Eric Raoult a toujours été un homme d’à propos. Son idée selon laquelle un lauréat du Prix Goncourt en ce qu’il représente la France à l’étranger serait soumis à un “devoir de réserve” au même titre qu’un fonctionnaire de l’État fera sans doute partie des annales de ce quinquennat. Que le même député ait crû bon d’ajouter qu’il n’était bien sûr pas pour la limitation de la liberté d’expression, mais qu’il existait selon lui des bornes de la décence à ne pas dépasser, ajoute le grain de sel si typique de notre époque. Jadis, on condamnait simplement ce genre de propos comme “anti-français”, ou, sous d’autres cieux, comme “anti-américain”, “anti-soviétique”, ou encore “anti-parti”. Jadis, on avait la fierté de la censure que l’on en entendait exercer. Jadis, on aurait déchu sur l’heure la récipiendaire de son Prix, on aurait procédé à la dissolution du jury qui lui a accordé cette distinction, sanctionné les coupables de cette faute inacceptable, mis à l’amende la maison d’édition concernée, et comme l’(ex-)lauréate, réside chez l’ennemi héréditaire à l’étranger, on l’aurait déchu en deux temps trois mouvements de sa nationalité soviétique française. Jadis, les choses étaient plus franches du collier, et, pour tout dire, c’est heureux pour nous qui sommes (un peu, tout juste un peu) critique qu’elles le soient moins (enfin je l’espère, n’ayant pas envie de finir en prison ou en exil), mais quelle perte pour l’identité française, pour cette franchise si typique de notre race peuple, ah… , du temps de Clovis, il ne perdait rien pour attendre celui qui cassait le vase, fusse-t-il un combattant loyal à la patrie franque. Tudieu! On savait y faire jadis! Redonnez-nous la roue bon Seigneur!
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“Devoir de réserve” pour les lauréats du prix Goncourt?!?
13 novembre 2009 · 6 commentaires
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Deutschland 09- 13 kurzen film zur lage der Nation.
10 novembre 2009 · Laisser un commentaire
Le film “Deutschland 09 – 13 kurzen film zur lage der Nation” (Allemagne 09 – 13 courts-métrages sur l’état de la nation) a été projeté hier soir à l’Institut Lumière de Lyon dans le cadre du “Week-end du cinéma allemand”. Les germanistes (et les autres) trouveront le site officiel du film ici pour se faire une idée de son contenu. Ce film ambitionne de présenter par une vision artistique de 13 réalisateurs différents sur l’état actuel de l’Allemagne. C’est un mélange plutôt réussi de styles visuels très différents, qui vont d’un réalisme proche d’une série policière (à l’allemande) ou de l’extrait de documentaire à des approches expérimentales, en passant par des morceaux de bravoure totalement foutraques qui rappellent le cinéma de Jean-Pierre Jeunet. Dans tout ce kaléidoscope, on retrouvera toutefois, quoiqu’en disent les réalisateurs, une “ligne générale”, et je dois dire que celle-ci m’a frappé par son extraordinaire pessimisme, son absence de toute perspective un peu positive. C’est un film à déconseiller aux suicidaires et aux déprimés. Même le court-métrage consacré à l’apprentissage de la décision démocratique par les élèves d’une école primaire laisse de fait une grande amertume. Le spectateur a l’impression d’être convoqué à un constat : la vision de l’avenir filmée par Terry Gillian dans Brazil serait en train de se faire réalité dans l’Allemagne de 2009. Au sortir de ce film, on n’a pas vraiment l’impression que ce pays doive demeurer encore longtemps un État de droit : entre l’indifférence, pour ne pas dire plus, des autorités allemandes face au sort d’un détenu turco-allemand de Guantanamo, et la dénonciation d’une manipulation policière visant à “inventer” un chef terroriste dans la personne d’un banal universitaire, on se sent plutôt très mal à l’aise – ce qui correspond d’évidence à l’intention politique de certains réalisateurs. Le dernier court-métrage raconte une fable sur un exode lunaire d’un peuple allemand qui ne saurait plus qu’il est venu d’Allemagne sur fond d’images d’appartements abandonnés, et, de fait, on dirait bien que les réalisateurs, dans leur diversité, sont d’accord pour exprimer leur incommensurable insatisfaction vis-à-vis du présent. Les seuls aspects un peu positifs résident dans les paysages, dans la nature, dans les choses, dans les anciens bâtiments: un court-métrage particulier redonne à ces derniers d’ailleurs toute leur dignité, rappelant au spectateur français tout l’effort de réfection / reconstruction dont notre voisin se trouve être le lieu depuis 1989 et qui ne va pas elle aussi sans désorientation. Dans ces courts-métrages, presque personne ne parait un tant soit peu heureux. On se trouve dans la post-modernité, l’égarement, la perte de tout sens, ou, dans certains courts-métrages “foutraques”, dans le franc n’importe quoi qui ne saurait durer et qui m’a fait penser à l’art expressionniste d’un Grosz. On se trouve à cent lieux de “Berlin, symphonie de la grande ville”(1927), la boucle est bouclée : la modernité a pris son essor, mais qu’est-elle devenue?
