Dati à Strasbourg et Barroso au Barlaymont: « Yes he can ».

D’après ce que j’ai pu lire dans la presse, le Conseil national de l’UMP a entériné ce weekend la candidature dans la circonscription Ile-de-France aux élections européennes de juin 2009 de Rachida Dati en seconde position de la liste de la majorité présidentielle (éligible donc), derrière le superbe (vieux « néo-parisien ») Michel Barnier.

Les commentaires vont bon train sur la « disgrâce » que cela représente pour la ministre symbole de la « diversité » que de quitter son poste ministériel pour aller siéger au Parlement européen. Dans son discours devant le Conseil national de son parti, N. Sarkozy a bien souligné qu’au contraire, il fallait envoyer les meilleurs siéger dans les institutions représentatives européennes puisque l’Europe était essentielle à notre avenir (ce dont je suis d’accord). On a pourtant du mal à croire à cette fable, tant la candidature de R. Dati ne semble rien apporter de particulier aux institutions européennes vu son cursus honorum. On ne sait pas en effet qu’elle aurait été particulièrement intéressée comme ministre par les affaires de notre continent, contrairement par exemple à Brice Hortefeux qui peut s’enorgueillir (si j’ose dire) de son Pacte européen sur l’immigration et l’asile, contrairement aussi à Michel Barnier, qui, de toute évidence, peut espérer (re)jouer un rôle important dans les institutions européennes (Commissaire, Président d’une commission du Parlement, Vice-Présidence du Parlement, etc.) malgré ses quelques déclarations hostiles à l’action de la Commission dans son actuel domaine de compétence ministériel. Avec R. Dati, ancienne ministre ayant été en charge de ces mêmes prisons françaises si bien vues par le Conseil de l’Europe, on se retrouve avec l’accumulation sur la même personne de deux considérations qu’on aurait voulu croire révolues sur les caractéristiques des parlementaires français  siégeant à Strasbourg : elle s’inscrit en effet dans la longue cohorte des has been politiques que les grands partis français ont coutume de recaser dans cette fonction – le plus emblématique ayant été pour la présente législature , le dispensable Michel Rocard -, has been qui, en même temps par leur réputation, permettent de donner à bon compte quelque lustre à la campagne des européennes   ; mais elle s’inscrit aussi dans la manie somme toute étrange de nos grands partis de sélectionner pour les fonctions de parlementaires européens des personnes, particulièrement des femmes, issues comme on dit aujourd’hui de la « diversité ». Il faut d’ailleurs noter qu’en proportion, et sur la durée, c’est sans doute uniquement sur ces postes de parlementaires européens qu’on peut dire que les grands partis français sont ouverts  aux « divers », et ce depuis un bon moment. Comme on le constatera aisément en consultant sa mémoire, aucun de ces « divers(es) » n’a pourtant jamais fait parler de lui (elle) au delà de  son élection, et n’a pu entrer ensuite dans le cercle restreint des politicien(ne)s connu(e)s du grand public. R. Dati est elle déjà (trop) connue de tous, on verra si elle saisit l’occasion  en assumant  ce rôle de parlementaire européen que le Château lui a attribué – rôle qui suppose d’après tout ce que j »ai pu lire  travail acharné, pratique des langues étrangères et sens de la diplomatie -,  ou si elle devient définitivement un people, payé toutefois par le contribuable, pour égayer les lecteurs de Voici, Paris Match et j’en passe (ce qui est une fonction honorable aprés tout, il ne faut pas tout laisser  aux familles régnantes étrangères).  En tout cas, ce choix me parait malheureux, comme l’était d’ailleurs celui aussi évoqué de Rama Yade, surtout s’il se confirme par  ailleurs qu’Alain Lamassoure ne serait pas en position  vraiment éligible dans le sud-ouest. On verrait donc se confirmer la règle bien connue selon laquelle, en France, une insertion dans les réseaux européens d’un parlementaire d’un grand parti de gouvernement n’est pas une garantie absolue d’être invesiti à l’élection européenne suivante sur une place d’éligible par son propre parti. Heureusement, il semble que Joseph Daul, actuel président du groupe PPE-DE, soit investi en tête de liste dans sa circonscription, ce qui garantit à coup sûr sa réélection et  nous évite une analyse trop rapide de la situation.

De fait, on ne pourra juger de la composition de la délégation de l’UMP et de ses alliés (Parti Radical, Nouveau centre, etc.) au Parlement européen qu’une fois que les postes auront été complétement distribués quelque temps aprés les élections européennes. On peut espérer que, derrière les affichages de campagne, on retrouve une délégation française de l’UMP plus spécialisée dans les affaires qu’elle aura à traiter qu’il n’y paraît aujourd’hui dans cette présentation de fin janvier.

J’ai noté aussi un petit bout de phrase dans le discours de N. Sarkozy, il invite à « s’abstenir de critiques démagogiques sur la Commission européenne ». (Source : le Figaro).  Qui aurait donc pu arriver à la Présidence de la République dans les années récentes en usant d’un tel artifice, en visant une autre institution européenne, la BCE? La saillie est donc amusante, mais elle semble surtout indiquer que N. Sarkozy va se ranger derrière l’idée d’un second mandat de José Manuel Barroso comme Président de la Commission. Je me demande toutefois jusqu’à quel point l’UMP est prête à assumer l’ensemble du bilan de la Commission sortante et de son Président, alors même que tous ses adversaires  se positionnant au centre-droit ou au centre-gauche (PS, Modem, Liste d’union des écologistes) vont appeler eux à une Europe communautaire cent fois plus dynamique face à la crise en cours que celle symbolisée par Barroso. Etre à mi-mandat en France et s’afficher  en plus comme le soutien de la Commission sortante  sur le plan européen -qui n’est pas complètement indifférent à l’électorat – n’est peut-être pas le meilleur moyen de faire un score satisfaisant pour l’UMP. On verra donc si ces bonnes résolutions pro-Commission tiendront  tout au long de la campagne, et si quelques critiques démagogiques à son égard ne ressortiront pas d’ici là pour grapiller quelques voix d’électeurs à prurit souverainiste ou simplement inquiets de la tournure des événements.

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