Bouillaud’s Weblog – bloc-notes d’un politiste

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Dernier Traité avant inventaire.

7 novembre 2009 · 2 commentaires

Comme cela devenait clair depuis le oui au référendum irlandais de cette année, le Traité de Lisbonne sera finalement ratifié par tous les Etats de l’Union européenne. Vaclav Klaus a apporté sa signature  au Traité de Lisbonne au nom de la République tchèque.  Il a ainsi démontré que son statut de Président de la République lui était bien plus important que son prétendu refus du Traité. Face à la “trahison” de la Cour constitutionnelle de son pays, il aurait au moins pu démissionner de son poste pour retarder encore l’échéance de l’inévitable signature, ou attendre d’être  suicidé par le nouveau pouvoir bruxellois tel un Jan Masaryk, s’il avait cru lui-même à son discours sur le caractère totalitaire de l’Union européenne. Ce prétendu “dissident de l’Union européenne” s’inscrit ainsi dans cette longue liste des dirigeants de partis “eurosceptiques”, mais seulement en parole. Quand ils sont arrivés au pouvoir dans quelques Etats européens au cours de cette décennie,  ils n’ont de fait rien entrepris de sérieux pour détricoter l’intégration européenne. Je m’en étais aperçu en suivant les votes de leurs élus au Parlement européen sur la question constitutionnelle entre 2004 et 2007. L’accès au pouvoir d’État amollit tout parti eurosceptique encore la veille. A ce jour, aucun eurosceptique, arrivé à un poste de gouvernement ou de chef d’État dans un État européen, n’a souhaité “mourir pour la liberté”. David Cameron semble bien devoir faire partie lui aussi de cette belle galerie d’eurosceptiques du seul temps des promesses électorales, qui aboient sans jamais mordre. Cette situation est  excellente pour la solidité de l’Union, tout à fait piteuse pour les démocraties nationales concernées qui supportent (aux deux sens du terme) de tels acteurs. Le Traité devrait donc entrer en vigueur au 1er décembre 2009. Hourra! Gaudeamus! I’m happy!

Comme je l’ai dit mardi à mes étudiants au moment même où le président tchèque apposait son paraphe, il s’agit là sans aucun doute du dernier grand  traité négocié entre pays de l’Union européenne pour un temps qui s’annonce extrêmement long. Jean Quatremer fait la même remarque d’évidence : “Après tant de vicissitudes, il est clair qu’il n’y aura plus de nouveau traité européen horizontal, sans même parler de référendums, avant très longtemps. Les États sont épuisés et veulent donner du temps au temps.” (nb. “horizontal” veut dire ici portant sur de nombreux sujets et organisant toute la matière européenne). Cette résignation des gouvernants, plutôt que des Etats, se trouve d’ailleurs inscrite dans la mission confiée aux “Sages” chargés de réfléchir à l’avenir de l’Union à l’horizon 2020 : interdiction expresse leur a été faite de traiter des institutions. Pour ma génération (née au début des années 1960), qui a vécu la succession rapide de l’Acte Unique (1986), du Traité de Maastricht (1992), du Traité d’Amsterdam (1997), du Traité de Nice (2001), du Traité constitutionnel (2004), et enfin du Traité de Lisbonne (2007), penser qu’il n’y aura plus jamais de grand traité discuté entre pays européens jusqu’au jour où nous aurons atteint au mieux – si nous ne sommes pas morts d’ici là – les bornes de la vieillesse (ou de la sénilité) représente une destruction de toutes les espérances que l’on pouvait investir dans le projet européen. Où est-elle passée cette grande utopie européenne dont un Dominique Wolton nous disait il y a quinze ans qu’elle était la “dernière utopie”? Nous voilà doté pour le reste prévisible de nos jours  d’un Traité européen adopté dans des conditions démocratiques plus que contestables (surtout si l’on se trouve par malheur être français), s’avérant peu à même a priori de résoudre les problèmes déjà posés lors de la Déclaration de Laeken (2001) surtout pour ce qui concerne les aspects démocratiques, ayant abandonné en rase campagne les aspects symboliques de l’unité européenne (drapeau, hymne, etc.) sur un froncement de sourcil britannique, ayant accepté des Droits de l’Homme européen à géométrie variable selon les pays (dont le dernier opt-out accordé in extremis à V. Klaus pour prix de sa reddition), nous laissant face à une organisation institutionnelle et politique d’une belle complexité – certes sans doute nécessaire car issue de l’histoire européenne depuis les années 1950, mais défiant pour l’heure l’entendement de 99,9% de la population adulte du continent- , bref dix ans et plus de discussion pour aboutir à cela…  On se trouve bien loin du discours de J. Fischer à l’Université Humbolt de Berlin il y a dix ans. En tant qu’enseignant, j’y vois toutefois une consolation : le système institutionnel semblant désormais établi pour longtemps, il sera plus facile à faire connaitre aux étudiants. Dans un quart de siècle,  à la fin de ma carrière si tout va bien, 5% de la population européenne maitrisera pleinement les subtilités des Traités européens, et les étudiants d’alors seront tout à fait au courant des affaires de l’Union (je suis optimiste…)

Une ère nouvelle s’ouvre donc : désormais, il faudra vivre avec l’idée que, au moins du point de vue des institutions “patentes”, celles qu’on peut facilement expliquer aux étudiants, on n’ira pas plus loin que cela. Finita la comedia! Les gouvernants (et futurs gouvernants) qui auront vécu cette séquence des années 2000 auront à cœur de ne plus jamais se mettre en situation d’avoir à se présenter devant quelque peuple que ce soit avec l’obligation – légale ou politique – de faire valider un Traité européen par l’un des peuples de l’Union. Il n’y aura donc plus jamais non plus de référendum, sauf sur des questions ne concernant directement qu’un seul État dans ses rapports avec les politiques de l’Union (en particulier l’adhésion à la zone Euro). Cette situation n’empêchera naturellement pas des évolutions, pourvu qu’elles se fassent dans le cadre institutionnel posé désormais. Le Traité de Lisbonne crée par exemple des clauses-passerelle que rien n’empêchera d’utiliser. Lorsque le leader tory, D. Cameron, semble promettre des changements de politique qui supposeraient de renégocier, même partiellement, les Traités, il est effectivement “pathétique” comme l’aurait déclaré un ministre français avant de  nuancer diplomatiquement ses propos peu amènes. Plus généralement, toute politique qui supposerait un grand chambardement des traités est donc condamnée d’avance, inutile d’en parler plus avant.  Si nécessaire toutefois, un aspect limité des textes en vigueur se révélant invivable, on se contentera d’ajustements discrets lors de chaque traité concernant une nouvelle adhésion. La “cage de fer” est désormais scellée, il faudra faire avec.

