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Berlusconi grillé par les marchés financiers : le marchorat a voté.

Ce cher Silvio Berlusconi a démissionné ce samedi soir 12 novembre 2011.

La raison immédiate de son renoncement à sa charge n’est autre qu’un vote parlementaire qu’il a perdu quelques jours auparavant. 308 voix seulement à la Chambre des députés sur un texte du gouvernement. La perte de sa majorité parlementaire par S. Berlusconi est liée à la défection de quelques députés de son camp, effrayés il n’y a pas d’autre mot, par le sort de la dette italienne sur les marchés financiers. Il est vrai qu’un taux de prés de 7% pour se financer  a été atteint pendant un court moment. Une partie de ces braves gens, que S. Berlusconi avait pourtant soigneusement choisi (grâce à la loi électorale italienne, votée en 2005 et utilisée en 2006 et 2008) pour être députés en son nom, a fini par trahir la majorité élue en 2008. Il y avait déjà eu des pertes depuis 2008, avec la dissidence de Gianfranco Fini entre autres, mais il y avait eu des récupérations de dissidents et des prises dans le camp adverse. Je comprends que S. Berlusconi ait été confiant jusqu’au dernier moment.

L’histoire retiendra que ces mêmes députés et sénateurs ont appuyé leur chef à travers tous les scandales qui ont marqué cette lente agonie du berlusconisme, qui dure depuis l’été 2009 au moins. Seul le jugement des marchés les aura fait finalement bouger. Du point de vue électoral, les dernières élections en date, dans la (petite) région Molise, avaient même vu la victoire de son camp, allié de nouveau à l’UDC, et symétriquement, l’écroulement (peu noté dans les médias italiens) des scores du PD et de l’IDV (à moins de 10% des voix chacun). Les sondages pour S. Berlusconi étaient certes mauvais, mais, avec des élections prévues en 2013 seulement, la situation pouvait encore se retourner, surtout que le camp d’en face n’était pas brillant non plus. Bref,  la situation sur le plan intérieur n’était pas vraiment pire que d’habitude. Mais le marchorat a voté, et a fait voter par la peur qu’il inspire les quelques députés nécessaires à la chute de S. Berlusconi.

Ce dernier va donc être remplacé par Mario Monti, ancien Commissaire européen. Je ne peux que, comme le politiste italien I. Diamanti, noter l’extraordinaire ressemblance qui se crée ainsi entre la période 1992-1993 et la période actuelle. Dans les deux cas, un gouvernement qui a remporté une majorité parlementaire dans les urnes est balayé par une crise à quatre dimensions :

- une dimension “européenne”, la plus visible aujourd’hui, mais tout aussi présente en 1992-1993, quand le gouvernement de Giuliano Amato doit assumer la dévaluation  de la lire italienne et mettre en place des plans d’austérité : la crise d’alors fait suite à une période dite de “finanza allegra” (finance joyeuse), où l’État italien dépense plus qu’il ne fait entrer d’impôts dans les caisses; déjà, à l’époque, l’Union européenne fait pression sur l’Italie pour qu’elle mette ses comptes publics en ordre, et, déjà, les agences de notation font la pluie et le beau temps. (C’est d’ailleurs ainsi que j’entends moi-même parler pour la première fois des dites agences.)

- une dimension économique : la crise de 1992-93 correspond aussi à une perte, via le niveau de la lire ancrée au mark (via son appartenance au SME) et l’inflation interne (liée à la puissance des syndicats confédérés, bousculés par les “comités de base”), de compétitivité des produits italiens; la dévaluation effectuée alors permet dans les années suivantes un boom à l’exportation. On retrouve cette dimension aujourd’hui : cet été, le patronat organisé, les syndicats ouvriers et la plupart des représentants des intérêts économiques ont rédigé un appel commun au gouvernement Berlusconi pour qu’il prenne des mesures en faveur de la compétitivité du pays et de la croissance économique. En 1992-93, le patronat italien organisé n’était pas en reste dans le travail de sape des gouvernements du pentapartito, et ses intellectuels organiques joueront un rôle dans la définition des objectifs de Forza Italia, le premier parti de S. Berlusconi. (En principe, ce parti aurait dû faire la “révolution libérale” attendue par le patronat organisé.)

- une dimension morale : comme chacun le sait sans doute, les partis de la “Première République” (1946-1992) ont été emportés par la tourmente judiciaire nommée “Mains propres”. Bien que les années récentes aient vu une multiplication de scandales, y compris les célèbres frasques orgiaques de S. Berlusconi lui-même, aucun terme unique n’a désigné cette multiplication de scandales. Par contre, il existe une radicalisation du vocabulaire utilisé pour désigner les politiciens professionnels : en 1992-1993, suivant une longue tradition établie dès la fin du Dix-neuvième siècle, tous les commentateurs dénonçaient  “la classe politique” corrompue et inefficace. Aujourd’hui, on dénonce de même “la caste” des politiciens, tout aussi corrompue et encore plus inefficace si cela est possible.

- une dimension populaire/référendaire : on s’en souvient peut-être, ce printemps 2011 a vu la victoire éclatante de trois référendums abrogatifs proposés par des groupes hostiles aux divers aspects du berlusconisme. Un référendum, celui sur l’“empêchement légitime”, constituait même clairement un désaveu de S. Berlusconi lui-même en tant que personne privée cherchant à se soustraire à la justice de son pays. Avec 55% de votants parmi les inscrits, et 95% de oui parmi les votants  à l’abrogation, une nette majorité des électeurs avait pour la première fois exprimé son désaveu à l’encontre de S. Berlusconi personne privée. En 1992-1993, l’instrument référendaire, aux mains de segments de l’opposition à ce qu’ils qualifiaient alors de “régime” ou de “partitocratie”, avait joué là aussi un rôle majeur de légitimation populaire pour casser la légitimité de la majorité parlementaire.

Dans les deux cas (1992-93 et 2011), la crise finit par se dénouer à travers l’appel pour prendre la tête du gouvernement à une personnalité “apolitique” d’orientation clairement libérale, soutenue par l’autorité présidentielle. En effet, face à une majorité parlementaire délégitimée, le Président de la République,  Oscar Luigi Scalfaro et Giorgio Napolitano respectivement (tous deux d’ailleurs un personnage de second plan dans leur parti respectif avant d’être élu président, mais jouant sur l’aura d’une longue carrière politique commencée dans la Résistance ou dans l’immédiate après-guerre), incarne la légitimité  de l’État italien, et ses choix pérennes, à savoir le choix de l’Europe dans les deux cas. En avril 1993, G. Amato, le Président du Conseil, issu de la majorité parlementaire d’avril 1992 cède donc  la place à Carlo Azeglio Ciampi. Ce dernier n’est autre que le gouverneur de la Banque d’Italie. Il reste en poste un an avec ce qu’on appellera le “gouvernement des professeurs”, soutenu par une majorité de députés issus des urnes de 1992. On se dirige droit vers un scénario très semblable, avec un Mario Monti, ex-Commissaire européen, par ailleurs recteur de l’Université privée de la Bocconi, qui, de fait, va être soutenu par une majorité des élus de 2008 (ex-majorité et ex-opposition confondues).