Comme français et européen, j’ai aussi été frappé de l’enfermement dans l’Allemagne elle-même de ces courts-métrages. La logique du thème choisi veut sans doute cela, mais il est étonnant de ne pas voir apparaitre vraiment que bien rarement les voisins européens. Le monde extérieur apparait seulement dans le périple autour de la planète, proprement effrayant dans sa banalité, d’un manager allemand, bien propre sur lui, entre Hôtels Marriott et Cafés Starbucks…, ou dans la folie d’un homme d’affaires autrichien bien décidé à ce que rien ne change dans le conservatisme du F.A.Z., ou encore dans le récit “mythique” d’un tenancier iranien de bordel sur les mœurs de ses clients. Les mânes de l’américaine Susan Sontag sont elles aussi invoquées. En dehors de ces quelques exemple, on dirait un peu que, selon tous ces réalisateurs, les Allemands se retrouvent désormais seuls au monde face à un univers qui n’a plus de sens.
Je doute que ce film puisse passer longuement dans les circuits normaux de distribution du cinéma en France tant il fait appel à des idiotismes germaniques, mais, en même temps, comme cela serait nécessaire! Ne serait-ce que pour pouvoir s’apercevoir que bien des choses se rejoignent…
Hommage éclectique.
2 septembre 2009 · Laisser un commentaire
1er septembre 2009.
Cet été qui s’achève a vu la disparition de trois personnalités fort différentes que j’appréciais.
Pierre Gerbet, l’un des premiers historiens de la construction européenne, est mort à un âge avancé début juillet, à Bucarest, d’après le faire-part de décès paru dans le Monde. J’avais eu l’occasion de l’apprécier comme enseignant quand j’avais préparé l’agrégation de sciences sociales à l’Ecole normale supérieure en 1987-88; comme le sujet d’histoire concernait la construction européenne, il était venu nous faire cours – grand privilège, dont je n’avais aucunement pris conscience à l’époque. C’était en effet mon premier contact avec les études européennes. Il s’ajoute à la liste que je commence à dresser avec tristesse depuis quelques années de mes enseignants universitaires qui disparaissent.
L’écrivain russe, Vassili Axionov, est mort lui aussi début juillet. Il avait 76 ans. J’ai apprécié en son temps au delà de toute raison sa Saga moscovite. J’ai fini dans les jours suivants l’annonce de son décès son dernier livre, Terres rares (paru cette année chez Actes Sud). C’est à dire vrai un peu foutraque et exaspérant comme roman, et je ne le conseille pas du tout à quelqu’un qui n’aurait jamais lu les autres romans d’Axionov, c’est en un sens totalement “post-moderne” comme littérature, mais c’est aussi un magnifique “adieu aux armes”, avec quelques aveux aux lecteurs sur les livres précédents. Une façon de clore en beauté une œuvre, de la part de quelqu’un qui sait que la mort approche, mais aussi que de belles choses ont été réalisées…
Et puis… Willy Deville, eh oui le rockeur W. Deville, a disparu début août. Comme beaucoup de gens de ma génération, j’ai beaucoup, beaucoup, beaucoup dansé sur sa reprise de “Hey Joe”…. Je n’aurais jamais pensé qu’il mourrait un jour prochain. Il était dans sa cinquantaine.
Étrange n’est-ce pas ce mélange d’hommage à P. Gerbet, V. Axionov et W. Deville, mais je me sens en dette vis-à-vis de tous trois. Infiniment reconnaissant en tout cas.
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