Bien sûr, personne ne sait ce que le Traité de Lisbonne fera à l’Union européenne. Il me semble toutefois que l’Union européenne va être désormais privée de ce grand instrument d’intégration symbolique qu’est “le grand Traité”. Or cet instrument – annoncer au(x) peuple(s) que l’on avance vers quelque chose de “bien” (la paix éternelle, la prospérité, voire les Etats-Unis d’Europe) via un Traité – risque rapidement de venir à manquer. Le Traité de Lisbonne renforce entre autres choses les bases institutionnelles d’une Europe qui se ferait “puissance mondiale”. La lecture de la version consolidée des traités (TUE nouveau et TFUE nouveau) ne laisse pas d’ambigüité sur ce point : l’Union européenne se veut une puissance capable d’agir sur l’échiquier du monde. Malheureusement, l’histoire des vingt dernières années de 1989 à 2009 aurait plutôt démontré que les pays européens possèdent une extraordinaire capacité à négocier et signer des traités affirmant la nécessité de leur unité de vue en matière internationale tout en laissant faire au même moment, ou peu après, des séquences pitoyables où leurs divisions s’étalent au grand jour… Je suis de cette génération qui a vu Maastricht être concomitant avec les guerres de Yougoslavie, Amsterdam précéder de peu la pantalonnade du Kosovo, et enfin le Traité constitutionnel être porté au jour au moment même où “Ancienne” et “Nouvelle” Europe faisaient des choix pour le moins divergents. Certes, on pourrait citer bien d’autres crises internationales où les pays de l’Union européenne ont fait preuve de plus d’unité, et on pourrait bien rappeler que nous ne sommes pas entretués pour Sarajevo, Pristina ou Bagdad. Toutefois, ces précédents de division lors des crises internationales augurent mal de l’avenir. Si une crise majeure advient  et si, une fois encore, les pays de l’Union européenne se divisent sur l’essentiel tout en restant fermement unis sur l’accessoire, la ressource de s’en prendre aux mauvaises institutions de l’Union pour expliquer l’échec ou de compter sur une nouvelle étape d’intégration pour compenser par l’avenir nécessairement radieux les nullités du présent et pour assurer aux peuples que cela n’arrivera plus désormais, aura disparu. Le Roi sera totalement nu, ridicule. On pourra certes faire peser le poids de l’échec sur la personnalité de tel ou tel responsable européen, et espérer faire mieux la prochaine fois avec des chefs plus avisés,  mais cela ne trompera sans doute plus personne.

Plus généralement encore, on pourrait s’interroger sur le pertinence même de cette idée de faire de l’Union européenne une puissance sur la scène mondiale, avec tous les attributs de la puissance y compris l’usage éventuel de la force des armes. Au delà des institutions, ne faudrait-il pas s’intéresser au substrat social de la puissance ? En premier lieu, la crise économique, et plus généralement les contraintes budgétaires qui pèsent sur les Etats européens, ne sont pas là pour inciter à de fortes dépenses en matière militaire. Faudra-t-il sacrifier alors ce qui reste d’État social? En second lieu, et cela me parait bien plus important que le premier aspect, sommes-nous prêts, en tant que peuples constitués d’individus de plus en plus conscients de leur individualité irréductible à quelque collectif que ce soit, à mourir pour une cause quelconque? C’est sans doute fort anecdotique, mais aussi fort révélateur : des parents de soldats français morts en Afghanistan dans une embuscade veulent porter plainte contre l’armée française, si j’ai bien compris, pour mise en danger d’autrui…  Or, jusqu’ici, il était admis qu’à la guerre, bizarrement, des soldats meurent que ce soit pour de bonnes et mauvaises raisons. La guerre tue, presque comme le tabac et les graisses polysaturés, étrange non? Serait-ce que ces soldats auraient signé leur engagement après avoir eu des garanties sur l’application “zéro défaut” par l’armée française de la  théorie du “zéro mort”?  Cette plainte traduit une chose qu’en termes hégéliens, on pourrait dire ainsi : nous sommes en train de devenir des “esclaves”, nous ne sommes plus prêts pour être les “maitres” à sacrifier éventuellement notre vie dans un combat à l’issue incertaine. J’ai bien conscience de rejoindre ici les critiques des néo-conservateurs américains sur l’impuissance européenne, mais j’y vois surtout la réalité démographique et sociologique de l’Europe! On prédit aux bébés qui naissent aujourd’hui en France un destin individualisé de centenaire, est-ce bien raisonnable de vouloir en faire de quelque façon que ce soit la “chair à canon” de la puissance européenne à venir?

Sur ce, attendons l’amusement suivant : le choix des têtes de gondole du produit médiatique : “l’Union européenne est désormais une puissance”, the EU is back on stage, and it will be blood!

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Partis (de gouvernement) de tous les pays, unissez-vous!

3 novembre 2009 · 4 commentaires

d'un internationalisme à l'autre?Grâce à la vigilance d’Eric Dupin, qui y consacre un billet, je n’ai pas échappé à cette information parue d’abord dans le Figaro : l’Union pour un Mouvement populaire (France) et le Parti communiste chinois (République populaire de Chine) ont signé à l’occasion de la visite en Orient de Xavier Bertrand, l’actuel petit timonier  de l’UMP, un protocole d’accord les engageant à entretenir un dialogue.  On peut même trouver une vidéo officielle du dit X. Bertrand justifiant de ce pas l’un vers l’autre. Dialoguer, qui pourrait y voir offense? Je dois dire que je connaissais le phénomène des internationales partisanes qui regroupent  les partis qui se réclament plus ou moins de la même orientation idéologique (les Internationales libérale, démocrate-chrétienne, socialiste, ou les rapprochements intercontinentaux entre partis progressistes, sans compter bien sûr les vieilles Internationales communistes dont date l’image choisie pour illustrer ce post), mais je ne connaissais pas encore les protocoles organisant un dialogue entre partis fonctionnant dans des cadres institutionnels a priori incomparables. Sauf erreur de ma part, le PCC reste le parti unique dans un régime à parti unique, où l’État et le Parti opèrent  en parfaite symbiose, et dans un pays où les Droits de l’Homme ne sont pas vraiment à l’honneur (litote!), l’UMP reste l’un des partis de gouvernement possible dans une démocratie pluraliste, où l’État se distingue de tout parti particulier, et, dans le pays européen qui se targue d’avoir inventé les Droits de l’Homme et du Citoyen pour le reste de l’humanité…  Que l’UMP reconnaisse un égal de quelque façon que ce soit dans le PCC devrait choquer, puisque jusqu’à preuve du contraire, l’UMP  occupe le pouvoir en France par la seule vertu de sa victoire à des élections libres, et que le  PCC ne gouverne la Chine  qu’en raison de sa victoire militaire de 1949, dont on vient d’ailleurs juste de célébrer le soixante ans.  Ou alors l’UMP croit-elle que le PCC a reçu l’onction populaire depuis? Y aurait-il eu un scrutin populaire libre en Chine continentale entre 1949 et 2009 dont j’ignorerais l’existence? Je peux faire erreur… sans doute suis-je mal informé. Il va falloir que je révise définitivement mes conceptions un peu datées. Des collègues annonçaient l’avènement futur d’une démocratie au delà des nations, d’une démocratie mondiale en somme, du rêve d’Emmanuel Kant d’un ordre cosmopolitique, je doute qu’ils aient envisagé une grande Internationale entre tous les partis (naturels?) de gouvernement de la terre. “Partis de gouvernement de tous les pays, unissez-vous!  Debout les vainqueurs de la terre! ” Il est vrai que, vu l’état actuel de ses opposants, la direction de l’UMP peut envisager d’occuper le pouvoir en France avec au moins  autant de certitude pour les dix années à venir que le PCC, soumis  lui à quelques pressions populaires (émeutes diverses dont le bruit arrive jusqu’ici). Comme l’UMP se conçoit comme le parti de gouvernement de la France pour tout avenir prévisible, il lui faut donc préparer l’avenir avec la puissance montante du moment. Le PCC et l’UMP peuvent  donc légitimement discuter sur un pied d’égalité parce qu’ils représentent deux entreprises collectives de gestion du peuple pour son plus grand profit (celui du peuple bien sûr, n’allez pas lire autre chose entre les lignes). A chaque peuple, son bon gestionnaire sous les auspices du Ciel, et, comme le dit dans sa vidéo X. Bertrand, discuter des affaires du monde avec le PCC (du réchauffement climatique) ne veut pas dire transiger bien sûr  sur les lignes respectives de deux partis.

