade, il y a un autre ministre du gouvernement, président des amitiés franco-libyennes, qui doit se sentir un tout petit peu désavoué (euphémisme). Le Conseil des Ministres de demain devrait être amusant pour ceux qui y participeront.  Le seul grand service qu’il peut rendre désormais à la France (incarnée par Alain Juppé en matière de politique étrangère) serait d’effectuer une amicale pression sur notre (ex-)ami le satrape pour qu’il veuille bien quitter le pouvoir… , et, pour le convaincre que le climat est fort agréable au Venezuela… Il pourrait lui servir de garant et  d’accompagnateur.

Notre ami le satrape (II).

Comme le lecteur de ce blog l’aura remarqué, je ne m’étends pas bien longuement sur les “révolutions arabes”, ne me sentant pas pour le coup particulièrement qualifié pour parler de cette zone de la planète, et surtout trouvant un peu  périlleux d’analyser à chaud un phénomène à l’issue aussi incertaine. Tous ces grands discours sur le “Printemps arabe” me laissent d’ailleurs un brin perplexe. En revanche, je peux observer que les pays de l’Union européenne sont décidément au fil des jours en train de se mettre dans une belle situation de (censuré) avec notre ami le satrape. Comme il fallait s’y attendre, le bougre et ceux qui l’entoure (dont un diplômé de la LSE…) ont décidé de combattre jusqu’au bout, et ils semblent aujourd’hui passer à la contre-offensive. Que vont faire les pays de l’Union européenne si le pouvoir du notre ami le satrape commence à appliquer sur les territoires reconquis la bonne vieille tactique du massacre éducatif de tout supposé rebelle? On regarde et on attend? Wait and see? C’est bien joli de dire, comme notre nouveau Ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, ou comme le Président de la Commission européenne, que le satrape doit partir, que cela suffit comme cela, mais, si le satrape reprend le contrôle du pays en  tuant allègrement tous ces Libyens “qui l’aiment et qui sont prêts à mourir pour lui”, que fait-on? On révise notre insurrection de Varsovie en 1944 je suppose… On applique les sanctions et on attend, sachant bien que les sanctions ne font pas trop peur à ce genre de drôle, qui peut nous sanctionner lui aussi d’ailleurs. Et, en plus, s’il s’en sort, il va bien falloir reprendre langue, cela va être bien drolatique de traiter avec lui de nouveau. Qui s’y colle? Silvio?

La pusillanimité en cette matière va se payer cher. Des bataillons d’insurgés gagnent rarement contre des professionnels de la guerre.

Notre bon ami le satrape…

Photo prise le 30 août 2010  par  Ansa/Alessandra di Meo.

Apparemment, cela chauffe dans les rues de son pays pour notre bon ami le satrape libyen… Et, quoiqu’il arrive à ce stade, ses nouveaux amis européens vont y perdre quelque plumes.

Hypothèse 1 : le régime du satrape tombe – c’est au moins dans un premier temps le chaos en Libye – les nouveaux amis du ci-devant satrape doivent justifier aux yeux du monde leur récente amitié avec l’acariâtre satrape. Les nouveaux dirigeants libyens quel qu’ils soient s’avèrent moins accommodants que le satrape déchu: ils se montrent plus durs en affaires, ce qui peut toutefois se gérer, et surtout ne nous servent plus aussi bien de garde-frontière contre “toute la misère du monde”, nous renvoyant dans les cordes de nos propres valeurs.

Hypothèse 2 : le satrape, qui en a tout de même vu d’autres depuis 1969, écrase les rebelles façon Saddam Hussein en 1991 avec l’insurrection chiite dans le sud de l’Irak  ou à la manière du vieil el-Assad  en Syrie contre les islamistes en 1982, en ne lésinant sur la grande faucheuse – l’Europe frigide et impuissante  en reste of course à des dénonciations  selon lesquelles il n’est pas bien d’agir ainsi, et se voit obligée d’accueillir de bien mauvaise grâce quelques fuyards rescapés des massacres  – et, nous voilà, à devoir cohabiter pour longtemps avec un régime à peu prés aussi proche de nos valeurs officielles (à savoir Droits de l’homme, etc.) que celui de la Corée du Nord ou du défunt “Kampuchea démocratique”.  Il sera en effet ensuite difficile de faire semblant de croire que le dit satrape était un temps devenu l’homme le plus fréquentable qui soit, avec ses petits manies étranges et exotiques certes, mais devenu fréquentable à ce moment-là, vous dit-on. Le fils du dit satrape, qui s’est exprimé récemment avec désinvolture, ajouterait un style maffieux à la gouvernance du pays qui n’arrangerait rien, s’il remplaçait son cher père. Parce que l’opinion publique, en Europe et aussi dans le monde arabe, va être choquée du côté boucher de Tripoli de notre satrape, il va falloir (ré)imposer des sanctions, tout en s’assurant tout de même que le pétrole et le gaz libyens continuent à nous arriver, mais pas par contre ces “millions de noirs” (sic) que nous a déjà promis il y a quelques temps le dit satrape en représailles si nos pays ne se conduisaient pas généreusement à son égard.

Magnifique que tout cela. Silvio Berlusconi n’avait sans doute pas besoin de cela pour redorer son blason. Le satrape s’était déjà permis lors d’une de ses visites dans le pays de Dante d’humilier l’Italie en affichant sur sa veste de maréchal d’opérette une photo d’un massacre commis par les soldats italiens dans  son pays pendant la période coloniale. Quant à notre Président de la République, il est sans doute en droit de piquer une colère homérique contre ceux qui lui ont conseillé d’aller se mettre dans une telle situation. Quelle belle idée tout de même que l’Union pour la Méditerranée … vraiment géniale. J’ai toujours trouvé l’idée indécente, mais que cela tourne ainsi, j’en reste moi-même surpris.

Plus généralement, l’Union européenne ferait bien de revenir à une bonne vieille realpolitik, où l’on peut certes commercer et discuter avec les satrapes du jour dans l’espoir lointain de les affaiblir à terme (comme disait Lénine, “les capitalistes nous vendront la corde pour les pendre”, on sait comment cela a fini pour les héritiers du dit Lénine), mais où l’on ne saurait jamais leur donner plus. La froideur – et non l’amitié mise en scène devant les caméras -  en relations internationales devrait redevenir une vertu cardinale des démocraties.

Ps. A l’homme politique français, ministre de la République, ayant dit que le satrape avait changé, la preuve en étant qu’il lisait désormais Montesquieu, rappelons que, selon le dit auteur, “Comme il faut de la vertu dans une république, et dans une monarchie de l’honneur, il faut de la CRAINTE dans un gouvernement despotique (…)” (Montesquieu, De l’esprit des lois, Livre III, Chapitre IX. Du principe du gouvernement despotique, p. 150 de l’édition Garnier-Flammarion, 1979)  CQFD. Notre satrape applique effectivement son Montesquieu.