Sur le fond, les mesures contenues dans le dernier texte voté sous le gouvernement Berlusconi (le “maxi-amendement” à la “loi de stabilité” exigé par l’Union européenne) donnent déjà le ton : flexibilité accrue du marché du travail, départ en retraite à 67 ans à mettre en place le plus tôt possible, privatisations y compris de services publics locaux, concurrence dans les secteurs des professions libérales, etc. . La lettre d’Oli Rehn en tant que Commissaire européen à Giulio Tremonti, Ministre de l’Economie, rendue publique le 8 novembre par la Repubblica avec ses demandes comminatoires en 39 points sur les progrès du gouvernement Berlusconi dans tous les domaines de l’action publique ou presque dessine clairement un programme en matière de politiques publiques à suivre. Le TINA européen triomphe.

Probablement, la différence avec 1992-93 tiendra dans l’inexistence de la soupape qu’avait représentée, face à la rigueur d’alors, la dévaluation de 1993 de la lire par rapport au mark et au franc français. Au moins à court terme, le gouvernement Monti n’aura sans doute pas plus de croissance à offrir aux citoyens italiens que celui de S. Berlusconi. Face au mécontentement qu’il ne manquera pas de produire ainsi, il pourra sans doute compter sur le soutien des députés et des sénateurs avides de rester en place jusqu’en 2013.  Mais, s’il réussit à s’installer et à durer, le gouvernement Monti ne devrait pas manquer de se créer ses oppositions : le vote de confiance qu’il sera bien obligé de demander aux deux Chambres d’ici quelques jours constituera une première indication en ce sens.

Zombie Berlusconi

La situation de Silvio Berlusconi à la tête du gouvernement italien me fait de plus en plus penser à celui d’un zombie dans un film d’horreur : vu les scandales en cours sur sa personne (surtout depuis 2009), il devrait déjà avoir démissionné cent fois dans un autre pays démocratique, mais, même s’il parait un peu touché dans un premier temps, Zombie Berlusconi se relève à chaque fois et contre-attaque en hurlant au complot universel contre sa personne. Ne vient-il pas de remporter de haute lutte (en ralliant quelques ascaris) un vote de confiance , faisant pourtant suite à la défection de son plus vieil et constant allié politique (Gianfranco Fini)? Est-ce que le “Rubygate” comme dit la presse – commencé par l’arrestation d’une jeune prostituée d’origine marocaine nommée Ruby -   peut l’achever? Pourquoi ce scandale-là plutôt qu’un autre  lui  serait-il fatal ? Pour résumer, selon la presse, S. Berlusconi aurait donc une vie privée – des moments de détente dans une vie professionnelle fort remplie – qui ressemblerait à une émission d’une de ses trois chaines de télévision. Il a réussi à attirer l’attention du grand public (masculin) italien avec ses fameuses “soubrettes” qui parsèment les émissions de divertissement offertes par ses chaînes depuis le milieu des années 1980. Dans sa vie privée, il  s’organiserait ce même traitement V.I.P. dont il fait rêver le mâle italien (frustré) depuis 30 ans. En effet, à l’occasion du “Rubygate”, tout ce qu’on peut lire dans la presse italienne, via les enquêtes de la magistrature et les témoignages recueillis par ailleurs par les journalistes, parait de la même médiocrité absolue, y compris sur le plan des fantasmes qui s’y jouent, que la télévision qui a fait sa fortune.  La première victime du berlusconisme comme phénomène culturel semblerait bien du coup être l’homme Silvio Berlusconi lui-même. On commence à mieux comprendre le sens que mettait dans ses propos sa désormais ex-femme quand elle le traita de “malade”.

Sa stratégie pour échapper aux conséquences politiques de ce nouveau scandale ne changent pas : tout nier en bloc jusqu’à la limite de toute vraisemblance (et, ici, de l’incohérence, puisqu’il chaloupe entre le semi-aveu sur ses habitudes privées et la dénégation totale de l’aspect mercantile des relations ainsi entretenues) ; affirmer qu’il s’agit d’un énième complot des juges (milanais!) rouges qui veulent le détruire au nom des (ex-)communistes impuissants à gagner les élections; donner le maximum d’écho à ces deux arguments via les  nombreux médias amis (télévision et presse écrite); multiplier via son équipe d’avocats-députés les arguties juridiques pour prouver que les juges n’ont de toute façon pas le droit d’agir comme ils le font et pour jouer la montre (ou plutôt le calendrier); éventuellement faire une loi pour le sauver des poursuites en cours;  impliquer ses alliés dans sa défense. Le scénario reste toujours le même depuis décembre 1994, même si le point cardinal reste bien sûr le complot des juges rouges (même si certains d’entre eux étaient presque fascisants en réalité dans leurs opinions politiques). On retrouve dans le “Rubygate” les mêmes ingrédients.

Ce qui me fascine par contre cette fois-ci, c’est l’imprudence du personnage. S’il existe ne serait-ce qu’une once de vérité dans ce que rapporte la presse – S. Berlusconi ne nie pas d’ailleurs se détendre en bonne et féminine compagnie…-,  comment se fait-il qu’il ait continué à fréquenter des jeunes femmes en 2010 (qui pourraient être ses filles…), alors même qu’en 2009, avait eu lieu le scandale Noemi L. à propos de cette jeune napolitaine qui avait eu droit à sa présence pour l’anniversaire de ses 18 ans? Que l’Église catholique s’était alors dite troublée, comme elle le dit un tout petit peu cette fois-ci aussi. Selon la presse, même les leaders de la Ligue du Nord semblent un peu irrités de la répétition d’un scénario semblable.

Pour l’image de l’Italie, qui fête par ailleurs cette année les 150 ans de son Unité (1861-2011), je me demande ce qui ferait le plus désordre : une crise politique partie sur un tel fondement (… sans jeu de mots!) ou la preuve que, décidément, rien ne peut achever le Zombie Berlusconi!

Et les ascari sauvèrent Silvio…

Et, voilà, c’est fait le “plus grand homme politique que l’Italie ait connu depuis l’Unité” selon ses propres termes , Silvio Berlusconi, vient de réaliser un autre exploit digne de sa légende:  il vient en effet de repousser une tentative de le renverser par la voie parlementaire, et ce malgré la perte d’une partie de la majorité qui l’avait porté de nouveau au pouvoir en Italie en 2008. La défection de la droite se voulant légaliste, emmenée par Gianfranco Fini, pourtant son allié depuis 1994, connait là un grave échec . Au Sénat, la majorité de S. Berlusconi reste solide comme prévu : 162 votes pour la confiance,  135 contre, et 11 abstentions. A la Chambre des députés, la motion de défiance à son égard a été repoussée selon la presse italienne par 314 voix contre 311. S. Berlusconi encaisse en plus ainsi la satisfaction d’échapper à  l’humiliation d’une courte défaite telle que celle connue à deux reprises par Romano Prodi, son rival de centre-gauche des années 1990-2000, en 1998 et en 2008.