Ce dialogue entre PCC et UMP ne fait en un sens que redoubler celui, engagé de très longue date, entre la République populaire de Chine et la République française, et l’on peut sans grand risque d’être démenti supposer que les élites du PCC et celles de l’UMP partagent des visions économiques assez proches (le refus du protectionnisme, la confiance dans le marché et dans l’État au service du marché), mais pourquoi s’engager dans des relations au niveau des partis? Les canaux diplomatiques, culturels et économiques habituels entre la France et la Chine populaire ne suffisent-ils donc plus? Ou est-ce que les dirigeants de ces deux partis ont réellement l’intention de discuter d’affaires spécifiquement partisanes? Que peuvent avoir à se dire deux partis opérant dans des mondes a priori différents? La grande convergence des modes de gestion “post-démocratiques” des peuples, comme dirait Colin Crouch, est-elle en marche? Hadopi et la “Grande muraille” électronique, même juste combat contre la chienlit du futur “World Unified Pirate Party”?

Il va falloir réviser les manuels de science politique…

Quant aux militants de droite old school, toujours un peu anticommunistes, il ne leur reste plus que l’émigration dans un pays de l’ex Europe soviétisée. Là, au moins, ils devraient trouver des vrais partis libéraux.

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B. Obama, prix Nobel de notre paix.

11 octobre 2009 · Un commentaire

Quand hier matin, j’ai appris que l’actuel Président des Etats-Unis venait de recevoir le Prix Nobel de la Paix, j’ai d’abord sincèrement cru à la plus grande blague qui ait circulé sur Internet à ce jour, le hoax du siècle. Eh bien non, c’est vrai, du coup, je me suis fait moi aussi un raisonnement comme celui que propose François sur  Polit’bistro, à savoir que  ceux qui attribuent  le  Prix Nobel de la Paix veulent en quelque sorte obliger B. Obama à tenir la ligne qu’il déclare vouloir suivre en matière de politique étrangère depuis qu’il est élu, le prendre au mot en quelque sorte. Ils nous proposent ainsi une expérience en grandeur nature sur la valeur respective des paradigmes “réaliste” et “constructiviste” en relations internationales. Si B. Obama adopte une attitude réellement pacificatrice dans les années qui lui restent à gouverner en abandonnant la perspective habituelle aux Etats-Unis depuis 1950 de gendarmer le monde (pour ne pas remonter aux années 1890 avec la “guerre hispano-américaine”), les “constructivistes” auront marqué un point; si, sous sa Présidence, quelque autre pays est maltraité ou envahi “au nom de la paix du monde”, ils auront perdu – à moins que la “paix” à laquelle les jurés du Nobel de la Paix font allusion ne soit exclusivement que celle dont nous profitons.

En effet les jurés  se sont-ils rendus compte de l’occidentalo-centrisme de leur choix? Les conflits dans lesquels les Etats-Unis sont impliqués directement sont, certes, justifiables si l’on veut au nom de nos valeurs, mais on ne peut guère parler de “paix”  (au sens d’absence de violences organisées) sinon en la comparant à la “pax romana” établie par la force des légions sur les divers barbares qui menacent les confins de l’Empire. Quant aux conflits dans lesquels les Etats-Unis sont indirectement partie prenante (conflit du Moyen-Orient entre Israël et la Palestine, ou situation de dégradation sécuritaire au Mexique par exemple), je ne sache pas que de grands progrès vers une solution politique aient été accomplis dans les quelques mois de la Présidence Obama. Peut-être les jurés Nobel disposent-ils d’informations que nous n’avons pas et peut-être aurons-nous de bonnes surprises dans les mois qui viennent… Le Hamas et le Hezbollah vont reconnaître la semaine prochaine Israël, et réciproquement! Et enfin les enfants d’Abraham vivront en  paix pour les siècles des siècles! Certes, par comparaison avec son prédécesseur immédiat à la Présidence des Etats-Unis, B. Obama fait montre d’une plus grande rationalité en matière d’intérêts de sécurité des Etats-Unis (comme avec son abandon du bouclier anti-missiles en ex-Europe de l’Est, ou avec sa reconnaissance de la réalité du réchauffement climatique). Mais cela suffit-il de n’être point fol pour être déclaré sage? Par ailleurs, sous cette présidence, combien les Etats-Unis dépensent-ils pour leur défense et les diverses guerres qu’ils mènent de par le monde? Je n’ose même pas retrouver le chiffre tant son indécence mise au regard des nécessités sanitaires, sociales et éducationnelles des plus pauvres de cette planète m’est littéralement impensable.

Enfin, la saga Obama continue, what else?

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We, the Leaders of the Group of Twenty.

7 avril 2009 · Laisser un commentaire

keep-calm-and-carry-on-redLe sommet du G20, qui s’est déroulé à Londres en ce tout début d’avril  a donné lieu dans la presse française à une petite brise d’euphorie printanière, Libération a même titré  vendredi 3 avril en se voulant amusant, “Un sommet pas vain” laissant entendre que cette réunion avait accouché de quelques décisions susceptibles d’améliorer le sort du monde. Cet enthousiasme était toutefois démenti par la lecture dans le même journal des commentaires  par des spécialistes de chaque sujet des décisions prises, qui allaient plutôt dans le sens inverse. Le Monde, qui titra le même jour (daté du 4), “Le G20 pose les nouvelles règles du capitalisme mondial”, était un peu sur la même ligne. C’est génial en général, mais douteux en particulier, illustrant encore une fois la maxime durkheimienne selon laquelle “le tout n’est pas la somme des parties”.  Insatisfait par la traduction du “plan historique” publié par le Monde (p. 8), j’ai eu la curiosité d’aller lire directement le communiqué final du G20, qui sonne mieux dans son idiome original. Il commence par un point 1 disant : “We, the Leaders of the Group of Twenty, met in London on 2 April 2009″ (non reproduit dans la traduction du Monde). Nous sommes bien loin du “We, the People…”. Passons, rappelons toutefois que ce G20 avait d’abord été institué dans la foulée des crises financières qu’avaient connu les pays asiatiques à la fin des années 1990. A en juger par ce qui s’est passé depuis, on ne peut pas dire que son effet sur la stabilité économique et financière du monde a été évident.

Je laisserais aux économistes le soin de déterminer si les mesures annoncées sont pertinentes pour atteindre les buts que le G20 se fixe. Je réagirais seulement ici en politiste, attentif aux rapports de force entre acteurs.

