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Rally around the flag effect? Ou simple réactivation des positions politiques déjà là?

Au delà de leur caractère d’évidence infiniment tragique pour les victimes et leurs proches, les événements de la semaine dernière, à Montauban et Toulouse, constituent pour le moins un test des théories disponibles sur le choix électoral.

Première hypothèse. Nicolas Sarkozy arrive largement en tête au premier tour le 22 avril et gagne (même de très peu) l’élection le 6 mai 2012.  Au vu de son bilan économique et social plutôt médiocre (avec un niveau de chômage record par exemple), au vu surtout des sondages de popularité encore plus médiocres qui l’auront accompagné pendant presque tout son mandat, et au vu enfin des défaites successives de son camp lors des élections intermédiaires, il sera très difficile de ne pas attribuer cette victoire, au moins en partie, à ces événements de Montauban et Toulouse. En effet, aussi bien par la personnalité du tueur que par la nature de ses victimes, c’est l’illustration parfaite des raisons qui justifient dans nos sociétés pour ceux qui y sont favorables des politiques toujours renforcées de law & order. Or, sur cet enjeu de la sécurité, la droite a, depuis les années 1970, la prééminence. Peut-être, la situation pourrait se retourner contre la majorité en place, si démonstration était faite clairement des carences de l’action policière en matière de prévention de ce crime.  En tout cas, dans cette première hypothèse d’une victoire de N. Sarkozy, les chercheurs discuteront obligatoirement de l’impact de cet événement. S’il se trouve que les équilibres de l’opinion en auront été totalement bouleversés, avec par exemple une très nette avance inattendue de N. Sarkozy au premier tour par exemple sur son concurrent socialiste et un résultat médiocre de la candidate du FN, il faudra bien se rendre à l’évidence qu’il y aura eu comme un “rally around the flag effect”. Comme au début d’une guerre, le pouvoir en place aura bénéficié d’un large appui de l’opinion publique.  En revanche, si, finalement, le résultat du premier tour n’a pas bougé pas tellement par rapport à ses équilibres antérieurs (mal?) mesurés par les sondages, on supposera plutôt que cet événement n’aura fait que réactiver des positions politiques déjà présentes chez les électeurs. Il comprend en lui-même en effet tout pour réveiller les convictions des uns et des autres. Le criminel dont je ne citerais pas le nom ici pour éviter de participer à sa gloire posthume nullement méritée représente sans doute la quintessence de ce que peut craindre un électeur de droite ou du centre-droit! – et, encore plus,d’extrême-droite! Or, rappelons-le, les intentions de vote pour les candidats des partis de gauche et d’extrême gauche (PS, EE- les Verts, Front de gauche, NPA, LO)  au premier tour sont minoritaires. Il suffirait donc à N. Sarkozy de rassembler tout le reste (y compris en particulier les électeurs du Modem) pour gagner, en transformant l’élection en un référendum sur la loi et l’ordre, et, implicitement, sur l’immigration et l’Islam. Au second tour, une majorité d’électeurs décideraient non pas d’éliminer N. Sarkozy comme les sondages le prédisaient avec constance depuis des mois, mais d’éliminer le candidat d’en face supposé être trop tendre, angélique, laxiste avec la menace terroriste, migratoire, islamiste.

Deuxième hypothèse. Nicolas Sarkozy fait un score médiocre au premier tour pour un Président sortant qui reste le seul représentant de la droite, et se fait battre par François Hollande au second tour. Dans cette configuration, plus conforme à tous les sondages antérieurs, les événements de Montauban et de Toulouse seront ramenés à un événement qui, finalement, n’aura pas changé grand chose : les électeurs ont une mémoire un peu plus grande que celle des “poissons rouges” (pour reprendre l’expression d’un collègue), et, de fait, les explications à la défaite de N.Sarkozy ne manqueront pas!

Vendre la peau de l’ours… avant de l’avoir tué.

Je n’ai pas écrit sur ce blog à propos de la situation en Libye depuis plusieurs mois, n’ayant rien à dire qui me paraisse mériter l’attention de quiconque. Les événements des trois derniers jours me paraissent par contre témoigner d’un dysfonctionnement extraordinaire de la politique et du journalisme. Les insurgés libyens ont certes surpris par leur avancée soudaine sur Tripoli, mais, de là, à faire comme si, désormais, tout était du coup fini dans ce long et âpre conflit, cela me parait manquer de la plus élémentaire prudence dans la présentation des faits, et, pour tout dire, du minimum de sens commun qu’on devrait exiger des journalistes et des politiques. Si l’on suit le fil des événements libyens depuis six mois, il est pourtant facile de se rendre compte que la situation sur le terrain a été marquée jusque là par une résistance acharnée des khadafistes (qu’il faudrait d’ailleurs expliquer!), pourquoi en serait-il à tout d’un coup autrement? Tous ces médias, et plus grave à mon sens, tous ces hommes politiques occidentaux (comme Alain Juppé qu’on a connu plus prudent), qui font comme si tout était déjà fini et dissertent déjà de l’avenir radieux de la Libye libérée, me désolent.

