Et même Olivier Besancenot tomba dans le piège…

Lors de sa conférence de début d’année, notre hyperprésident a proposé à la surprise générale la suppression de la publicité commerciale sur les chaines de télévision publiques. Malheureusement, les leaders de la gauche se sont empressés de dénoncer la décision comme hâtive et non financée, et de faire comme s’il s’agissait d’un complot pour couler et privatiser France-Télévisions au profit des « puissances d’argent ». Et tout ce beau monde de citer la hausse des actions TF1 en bourse au lendemain de l’annonce… preuve de l’objectif présidentiel : avantager les patrons de la télévision commerciale, ses amis en fait.

Ce matin sur France-Inter, O. Besancenot, vitrine de la Ligue communiste révolutionnaire, tombe lui aussi dans le panneau à la fin d’une interview. Une mesure de N. Sarkozy ne peut être bonne, elle n’est qu’à l’avantage de TF1, et surtout « il pense aux salariés »…. Je suppose aux salariés de l’audiovisuel public menacés par une perte de ressources publicitaires estimées autour de 800 millions d’euros par an.

Le malheur, c’est que cette défense du droit des chaines publiques de faire de la publicité commerciale vient contredire par ailleurs un autre combat, celui pour une télévision différente qui ne soit pas soumise aux impératifs de l’audience, celui contre la publicité qui envahit l’espace public (médiatique ou réel) avec ses anti-valeurs de consommation effrénée, de mépris, de sexisme, etc..

Ici le leader d’un parti soit-disant révolutionnaire se montre incapable de comprendre que la démarchandisation d’au moins quelques chaines de télévision représente – même avec des faibles ressources qui peuvent en résulter – une avancée vers une culture (potentiellement) libérée des impératifs de la séduction tant dénoncé en son temps par l’Ecole de Francfort et repris aujourd’hui par les divers mouvements « anti-pub ». Je dois dire que N. Sarkozy expliquant qu’il ne voit pas pourquoi les chaines devraient être publiques si elles font la même chose que les chaines privées est un argument imparable de ce point de vue. En Allemagne, par exemple, la différence chaines publiques/chaines privées se voit très bien. Pour parler plus en économiste, N. Sarkozy reconnait de fait une « market failure », un échec du marché, qui justifie qu’on subventionne la culture, l’innovation, l’éducation, que ne peut fournir la télévision commerciale. Il n’est pas dit non plus que les chaines privées ne pâtissent pas à terme de la manne qu’on semble leur offrir : en effet, le téléspectateur peut se lasser de la publicité, et finalement préférer un programme moins séduisant a priori mais sans publicité. Cet équilibre existe d’ailleurs déjà dans l’univers de la radio. (L’annonce de N. Sarkozy concerne aussi d’ailleurs les radios publiques, qui étaient menacées d’envahissement juste avant…)

Plus généralement, que N. Sarkozy donne raison à l’argumentaire antipublicitaire en n’y voyant pas l’alpha et l’oméga de la culture et du service public devrait réjouir toute personne censément de gauche (si ce terme possède quelque lien avec l’idée d’éducation populaire, d’élever la population à des plaisirs élevés comme dirait John Stuart Mill). Bref, notre cher « petit facteur » a démontré son incapacité à penser plus loin que le plaisir de dénoncer une mesure de Sarkozy.

En fait, il n’est pas impossible que N. Sarkozy ait annoncé une telle mesure justement pour démontrer la bêtise de ses adversaires, alors même qu’il est fort découvert sur le « front culturel » en raison de l’austérité budgétaire qu’il impose au monde du « spectacle vivant » et à l’opposition qu’il voit poindre dans ce milieu des « cultureux » à sa politique d’expulsions.

Bravo l’artiste, aurait-on envie de dire!

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2 réponses à “Et même Olivier Besancenot tomba dans le piège…

  1. Allons, OB est au contraire dans son rôle de révolutionnaire. Peu lui chaut que l’on supprime la pub sur le service public tant qu’il restera des chaînes privées. Par contre les cris d’orfraie poussés par les socialistes sont, eux, vraiment pathétiques et montre effectivement bien la facilité avec laquelle Sarkozy les piège. Certains commentateurs de gauche l’ont bien noté (je pense à Bernard Langlois de Politis, par exemple : http://www.politis.fr/Feu,2740.html ).
    Et puis disons le : le meilleur moyen d’éviter la pub à la télé, c’est de ne pas avoir de télé, ou de lucarne à blaireaux comme dirait certain : http://video.google.fr/videoplay?docid=-4410197519474425989&q=la+lucarne+%C3%A0+blaireau&total=2&start=0&num=10&so=0&type=search&plindex=0

  2. Oui, vous avez raison si nous supposons que OB veuille faire une sorte de « défaitisme révolutionnaire » télévisuel : avec uniquement des chaines de télévision privées, la situation du téléspectateur moyen serait telle qu’il finirait pour partie par éteindre sa télévision ou au moins s’énerver un peu de la situation.
    En tout cas, OB s’aligne dans ce cas sur la position du reste de la gauche, et cela me parait tout de même désolant pour un parti qui voudrait regagner une hégémonie politique à la « gauche de la gauche ». Pour faire cela, il faudrait déjà offrir une autre cohérence que « Nicolas l’a fait, donc c’est mal », qui semble bien être actuellement le service minimum offert aux électeurs français par le Parti socialiste.

    Je suis d’accord avec vous que le plus simple pour ne pas voir de publicité à la télévision, c’est d’éteindre la chose. Certes. C’est ce que je fais moi-même, et il semble que les générations suivantes élevées avec Internet se détachent progressivement de ce média unilatéral. Mais c’est en pratique un luxe que ne peuvent s’offrir que les gens qui ont autre chose à faire dans leur vie quotidienne que regarder la télévision. Peut-être l’information ne vous a pas échappé : les Français regardent de plus en plus longuement la télévision. Cet allongement de la durée d’écoute tient essentiellement au fait que la population vieillit et sans doute aussi qu’il s’agit du loisir le moins cher pour une population qui s’éloigne de plus en plus des centres villes. Autrement dit, une télévision publique sans publicité, qui pourrait (au conditionnel) être de meilleure qualité, reste un enjeu central dans notre société, tant que les générations élevées à la télévision ne sont pas parties au cimetière ou tant que des modes de vie détachées des grands médias de masse n’émergent pas clairement.

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