Première remarque, si l’on suppose que l’ordre dans lequel les choses sont dites possède quelque importance au moins rhétorique, on remarquera que l’aspect “relance coordonnée” l’emporte nettement sur l’aspect  “régulation financière”.  Après l’exorde (point 4 à 5) qui affirme à quel point la situation est grave au niveau de la planète, à quel point il faut agir de concert pour le bien des “hard-working families” partout dans le monde et comment il faut agir, on passe toute de suite aux mesures de relance (point 6 à 12), d’ailleurs déjà présentes en conclusion de l’exorde  avec des chiffres destinés d’évidence à épater les commentateurs (point 5). Ici aucun superlatif n’est assez fort, et on promet rien de moins que “the largest fiscal and monetary stimulus and the most comprehensive support programme for the financial sector in modern times” (point 9). Ces premiers points font indéniablement penser à l’affirmation (au moins en intentions) d’un keynésianisme à l’échelle mondiale. Cela sent bon la rhétorique nord-américaine. “Yes We Can”, n’est-il pas?

La suite est consacré à la régulation du secteur financier (point 13 à 16), à la refonte du rôle des organisations économiques internationales (point 17 à 21), à la lutte contre tout protectionnisme commercial ou financier (point 22 à 24), et enfin à assurer tout de même un peu de justice (sociale) dans ce bas monde et un minimum de soutenabilité écologique à tout cela (  “Ensuring a fair and sustainable recovery for all”,  point 25 à 28). Le moins que l’on puisse dire, c’est que le “Green New Deal” attendra, les contraintes écologiques de soutenabilité sont juste évoqués in fine (point 27 et 28). Le point 26 constitue à mon sens une illustration de l’esprit général des dirigeants ici réunis face aux problèmes du vulgaire :

“We recognise the human dimension to the crisis. We commit to support those affected by the crisis by creating employment opportunities and through income support measures. We will build a fair and family-friendly labour market for both women and men. We therefore welcome the reports of the London Jobs Conference and the Rome Social Summit and the key principles they proposed. We will support employment by stimulating growth, investing in education and training, and through active labour market policies, focusing on the most vulnerable. We call upon the ILO, working with other relevant organisations, to assess the actions taken and those required for the future.”

Si on n’avait pas l’habitude de cet usage du terme “humain” pour désigner en pratique la partie de l’humanité qui ne vit que d’un travail peu rémunéré et peu assuré de durer toujours,  et qui a le mauvais goût de former de plus une famille et d’avoir des enfants, on s’étonnerait. Le paragraphe renvoie d’ailleurs à l’idée de relance qui créera des emplois pour ces “humains”, ainsi qu’à des politiques actives du marché du travail, mêlant ainsi approche nord-américaine et approche nordique du problème du sous-emploi de la force de travail. On serait toutefois tenté de demander : mais alors qui sont les “non-humains”  auxquels le reste de ces déclarations sont destinées?

L’ordre des propos est donc déjà significatif : n’oublions tout de même pas les humains et la nature, cela pourrait faire jaser quelques bonnes âmes, semble avoir été la pensée des rédacteurs du texte lorsqu’ils l’ont finalisé.

Deuxième remarque, le contenu en général est des plus clair : il s’agit de revenir  au plus vite à la normale de ce qu’on a appelé depuis  20 ans  la “mondialisation”.  Il s’agit clairement de continuer comme avant : on vise à retrouver au plus vite une forte croissance de l’économie mondiale appuyée sur une ouverture continuée des économies.  Si j’ai bien compris, le G20 se promet de revenir rapidement à 4% de croissance annuelle (point  6, qui affirme dans la foulée que cela va favoriser la transition vers une économie verte… c’est aussi la “Semaine du Dévoloppement Durable”). Le protectionnisme est donc vivement condamné, et l’on se promet de conclure le cycle de négociation commerciale dit de Doha au sein de l’OMC. On peut douter de la réalité des promesses faites et du suivi des mesures prises (mais le dernier point  du communiqué devrait nous rassurer, point 29), cela n’empêchera pas peut-être du protectionnisme de çi de là dans les faits, mais le G20 réaffirme la prééminence de la conception libérale du commerce mondial et aussi de celle tout aussi libérale de la circulation des capitaux, que rien ni personne ne doit entraver, même pas  un secteur financier que l’on reconnait être à la source de la crise en cours (point 13, c’est bien le moins).  Certains ont remarqué que les modifications promises des rapports de force entre Etats membres au sein du FMI et de sa manière de fonctionner annonçaient un “Déclin de l’Occident” (on lirait dans le point 20 un rééquilibrage au sein du FMI au profit de non-Occidentaux), c’est peut-être vrai, mais  le FMI, largement refinancé à ce que l’on croit comprendre , n’est pas là pour faire autre chose que rendre ce capitalisme-là – celui de la mondialisation en cours – soutenable par tous les Etats, y compris les plus pauvres. Ce n’est pas “No child left behind”, mais “No State left outside”, pourrait-on dire.

Ce texte marque donc bien le triomphe continué d’une vision du monde libérale, et une défaite totale des mouvements qui auraient voulu une “autre mondialisation” à influencer sur l’agenda public du G20.  Je me demande même si Naomi Klein ne pourra pas ajouter un autre chapitre à  son livre, La stratégie du choc, avec la réaction coordonnée à cette crise, qui, si elle suivait à la lettre les décisions annoncées, consisterait en un approfondissement de la mondialisation. On voit déjà sur le cas de la Lettonie ce que signifie par les temps qui courrent un aide financière du FMI – là encore, business as usual. (Cela ne me fera vraiment rire que lorsque les Etats-Unis seront soumis à ce genre de “thérapie”…) Si l’on se sent pleinement convaincu des vertus du libre-échange, on peut s’en féliciter, en comparant la situation avec celle des années 1930 (rappelé incidemment dans le communiqué par la formule : “the historic mistakes of protectionism of previous eras”, point 22); dans le cas contraire, on pourra noter que le G20 a soigneusement éludé ce qui empêcherait à (moyen) terme la croissance matérielle infinie de l’économie de marché de perdurer sans heurts à l’échelle mondiale (que faire par exemple de la pénurie de matières premières qui ne manquera pas de réapparaitre en cas de retour à une forte croissance?) ou qu’il postule que la croissance retrouvée bénéficiera à tous (ce qui suppose que l’humanité est destinée toute entière à atteindre un standard de consommation “à l’occidentale”). Si dans dix ou quinze ans, nous devions nous trouver face à une crise écologique incontrôlable à cette date, ce G20 apparaitra comme l’illustration d’une occasion perdue de réorienter toute la machine économique dans une autre direction.