Décidément, notre époque est marquée par ce que j’appelle, avec bien d’autres, l’emballement médiatique. Il suffit qu’un fait paraisse vaguement réel à un moment donné, pour que tous les commentateurs et maintenant les politiques se mettent à délirer sur les conséquences de ce fait. Je me demande même parfois si les khadafistes n’ont pas joué de cette faiblesse actuelle des démocraties en pratiquant empiriquement par des reculs temporaires la politique de la douche écossaise pour affaiblir la cause de leurs adversaires auprès de l’opinion occidentale.

Tuez donc l’ours d’abord, et vantez-vous en ensuite!

Harro sur le baudet!

Bon, décidément, ce n’est pas vraiment la semaine de notre collègue Luc Ferry. Après les “révélations” du Canard enchaîné de la semaine dernière, il est destiné à rester pour quelque temps dans l’univers médiatique (qui, toutefois, oubliera bientôt cette affaire si les humoristes n’y mettent pas du leur), celui-qui-n’a-pas-assuré-ses-cours-à-l’Université-pendant-l’année-2010-2011. Ô le vil personnage! Et, si cela se trouve, il ne paye pas ses notes de coiffeur!

Halte au feu. Je n’ai guère de sympathie pour ce collègue, mais, contrairement à la journaliste de Libération, Véronique Soulé, je ne crois pas pourtant que la situation administrative de L. Ferry doive être l’objet d’un tel scandale. A ce compte-là, en effet, toutes les façons d’élever un fonctionnaire dans les sphères du pouvoir politico-administratif (en le prélevant sur l’effectif de son administration d’origine) peuvent être qualifiées de “faveurs”, puisque, par définition, il s’agit d’une prérogative propre des pouvoirs présidentiel et gouvernemental. Ces mécanismes (détachements, mises à disposition, etc.), plus ou moins  encadrés par le droit administratif, correspondent au fait que, dans un régime comme le nôtre, chaque majorité politique a besoin pour mettre en œuvre ses politiques publiques de disposer d’hommes (ou des femmes) en qui elle met sa confiance. Or il se trouve qu’en France, les gens dont chaque majorité politique successive réclame la loyauté se trouvent très  souvent être des fonctionnaires (ou l’être devenus par la vertu de leur engagement politique, comme avec les nominations au “tour extérieur” des grands corps de l’État). Il est du coup tout de même navrant de voir des candidats à la primaire socialiste, Manuel Valls et Ségolène Royal,  se voyant déjà Président/e de la République, s’offusquer de la situation de Luc Ferry. Qu’ils prennent donc alors l’engagement de se priver de ces diverses formules de mise à disposition de fonctionnaires pour former leur futur cabinet présidentiel ou les futurs cabinets de leur ministres, et on en reparle sérieusement!  Pourquoi ne pas nommer alors préfets, recteurs, et autres hauts responsables administratifs sur la foi d’un concours ou même de l’ancienneté?

De même, on peut penser ce qu’on veut du “Conseil d’Analyse de la la Société” que préside Luc Ferry, mais l’existence de cet organisme correspond à une orientation politique précise, celle de la majorité en place. Cette dernière a jugé – libre à elle! – qu’il lui fallait d’autres sources d’inspiration à ses politiques publiques que celles que procurent déjà de nombreux organismes publics et parapublics (l’ex-Commissariat au Plan par exemple). On peut y voir aussi sans doute, vu sa composition, la preuve d’une certaine défiance vis-à-vis des résultats des sciences sociales académiques, défiance qui, personnellement, ne me fait pas plaisir. Que L. Ferry dirige contre une rémunération (à deux niveaux apparemment: son traitement statutaire de professeur d’Université, plus un supplément ad hoc) ce comité dont certains penseront certes  qu’il tient du célèbre “comité théodule” demeure entièrement l’affaire des libres choix gouvernementaux.  Sous la Vème République,  toute majorité a fait ou fera la même chose, car la sphère de l’Administration n’y est guère séparée de celle de la Politique. Les politiques publiques regorgent en effet de ce genre de comités, commissions, autorités, etc. , et que le parti ayant déjà gouverné le pays qui n’a jamais créé un tel “machin” à l’utilité peut-être contestable jette donc la première pierre à  Luc Ferry.