Cette victoire parlementaire, qui laisse beaucoup de scenarii ouverts pour la suite, a été obtenue à la façon habituelle des gouvernements italiens des années 1880-1920 (sic), à savoir en faisant appel à la célèbre formule du “transformisme”. Pour durer, les gouvernements de l’époque, ceux du célèbre Giolitti en particulier, avaient en effet l’habitude de récupérer les élus d’opposition en leur promettant quelques avantages (pour eux-mêmes, pour leurs proches, pour leur circonscription dans un contexte de suffrage restreint). On appelait alors cette sorte d’élus à vendre les “ascari”, en employant péjorativement à leur égard le terme désignant les troupes coloniales auxiliaires dans la zone de la Corne de l’Afrique alors l’objet de toutes les attentions impérialistes du récent Royaume d’Italie. Le présent vote parlementaire du 14 décembre 2010 ressemble fortement à ces votes d’autrefois : les transfuges élus sur les listes des partis d’opposition en 2008 ou ceux loyaux en principe au nouveau parti de Gianfranco Fini (Futur et Liberté pour l’Italie, FLI) ont fait la différence; il y a certes eu aussi des transferts de dernière minute dans l’autre sens, mais la balance a penché du bon côté pour S. Berlusconi grâce aux  bons offices des éternels ascari.

Parmi les retournements de veste les plus spectaculaires, on notera que des  députés n’ont pas hésité à passer du parti anti-Berlusconi par excellence, l’Italie des Valeurs (IdV) d’Antonio Di Pietro, au soutien au gouvernement de ce dernier. La situation n’est pas nouvelle pour la “Seconde République” italienne : le Parlement élu en 1996 avait connu lui aussi son lot de transfuges (passant à l’époque de l’opposition de centre-droit au soutien aux gouvernements de centre-gauche au pouvoir) , ce qui avait d’ailleurs incité le centre-droit revenu au pouvoir en 2001 à voter en 2005 une loi électorale donnant toute latitude aux dirigeants des partis pour sélectionner leurs élus au Parlement.  Cette centralisation du recrutement des élus à la main de chaque chef de parti (via des listes bloquées) ne donne en fait que des résultats médiocres en terme de loyauté partisane. A l’exception des élus de la Ligue du Nord (LN), tous les grands partis connaissent dans la présente législature des scissions ou des défections individuelles, que ne viennent le plus souvent plus couvrir aucune feuille de vigne idéologique. (En même temps, tous ces grands partis, là encore à l’exception de la LN, recrutent sans problème de conscience excessif des transfuges. )

De fait, le scénario actuel n’est que la conséquence de l’affaiblissement extraordinaire des organisations partisanes depuis un quart de siècle : ces dernières ne jouent plus du tout un rôle de filtrage des pures ambitions personnelles. Une bonne part des élus italiens sont des professionnels de la politique au sens le plus plat du terme, à savoir que  des individus pour lesquels seuls leurs intérêts matériels de carrière leur importent à l’exclusion de toute détermination précise en matière de politiques publiques à mener ou de gouvernement à soutenir. Comme il importe peu à un cadre supérieur de contribuer à vendre de la lessive, des couches-culottes, ou des meubles.  La fin des idéologies qui avaient marqué le XXème siècle se fait particulièrement sentir, sans être remplacé par autre chose qu’un acquiescement de fait à l’ordre établi des choses. De fait, avec un peu de mémoire, on se rend compte facilement des changements de positionnement des uns et des autres.  Cela donne un peu le tournis, et fait apparaître par contraste la classe politique française comme un ramassis d’idéologues psychorigides. Ainsi une telle qui fut un temps une critique acerbe de S. Berlusconi au nom d’une idée de la “droite” idéaliste – Daniela Santanché – en est devenue en 2010 la gardienne attitré, et inversement, des thuriféraires berlusconiens s’éloignent . En un sens, cela fait mieux comprendre la proposition d’il y a quelque temps de S. Berlusconi de réduire à rien le nombre des parlementaires italiens dans une prochaine réforme constitutionnelle. Il enregistre ainsi qu’ils ne sont que des employés sans idées, dont le débat politique pourrait se passer.

Cette situation s’explique sans doute par la mise au rencart de toute vraie ligne de fracture en matière de politiques publiques entre les grands partis : du Parti démocrate (PD) au Peuple de la Liberté (PdL), en passant par l’Italie des Valeurs (IdV), l’Union du Centre (UdC), et les nombreux autres (micro-)partis centristes, toujours presque sans électeurs mais toujours par un miracle perpétuel avec des élus au Parlement, tout le monde se trouve d’accord sur l’essentiel (le désaccord sur S. Berlusconi étant l’arbre qui cache la forêt du consensus). Il y a certes la Ligue du Nord qui poursuit son projet de fédéralisme sans solidarité, il y a certes une gauche de gauche qui relève légèrement la tête (mais qui se trouve depuis 2008 hors du Parlement), il y a certes des querelles d’arrière-garde entre catholiques et laïcs (et, encore, il faut se pincer pour prendre ces affaires très au sérieux vu les protagonistes et ce qu’on sait de leur vie privée), mais, pour le reste, le marais se trouve très  largement majoritaire parmi les parlementaires.

Pour l’heure, S. Berlusconi triomphe donc grâce à une classe politique majoritairement à son image, beaucoup de savoir-faire professionnels pour faire carrière, mais pas beaucoup de projets pour l’Italie.

Les derniers jours de Berlusconi?

Cette fois-ci, cela se précise, les derniers jours de la vie politique de l’homme qui a changé le sort de la politique italienne sur les 20 dernières années  semblent approcher à grands pas. Je n’épiloguerai pas sur les frasques de S. Berlusconi . La récurrence des révélations sur sa vie privée depuis plus d’un an tiennent peut-être, comme il le dit lui-même, d’un complot de la mafia, mais, surtout,  elles attirent l’attention  sur le vieillissement du personnage. S. Berlusconi n’entend pas changer son “mode de vie” pour reprendre sa propre expression, mais il est fort possible que ce dernier renvoie à un état précédent de la société italienne.  Profitant du scandale, Gianfranco Fini, pourtant son allié le plus constant depuis 1993, a enfin décidé d’appeler à la démission le “plus grand chef de gouvernement qu’ai connue l’Italie depuis son Unité” selon les dires mêmes  du dit chef - moins de deux mois après lui avoir renouvelé  officiellement sa confiance par un vote  solennel au Parlement. Il est vrai qu’organiser un nouveau parti n’est pas de tout repos, et qu’il fallait absolument gagner du temps. Gianfranco Fini  a donc  franchi le Rubicon  devant la convention de fondation de son nouveau parti, “Futur et Liberté” (sic), tenu dans la capitale de l’Ombrie, à Pérouges. Les “futuristes” (comme les nomment déjà la presse italienne) – sans doute pour troubler les  lexicographes de l’avenir qui se demanderont pourquoi ce  même terme apparait à un siècle de distance dans l’histoire italienne  – menacent de quitter le gouvernement si S. Berlusconi ne démissionne pas de lui-même et ne propose pas un élargissement au centre de la majorité.