Troisième remarque : en matière de régulation financière, le communiqué n’appelle à aucun moment à une réflexion de fond sur la validité de cette finance mondialisée (pour ne pas parler des déséquilibres économiques qu’elle couvre), on se contente de proposer de limiter “son exubérance”, de la réguler pour utiliser le terme consacré.  Je n’épiloguerais pas sur les diverses listes validées par l’OCDE des “paradis fiscaux” non coopératifs (quatre petits Etats isolés au loin, dont 3 ex-colonies espagnoles  et un Etat asiatique ayant mal parlé de la mondialisation lors de la crise financière de la fin des années 1990), un peu coopératifs  (surtout récemment pour les plus connus : Suisse et Luxembourg) ou blancs comme neige de Davos (les grands Etats représentés au G20 et leurs dépendances directes genre Jersey). On se voit offrir là une démonstration (facile) du poids des différents acteurs dans le système international. On remarquera en passant que l’Union européenne, représenté par le Président de sa Commission, a accepté de voir blamer  certains de ses membres (Autriche, Belgique et Luxembourg, qui viennent d’entrer au purgatoire), tout en épargnant certaines dépendances des Etats directement présents au G20 (pas toutes : Monaco est quand même en liste grise).

Conclusion : le capitalisme est, selon les dirigeants des plus puissants Etats de la planète, l’horizon indépassable de notre temps. Autant pour tous ces joyeux rêveurs qui en annonçaient depuis cet automne la fin prochaine. Il va falloir faire avec.

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Collectif, “La politique en questions”.

21 mars 2009 · 4 commentaires

politiqueenquestionsMon errance dans une librairie grenobloise  m’a fait découvrir un livre intitulé La politique en questions, publié aux Presses de l’Université de Montréal, par un collectif de professeurs de science politique de l’Université de Montréal. Ce livre paru à l’automne 2008 à Montréal vise à célébrer le cinquantenaire du Département de science politique de l’Université de Montréal.

Cet ouvrage collectif est destiné en principe à rendre compte au grand public des acquis de la science politique. Ne faisant pas partie de ce point de vue là du grand public, je ne saurais trop dire si l’exercice est vraiment réussi. En revanche, j’ai trouvé l’approche adoptée très séduisante : en effet, comme l’indique le titre de l’ouvrage, la science politique y est présentée telle qu’elle se pratique par ses praticiens, à travers des questions auxquels les auteurs tentent de répondre ou montrent comment on pourrait y répondre à terme. Par exemple, Richard Nadeau se demande : “L’économie inspire-t-elle le vote?” (p. 84-92), Jane Janson “Faut-il étudier les femmes en science politique?” (p.35-42), ou encore Laurence Bherer “La démocratie participative fonctionne-t-elle?” (p. 167-175).  On trouve ainsi 27 courts chapitres qui font le point sur une question pertinente, soit pour la discipline elle-même, soit pour ce qu’elle peut nous apprendre sur le monde contemporain, ceci avec plus ou moins de bonheur il est vrai. Ainsi le texte d’André Blais, “Mon vote peut-il faire la différence?”, p. 53-58, constitue un modèle de clarté  (que j’enverrais volontiers en photocopie à J. Elster au Collège de France pour remise à niveau sur le sujet), celui de Zhiming Chen, “Y a-t-il un consensus de Pékin?”, p. 252-259,  comporte lui non seulement d’étranges erreurs factuelles (p. 252 : une “Révolution orange” en Pologne en 2004? une “Révolution violette” (sic) en Irak en 2005?; p. 258, “une politique d”Un pays, deux systèmes’ à Hong Kong, Macao et Taïwan (je souligne, re-sic)?  ) , mais encore ne va pas au delà d’un article du Monde diplomatique sur le même thème. Le titre choisi correspond bien au contenu de chaque article, sauf dans un cas où l’on est pas loin de la tromperie sur la marchandise : Luc Duhamel fait mine de s’interroger : “Pourquoi des peuples sont-ils séduits par des leaders autoritaires?”, p. 67-74, or le contenu de son texte porte exclusivement sur un peuple, celui de l’Eternelle Russie des tsars, opritchniks, popes et moujiks, via le cas de W. Poutine. Le pluriel du titre est de trop, et, en lisant ce texte, je me suis d’ailleurs dit que l’approche culturaliste n’était pas morte !(70 ans de régime soviétique semblent peu de choses face à un millénaire de Sainte Russie en proie aux Tatars du moment…)

On ne sera sans doute pas étonné de constater que nos collègues canadiens (comme tout un chacun!) voient le monde depuis leur balcon. Les problématique canadiennes ne sont en effet pas absentes de ce livre de présentation de la science politique au grand public cultivé, soit par les exemples données au fil des textes (le “scandale des commandites” qui revient à plusieurs reprises, dont je me doute bien qu’il doit correspondre quelque chose d’important là-bas), soit par des chapitres qui ne prennent vraiment sens que de l’autre côté de l’Atlantique (Gérard Boismenu, “Le Canada est-il une fédération territoriale ou multinationale?”, p. 130-139, ou Charles Blattberg, “La Charte est-il utile ou nuisible?”, p. 185-191 – il s’agit de la Charte canadienne des droits et libertés de 1982, et non pas bien sûr celle de l’Union européenne adoptée à Nice en 2000, ni moins encore celle accordé au peuple de France par le bon roi Louis XVIII). A mettre ainsi la science politique en questions, pertinentes pour un grand public cultivé (celui en l’occurrence du Canada francophone), on ne se rend compte rapidement que la science dont il est ici rendu compte (honnêtement je crois) se trouve fortement indexée à un contexte de sens, historiquement et géographiquement situé (pour utiliser le vocabulaire d’un Passeron). Cet idiotisme canadien (moins que québécois d’ailleurs) se traduit d’ailleurs par une vision du monde pour le moins intéressante, la Russie a droit à un article (déguisé comme on l’a dit sous un titre généraliste pour une raison qui m’échappe à dire vrai), la Chine aussi (raté comme je l’ai dit), et l’Amérique latine à deux interventions (Philippe Faucher, “Pourquoi l’Amérique latine est-elle si pauvre?”, p. 156-164, et Graciela Ducatenzeiler, “Quelles sont les formes de la démocratie en Amérique latine?”, p. 204-212) qui ne m’ont pas bouleversé, là encore en tant que lecteur (certes peu assidu) du Monde diplomatique.  Étrangement, dit le Persan en moi, l’Union européenne n’a pas ici droit de chapitre; diantre est-ce à dire qu’aucun enseignant du Département ne travaille sur ce point qui nous préoccupe tant ici?  Ils sont donc bien fols là-bas. Plus sérieursement, il m’a paru étonnant que la situation canadienne n’amène aucune de comparaison avec l’Union européenne (ni d’ailleurs avec d’autres cas de fédéralisme, y compris celui du voisin). Des références à d’autres pays que le Canada sont bien sûr présentes dans de très nombreux articles de l’ouvrage, qu’on ne saurait accuser de provincialisme (au double sens d’éloignement d’un centre supposé, nous bien sûr, ou de vision québécoise des choses), au contraire. On notera sans surprise excessive que la France, la Grande-Bretagne  et les États-Unis constituent comme les trois pôles référentiels principaux, à la fois à travers les exemples historiques et les terrains de recherche qu’ils représentent et à travers la littérature scientifique qui émane de ces trois pays.  En somme, la France, la Grande-Bretagne, les États-Unis et le Canada font visiblement partie de l’espace de parfaite comparabilité des situations – celui où le concept stretching peut être évité par définition.