Et qu’on ne me parle pas, par ailleurs, de la multiplication des activités de Luc Ferry, impressionnante il est vrai : qui, dans le monde politique et médiatique français, se contente d’une seule activité? La domination, c’est justement d’y être multi-activités. Ou, alors, critiquons toutes les formes de domination – ce qui serait souhaitable, mais ce qui va bien au delà du cas Luc Ferry.

Plus amusant tout de même:  les difficultés de la situation administrative de notre collègue, qui ont permis au Canard enchaîné de le “poisser” (pour user du terme rare que Luc Ferry a remis au premier rang de la langue française), semblent bien être une conséquence de l’autonomie universitaire qu’a encouragé cette même majorité dont il est proche. C’est du coup un peu l’arroseur arrosé : eh oui, comme les budgets universitaires (fort serrés) ne doivent désormais plus subventionner via des personnels hors les murs d’autres activités que l’enseignement et la recherche, et que les conseils d’administration des universités autonomes ont reçu cette prérogative de surveiller les sorties des rangs, ils en usent.

Moins amusant : que cette affaire fasse tant de bruit témoigne sans doute du sentiment d’injustice montant dans la société française.

Ménage de vieux mâles dominants?

Les propos  de Luc Ferry  au “Grand Journal” de Canal+ semblent marquer (pour l’instant) l’acmé d’une série de déclarations venant dans le fil de l’affaire DSK pour le moins mal venus de la part de vieux mâles dominants de la politique et de l’intelligentsia médiatique françaises.  On a déjà eu droit à Jack Lang et son “il n’y a pas mort d’homme”, on a eu le Jean-François Kahn parlant, très vieille France pour une fois, de “troussage de domestiques” et mettant ainsi en danger la promotion de son dernier livre parlant du grand TOUT (comme d’habitude depuis quelques années), le BHL se surpassant dans la défense de son ami DSK, j’en oublie sans doute et des meilleurs, et maintenant, on a droit à un ancien Ministre, se targuant par ailleurs d’être un philosophe universitaire de profession, se lançant sur un ton badin dans des propos pour le moins aventurés sur la pédophilie supposée d’un ancien Ministre non nommé  dans l’émission phare de l’infotainment à la Française (dont il serait bon, par ailleurs, que quelqu’un se charge de la critique radicale).

Pour ma part, toutes ces déclarations à la suite de l’affaire DSK  finissent par faire florilège:  toute une génération de bavards plutôt âgés ayant leurs ronds de serviette dans tous les grands médias de France, perdus dans leurs propres bavardages incessants, ayant oublié comme on aurait dit jadis le poids de la censure des mœurs par l’opinion publique, semble devoir ces jours-ci se faire rattraper par sa caducité.  (Et, en pratique, par une vigoureuse réaction des féministes.) C’est il faut bien le dire une excellente nouvelle, même si, bien sûr, ils n’hésiteront à venir nous expliquer derechef à quel point cela est regrettable (ou pas) . Ce sont des bons clients d’infotainment, et, après tout, s’ils veulent faire rire (jaune) à leurs dépens, et que cela fait de l’audience, ils vont continuer à apparaître imperturbablement. Seule la mort ou l’aphasie sénile les empêcheront de jacter encore et toujours.

Et si ce n’est pas un complot…

Et, si ce n’est pas un complot qui aurait visé le désormais ex-”Directeur du FMI”, et ex-favori des sondages (qui ne voulaient pas dire grand chose tout de même à ce stade) de la Présidentielle 2012, qu’en retenir à ce stade?

Que l’on se trouverait devant un événement typique du déroulement historique, tel qu’on peut le concevoir après la “fin des grands récits”. Ici, plusieurs séries de faits, de causalités déliées a priori dans leurs logiques propres, se rejoignent sans qu’aucune logique intrinsèque ne puisse être donné à l’événement, sauf à croire au “Destin” (brisé de DSK, de la Grèce, de la régulation économique mondiale, etc.),  ou encore à disposer d’un système interprétatif qui puisse rendre l’événement à la fois fortuit dans sa spécificité et inévitable dans son accomplissement (du genre : l’exploitation multidimensionnelle de la “Multitude” à laquelle appartient d’évidence la présumée victime finit par produire l’acte – de DSK, ci-devant représentant de la super-classe internationale de la jouissance immédiate et sans entraves -,  et la réaction de l’exploité(e), appartenant elle à la classe innombrable  des serviteurs à vie). En écartant le complot, le Destin, et quelque (sur)interprétation audacieuse, un tel événement devient particulièrement troublant, parce que l’absurde du réel historique  saute aux yeux. Il n’est pas étonnant alors que certains de nos compatriotes semblent croire plutôt au complot, explication qui a l’avantage de rester au sein de la série des faits identifiés comme politiques.

