21 juillet 2008, un autre « 21 » qui ne porte pas chance au PS.

Et voilà c’est fait : dans le silence relatif des médias jusqu’à ce jour, la Constitution a été réformée une nouvelle fois. Nos collègues constitutionnalistes n’ont plus qu’à se précipiter pour réviser leurs cours et manuels pour la rentrée de septembre et pour écrire leurs commentaires dans leurs revues spécialisées. Il se confirme  que la Constitution n’est plus ce texte intangible ou presque qu’il était censé être selon la doctrine qu’on enseigne (peut-être) encore aux étudiants.

Pour ma part, je ne me sens pas d’entrer dans le détail des mesures adoptées; d’aprés ce que j’ai pu en lire, toutes ces réformes ne changeront pas la nature du régime et ses grands équilibres. Ni la monarchie (ce qui est interdit), ni la dignité impériale dans le cadre républicain (ce qui est permis puisque ce n’est pas explicitement exclu par la Constitution) n’ont été rétablies. Plus sérieusement, le retour à un régime d’assemblée semble pour le moins lointain, et nous restons loin d’une « nord-américanisation » des Chambres.

L’adoption de cette réforme fait pourtant une victime majeure : le PS. Après quelques tergiversations, la direction de ce dernier avait décidé de s’opposer frontalement à ce texte. Il est vrai que, du point de vue des rapports de force, le PS n’avait rien obtenu en échange de son approbation éventuelle, en particulier pas de réforme du mode de scrutin du Sénat qui le désavantage outrageusement, ni de rééquilibrage des temps de parole dans les médias audiovisuels. La direction du PS a donc décidé de voter contre, et elle a réussi à ramener dans sa ligne un groupe de dissidents prêt à approuver au départ le texte. L’idée était clairement d’infliger une défaite au Président, en jouant sur le fait que, vu le seuil de majorité exigé dans ce cas (3/5 des voix du Congrès) et vu les dissidences attendues dans la majorité présidentielle, un refus était probable.

Or ce calcul a lamentablement échoué : le premier parti d’opposition en nombre d’élus s’est avéré incapable de rassembler autour de lui une minorité de blocage (soit dans ce cas 2/5 des voix du Congrès) d’une réforme constitutionelle d’importance. Le PS se retrouve dans la même situation que la SFIO dans les années 1960 face à la « République gaullienne » : pour le moins marginalisé, le mot commence à être faible. N. Sarkozy a poussé son avantage en se présentant comme le camp de la « réforme », de la « modernité », contre celui du « conservatisme », continuant à brouiller complètement la perception historique des camps de l' »ordre » et du « mouvement », se montrant ainsi d’ailleurs un brillant gaulliste par sa pratique politique.

Les médias insistent beaucoup ce matin, sur le cas de Jack Lang, membre de la « Commission Balladur » qui avait préparé la réforme et qui s’est voulu fidèle à son propre travail. J’insisterais pour ma part plutôt sur le cas du PRG (Parti radical de gauche). Cet allié du PS depuis les années 1970 a fait défection – pour des raisons avouables (une réforme bonne à tout prendre pour des parlementaires condamnés à rester dans ce rôle) et inavouables selon certains (cas de B. Tapie ou de leur ancien leader). Quoiqu’il en soit, cette défection signifie que le système des alliances du PS établi jadis est en voie de délitement. Le PS n’a pas pu faire usage de menaces de sanctions crédibles pour ramener le PRG sur sa ligne.

Hier soir, la réaction de François Hollande était d’insister sur la courte majorité qui a présidé à l’adoption de cette réforme, en ironisant même sur une « petite réforme ». On avait en direct une magnifique démonstration d’un des problèmes majeurs du PS : la faible clairvoyance de sa direction. Quant on se fait humilier ainsi, on ne va pas ironiser à la télévision : on envoie un courageux (qui?) défendre vraiment les raisons du non (ce qui est certes difficile) pour masquer le caractère tactique du choix, soit on se tait et on démissionne. Il est vrai que cette seconde option est difficile à appliquer, puisqu’en attendant le Congrès de Reims, F. Hollande est une sorte de régent qui s’est succédé à lui-même. Il n’a du coup même pas eu la force de menacer vraiment J. Lang de sanctions : si l’enjeu était vraiment d’importance, le moins qu’il y avait à faire était de déclarer qu’on demanderait l’exclusion de J. Lang du PS.

Ce 21 juillet 2008 m’apparaît donc comme un nouveau « 21 » maudit pour le PS.

Au delà du cas du PS et de sa direction actuelle, on peut être saisi d’une inquiétude de fond pour la démocratie française: si le premier parti d’opposition s’avère incapable de choisir de meilleures tactiques et stratégies, cela garantit la non-alternance pour longtemps.

J’ajouterais que, pour tout arranger, la majorité va pouvoir réformer la carte électorale à sa guise, et ajouter des députés élus par les Français de l’étranger pour pimenter la sauce. Il est vrai que ce sont là des détails sans grande importance, puisqu’avec le quinquennet et l’inversion du calendrier électoral, seule l’élection présidentielle compte, et qu’à ce jour, le PS ne dispose d’aucun « présidentiable » compétitif.

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