Nos collègues du Département de science politique de Montréal marient donc  ici approche anglo-saxonne et française de la science politique avec des dosages différents certes (comme on le voit dans les références citées à l’appui de chaque chapitre) et parfois surprenants. Le texte de Diane Ethier, “Peut-on imposer la démocratie?”, p. 192-203,  qui essaye de déterminer si une intervention militaire étrangère peut établir durablement la démocratie libérale dans un pays fera ainsi un effet étrange au lecteur français tant il s’embarrasse de sigles bien inutiles pour le propos pour faire “à la manière” d’un texte anglo-saxon de politique comparée quantitative  sur le même sujet  et tant sa conclusion (provisoire) d’une faible importance du phénomène au total depuis 1945 parait bien vue du côté de Lyon (encore que j’aimerais bien que l’auteur m’explique comment on peut classer l’Italie et l’Autriche parmi les démocraties établies prioritairement par une intervention militaire occidentale : les facteurs endogènes me paraissent essentiels dans les deux cas, et, en plus, l’Union soviétique a eu sa zone d’occupation en Autriche jusqu’en 1955 et a donc validé par le Traité d’État la démocratie libérale “neutre” de ce pays… Les Hongrois et les Polonais aussi auraient voulu être en démocratie libérale à ce moment-là.)

Mutatis mutandis, la communauté de préoccupations entre les membres du Département de science politique de l’Université de Montréal et la communauté des politistes français est patente sur bien des points, et nous nous livrerions  entre collègues grenoblois pour prendre un exemple localisé au même délicat exercice, je suppose que nous aboutirions à un résultat assez semblable (même si je ne sais si nous aurions autant de cordes à notre arc).

En revanche, ce qui m’a frappé dans ces textes, c’est leur oubli relatif de la sociologie, ou disons, des groupes sociaux sous-jacents aux récits qu’ils nous font de la réalité, et plus encore leur cécité à tout rapport de domination, stable et bien établi. Chez eux, tout parait dans le fond à la portée du peuple pourvu qu’ils s’en donne les moyens.   Le portrait qui ressort au total de leur monde démocratique est, si j’ose dire pour forcer le trait, un portrait à l’eau de rose. Ils défendent finalement une vision à la Churchill ou à la Dahl de la démocratie, le pire des régimes à l’exclusion de tous les autres : les textes sont d’ailleurs ordonnés en trois sous-parties dont trois ont des titres éloquents de ce point de vue : 2. “Comment sommes-nous représentés?” 3. “Comment sommes-nous gouvernés?” 4. “Pourquoi préférer la démocratie?”. Les auteurs ne font, semble-t-il, jamais l’hypothèse qu’il existe bien plus de domination des uns sur les autres qu’ils ne le prétendent, ni encore moins qu’il existerait des liens substantiels entre certains groupes sociaux dominants et la démocratie libérale.  Ou du moins sont-ils si prudents dans l’expression que rien n’en transparait. D’évidence, ils ne sont pas marxistes, ni même bourdivins ou férus d’économie politique. L’épisode G.W. Bush – cela se passait prés de chez eux pourtant – ne les a pas amenés à des réflexions amères, presque révisionnistes en la matière, comme celles qu’on trouve sous la plume de la “Task Force on American Democracy and Inequality”, établie par l’APSA  il y a quelques années. Le Paul Krugman de The Conscience of a Liberal serait à classer parmi les esprits un peu trop échauffés dans ce cadre. Il est vrai que, sous leur regard, la démocratie canadienne semble plutôt bien se porter, même si, en creux, dans leurs réponses, on dirait que le grand public canadien, lui, n’en est pas si convaincu que cela. Cela correspond sans doute à la tendance générale de la science politique instituée dans les pays démocratiques  qui, partout, se veut loyale à la démocratie libérale et à ses éventuels approfondissements (genre démocratie participative, voir l’article déjà cité plus haut), mais je me demande si cela ne finit par poser pas problème de crédibilité disciplinaire dans un monde où les simples citoyens, eux, se sentent insatisfaits, troublés, voire même dégoutés – et après tout, si ces derniers le sont, peut-être ont-ils raison contre les spécialistes qui leur expliquent que cela ne pourrait guère aller mieux ou presque.

Un grand merci en tout cas aux collègues du Département de science politique de l’Université de Montréal de s’être livré à cet exercice difficile.

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Drang nach Osten?

14 septembre 2008 · Laisser un commentaire

Les commentateurs europhiles (mais pas eurobéats) Jean Quatremer et Bernard Guetta se sont félicités de la capacité de l’Union européenne à tenir (enfin) une ligne commune dans le cadre de la crise de la Géorgie. Lors du Conseil européen extraordinaire du 1er septembre 2008, l’Union a en effet adopté une position commune. Le lendemain, B. Guetta sur France-Inter exultait littéralement. Il aurait pu préciser que, prés de 40 ans après les débuts d’une recherche d’une politique extérieure commune, après quelques échecs historiques (ex-Yougoslavie il y a prés de vingt ans, Irak en 2003), c’était là la résultat minimum pour ne pas sombrer dans le ridicule dans un tel contexte. Le texte adopté par le Conseil européen le 1er septembre condamne fortement les actions russes, mais il faut attendre la toute dernière phrase pour obtenir le signe tangible de mauvaise humeur européenne : on suspend les négociations sur un partenariat jusqu’à nouvel informé. Plus sérieusement, on décide de faire pression sur Moscou pour faire entrer en vigueur tous les points de l’accord russo-géorgien du 12 août. La super-troïka européenne s’est rendu à Moscou le 8 septembre, avec un N. Sarkozy en meneur d’équipe entouré de José Manuel Barroso et de Javier Solana. La super-troïka aurait obtenu le retrait des troupes russes (de “maintien de la Paix”) sur leurs positions d’avant le 12 août, l’envoi de 200 observateurs de l’UE sur le terrain, et enfin une Conférence internationale pour discuter de tout ce fatras. Parallèlement, lors du sommet UE-Ukraine, ce pays recevait la promesse d’être “associé” à l’UE et se voyait reconnu son destin européen. On a lourdement insisté sur l’intégrité territoriale de ce pays – menacé par une Russie devenue irrédentiste (du moins c’est ce que j’ai compris vu le ton employé).