Qu’il se vérifie qu’un tel événement se trouve être l’occasion pour chaque personnalité qui prend la parole dans l’espace public de faire avancer son propre agenda. Cela a commencé par Marine Le Pen dimanche matin, et cela n’a pas cessé depuis. Pour l’instant, pas de grande surprise de ce point de vue : tout le monde s’est montré remarquablement cohérent avec ses positions antérieures. A gauche, les gens qui ont pris la parole pour la défense (médiatique) de DSK  sont  plutôt des “vieux mâles dominants” (J. Lang, BHL, R. Badinter, J. F. Kahn [oublié par moi dans un premier temps malgré sa saillie bien troussée], Daniel Cohen [ aveugle?] , et les “strauss-kahniens”) et ceux/celles prenant la parole pour l’accusation (médiatique) se trouvent être plutôt des femmes dominées dans le champ politique (Clémentine Autain ou Gisèle Halimi) ou des journalistes qui aspirent à devenir dominants (Jean Quatremer).

Que l’emballement médiatique, auquel n’a pas manqué de donner lieu l’événement, me semble se donner lui-même en spectacle en soulignant les nouveautés techniques dont il est l’occasion (du genre, des “twits” ou des “sms” pour suivre ce qui se passe dans la salle d’audience, repris tels quels au journal télévisé). C’est de l’infotainment à la française, qui souligne bien pour les spectateurs distraits qu’il s’agit  d‘infotainment. Comme aurait dit en son temps Marshall Mc Luhan, “le médium, c’est le message”; ici ce sont les nouveautés techniques des médias qui constituent le message. C’est vrai aussi que la saga “DSK en Amérique” est bien plus amusante à suivre qu’un banal reportage sur la situation en Libye, Syrie ou autre partie de l’Orient compliqué en révolution – qui, parait-il, plombe depuis des mois maintenant les audiences des JT et booste celles de Plus belle la vie sur FR3. L’écart entre l’emballage et le contenu en informations concrètes sur l’événement atteint le paroxystique. Tout juste si l’on n’a pas eu droit à une explication sur le menu servi à déjeuner à DSK dans sa prison, avec  détails afférents sur la nutrition des détenus. Hamburger frites, ou poulet frites? Pour l’heure, cela semble marcher auprès de l’audience, confirmant son goût pour l’information personnalisée.

Que le Parti socialiste comme entreprise politique collective de conquête du pouvoir doit se féliciter de cet événement. Quoi qu’il en  advienne sur le plan judiciaire, le PS devrait en effet être soulagé de ne pas avoir lié son sort à celui de DSK. Vu le déballage auquel on assiste à son propos (séducteur invétéré? obsédé sexuel? prédateur? etc.), il aurait été en effet fort improbable qu’au cours de la campagne présidentielle, s’il avait été candidat, tous les partisans de ses divers adversaires se soient retenus de balancer quelques preuves bien salaces à son égard. Ces éléments de sa vie affective (pour être gentil) se seraient ajoutés à ce que les médias racontaient déjà sur son train de vie. DSK, c’était de fait dans ce qui filtrait  de sa vie privée  le cliché parfait de la “gauche caviar”. Est-ce qu’une telle biographie sociale pouvait gagner une Présidentielle en France? J’en doute, N. Sarkozy a fait la fête au Fouquet’s et est allé se détendre sur le yacht de Bolloré après son élection, pas avant. Il est devenu bling-bling le lendemain, pas la veille. De fait, le PS l’a sans doute échappé belle, et devrait saisir l’occasion pour se donner un candidat de la manière la plus compétitive possible. Martine Aubry et tous ceux qui ont été proches de DSK feraient d’ailleurs  mieux de remiser leurs ambitions, et de se contenter de garantir un choix libre des votants aux primaires socialistes. En effet, même si DSK est innocenté par la justice américaine, il reste que, d’après ce que bien des gens s’autorisent à dire désormais,  le comportement du camarade DSK n’était pas vraiment un modèle pour un parti qui se veut “féministe”. (Cet aspect des choses s’est bien concrétisé à la fin de la semaine avec une pétition féministe.) La cohérence entre les comportements privés d’un candidat (dans tous les domaines de sa vie) et les propositions politiques auxquelles il dit adhérer n’est pas complétement une option. On peut bien sûr  s’en tirer sans, les exemples abondent. Du genre, je me déclare catholique, mais je suis divorcé deux fois. Suivez mon regard. Mais point trop n’en faut. Un peu de cohérence avantagerait plutôt le candidat qui ne serait pas qu’une belle façade, mais en existe-t-il à gauche de disponible? A voir.