Gianfranco Fini, actuel Président de la Chambre des députés italienne, est l’ancien leader du Mouvement social italien (MSI) néofasciste des années 1980-90, parti devenu en 1994-1995, l’Alliance nationale (AN) post-fasciste. Sur la demande de S. Berlusconi, qui l’avait largement pris de court à l’automne 2007, G. Fini avait finalement accepté, non sans réticences évidentes, la fusion d’AN avec le parti de ce dernier  et  quelques autres petits partis dans le “Peuple de la Liberté” (PdL) en 2008-09. Or cet ancien néofasciste  finit par sortir de ce dernier  clairement par la porte de gauche! En effet, en dehors de l’hostilité personnelle entre S. Berlusconi et G. Fini (déjà bien visible dans les médias italiens à l’automne 2007), G. Fini se propose de construire à cette occasion un parti ayant un programme “républicain”, au sens où il s’agit de refuser l’ingérence excessive de l’Église catholique dans la vie politique italienne, d’empêcher la différenciation Nord/Sud que promeuvent la Ligue du Nord ou les forces politiques s’organisant uniquement sur une base électorale méridionale, d’affirmer le rôle de la légalité dans la vie politique, économique et sociale contre le style berlusconien de rapport au droit (euphémisme…), de  travailler pour une intégration forte des immigrés dans la vie sociale, économique, politique de l’Italie, de soutenir enfin qu’il faut que l’État choisisse des politiques publiques et ne laisse pas dériver le pays au gré des lobbys intérieurs et des marchés internationaux . Cela ressemble beaucoup à un gaullisme idéalisé, qui représenta d’ailleurs une source d’inspiration du MSI dans les années 1970-90. G. Fini, cohérent d’ailleurs avec des déclarations précédentes, récuse même l’anticommunisme comme argument politique contemporain.

Avec de tels arguments, je doute que l’entente avec S. Berlusconi soit encore possible, puisque ce dernier est désormais présenté comme le parangon des vices italiens les plus classiques. A court terme, le nouveau parti des “futuristes” va chercher surtout à changer la loi électorale. Celle adoptée en 2006 (grâce à l’assentiment de G. Fini) possède en effet le défaut de faire du choix des députés et sénateurs une prérogative de facto des seuls chefs de parti. De fait, les électeurs peuvent choisir leur majorité, mais pas leurs élus de cette majorité ni ceux des oppositions. Bien malin sera cependant celui qui pourra prédire avec exactitude la loi électorale qui serait choisie par un bloc anti-berlusconien au Parlement dans les prochains mois. Toute la rhétorique des réformes institutionnelles depuis le début des années 1980, soutenue par une large part des politistes italiens, tend à attribuer l’inefficacité de la politique italienne en terme de politiques publiques au scrutin proportionnel. Gianfranco Fini et AN s’étaient d’ailleurs beaucoup investis dans l’adoption d’un mode de scrutin strictement majoritaire (sur le modèle britannique en particulier). Or le mode de scrutin depuis 1994 est devenu mixte, et, par la magie d’une tricherie partagée entre centre-droit et centre-gauche, a produit des effets de plus en plus majoritaires au fil des scrutins (1996, 2001). En 2006, malgré l’apparence de retour à des bases proportionnelles, le scrutin adopté revient à créer une circonscription unique pour désigner la Chambre des députés et autant de circonscriptions qu’il existe de régions pour désigner le Sénat, avec dans les deux cas l’application d’une majorité simple d’électeurs pour emporter une majorité (primée en plus) d’élus.

Probablement, le plus facile serait de revenir au scrutin mixte d’avant 2006,  mais faut-il revenir à sa version de 1994 ou à celle de 2001? (qui comportent des effets très différents pour les troisièmes forces). Cependant,  avec le  retour à un tel mode de scrutin, tout comme avec celui adopté en 2006, S. Berlusconi peut encore gagner les élections anticipées, organisées éventuellement au printemps 2011. Je suppose que les frondeurs anti-Berlusconi  feront tout pour éviter cette éventualité. Le plus simple serait alors de revenir à un scrutin proportionnel;  dans ce cas, le PdL et ses alliés n’arriveront jamais à gagner  à court terme une majorité au Parlement. De fait, on devrait assister dans ce choix d’un nouveau mode de scrutin à l’hésitation entre les croyances en matière de bonnes institutions qui poussent dans la direction majoritaire et l’intérêt partagé du large rassemblement anti-berlusconien à le priver de toute chance raisonnable de retour au pouvoir. Ce dernier aspect est bien sûr essentiel pour faire se dissoudre le PdL.

Vedremo… En tout cas, nous voilà reparti pour une belle crise politique.

La brise de gauche ne passe pas les Alpes…

Les élections régionales italiennes de cette année constituent une étape supplémentaire dans le chemin de croix du centre-gauche italien. Sur 13 régions en jeu, le score finit à 7 à 6 pour le centre-gauche, victoire apparente donc, mais cela ne doit pas cacher l’océan de difficultés qui se profilent pour la gauche.

Premier point : une partie des électeurs se sont abstenus (+8% d’abstention par rapport à 2005), mais il n’est pas dit que cette abstention ne soit pas venue des électeurs proches de l’opposition. Plus encore, dans certaines régions, apparaissent des dissidences “anti-partis”,  avec les listes du “Mouvement Cinq Etoiles” de l’humoriste entré en politique, Beppe Grillo.  Elles témoignent de fait d’une dissidence au sein même de l’électorat susceptible de voter pour l’opposition. L’une d’entre elle fait même perdre avec ses 4% une région, le Piémont, pourtant gagnable par la gauche alliée aux centristes de l’Union du centre (4% aussi). En Emilie-Romagne, région conservée par la gauche, ce mouvement né d’abord sur Internet ne fait pas moins de 7%! La critique de masse de tous les partis politiques, surtout ceux de gauche à dire vrai, correspond à l’incapacité de la gauche d’incarner une opposition crédible. Le centre-gauche a gouverné le pays sur une ligne “sociale-libérale” d’adaptation aux contraintes européennes, entre 1996 et 2001, puis, très brièvement, en 2006-2008, elle en paye sans doute encore aujourd’hui le prix face à une droite qui prend bien soin depuis 2006 au moins d’apparaître comme finalement plus “protectrice” qu’elle. Le camp qui l’emporte dans la droite représente d’ailleurs avec la “Ligue du nord” la ligne la plus défensive des intérêts des seuls Italiens (du nord) dans tous les domaines (immigration, économie, sécurité, culture, etc.).

Second point : les défaites de la gauche s’effectuent dans un contexte où  vraiment tout a été dit depuis un an sur Silvio Berlusconi. Récemment, sont sortis dans la presse des écoutes téléphoniques le montrant en train de faire pression sur les autorités compétentes de la RAI et de l’équivalent local du CSA pour faire interdire d’antenne un opposant médiatique historique…  De fait, avec ce qu’on a appris via les médias italiens sur S. Berlusconi & Cie, il y avait sans doute matière à faire démissionner les 26 autres chefs de gouvernement de l’Union européenne…  et le Très Saint Père en prime. Mais, malgré tout cela, l’Église catholique italienne a presque officiellement appelé à voter pour son camp (au nom de la “défense de la vie”); S. Berlusconi a pu intervenir massivement dans les télévisions, publiques et privées, à la veille du vote, après que son camp politique a fait tout bonnement interdire toutes les émissions de débat politique dans les semaines précédents les élections en retournant une loi adoptée par le centre-gauche à son profit, et il a donc réussi après avoir organisé un grand meeting de soutien à Rome “au nom de l’amour contre la haine” (sic) un dernier effort de mobilisation contre “les communistes”, “les juges rouges”, les “médias”, etc., le tout presque comme d’habitude malgré le poids des casseroles et des … ans, qu’il traine de plus en plus visiblement. Son parti a certes perdu des voix par rapport aux Européennes de 2009 et encore plus par rapport aux élections politiques de 2008, et, dans le nord du pays, son allié de la Ligue du Nord semble bien le phagocyter, mais, à ce stade, réussir à gagner des régions tient littéralement du miracle. Je n’évoque même pas ici les difficultés de l’économie et de la société italiennes – qui font apparaître par comparaison les gros ennuis de notre pays comme une promenade de santé.