A première vue ce sont là des nouvelles rassurantes : l’UE semble enfin affirmer une identité politique au moment de la crise et non comme d’habitude aprés. Cela pourrait paraître d’autant plus satisfaisant que l’UE semble bien empêcher ainsi les Etats-Unis d’envenimer la crise plus que ce ne fut déjà le cas. C’est là l’interprétation dominante. Pour ma part, je me demande ce que nous allons faire dans cette galère. En effet, aussi bien pour l’Ukraine que pour la Géorgie (ou encore la Moldavie), l’UE laisse la porte ouverte à une future adhésion. Ces adhésions (pour ne pas parler de celles aussi possibles de ces mêmes pays à l’OTAN) vont être vécues par la direction russe comme des menaces, et le mot est faible. Surtout pour l’Ukraine, il suffit de regarder une carte des frontières actuelles et de se rappeler du rôle de cette région dans la guerre civile de 1918-1921 et dans les deux guerres mondiales pour se rendre compte de l’inacceptable de la situation vue du côté russe. La seule façon de rendre la chose concevable serait que la Russie ne soit pas considérée elle-même comme un ennemi (au moins potentiel) et qu’elle intégre elle aussi l’UE et l’OTAN. Il semble qu’on n’en prenne pas le chemin (ou alors ces chemins sont cachés au regard de tous). En voulant faire entrer dans sa zone de puissance ces ex-Républiques soviétiques, l’UE peut au mieux réinstaurer une “guerre froide” avec la Russie, et, au pire, nous entraîner tous dans une vraie guerre avec ce pays doté de l’arme nucléaire (dans cette guerre que ne craindrait pas de faire la candidate républicaine à la vice-Présidence, Sarah Palin, si l’on en croit ses déclarations aux médias). Dans les deux cas, quel intérêt trouverait l’Europe  à entrer en conflit avec la Russie? La défense de nos “valeurs” me dira-t-on, de l’ordre territorial des Etats peut-être contre le désordre induit par la Russie, des “droits de l’homme” face à des massacres de populations civiles enfin. Etant donné pourtant que la Russie ne semble pas vouloir nous imposer son système totalitaire, que, par ailleurs, les citoyens russes vivent pour la plupart une vie privée qui les satisfait autant que faire se peut à la mesure de leurs moyens économiques (entre “nouveaux Russes” et retraités), je ne vois pas ce que nous entendons par nos “valeurs”. La Russie est sans doute une forme post-moderne de dictature (ou de démocratie à la Napoléon III), mais ce à quoi nous tenons le plus en pratique, la liberté de la vie privée, y est respectée pour la majorité de sa population. Cette Russie de Gazprom n’est plus ni celle de Lénine, ni même celle des tsars prompts à envoyer les cosaques remettre dans le droit chemin les révolutionnaires de toute l’Europe. En somme, je ne vois pas bien ce que cela change de fondamental pour la vie privée des gens concernés que de vivre dans la zone d’influence moscovite ou bruxelloise. Dans les deux cas, il s’agit de capitalisme; dans les deux cas, il existe une liberté de la vie privée pourvu qu’elle n’interfère pas avec les groupes dirigeants. Certes notre liberté d’intervenir dans les affaires publiques est sans doute bien plus grande que celle d’un citoyen russe, mais la différence n’est pas grande au point de considérer que nous devons résister à l’influence russe au prix de l’avenir de tout le monde sur cette planète.

Autrement dit, si l’on raisonne en terme de libertés pratiques et de bien-être économique des populations, la Russie n’est pas un danger, pas plus que l’Allemagne avant 1914. Nous nous trouvons donc exclusivement dans un jeu international de puissances cherchant à délimiter leur pré carré:  à ceci s’ajoute aussi la mécanique bureaucratique de l’élargissement. L’UE dispose d’une bureaucratie qui a besoin de pays à “traiter”. Si l’UE ne s’élargit plus, ou seulement aux petits pays des Balkans (FYROM, Monténégro, etc.), cela veut dire moins de travail, plus de nécessité même de cette bureaucratie. Bref, pour elle et tous ceux qui gravitent autour de ces métiers de la mise aux normes européennes, l’Ukraine serait pain béni. Par contre, je ne vois pas ce que cette politique de puissance va apporter au simple citoyen de l’Union. Une Ukraine “neutre” serait tout aussi économiquement profitable à notre économie (si l’on suppose qu’un grand marché continental nous profite d’autant plus qu’il est plus divers, vaste et peuplé). Quant à justifier l’élargissement par le caractère “européen” au sens culturel de ces pays, j’en suis entièrement d’accord sauf que, dans ce cas, la Fédération de Russie, membre du Conseil de l’Europe, a elle aussi le droit de se réclamer de l’Européanité culturelle (du point de vue historique et littéraire, bien plus que la Turquie par exemple). Une telle affirmation revient à souligner aux yeux des Russes que l’Ukraine ne nous intéresse qu’en raison de sa capacité à nuire à la puissance moscovite. Bref, voulons-nous  assumer les opportunités et les contraintes d’une nouvelle “poussée vers l’Est”? Perinde ac cadaver?

Pour revenir au problème géorgien, il me semble qu’en se focalisant sur l’intégrité territoriale de la Géorgie, l’UE en reste à un raisonnement  traditionnel : on va aussi réclamer le droit des réfugiés (géorgiens) de revenir dans (les ruines de) leurs foyers. En fait, il faudrait prendre le problème de manière post-moderne : dire à ces gens dès maintenant qu’ils ne rentreront jamais dans leurs foyers, mais qu’ils seront très bien indemnisés pour leur renoncement à leurs droits. Certes, un crime a été commis, et le crime a payé, mais il faut refaire sa vie ailleurs et c’est tout. L’histoire des Français d’Algérie devrait enseigner que, si l’on prend les choses au niveau du destin privé des personnes, la possibilité de refaire sa vie dans de bonnes conditions importe d’abord : que se serait-il passé si notre pays avait fait des “pieds-noirs” des réfugiés permanents attendant un hypothétique retour dans leurs foyers après le retour de l’Algérie à la France? Raisonnablement, les “rapatriés” ont été priés de s’adapter à la métropole. On comparera leur sort avec celui des  réfugiés palestiniens de 1948. Dans le même ordre d’idée, comme la Géorgie n’a pas été amputée de tout son territoire, elle devrait surtout s’occuper de trouver un avenir économique aux réfugiés des terres perdues et chercher à surclasser ses séparatistes par son succès économique et social, seul moyen de faire revenir ces derniers à de meilleures intentions comme le montre le cas chypriote. L’attitude européenne  m’a paru aller dans ce sens quand elle promet des visas plus faciles à obtenir pour les Géorgiens : s’ils veulent refaire leur vie dans l’UE et y trouver du travail, accueillons-les, cela nous coûtera moins cher qu’un conflit avec la Russie pour deux territoires qui ne changent en rien le bonheur de l’immense majorité des Européens.

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Crise géorgienne : quels enjeux théoriques?

29 août 2008 · 2 commentaires

Il pourra paraître bizarre de voir une crise internationale en cours à travers ses enjeux théoriques. Pourtant, si la théorie prétend décrire adéquatement le monde, il faut bien qu’elle passe le test de la réalité historique, et une crise internationale comme la crise géorgienne peut remettre en cause tout ce qu’on peut savoir auparavant.

Quels sont les ingrédients apparents de la crise géorgienne?

La très vieille “Question des nationalités” : le Caucase prolonge les Balkans de ce point de vue. On retrouve là comme ailleurs l’extraordinaire force politique de la mobilisation nationaliste de la part d’”entrepreneurs en nationalisme”, mobilisation nationaliste qui semble bien le moyen le plus simple d’exciter les esprits et de créer des passions inexpiables. Le trés intéressant papier de Bernard Dréano, “Le Piège ossète,  l’éternel retour de la question nationale en Europe” (cf.  sur le site de la revue Mouvements, http://www.mouvements.info/spip.php?article314) souligne à loisir les coordonnées propres de ce conflit  malheureusement classique. Celui-ci se double comme d’habitude des rapports de clientèle entre un centre protecteur et une nation aspirant à la souveraineté (relation qui remonte au moins à  l’indépendance grecque dans les années 1830).  Il importe en fait ici peu de savoir si l’Abkhazie ou l’Ossétie du sud disposent d’un droit historique à la souveraineté, et de comparer/opposer ces situations avec le cas du Kosovo ou de la Tchéchénie (ou du Tibet ou de la Catalogne, etc.). Toute la recherche contemporaine sur les ethnies et les nationalités, à quelques primordialistes prés, converge sur l’idée de leur caractère labile et arbitraire. Dans le cas présent, qui a tort, qui a raison, à quelle catégorie se rattacher, n’est même pas à évoquer comme moyen de comprendre la crise.