Ben Laden décédé, ou le doux blabla de la presse

Finalement, l’ennemi terroriste n°1 des Etats-Unis d’Amérique et de l’Occident en général a été tué. Toutes les autorités occidentales jubilent, et on ne saurait en être surpris. Il a été abattu, comme il se doit au Pakistan, parait-il dans un lieu situé près d’une caserne de l’armée de ce pays…. Cet épilogue me parait plutôt banal vu ce qu’on savait déjà de la situation pakistanaise et vu les moyens officiellement engagés par les Etats-Unis depuis quelques années pour se débarrasser – dead or alive! – du bonhomme. Du coup, face à tant de banalités que les médias en fassent un tel blabla depuis ce matin m’énerverait plutôt. Et nos scribouillards de retracer en effet sa “carrière”, sa “traque”, et bien sûr de soupeser à l’aide d’experts (plus ou moins sérieux) les conséquences de cet “événement”.  Eh bien non, ma brave dame, le terrorisme (islamiste) ne va pas s’arrêter d’un coup de ce fait, mais cela va tout de même leur porter un coup au moral à ces méchants  de terroristes (islamistes) et ils vont chercher à se venger. (Y a-t-il  seulement un seul être pensant sur la planète qui puisse sérieusement s’être posé la question à laquelle on somme les experts de répondre?)  Passionnant, vraiment passionnant. Il faut bien meubler, s’exciter, se congratuler, etc. C’est presque aussi pénible que le mariage princier britannique, qui restera sans doute comme un des sommets du néant médiatique de notre temps. Pourquoi les journalistes confondent-ils à ce point le quantitatif et le qualitatif ?

Pour moi, tout cela n’est que du remplissage – car, s’il existe  (ce qui est bien possible) des arrières-plans cachés à cette affaire Ben Laden et des conséquences pour le coup bien réelles à ce décès, on ne les connaitra que dans quelque temps, voire dans quelques décennies. Contentons-nous donc de la simple information sans plus. Et occupons-nous d’autres sujets qui méritent plus d’informations et d’analyses.

Abracadabrantesque…

Lyon est écrasé de chaleur, je ne supporte pas la chaleur, cela me met de très sale humeur, et, en plus, l’affaire Woerth rejoue un scénario bien connu, cela monte, monte, monte vers celui dont le Nom ne devrait jamais être prononcé en de telles circonstances.  Je n’y trouve qu’une consolation : ainsi que le disait l’économiste Thomas Piketty ce matin sur une radio , comme cela a commencé autour d’une symptomatique histoire d’héritage opposant une plutôt vieille  (la fille) à une très vieille (la mère),  c’est l’occasion d’éclairer d’un jour cru la réalité de la très grande richesse en France. Un(e) capitaliste, ce n’est donc que cela… une vieille dame un peu sourde. (Qu’est-ce que cela donnera quand nous vivrons tous centenaire?)

Pour le reste, par expérience, je parierais que, de toute façon,  celui dont le Nom ne doit pas être prononcé sera sauvé d’une façon ou d’une autre… Le rêve d’un final  estival à la façon Watergate, qui représente sans doute le souhait de quelques “chiens”, ne peut  décemment pas se réaliser – ou alors, ce serait un évènement, un “cygne noir”, une vraie rupture pour le coup.