Troisième point : les régions perdues par le centre-gauche le sont le plus souvent à juste titre vu le désastre de la gestion de centre-gauche précédente. La Campanie et le Latium avaient perdu en route leurs présidents de région pour cause de scandale (privé ou public), la Calabre voyait se représenter un Président de région avec une dissidence de gauche contre lui, soulignant l’importance de l’honnêteté en politique. CQFD. Le Piémont, où la Présidente sortante n’avait pas fait parler d’elle pour sa mauvaise gestion, sera lui perdu en raison de la montée en puissance d’une dissidence “anti-partisane” de gauche, le “Mouvement Cinq Etoiles”. Ne résistent parmi les régions qui ne sont pas presque automatiquement acquises à la gauche  que la Ligurie au nord (où il n’y avait d’ailleurs pas de liste “Mouvement Cinq Etoiles”, et où l’électorat est réputé le plus âgé du pays), et au sud, les Pouilles, où l’atypique Nichi Vendola reste à son poste (largement grâce à sa capacité à réunir toute la gauche, et aussi grâce à une liste autonome de l’Union du centre qui fait prés de 9%). Pour le reste, le centre-gauche conserve des régions qu’elle ne pouvait pas perdre : l’Emilie-Romagne, la Toscane, l’Ombrie, les Marches dans le centre où elle fait fructifier l’héritage du PCI, et la Basilicate au sud où c’est celui de la vieille DC  développementaliste du sud qui la sauve… C’est par comparaison avec les récentes élections régionales françaises les “Alsace” du centre-gauche italien. Perdre ces régions voudrait dire perdre toute espoir de reconquête – mais, même là, des failles sont apparues.

Quatrième point : l’organisation interne de la coalition de centre-gauche se complique de nouveau. Le Parti démocrate, qui était censé dominer lors de sa formation en 2007 largement son camp et qui a déjà perdu quelques pièces depuis l’année dernière, s’étiole dangereusement au profit d’alliés dont aucun n’émerge franchement lors de ces élections régionales. L’Italie des Valeurs d’A. di Pietro, le plus grand des alliés du PD, fait un bon score sans plus, les diverses tendances à sa gauche (“Fédération de la gauche”,  “Gauche, écologie, liberté”, “Fédération des Verts”, etc. ) existent un peu, mais sans qu’émerge un acteur significatif et avec une nette prédominance de logiques locales.  Dans le camp d’en face, la situation est assez similaire, le grand parti s’affaiblit au profit de ses alliés, mais elle reste bien plus claire : le Peuple de la Liberté diminue son poids dans la coalition au profit d’un allié, la Ligue du Nord, qui augmente sa performance électorale dans ses fiefs (Vénétie, Lombardie et Piémont) et qui fait désormais sentir son influence jusque dans les Marches (6% des voix, là où le “parti du nord du Pô” faisait à peine 1% des voix cinq ans plus tôt…). Quant aux  autres petits  alliés du Peuple de la Liberté, leurs performances respectives sont tellement disparates et localisées qu’elle ne dessinent aucune dynamique déstabilisatrice pour la coalition. Gianfranco Fini doit s’en vouloir d’avoir laissé s’opérer la fusion entre Alliance nationale et Forza Italia lors des élections politiques de 2008, et S. Berlusconi se féliciter encore une fois de son coup de génie du fameux “discours du marchepied” de l’automne 2007.  AN aurait-elle été encore indépendante qu’elle  aurait pu regrouper d’ autres déçus internes du berlusconisme autour d’elle que ceux attirés par la Ligue du Nord…

Bref, les élections régionales italiennes de 2010 sont, vues à l’échelle nationale, une nette défaite pour le centre-gauche italien, contrairement à ce qu’a  prétendu aujourd’hui Pierluigi Bersani, le leader du Parti démocrate, pour essayer de sauver la face. A l’échelle régionale, la gauche peut bien sûr être compétitive, mais, malgré un contexte national tout de même a priori très favorable à une opposition quelconque,  on ne discerne aucun mouvement de fond en sa faveur. Des élections locales partielles, municipales et provinciales, étaient aussi organisées ce week-end, le bilan est tout autant en demi-teinte. Venise, une ville traditionnellement “rouge” dans la Vénétie “blanche”, est certes sauvée au premier tour d’un des ministres les moins fréquentables du gouvernement Berlusconi. Lecco, ville située dans ce nord de la Lombardie  où la Ligue du Nord s’est  d’abord affirmée il y a maintenant une vingtaine d’année, est gagnée par la gauche unie au premier tour contre un candidat de la Ligue du Nord, Roberto Castelli, lui aussi ministre, tentant il est vrai de sauver une municipalité où la coalition de droite avait éclatée précédemment. Il existe donc encore quelque chose à faire pour une gauche unie dans le “Nord profond”, mais la route y est encore longue.

Du coup, on comprend la remarque d’Umberto Bossi, le leader de la Ligue du Nord, le soir de sa victoire. Il a regretté (encore une fois) que la gauche n’ait pas su être fédéraliste. D’une certaine façon, à regarder son confinement électoral dans quelques régions bastions, le PD pourrait trouver avantage à une fédéralisation poussée de l’Italie, en abandonnant la chimère d’une (re)conquête du pouvoir national. Il faut espérer que le Parti démocrate  repousse cette avance et qu’il cherche résolument une autre politique qui séduirait enfin une majorité d’Italiens.

… …  mais comme il dit la chercher depuis bien longtemps déjà …  …

Quand le Monde éditorialise sur l’Italie…

Sous le titre “En Europe”, le Monde du mercredi 13 janvier 2010 proposait à ses lecteurs une réflexion sur la situation de l’immigration en Italie.  Prenant prétexte de faits s’étant déroulé récemment dans le petite ville de Rosario en Calabre, le journal insistait sur l’absence de “réflexion (en Italie) sur une société multiethnique et multiculturelle à l’italienne”. Je veux bien que le Monde se situe sur les affaires italiennes dans un anti-berlusconisme assumé, mais, de là à travestir les faits, il y a un pas qui ne devrait pas être franchi, même dans un éditorial.

