Le retour de la « furia francese »?

Ces dernières semaines N. Sarkozy semble avoir décidé de nous donner un magnifique exemple de « jeu à double (triple) niveau » aux futurs auteurs d’articles sur cette période : je commence à avoir du mal à suivre toutes les initiatives annoncées sur le plan national, européen et international par la Présidence. Des décisions importantes, comme celles sur le rachat par la puissance publique de programmes immobiliers en désesherence, sont prises au fil de l’eau sans qu’il y ait même une ébauche de débat. En d’autres temps, cela aurait mérité discussion, et peut-être que cela ressortira plus tard une fois que la dite mesure passera au stade de la mise en oeuvre. (J’attends de voir la réaction de certains maires ayant accordé un permis de construire pour un immeuble en copropriété se retrouvant avec à la place un H.L.M. , ou encore les pratiques des constructeurs en terme d’équipements de ces nouveaux logements sociaux …). Un début de volonté de lutter contre les « paradis fiscaux » semble de même apparaître, ce qui est loin d’être anodin si cela devait aboutir à des décisions (allons-nous envahir enfin Monaco et y établir la République?). C’est donc à un festival d’affirmation de la volonté politique via des phrases chocs, des annonces et quelques  oukazes personnalisés contre des « responsables » que l’on assiste. (Dommage qu’on ne puisse pas raccourcir quelques « phynanciers » sur la Place de la Concorde pour détendre l’atmosphère…) Mais je me demande si à force cela ne va pas être un peu contre-productif : les conseillers du Prince devraient lui faire remarquer que le public ne peut pas comprendre autant de mesures à la fois, et que  peut-être, le ton bientôt « churchullien » va finir par être en décalage avec la vie quotidienne et en contradiction avec le niveau des charges assumés par chacun à la faveur de cette crise (moins de bonus pour les uns, la fin de leur intérim pour les autres).

On peut aussi admirer dans un premier temps cette manière d’étouffer littéralement l’opposition socialiste en reprenant des modes d’action qui pourraient être ceux d’un parti socialiste au pouvoir, et surtout la magnifique cruauté qui consiste à rappeler les manquements passés de ce parti à l’impératif de volontarisme politique. (Le PS paie encore une fois le fait de ne pas avoir entamé une rénovation  aprés 2002, de ne pas avoir changé de nom et de leadership, de ne pas avoir envoyé L. Jospin écrire ses mémoires  en Nouvelle-Zélande.) Avec le nouveau Prince, l’Etat peut désormais presque tout, y compris arrêter un credit crunch (une restriction de l’offre de crédit typique de ce genre de situation de lendemains d’excès de crédits)- ce qui serait pour le coup une première en matière économique. On verra bien si  tout ce fatras  de mesures disparates (pragmatiques) va fonctionner, mais surtout cette obsession visible de N. Sarkozy de tout faire pour éviter une récession marquée me semble témoigner d’une conscience de la fragilité de son propre pouvoir, de l’étroitesse de sa base sociale. A force de se démener ainsi, j’en viens à croire que N. Sarkozy craint la « révolte des gueux » et pas simplement quelques belles déroutes électorales – dont aprés tout l’histoire récente de la France, montre qu’on se remet fort bien (à droite surtout).

Surtout on peut voir dans la situation une illustration du concept de « fenêtre d’opportunité ». Il y a bien longtemps que les gouvernants français (de droite comme de gauche) veulent un « gouvernement économique de l’Europe » (au moins depuis le milieu des années 1980). En fait, celui-ci est déjà inscrit dans les textes européens, au moins depuis l’époque du Traité d’Amsterdam et le « Pacte de stabilité et de croissance ». Simplement, pour l’heure, la politique économique générale préconisée par le niveau européen (priorité à la lutte contre l’inflation via des budgets publics en équilibre, prévision des charges futures de retraites, restructuration du marché du travail et des biens et services en  un sens libéral) convenait à moitié à la France; la crise actuelle semble une occasion en or de changer et de tester une relance coordonnée et la mise en place d’une politique de préservation des bases industrielles de la croissance, le tout assaisonné d’une tentative de réorganiser l’ordre monétaire international en profitant du ko technique des Etats-Unis.(Il faut agir dans l’interrégne entre les deux Administrations, en priant pour que le Républicain, ami de G. W. Bush, ami de N. Sarkozy, perde…)

La mesure la plus symbolique de cette nouvelle furia francese (qui n’est pas seulement celle d’un Président) est la prétention de N. Sarkozy, dont le Monde s’est fait l’écho comme à la belle époque de la voie officieuse de la France qu’il fut, de conserver une « Présidence de l’Europe ». Il s’agirait de présider un organisme informel nouveau, un « Conseil européen de l’Euroland et de la Grande-Bretagne »… pour ne pas laisser aux Tchéques la Présidence tournante du Conseil européen et à Jean-Claude Juncker son rôle actuel dans l' »Eurogroupe ».

Cette volonté de rompre avec les régles peut énerver, surtout en ce qu’il souligne que « certains sont plus égaux que d’autres », et que « les Français en font encore à leur tête ». En même temps, ne vaudrait-il pas mieux admettre la réalité des différences entre Etats? On se trouve tout de même dans une situation où un des pays de l’UE, la Hongrie, se retrouve aidée par le FMI comme un vulgaire pays latino-américain. Certes l’UE va intervenir en coordination avec le FMI, mais il reste que, sauf erreur de ma part, la Hongrie a signé en adhérant l’acquis européen, qui suppose que sa monnaie doit être à terme l’Euro et donc que ses comptes publics devraient être proches de l’équilibre. Comment en est-on arrivé là? Le gouvernement socialiste-libéral a fait des économies, mais pas assez apparemment. (Il est vrai que les Hongrois n’appréciaient guère cette cure d’austérité.) Aprés la Hongrie, on croit comprendre que toute la « Nouvelle Europe » ou presque va connaître des difficultés – en plus, cela signifie que tout l’Est de l’UE est en train de faire une dévaluation compétitive d’une ampleur inédite (j’entends d’ici les plaintes sur les délocalisations qui vont en résulter).

D’une manière ou d’une autre, l’Europe doit avoir une forme de leadership qui corresponde aux réalités économiques et politiques. En pratique les grandes avancées de l’Union européenne ont toujours reposé sur ce genre d’accords entre grands pays (de l’Ouest). Que cela soit objectivé dans une institution ad hoc ne me choquerait pas, et, en plus, les gouvernés seraient à même de comprendre que « l’Europe » n’est pas  par bien des aspects autre chose que la volonté mise en commun des gouvernements nationaux et donc qu’il est inutile de se plaindre de « l’Europe » quand les exécutifs nationaux l’ont façonné. Surtout en matière macro-économique, rien n’empêcherait de se coordonner, sans d’ailleurs enfreindre l’indépendance de la BCE.

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