D’une part, on se situerait si toutes ces supposées révélations devaient aboutir à quelque chose de consistant sur le plan judiciaire dans l’univers de ce que les criminologues nomment la “criminalité en col blanc”; or, dans ce domaine, apporter la preuve des faits délictueux allégués, pourvu qu’ils  ne soient pas en plus prescrits en plus, est sans aucun doute bien plus difficile que pour toute autre forme de déviance; sans compter le statut particulier du chef de l’État au regard de la justice (dont, pour l’instant, personne ne parle). D’autre part, la Vème République, y compris dans son image internationale, repose bien trop sur la sacralisation de la fonction présidentielle, d’un homme élu par l’ensemble du peuple français (tout au moins par une majorité des votants du second tour), pour que cela finisse en Watergate. En outre, toute cette affaire reste, pour l’heure, confinée à un emballement médiatique; je ne vois pas de signes avant-coureurs d’une “désectorisation” telle que peut la décrire un Michel Dobry dans sa sociologie des crises politiques.  Au moment où j’écris, personne ne se rue pour aller manifester son indignation dans l’espace public de nos villes. Cela fait jaser, cela occupe les Unes, le site Mediapart va remplir son business plan, et c’est une bonne chose pour la presse en ligne, mais pour le reste…

…  tout cela devrait finir au fil de l’été, que Météo-France prédit torride, en “eau de boudin”, il est certes à craindre que cela n’avalise encore plus pour certains  électeurs la thèse du “tous pourris”, mais il ne faut pas non plus surestimer l’impact de ce genre de scandale sur les orientations politiques des électeurs.

Quoi qu’il en soit, s’il se passe quelque chose d’inédit pour la Vème République cet été, on pourra me citer comme un bel exemple de politiste n’ayant rien vu venir. La chaleur sans doute, mais je plaiderais volontiers coupable.

Surtout Monsieur le Ministre, ne démissionnez pas!

Ce que les médias nomment désormais l’affaire Woerth suit son cours… La majorité et l’opposition se  chahutent du coup comme au bon vieux temps où il se passait quelque chose de significatif dans les séances plénières du Parlement. Dans les médias, Ségolène Royal y est allé de sa dénonciation dans l’esprit du jeune Mitterrand  du Coup d’Etat permanent, et la majorité de la traiter, grosso modo, d’hystérique. Classique. Déjà vu. Banal.

Sauf que là, en se mettant en avant par une déclaration radicale sur le “système Sarkozy“, (version soft du “tous pourris” des extrêmes, ou retour du célèbre “Etat-RPR” des années 1980-90?), S. Royal sert l’opposition avec brio. En effet, si Eric Woerth démissionne à ce stade de quoi ce soit après une telle injonction venant de la Présidente de la Région Poitou-Charentes et de quelques autres responsables de l’opposition, cela serait leur donner raison, au moins partiellement,  sur  leur analyse. Désolé, mais il fallait partir plus tôt à la manière des pays du nord de l’Europe en soulignant qu’il n’y avait rien à critiquer au fond, mais que la dignité républicaine l’exigeait … Une telle démission au moment où le scandale n’a pas encore fait toute son œuvre n’empêche d’ailleurs pas de continuer ensuite une belle carrière, comme le prouve le cas de Dominique Strauss-Kahn, actuel “patron du FMI”. Cependant, à ce stade, après que tous les responsables de la majorité se soient exprimés avec ferveur en votre faveur en vous présentant comme “l’agneau qui vient de naître”,  il ne faut donc surtout pas démissionner, Monsieur le Ministre! Cela ferait désordre. Certes, votre maintien à votre poste, comme le maintien de quelques autres titulaires de postes ministériels, ne va pas améliorer l’image de la majorité aux yeux d’une partie de la population, mais avec l’été (presque) tout s’oublie.

Bref, l’opposition doit souhaiter ardemment que la majorité résiste aux demandes (hypocrites) de démission du Ministre mis en cause qu’elle promeut à grands cris.

Quant au soit-disant remaniement promis pour octobre selon certains médias, une fois la tempête (supposée) de la “réforme des retraites” (de cette année), voilà une innovation intéressante dans notre vie politique. Normalement, le remaniement comme le cadeau d’anniversaire doit être une surprise… Il y aurait aussi dans le genre, la dissolution de l’Assemblée nationale, mais cela s’est déjà fait.

Ps.  Et voilà que deux sous-ministres remirent leur démission ce premier week-end de juillet 2010. Reviendrait-on à la “jurisprudence Balladur”? Ou faut-il plutôt parler du “théorème Berlutti”? On se souviendra sans doute qu’il y a quelques années un Ministre de la République,  Roland Dumas, d’obédience socialiste, bon ami du Président d’alors, avait fait scandale à travers l’habitude qu’il avait de se faire offrir par sa maitresse des chaussures à ses mesures chez le meilleur (dit-on) chausseur de la ville Lumière, à savoir Berlutti. Les “pompes à 10000 balles” avaient effrayé les populations sur les mœurs dispendieuses des élites. J’ai bien l’impression que l’on soit là devant le même phénomène, qui pourrait donner lieu au théorème suivant :

“Un scandale mettant en cause une personnalité publique possède une capacité de déflagration dans l’opinion publique proportionnée à l’existence dans le récit que l’on en fait d’un élément matériel de la vie quotidienne compréhensible par tous.”