La non moins ancienne question des zones d’influence politique et économique : comme les médecins de Molière, il est facile de déclamer : “le pétrole, le pétrole, le pétrole” – et “le gaz, le gaz, le gaz”.

Enfin, ajoutons à ce portrait : les alliances (défensives of course) entre Etats.

Et pour donner un grain de répétition supplémentaire à la situation : une situation de redressement national (celui de la Russie) aprés la période “weimarienne” qu’elle a vécu de 1991 à 2000.

Tous les ingrédients sont donc réunis pour une confrontation générale selon la vision classique, “réaliste”, des relations internationales. Il manque toutefois même de ce point de vue un élément : la faisabilité d’un conflit conventionnel (armé) parait faible tant la Géorgie paraît isolée, elle est coincée au sud par l’Arménie (pro-russe) et l’allié de l’OTAN avec laquelle elle a une frontière commune n’est autre que la Turquie. Or cette dernière ne semble pas avoir un grand contentieux avec Moscou, et son opinion publique ne semble pas trés pro-américaine ces temps-ci. J’ajouterais qu’il serait amusant de voir les militaires turcs se battre au nom du  principe de l’intégrité territoriale des (petits) Etats, soit au nom d’un principe qu’ils violent eux-mêmes allègrèment depuis 1974 à Chypre (où existe toujours à ma connaissance une République turque de Chypre-Nord), Etat membre de l’Union européenne depuis 2004. Je rappelle ces détails bien connus pour souligner qu’avec la logique précédente, disons “à la 1930″, la Géorgie est perdue en cas de guerre conventionnelle. L’Occident pourrait “irrationnellement” se lancer dans un tel conflit perdu d’avance, mais il est tout de même rare d’engager un conflit avec de telles perspectives.

Déjà de ce premier point de vue réaliste, rien de grave (sauf pour les Géorgiens…) ne devrait se passer. L’argument théorique et empirique majeur qui devrait rassurer, c’est bien sûr la dissuasion nucléaire dont disposent les deux camps en présence (Russie et Etats-Unis). Comme le montre l’histoire de la “Guerre froide”, les deux acteurs doivent éviter la confrontation directe s’ils ne veulent pas disparaître de la surface de la terre (et nous avex eux!), ce qui ne leur interdit pas la confrontation indirecte. Toute la question théorique (et pratique) sera bien sûr de savoir si il ne peut pas exister quelque chose qui détraque cette belle mécanique de la dissuasion. Ce que nous montrent les médias des caractères des protagonistes  (le duo russe Poutine-Medvedev, et G. W. Bush) pourrait inquiéter. La mise en place d’un bouclier anti-missiles aux portes de la Russie est fortement déstabilisateur – mais, normalement, la Russie devrait réagir en créant son propre bouclier. On pourrait s’inquiéter aussi fortement des parallèles historiques que certains politiciens européens font avec les années 1930 : j’ai entendu hier sur France-Inter Dennis Mc Shane, un ancien ministre travailliste, comparer l’action des troupes russes à celle d’A. Hitler dans les Sudètes en 1938; à force de ne pas vouloir être “munichois”, et de vivre cette crise dans des catégories du passé, on peut effectivement sortir de l’univers de la rationalité…

En somme, en n’utilisant que des arguments réalistes, on pourrait déjà décrire une issue heureuse de la situation – si chacun est conforme à la rationalité, et s’il calcule bien ses coups.

A cela s’ajoutent toutes les théories qui insistent sur l’émergence avec la globalisation d’un monde plus uni et plus sûr….  La situation d’interdépendance économique entre la Russie et les pays de l’Union européenne est évidente, les Etats-Unis comme importateur net de pétrole ne peuvent guère souhaiter se priver du pétrole russe sur le marché mondial. On peut ajouter des éléments plus institutionnels (Conseil de l’Europe, OSCE, G8), et, à un niveau inférieur à ces instances de dialogue politique, rappeler qu’on collabore dans de nombreux domaines avec la Russie depuis les années 1990 (par exemple dans le domaine spatial). On peut ajouter l’interpénétration croissante des économies russes et européennes. Bref, un conflit armé serait impossible parce que le “doux commerce” nous en empêche.

En fait, les deux grands courants théoriques, celui qui pense que les relations internationales sont toujours peu ou prou dans une situation “hobbésienne” ou celui qui voit l’émergence d’une société mondiale, formelle et informelle, aboutissent à la même conclusion. S’il se passe quelque chose de trés fâcheux, il faudra donc trouver autre chose! Cet autre chose pourrait être la “théorie constructiviste des relations internationales”, qui insiste beaucoup sur les représentations que se font les acteurs de la situation. Là encore, cette crise va plutôt en contre-tendance avec la tonalité générale de cette litttérture qui insisterait plutôt sur l’émergence de représentations partagées, plus subtiles en somme des différents intérêts en cause. A la relire, je ne crois pas que cette littérature laisserait présager un choc USA-Russie. Elle pourrait bien sûr être réécrite aprés coup, en soulignant que dirigeants russes et dirigeants américains “croyaient à leurs mythes”, mais, à ce stade de (ce qui restera de) la civilisation (“dans le jour d’aprés”), la phrase du grand auteur élisabethain sur l’histoire de l’Homme serait sans doute plus appropriée…

Autre point : comme je viens de la présenter, la crise géorgienne ne comprend pas d’intervention européenne. Elle existe, mais ne change pas grand chose à ce stade. Elle a simplement facilité à la partie géorgienne l’acceptation d’un cessez-le-feu inévitable, elle a évité à cette partie au conflit de perdre entièrement la face.

J’attends de voir quelles résolutions le Conseil européen extraordinaire du 1er septembre 2008 va prendre. Je suppose qu’on ira vers des sanctions de type : “nous gelons tous les progrès dans la coopération avec la Russie”. Je doute qu’on aille beaucoup plus loin, surtout si les dirigeants russes ont l’intelligence de se retirer d’ici là sur des positions “acceptables” aux frontières de l’Abkhazie et de l’Ossétie du sud, c’est-à-dire qu’ils permettent au plan européen en six points de paraître être respecté sur le terrain. C’est une évidence pour tout le monde que “nous” sommes tenus par le pétrole et le gaz russes. Les pouvoirs de sanction russes (sans usage direct de la violence physique) à notre égard sont infiniment plus “mordants” que les nôtres à leur égard : on pourrait se retrouver dans une situation semblable de celle que connut une partie de l’Europe de l’Ouest en 1973-74 avec les sanctions de l’OPEP aprés la guerre du Kippour, mais de quoi peut-on priver la Russie dans un monde où les sources de bien de consommation se sont multipliées? Priver les oligarques russes de vacances à Courchevel ou sur la Côte d’Azur, comme ironisent certains commentateurs, ne risque pas de nous grandir… Ils iront à Gstaad ou à Dubaï.

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