« Berlin 1936 = Pékin 2008 », une équation absurde bien sûr…

Les récents évènements qui opposent une partie de la population tibétaine aux autorités chinoises ne manquent pas de me faire penser à cette équation si tentante, « Berlin 1936 = Pékin 2008 ». Cela tend à l’exercice pour étudiants de Science-Po. Identifiez les similitudes et les différences, et concluez sur la différence de la différence. Le vieux totalitarisme est mort, place à quelque chose de postmoderne à souhait : la juste répression de « la clique du Dalaï Lama », mais le tout en différé léger devant un monde entier, où le sport est devenu un des secteurs économiques les plus porteurs. (Exercice : comparer la sémiotique visuelle des Jeux de Berlin et celles des futurs Jeux de Pékin. Réviser de manière critique K. Polanyi auparavant.)

Cette situation me parait en fait surtout intéressante du point de vue « moral », en ce qu’elle met à jour l’immense tartufferie qui préside à nos rapports avec les divers pays ne respectant que de très, très loin le minimum de droits humains auxquels nous sommes habitués (depuis pas si longtemps en fait, et pas pour tout le monde en réalité). Il est évident que la fête de l’hypercapitalisme que va représenter « Pékin 2008 » ne peut pas être gâchée, voire annulée, pour si peu : un peuple que la RPC ethnocide depuis un petit bout de temps déjà. En même temps, le dire comme ça crument, c’est un peu court. De « belles âmes » (dont je suis bien évidemment!) revendiquent que l’on fasse quelque chose, que l’on indique une certaine indignation, il faut les satisfaire, ces « belles âmes » protestent et pourraient même influencer l' »opinion publique » du vulgaire. En fait, nous n’attendons que d’être trompés par nos gouvernants, et surtout protégés de notre propre ignominie morale. Vu la structure du commerce extérieur français qui repose sur les « grands contrats » (Airbus, TGV et centrales nucléaires) et sur le luxe (dont le consommateur chinois peut se passer), il ne serait pas très avisé de se fâcher – ne serait-ce qu’un peu – avec le sympathique au demeurant régime chinois du continent. En tant que garants des intérêts matériels des citoyens et de l’ordre public interne, les autorités françaises se doivent de faire le minimum tout en nous faisant croire (au moins un tout petit peu) qu’on a tout essayé pour modérer les autocrates chinois du continent.

C’est un principe que j’ai l’impression d’observer de plus en plus souvent, qui pourrait se résumer ainsi : « nous sommes bons puisque nous fustigeons publiquement les mauvais régimes avec lesquels nous commerçons avec bonheur »… Mais surtout que cela ne nous coute en réalité rien. Est-ce que je ne suis pas moi-même en train de rédiger ces lignes (et vous de les lire) grâce à du matériel fait en Chine continentale à un prix qui nous permet de nous équiper sans douleur?

Je me demande si on devrait pas inventer le terme de syndrome : « Not Under My Eye, Only in My Back » or NoMyCo, « Not in My Conscience » sur le mode du célèbre « Not in My Backyard ». Il est interdit de me faire sentir que, en réalité, je fais partie de ceux qui profitent de la situation, de ceux qui sont responsables des actes politiquement sensés qu’on commet au nom de leurs intérêts matériels.

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