Premièrement, le prétexte de l’article est l’absence (bien réelle) de réaction à chaud de Silvio Berlusconi sur “les affrontements de Rosario – ces violences dont été victimes les immigrés, pour la plupart clandestins et africains, de la part de la police et des habitants de cette petite ville de Calabre.” Or, à lire la presse italienne et le compte-rendu des évènements par le correspondant du Monde lui-même, la dynamique des évènements ne parait pas aussi simple qu’une ratonnade pour utiliser un terme du vocabulaire français. Dans un premier temps, des travailleurs clandestins subissent des coups de feu de la part d’inconnus (des jeunes maffieux?) , dans un second temps, a lieu une manifestation de protestation des travailleurs clandestins présents en nombre à Rosarno et aux alentours où ils récoltent des oranges contre ce nième abus à leur encontre, manifestation qui dégénère en troubles à l’ordre public (voitures brulées en particulier), dans un troisième temps, une partie de la population se lance effectivement dans ce qui pourrait être qualifié de ratonnade, la police jouant selon la presse italienne un rôle dans la protection et dans l’évacuation en toute hâte des travailleurs clandestins. La situation semble donc plus compliquée qu’une simple – si j’ose dire – ratonnade. On se trouve face à une situation somme toute assez fréquente en Italie où un groupe d’immigrés exploités et/ou spoliés de quelque façon s’auto-organise pour défendre ses droits, entrainant ensuite une réaction de la population locale. Il est arrivé la même chose à Milan avec des commerçants et travailleurs chinois il y a quelques années demandant lors de manifestations de rue à pouvoir continuer à exercer leur commerce dans un ancien quartier populaire de la ville. Je ne dis pas cela pour excuser les auteurs de la ratonnade, mais pour bien souligner qu’il existe aussi une mobilisation des immigrés face à leur situation, un mouvement de prise de conscience de ces “damnés de la terre”  que, décidément, trop, c’est trop. En l’occurrence, cette mobilisation résulte de l’inefficacité ou du laissez-faire de l’État italien dans ces régions du sud en matière de travail illégal dans l’agriculture et dans la gestion maffieuse de la main d’œuvre qui en résulte, inefficacité ou laissez-faire qui ne datent pas d’hier…

Deuxièmement, l’article du Monde présente l’Italie contemporaine comme n’ayant jamais mené de réflexion et encore moins d’action sur l’immigration. “Passé en vingt ans de pays d’émigration à pays d’immigration, l’Italie n’a pas su, ou pas voulu, aborder le problème que sous l’angle de la répression, cherchant par un arsenal de mesures à décourager les candidats au voyage vers la Péninsule.” Si, dans cette phrase, le mot d’Italie désigne l’ensemble des acteurs politiques, économiques et sociaux présents sur le territoire de la République italienne depuis un quart de siècle, il n’y a rien là de plus faux! Aussi bien les principaux syndicats de travailleurs et de patrons que les associations liées au monde catholique – par exemple la Caritas – n’ont cessé de réfléchir et aussi d’agir en matière d’accueil des immigrés. Au contraire, toute la riche réflexion italienne depuis le début des années 1990 est marquée par l’idée de faire mieux que la France! Si, dans cette même phrase, le mot d’Italie désigne simplement l’État italien, le raccourci me parait là aussi coupable : les prémisses de l’immigration de masse que connait l’Italie contemporaine remontent aux années 1980; dès ce moment, l’ancienne coalition de gouvernement (“pentapartito”) légifère pour régulariser et intégrer (“loi Martelli”). Je rappellerais par ailleurs que S. Berlusconi et sa coalition n’exercent le pouvoir que huit mois en 1994, puis, entre 2001 et 2006, et de nouveau depuis 2008.  Le centre-gauche a aussi gouverné à ma connaissance l’Italie contemporaine. Après une régularisation en 1998, les années 2001-2006 ont d’ailleurs vu en 2003 l’une des plus importantes opérations de régularisation d’immigrés en Europe (plus de 600.000 régularisés selon le Figaro de l’époque). Personne, sauf la Ligue Nord, n’a par ailleurs mis en doute le fait que, vu sa démographie naturelle, l’Italie connait un besoin d’immigration pour continuer à faire tourner sa vie économique et sociale.

Il faut dire, par contre à la décharge de l’éditorialiste du Monde, que le gouvernement Berlusconi, qui se met en place en 2008, se trouve sur une ligne nettement plus radicale sur l’immigration. Cela correspond à une modification des équilibres politiques en son sein lors des élections politiques de 2008 au profit de la Ligue Nord, modification confirmée aux élections européennes de 2009. La LN est alors  devenue le “principal allié de Berlusconi”, et Roberto Maroni, l’un des leaders historiques de la LN, est nommé Ministre de l’intérieur. Il est par ailleurs le ministre le plus populaire sur les années 2008-2009. La LN semble bien recueillir les fruits électoraux de son investissement très précoce (dès le début des années 1990) sur l’enjeu de l’immigration extracommunautaire. On fera remarquer toutefois que ce parti n’est absolument pas implanté en Calabre (vu ses liens  pour le moins difficiles avec les méridionaux…surtout les Calabrais, les plus méridionaux des méridionaux). Les faits de Rosarno rappellent plutôt la tendance  qui voit les régions les plus déshérités du sud de l’Italie en proie à des manifestation ou à des émeutes contre une politique de l’État central. On peut bien sûr citer les émeutes, célèbres en Italie, de Reggio-di-Calabre en 1970 enclenchées par le choix de la ville devant devenir capitale régionale. On peut citer plus récemment les manifestations dans la région de Naples contre l’ouverture ou la réouverture de décharges pour les ordures de la grande cité du sud. Dans chaque cas, les interrogations sont nombreuses sur le rôle exact dans ces mouvements populaires de la criminalité organisée, et sur une éventuelle intention subversive de quelque instance occulte. Cela se passe donc “en Europe”, mais surtout dans une région italienne du sud où la (dé)régulation des rapports sociaux et économiques est devenue telle qu’elle peut passer par ce genre d’évènements.

Plus encore, le Monde présente l’Italie comme en proie, via les thèmes de la presse de droite et le soutien tacite du gouvernement, à “un racisme tranquille et assumé”. Là encore, la généralisation est hâtive : il existe aussi une autre Italie, aussi bien dans la population que dans les institutions (surtout si l’on compte le Vatican et son chef parmi les institutions italiennes de fait).

Comme à chaque fois que je me sens flou(t)é par un article de la presse de référence sur un sujet que je connais un peu, je me demande ce qu’il en est des sujets que je connais bien moins. C’est ainsi que la confiance disparait.

“Partito di lotta e di governo”