Nos deux sous-ministres remerciés par les instances supérieures sont tombés sur quelques boites de cigares et un malheureux permis de construire… En matière de scandale, le microcosme l’emporte sur le macrocosme. Qui emprunte un œuf a plus à craindre que celui qui vole le troupeau tout entier.

Ceci étant, il reste quelques emprunteurs d’œufs en circulation dans le gouvernement…, et je reste convaincu qu’ouvrir la porte aux démissions à ce stade ne peut qu’entrainer de fâcheuses conséquences pour le pouvoir en place.

Cachez ce voile que je ne saurais voir…

La campagne des élections régionales  2010 ne me semble pas pour l’heure des plus palpitantes.  Certes les aventures du papy flingueur?/flingué? G. Frèche vont constituer sans aucun doute  pour les politistes un cas d’étude de grande valeur pour comprendre le lien “électeurs en général/clientèles électorales/élus locaux/institutions locales” dans la France d’aujourd’hui. Que  vaut un enracinement local exprimé par la maitrise des fédérations  socialistes du crû par “le Néron de la Septimanie”? Que vaut une marque nationale en région sans une bonne part de ses notables? Je ne doute pas des collègues étudieront avec délectation la géographie électorale du vote pour les listes de G. Frèche et de ses concurrents, on a rarement en effet l’occasion de voir en acte une notion comme celle d’électorat se décomposer ainsi en ses éléments constitutifs. Au delà de cet intérêt de boutique, il est compréhensible que l’intérêt du  grand public ne soit lui guère au rendez-vous,  dans la mesure où ces collectivités locales-là, déjà mal identifiées au regard des communes, ne mènent pas des politiques publiques très visibles, et surtout très clivantes. Les différences entre les programmes des partis en matière de politiques régionales existent sans aucun doute si l’on les regarde en détails, mais ce n’est pas très amusant à expliquer dans les médias que ces histoires de développement rural, de financement des transports publics, et autres arguties sur la formation professionnelle. Cette situation explique peut-être la place faite dans les médias nationaux à une polémique autour du fait qu’une candidate du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA, ex- Ligue communiste révolutionnaire), troisième de liste, dans un département du sud de la France, porte publiquement un couvre-chef, un voile ou un foulard attestant de la part de la personne de sexe féminin qui la porte une conviction religieuse liée à l’Islam.

Dans le concert des réactions indignées qui ont fusé un peu de toute part dont celle de la première secrétaire du PS, j’ai noté celle de l’association “Ni putes, ni soumises” (NPNS). Cette dernière ne se propose rien de moins que de “porter plainte” contre le NPA pour avoir osé présenter une telle candidate, et ce au nom de la “laïcité” de la représentation populaire… La lutte politique autorise évidemment bien des choses, y compris à faire l’intéressant à la Andy Warhol pour exister (la preuve, je l’ai remarqué! c’est donc gagné!), et, de nos jours, l’appel au registre du droit fait partie des moyens d’action classiques d’une association, surtout si elle prétend défendre les droits subjectifs de quelque groupe d’affligés, victimes, discriminés, volés, bafoués, exploités, etc. . Porter plainte, porter plainte, il en restera toujours quelque chose. En même temps, est-ce qu’il n’existe pas des situations où l’appel au droit contredit tellement le registre des règles implicites de la vie démocratique qu’il en devient contre-productif? En effet, depuis l’abandon du régime des candidatures officielles (il y a un petit moment…), chaque parti pour autant qu’il ne soit pas interdit selon les formes prescrites par la loi présente qui il veut au choix des électeurs, il faut simplement que cette personne soit éligible (pas d’étrangers sauf exceptions, pas de mineurs, pas de personnes privées de leurs droits civiques, etc.), et, surprise, surprise, ce sont les électeurs (et les règles électorales qui régissent la compétition) qui choisissent les élus. Les responsables de l’association NPNS dans l’expression publique de  leur ire semblent oublier ce détail… Dans le cadre strict du droit électoral en vigueur, le peuple est souverain.

