Bonne (mauvaise) année 2009!

Tout d’abord,  tous mes vœux à mes (éventuels) lecteurs. Que cette année leur soit propice, et qu’ils trouvent un instant pour me lire (pensais-je par devers moi).

Ensuite, expliquons le titre de ce premier post de l’année 2009 (qui, certes, traduit tout d’abord ma propre vision négative des choses). De fait, je ne me rappelle pas de fin d’année qui se soit déroulée sous autant d’augures sinistres. Tout est censé aller plus mal à en croire les divers experts. On peut même s’acheter en librairie le dernier (tout petit) opus de Jacques Attali qui nous promet le meilleur du pire. (Il n’a pas essayé de le vendre au futur parti d’O. Besancenot et Cie, mais peu s’en faut… ) Bien sûr, on attend un peu Godot, ce cher B. H. Obama (BHO?) qui, à compter de fin janvier, devrait sauver l’Amérique (et nous avec) du réchauffement climatique, du déclin de l’industrie automobile, de l’insuffisance de l’épargne et de la consommation des citoyens de son beau et grand pays, de la montée du chômage là et ailleurs, etc.  Mais, au total, sauf miracle, tous les experts ou presque nous annoncent une période désagréable.  En 2009, décidément, l’idée d’un avenir radieux, de lendemains qui chantent, ou de tout autre illusion progressiste, continue de mourir. Je suis  fasciné  par la distortion de plus en plus grande, au moins dans notre partie du monde, entre un discours politique qui reste fondamentalement « progressiste » au sens qu’il promet un avenir meilleur (même si, souvent, on dit « réformer » pour éviter pire, plutôt que pour faire mieux) et un esprit des temps résolument ancré dans le sentiment que plus rien ne peut se résoudre, que tout ira de mal en pis. J’en vois par exemple un indice dans cette passion contemporaine pour le revival des années 1950-1970 : c’est particulièrement net dans l’ameublement. Toute la « modernité » des années 1950-1960 tient la corde, soit sous forme d' »antiquités modernes », soit sous celle de rééditions de classiques, soit de créations largement inspirées par cette modernité optimiste de ces années vues a posteriori comme celles du grand bonheur occidental. On trouve la même chose dans le secteur automobile (cf. le succès de la nouvelle Mini ou de la nouvelle Fiat 500). Dans l’habillement pour jeunes, on retrouve ces mêmes tendances au revival de cette époque.

Quant à moi, j’ai aussi eu ma tendance revival pour les fêtes de fin d’année. Je me suis astreint à regarder le Concert du Nouvel An à Vienne, ce concert au programme presque toujours semblable, avec ses intermèdes filmés à la gloire des paysages autrichiens (version Sissi Impératrice en Technicolor), des monuments (photogéniques) du temps de l’Empire austro-hongrois  et de la danse classique (un vrai supplice!). Ce concert est à chaque fois un petit voyage dans le temps, et son absolue ringardise n’est pas le moindre de ses atouts. On se croirait déjà revenu du temps de l’ORTF ou du moins d’Antenne 2.

Cette année, c’est Daniel Barenboïm qui dirigeait l’Orchestre philharmonique de Vienne. L’interprétation en elle-même ne m’a pas paru extraordinaire, mais peu importe au fond. Ici c’est le symbole qui compte : alors même que le conflit entre l’Etat d’Israël et le Hamas est de nouveau rentré dans une phase aigüe, c’est à  D. Barenboïm,  engagé pour la paix au Moyen-Orient, l’un des fondateurs de l’Orchestre du Divan occidental-oriental, qui rassemble des jeunes musiciens israëliens et palestiniens, que revient l’honneur d’ouvrir l’année.  Je suppose que le choix de Barenboïm au moment où il a été fait comportait déjà une forte part de symbolique, mais le contexte a rendu ce symbole tristement évident.

Comme chaque année, le Concert du Nouvel An s’est achevé sur l’interprétation de la Marche de Radetzky, une oeuvre de Johann Strauss père, qui, à la fois enjouée et militariste, célèbre la victoire  en 1848-49 du Maréchal Radetzky contre les diverses forces libérales-nationalistes insurgées contre l’ordre impérial. En un sens, au delà de son côté primesautier et facile que reprend en frappant dans ses mains le public viennois, cette musique célèbre les forces de la supranationalité (de l’impérialisme? ou plutôt de l’impérialité?) sur les divisions nationales. Dans le fond, tout ce conflit proche-oriental qui nous préoccupe tant n’aurait sans doute pas existé si l’Empire de François-Joseph n’avait pas été travaillé et enfin disloqué par des nationalismes, qui n’attribuaient pas de place à cette population impériale par excellence, qu’étaient les Juifs de la métropole viennoise et des autres grandes cités de la Double Monarchie. Les victoires du trés réactionnaire Maréchal Radetzky ont retardé de quelques décennies la dislocation de l’Empire. Il est finalement juste que l’on célèbrât chaque année ses victoires en « mondiovision ».

Publicités

6 réponses à “Bonne (mauvaise) année 2009!

  1. Laurent Willemez

    Vous aurez noté, amis lecteurs de ce blog, que Christophe est trop fort : non seulement il est imbattable sur les différentes théories en science politique (sous toutes ses formes : sociologie politique, politiques publiques, théorie politique), mais en plus il peut parler meubles et décorations, vêtements « djeunes », musique, littérature… J’en reste coi, me sens tout petit et m’en retourne à Facebook et à mes copies…

  2. Je ne suis pas sûre qu’on peut voir dans le revival des années 50 et 70 une nostalgie des trente glorieuses. Après tout les années 1980 sont aussi à la mode, pourtant elles n’évoquent à personne la prospérité et les lendemains qui chantent…

  3. Bonne année !

    Certains blogs se fendent en ce moment de prédictions sur leurs sujets favoris. Je vous offre la prédiction suivante, totalement dénuée de fondement empirique et entièrement basée sur mon Zeitgeist de CSP+ : en 2009, un nouveau mouvement néofasciste se manifestera par une victoire marquée dans les urnes ou par des actes de violence revendiqués dans un pays d’Europe de l’Ouest.

    Le seul terme important pour tester la prédiction est évidemment “nouveau”, autrement elle est certainement triviale. Ce ne sera certainement pas chez moi en Écosse, où je viens de remettre les pieds avec un plaisir non dissimulé.

  4. Jérémy Clairat

    Bonne année monsieur Bouillaud :)

  5. @ Laurent : ah, ah, tu persifles déjà en moi le « doxosophe » en devenir en bon sociologue que tu es! Bonne année!

    @ Hyde : certes, les années 1980 sont le début de l’aggravation de la crise que nous vivons encore aujourd’hui, mais, de fait, du point de vue « culture populaire » marchandisée, ce sont aussi des années « positives » avec en particulier la « New Wave » dans le monde anglo-saxon, ou ces « jeunes gens modernes » de ce côté du Channel, qui disent ignorer (faussement) la crise et s’habillent plutôt comme au début des années 1960 (cf. un groupe comme « Marquis de Sade » ou les Lyonnais de « Starshooter »).

    @Phnk : c’est bizarre que vous ne prédisiez pas un retour des communistes sur la scène électorale et politique de l’Europe. Une Révolution des… (disons) tulipes?

  6. @ bouillaud
    C’est aussi le moment de « Franky goes to Hollywood », crime pour la musique et le look (exemple pris au hasard parmi le désert musical anglais des années 1980).
    Bonne année tout de même!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s