Cette expression “Partito di lotta e di governo” (Parti de lutte et de gouvernement) , qu’on attribua jadis au PCI, m’est revenue à l’esprit face aux résultats. En ayant les données définitives, la victoire de la “Ligue Nord” à droite, celle d’”Italie des valeurs” au centre-gauche, et la défaite de “Gauche arc-en-ciel” à gauche s’inscrit dans cette contradiction : comment être à la fois au pouvoir et exprimer les demandes populaires de manière radicale? La trés nette défaite du cartel de la “gauche de la gauche” ressort de cette contradiction; cela ressemble aux défaites du PCF aprés toutes ses participations au gouvernement, qui ont marqué les étapes successives de son déclin. En revanche, Idv (Italie des valeurs) était au gouvernement en 2006-08, mais Antonio Di Pietro son leader n’avait de cesse de se quereller publiquement avec le ministre de la Justice, Clemente Mastella, de l’UDEUR. Ce même ministre qui a fini par appuyer (fort mal à propos) sur le “feu nucléaire” de la défiance et qui a de fait détruit ce gouvernement de coalition. Clemente Mastella n’a même pas pu se présenter aux élections faute de trouver un allié, les partenaires de la gauche de la coalition de l’Union (autre nom de l’Olivier) ont payé l’addition, mais IdV gagne des voix (un quasi-doublement) et des élus. A. Di Pietro a réussi à être “de lutte et de gouvernement”. Pas les partis de la “Gauche arc-en-ciel”, auquel tout le monde attribue la failblesse du gouvernement Prodi II. La LN triomphe aujourd’hui, elle retrouve sa grande géographie de 1992, elle est trés présente dans ses bastions lombards, venètes, mais elle se répand de nouveau dans tout le nord, y compris dans les régions rouges. C’est extraordinaire, pour un parti qui était groupusculaire au sud du Po depuis des années, de dépasser régulièrement les 5% des voix. Le succès est aussi étonnant dans les grandes villes du nord, ou plutôt dans les quartiers populaires des grandes villes. Bref, la Ligue Nord ne pouvait guère faire mieux, presque tous les gains en voix de la coalition gagnante vont vers elle et son alter ego sudiste, “Le Mouvement pour les Autonomies”. Par contre, elle est confrontée dès maintenant à l’articulation entre le fait d’être au gouvernement et celui de représenter les instances populaires quel qu’elles soient. Par exemple, à en croire la presse pro-Pdl, le problème des “Roms” a été décisif. Peut-être, mais je doute fort dans un contexte européen que le gouvernement italien puisse faire quoi que ce soit. Le gouvernement roumain a déjà négocié avec le gouvernement Prodi une meilleure collaboration sur ce point, à la suite d’un meurtre particulièrement horrible, meurtre qui avait donné l’occasion à W. Veltroni, alors encore maire de Rome, de “faire son xénophobe”. Sur ce problème “Rom”, je doute qu’une efficacité à court terme quelconque puisse être atteinte, sans piétiner d’une façon ou d’une autre les droits de l’Homme et le droit européen. En somme, les dirigeants de la Ligue Nord sont programmés pour perdre les prochaines élections nationales, mais comme ils le savent sans doute….

Dès l’année prochaine, il y a des élections européennes. On devrait voir un effet de ces considérations. Si le mode de scrutin reste le même, une proportionnelle intégrale sans seuil minimum, tous les petits partis qui ont perdu aujourd’hui vont tenter de “se refaire”, et les partis de gouvernement devrait être “sanctionnés” – dont tout particulièrement la “Ligue du nord”.

Berlusconi troisième et dernier acte.

Et voilà, il a gagné de nouveau, et à la loyale en plus! Silvio Berlusconi vient d’enregistrer une grande victoire électorale pour son cartel électoral, “Peuple de la liberté”, “Ligue du nord”, et “Mouvement per les Autonomies”, il laisse prés de 10 points derrière le cartel “Parti démocrate – Italie des valeurs”.

Pendant la campagne électorale, on a même bien peu parlé de son poids différentiel dans les médias audiovisuels. L’”autorité de garantie pour les communications” s’est plaint (un peu) du déséquilibre dans les médias audiovisuels, mais sans plus et sans grand écho. S. Berlusconi a protesté comme d’habitude contre la “par condicio”, la loi qui régule l’équité lors des campagnes électorales, mais en fait il n’a pas plus insisté que cela. Il est vrai que le plus marquant a été la bipolarisation dans les grands médias de la campagne entre S. Berlusconi et W. Veltroni, et les deux leaders des deux grands cartels étaient d’accord pour réduire le débat à eux-mêmes.

De plus, S. Berlusconi n’a rien été obligé de promettre d’extraordinaire, contrairement aux fois précédentes. Il y a indéniablement une réussite personnelle dans tout cela : le lancement à l’automne dernier du nouveau (futur) parti dit “Le peuple de la liberté”, depuis une manifestation dans un théâtre situé Place San Babila à Milan, haut lieu de la droite italienne (et surtout de l’extrême-droite), a été une contre-mesure aussi risquée que géniale à la crise de l’alliance “Maison de la liberté”. Les alliés, pourtant publiquement réticents au leadership du vieux leader, ont été obligé de suivre: c’est le cas en particulier de Gianfranco Fini. Il a suivi plus contraint qu’enthousiaste, et il a gagné, car son électorat a suivi lui aussi : du point de vue du positionnement idéologique, il était déjà difficile de distinguer un électeur d’AN et de FI, cela a bien fonctionné finalement, mais AN est décidément le “junior partner” de cette fusion autour de FI. A vérifier lors du processus constituant réel de la nouvelle force politique.

Il a aussi réussi à reconstituer une géographie variable de son système d’alliance, avec la “Ligue du nord” qui l’appuie au nord de Rome et ensuite de Rome au “sud profond” le “Mouvement pour les Autonomies”. Ce dernier est surtout implanté en Sicile, et son leader, Raffaele Lombardo, a remporté rien moins que l’élection pour le poste de Président de la Région (autonome) Sicile avec un écart énorme (60/40). Je suppose que cela va confirmer les analyses de Luca Ricolfi qui insistent sur la nature “anti-centraliste” et “anti-étatiste” de l’électorat des droites rassemblées (en 2006) derrière Berlusconi (ce qui néglige un peu la tendance “étatiste-laziale” d’AN).

Bref, une très belle victoire, logique vu les résultats de l’élection de 2006. Bien qu’il ait été au pouvoir, S. Berlusconi avait failli ne pas perdre. La victoire à la Chambre des député lui avait échappé de 22.000 voix à peine (0,1%) (ce qui correspondait à un parti autonomiste du nord laissé en dehors de la grande alliance d’alors) ; et au Sénat, il avait (presque) arraché l’égalité. Pour ces élections, avec des périmètres d’alliance différents, il gagne nettement dans les deux Chambres. C’est sans appel.

Autre nouveauté que tout le monde signale, et que j’envisageais dans mon “post” précédent : le massacre des petits partis porteurs d’anciennes identités politiques. La surprise, c’est la catastrophe électorale de la “Sinistra arcobaleno”. Je pressentais que Fausto Bertinotti n’était pas très vendeur comme tête de gondole, mais à ce point : le nouveau sujet politique rassemble à peine 3% de voix. En chiffres absolus, ce n’est pas très loin au dessus de “la Destra”, l’ultime tentative d’une refondation néo-fasciste. Tout le monde le remarque : les marques électorales du XXième siècle sont en crise. A la gauche de la “Sinistra arcobaleno” (Sa), les résultats sont groupusculaires (ou crépusculaires?), mais ces voix ont manqué à Sa pour atteindre les 4% demandés pour avoir des représentants à la Chambre. Au centre-gauche, la diaspora socialiste récemment réunifiée coule corps et biens avec moins de 1% des voix. Au centre, il faut noter la disparition de l’UDEUR de Clemente Mastella, qui ne s’est même pas présenté aux élections. La tentative de ressusciter le PLI (d’avant 1994) a fini avec 0,3% des voix, et la plupart des petites entreprises de survie des anciennes enseignes se sont ralliées soit au PDL soit au PD quand la porte leur a été ouverte. Seuls la diaspora démocrate-chrétienne possède encore une enseigne : l’UDC de Casini (allié avec ses propres scissionnistes de la “Rose blanche”) sauve les meubles. Elle dépasse les 5% des voix. A droite, la tentative de reconstituer une droite néo-fasciste parlementaire échoue, et à l’extrême de l’extrême-droite, le “FN” fait un beau flop.