Dans le même registre, ce matin même, j’entendais sur France-Inter la philosophe Elisabeth Badinter en tournée  de promotion dans les médias de son dernier livre tenir des propos condamnant elle aussi fermement le principe même de cette candidature. On l’aura facilement deviné au nom du droit des femmes françaises et autres à refuser l’obscurantisme que représente le voile dit islamique. Dans sa fougue, cette femme savante (et, là, je vais me faire traiter de misogyne!) a oublié elle aussi la souveraineté populaire. Si elle est  contre ce que cette candidature représente à ses yeux, il lui suffisait d’appeler le peuple à ne pas la soutenir de ses suffrages, à faire ainsi  la preuve de son opposition à de tels choix de personne de la part d’un parti, et non à la condamner en tant que telle, par principe.

Plus généralement, cette affaire pose la question du droit  d’éligibilité  des personnes affichant publiquement en France un lien fort à une religion. Si l’on croit un peu aux mécanismes démocratiques d’expression de l’opinion, il faut absolument laisser les électeurs juger. Il y a fort longtemps  maintenant les électeurs ont élu  un abbé Pierre à l’Assemblée nationale, il portait  à la mode de son temps et de son état la soutane à l’Assemblée, ce qui ne laisse pas de me faire sourire en y pensant ; il me semble que, pour l’heure, une Christine Boutin, désormais ancienne députée, tient  les rênes d’un parti explicitement chrétien, allié d’ailleurs à l’UMP, voir son site pour ceux qui ignoreraient son existence et le contenu de ses propositions indubitablement conformes aux enseignements de l’Église de Rome. Ce genre de pratiques politiques mêlant religiosité et participation à la vie  politique  française ne firent pas (c’est un euphémisme!) et ne font pas (c’est un euphémisme là encore!) l’unanimité des acteurs de cette dernière depuis deux siècles, mais il est de coutume depuis un petit moment de laisser à ces pratiques la place que les électeurs souhaitent leur donner par leurs suffrages, pourquoi ne pas respecter cette tradition-là, inscrite dans notre “identité nationale” si j’ose dire, sans distinguer les religiosités en question?

Pour revenir à la candidate qui fait scandale, je noterais aussi que comme par un étrange hasard sociologique, elle incarne exactement l’inverse sociologique du “professionnel de la politique” qui domine actuellement de sa présence les institutions centrales de la République (homme, plus de 50 ans, métier d’origine avant de faire de la politique plutôt du bon côté de la hiérarchie socioprofessionnelle)(cf. la synthèse à jour de Nicolas Hubé, “Le recrutement social des professionnels de la politique”, in A. Cohen, B. Lacroix et Philippe Riutort [dir.], Nouveau manuel de science politique, Paris, La Découverte, 2009, p. 335-354).

“Devoir de réserve” pour les lauréats du prix Goncourt?!?

Eric Raoult a toujours été un homme d’à propos. Son idée selon laquelle un lauréat du Prix Goncourt en ce qu’il représente la France à l’étranger serait soumis à un “devoir de réserve” au même titre qu’un fonctionnaire de l’État  fera sans doute partie des annales de ce quinquennat. Que le même député ait crû bon d’ajouter qu’il n’était bien sûr pas pour la limitation de la liberté d’expression, mais qu’il existait selon lui des bornes de la décence à ne pas dépasser, ajoute le grain de sel si typique de notre époque. Jadis, on condamnait simplement ce genre de propos comme “anti-français”, ou, sous d’autres cieux, comme “anti-américain”, “anti-soviétique”,  ou encore “anti-parti”. Jadis, on avait la fierté de la censure que l’on en entendait exercer. Jadis, on aurait déchu sur l’heure la récipiendaire de son Prix, on aurait procédé à la dissolution du jury qui lui a accordé cette distinction, sanctionné les coupables de cette faute inacceptable, mis à l’amende la maison d’édition concernée, et comme l’(ex-)lauréate, réside chez l’ennemi héréditaire à l’étranger, on l’aurait déchu en deux temps trois mouvements de sa nationalité soviétique française. Jadis, les choses étaient plus franches du collier, et, pour tout dire, c’est heureux pour nous qui sommes (un peu, tout juste un peu) critique qu’elles le soient moins (enfin je l’espère, n’ayant pas envie de finir en prison ou en exil), mais quelle perte pour l’identité française, pour cette franchise si typique de notre race peuple, ah… , du temps de Clovis, il ne perdait rien pour attendre celui qui cassait le vase, fusse-t-il un  combattant loyal à la patrie franque. Tudieu!  On savait y faire jadis! Redonnez-nous la roue bon Seigneur!