« L’idée de la toute-puissance du marché était une idée folle. »

Selon le Figaro, N. Sarkozy aurait lors d’un discours à Toulon, devant un parterre de militants de son parti renoncé à adorer le nouveau diable du jour, le « marché », renoncé donc publiquement à ses oeuvres et à ses pompes. Alléluia, alléluia, il a vu la lumière. Il a donc déclaré, je cite toujours selon le Figaro,  sa foi nouvelle : « L’autorégulation pour régler tous les problèmes, c’est fini. Le laissez-faire, c’est fini. Le marché qui a toujours raison, c’est fini ». Il aurait même ajouté que :  « L’idée de la toute-puissance du marché était une idée folle ». Il prit soin de préciser toutefois que « L’anticapitalisme n’est pas une solution », se démarquant ainsi d’une Naomi Klein ou d’une Viviane Forrester.

On peut bien sûr admirer le talent tout chiraquien (sic) à moduler sa ligne idéologique déclarée en fonction des circonstances. On peut souligner le retour à une bonne vieille doctrine gaulliste de la puissance de l’Etat (capitaliste), accompagnée en plus d’une prétention (que j’approuve d’ailleurs) à limiter les échelons de gouvernement locaux dans notre pays (prétention qui arrive fort opportunèment aprés les sénatoriales de cette année…). On pourrait y voir aussi un discret hommage au (presque défunt) Front national, puisque « phynanciers » et « ronds-de-cuirs » sont ceux qui doivent disparaître de la circulation. On peut donc voir le discours sous un angle français.

On peut aussi y voir un parallélisme frappant avec le discours politique de Giulio Tremonti, le ministre italien de l’Economie. Dans un livre qui a été le seul événement « intellectuel » de la récente campagne électorale italienne, ce dernier expliquait que toute la globalisation libérale des dernières années était une pure folie, mené à un rythme inadapté par rapport aux capacités réelles d’ajustement des marchés. Tremonti accusait d’ailleurs la gauche modérée italienne, un Romani Prodi en particulier en tant qu’ancien Président de la Commission européenne, d’être responsable de cette erreur de calcul. Le livre a eu un impact extraordinaire parce qu’il permettait à la droite de se mettre au diapason des craintes de l’électorat, qui ne croit plus du tout aux vertus positives de la globalisation. Je me demande si N. Sarkozy ne tente pas la même opération, qu’il avait d’ailleurs déjà commencé à mettre en oeuvre lors de sa campagne électorale présidentielle. N’avait-il pas dit, par exemple, sur l’Europe qu’elle devait « protéger »?

Bien sûr, la contradiction ne peut qu’être notée entre les choix de politique publique à l’oeuvre depuis un an  (les « réformes ») et ce genre de discours : si le marché n’est pas la panacée, il faut revenir sur bien des choses (dont entre autres la réforme universitaire L. R. U. qui vise à instituer un quasi-marché pour augmenter l’efficacité, ou celle promise il y a quelques jours sur l’hôpital, avec là aussi la création d’un quasi-marché). Sans l’idée d’autorégulation du marché, toute l’organisation à venir de notre société serait à revoir de fond en comble. Cette tactique chiraquienne pour préempter au moins verbalement les critiques devrait être d’autant plus efficace que le grand parti d’opposition s’est inscrit aux abonnés absents pour cause de Congrès…

Une dernière idée qui me vient à cette heure tardive n’est autre que la confirmation que les idées comptent finalement peu dans des (grands) changements de politique publique. Toute cette situation semble en effet annoncer un changement de paradigme de politique économique, mais, dans le fond , qui pourrait prétendre qu’il y a des grands penseurs du rôle de l’Etat en circulation? En science politique en tout cas, c’est à peine si l’Etat, pour ne parler de l’intérêt général ou des hommes dédiés à cette fin qui l’incarneraient, existe encore.  Le langage ordinaire de la politique fait donc état d’un balancement marché/Etat, dont « nous »  prétendons savoir que le second terme n’est plus qu’une évanescence. Je me demande  toutefois si ce n’est pas « nous » qui avons créé par nos théories cette évanescence : aprés tout l’Etat, au sens de fonctionnaires payés pour agir au nom de la collectivité des citoyens, existe encore, mais ce qui lui manque essentiellement, c’est une doctrine cohérente de son rôle, qui ne peut visiblement plus se limiter à aider « le marché » à trouver les bonnes solutions dans le cadre d’une « bonne gouvernance ».

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