En résumé, tout ce qui n’a pas été rénové disparait, et ne survit que les deux forces issues de la crise des années 1980-90, “Ligue Nord” d’un côté, et “Italie des valeurs” de l’autre : le représentant des prolétaires nordistes en colère et celui des honnêtes gens en colère avides d’ordre et de légalité de l’autre. Les deux grands partis “Pd” et “Pdl” eux affirment leur nouveauté, leur positionnement l’un vis-à-vis de l’autre. Ils sont deux grands chaudrons où il serait intéressant de regarder les ingrédients, fort étonnants parfois. Ainsi Lamberto Dini, un traître au berlusconisme de 1995 à 2007, se retrouve dans le “PdL”, et il en a défendu les raisons lors de cette campagne. Il faut savoir pardonner les offenses et “retourner sa veste” comme dit la chanson…

Dernière remarque : en France, on parle souvent pour l’alliance “Parti démocratique et Italie des valeurs” de la gauche. Il s’agit d’un simplification : de gauche au sens traditionnel du terme, il n’y a qu’une partie des dirigeants du PD, qui viennent effectivement de l’ex-majorité du PCI (d’avant 1990), mais pour le reste, on peut en douter. Le choix du mot de “Parti démocrate” pour se nommer n’est pas du tout anodin; il s’agit bien de rompre avec le communisme et même avec le socialisme (qui n’a d’ailleurs jamais attiré l’aile ex-démocrate chrétienne des dirigeants du parti). Si on se réfère à la gauche au sens strict (héritage socialiste, y compris la branche communiste issu du Congrès de Livorno des années 1920), il n’y a plus rien de revendiqué au niveau du nouveau Parlement italien.

En fait, on aura plutôt au Parlement une opposition entre deux centres (Parti démocrate et UDC) séparés entre autres par la question de la laïcité et une coalition des droites divisées territorialement. Bref, la “gauche” italienne a devant elle beaucoup, beaucoup, beaucoup de travail.

Fin de campagne… fin de parti (sans e).

La campagne électorale italienne ne s’est guère agité jusqu’à la fin. On pourrait faire une longue liste des commentateurs qui se sont ennuyés. En fait, tout cela a été des plus classiques : W. Veltroni , candidat du Parti démocratique et d’Italie des valeurs, a fait le tour de l’Italie dans un bus. Il me semble bien qu’en 1995-96 R. Prodi avait fait la même chose en pré-campagne, et qu’en 2001, R. Rutelli avait la même chose en train. J’étais d’ailleurs allé voir une étape de ce train en Lombardie. Le symbolisme à l’américaine n’est donc pas très nouveau, j’ai bien l’impression aussi qu’en 2001, R. Rutelli avait prévu de visiter plus ou moins toutes les provinces italiennes comme W. Veltroni.

S. Berlusconi vient de faire sa promesse de dernière minute qui est compréhensible par tout le monde en terme d’argent de la vie quotidienne : il a promis de supprimer la vignette automobile (… comme un vulgaire Lionel Jospin!). En fait, ce qui a manqué dans cette campagne, c’est une invention médiatique quelconque de ce dernier. Il a été plutôt “sottotuono” : qu’aurait-il d’ailleurs pu inventer d’autre après toutes les inventions des campagnes précédentes?

Les forces en dehors de deux grands – “Parti Démocrate” et “Peuple de la Liberté” – ont été complètement étouffées dans les grands médias qui n’ont eu d’yeux que pour ces deux forces. La bipolarisation médiatique est évidente. Le débat le plus politique a été finalement la controverse autour du sort d’Alitalia, qui à ce stade semble devoir être réglé par le futur gouvernement.

A ce stade, deux grandes hypothèses viennent à l’esprit.

Premier cas (le plus probable) : comme d’habitude, les électeurs italiens changent peu leurs orientations politiques d’une élection à l’autre. Dans ce cas, le résultat ne change pas des derniers sondages disponibles. Le “Peuple de la Liberté” gagne à la Chambre des députés, et… après pour le Sénat, c’est la loterie vu le mode de scrutin et les primes régionales de majorité qu’il prévoit. S. Berlusconi peut payer le prix de la loi électorale qu’il a fait lui-même adopter in extremis à l’automne 2005.

Dans ce scénario, l’inconnue n’est autre que l’ampleur de la victoire de S. Berlusconi, qui détermine sa réelle capacité à gouverner. (Sans compter les sénateurs élus par les Italiens de l’étranger et le rôle éventuel des sénateurs à vie…)

Second cas (le moins probable) : un vrai mouvement dans l’électorat s’effectue. Le PdL est finalement plombé par ses ailes perdues (UDC, La Destra) et surtout par l’assimilation “PdL=Berlusconi”, qui n’est pas si attirante que cela pour l’électorat (comme l’avaient montré les analystes en 2001 Berlusconi peut aussi être une raison de ne pas voter pour la coalition des droites… pour un électeur d’un parti de droite ou du centre). Le PD apparait symétriquement grâce à W. Veltroni comme autre chose que l’héritier du gouvernement Prodi. Il s’agit de la même tactique que le choix de Rutelli en 2001 pour guider la coalition de l’Olivier. Cela avait failli fonctionner à en croire les courbes de sondages. Donc peut-être que l’autre maire de Rome, du même parti désormais, “peut le faire” (pour reprendre son slogan “si può fare”).

Dans ce cas, si le PD dépasse le PDL à la Chambre des députés, la surprise serait telle (vu les sondages, vu l’histoire électorale précédente) que le résultat du Sénat compterait peu quel qu’il soit: l’aura de S. Berlusconi serait détruite; et, là, on changerait vraiment de période.

Raisonnablement, le second scénario est peu probable, mais qui sait?

Ce qui me parait par contre évident dans cette campagne, ce sont les dégâts sur certains acteurs politiques des choix de coalition et du mode de scrutin. Le PSI (Parti socialiste), qui se présente seul faute d’avoir pu s’allier au PD, va au désastre, sauf miracle : on sent que ce parti, récemment réunifié d’ailleurs, a perdu au jeu des chaises musicales. C’est assez absurde en fait, mais du coup Enrico Boselli, le leader du PSI, tient un discours de désespéré plutôt intéressant, dans la mesure où il dénonce les fausses promesses du PD d’un point de vue “social-libéral” ou l’incohérence de ce parti sur les questions éthiques tiraillé qu’il est entre “teodem” (catholiques intégristes démocratiques en jargon) et “laïcs”. Il parle d’or ce Boselli, mais on ne l’entend pas beaucoup bizarrement. De même “la Destra”, qui veut faire survivre le néo-fascisme (modéré), risque énormément dans cette configuration. Pour ces deux partis, les seuils d’accès au Parlement sont tels qu’ils risquent de ne pas les dépasser… sauf surprise majeure. Au Sénat, la plupart des partis en dehors du PDL et du PD risquent de ne pas atteindre les 8% demandés dans une région pour avoir éventuellement des élus. La “Sinistra arcobaleno” (Gauche arc-en-ciel) risque moins la disparition, mais le choix d’un “vieux” leader comme Bertinotti pour un sujet neuf qui prétend défendre les jeunes ne me parait pas des plus adéquats. Ce dernier sujet réussira-t-il à bien faire comprendre la continuité avec les partis associés (RC, PCDI, Verdi, Sinistra democratica)? Je serais curieux de voir l’effet des deux petits partis néo-communistes qui essayent de le concurrencer, et qui eux affichent “la faucille et le marteau” dans leur symbole.

Bref, quelque soit le résultat global, il me semble que certaines traditions politiques jouent leur dernière carte. .. sauf miracle. Dommage.