« La grogne monte dans les Universités » (C. Rollot).

« La grogne monte dans les universités », telle est la première phrase de l’article intitulé « Universités : appels à la grève contre le statut des enseignants chercheurs », par Catherine Rollot dans le Monde du samedi 24 janvier 2009.

En lisant cette première phrase, j’ai senti que nous, universitaires, allions être maltraités. Je ne me suis pas trompé en lisant le reste de l’article. Ce terme de « grogne » m’a toujours paru loin d’être anodin quand il est appliqué comme sans y penser par un journaliste à quelque mouvement social (humain…)  que ce soit , il désigne selon mon Dictionnaire Le Robert un « mécontentement exprimé en grognant ». Ce nom féminin daterait du XIVème siècle et serait d’usage familier. On rappellera ici, toujours selon le Robert, que grogner veut dire « pousser son cri, en parlant du cochon, du sanglier, par extension de l’ours, etc. » Il a au sens figuré pour verbe équivalent : « bougonner, grommeler, gronder et ronchonner » (j’ajouterais bien dans la prochaine édition : « blogoter »…) Bref, par définition, celui qui grogne n’est pas complètement un homme (ou une femme), puisqu’il ne sait pas vraiment exprimer par la parole, propre de l’Humain, ses griefs. Le dessin humoristique qui accompagne l’article est  sur une ligne similaire : un personnage y dit « Non à la réforme!Fermons la gare, heu… la Fac! » dans une assimilation franche entre (je suppose) la « gréviculture » (pour utiliser le néologisme  en usage chez ceux qui voudraient de la grève faire table rase) des cheminots (de SUD, ces diables d’anarcho-syndicalistes!) et la réaction (en automatique) des universitaires. L’article de C. Rollot continue un peu moins sur le même ton, en respectant quelques obligations d’information tout de même. Mais j’y ai noté que : « Le décret s’inscrit dans une réforme globale de l’université dont l’un des objectifs est de mieux encadrer les étudiants. » Je suppose que cette phrase est reprise du discours justificatif de la dite réforme par les autorités ministérielles; à moins qu’elle soit un message crypté, pour dire qu’en l’absence de création de postes (et même avec des suppressions en 2009-2010), un meilleur encadrement des étudiants suppose une mise au travail de ces êtres infra-humains qui grognent, en effet, comment mieux encadrer sinon? Il me semble par ailleurs que la réforme L.R.U. était loin d’avoir ce seul objectif (la compétitivité de la recherche? l’insertion professionnelle?), mais tout l’article est traversé par l’idée (est-ce le mot pour ce stade de l’activité neuronale? ) d’opposer de quelque façon les intérêts des étudiants et des enseignants-chercheurs. Il est dit ensuite : « De son côté, Nicolas Sarkozy tente de rassurer les universitaires. ‘Je sais que cette réforme inquiète, a commenté jeudi le président de la République, mais les enseignants-chercheurs n’ont rien à redouter’. » Il n’est que d’aller voir les réactions sur les sites de SLU ou de SLR, ou des syndicats, à ce discours présidentiel du 22 janvier pour souligner que, dans la phrase de la journaliste, le verbe « tenter » est peut-être un peu optimiste. Il tente en effet, mais n’est pas Jean-Paul II qui veut.

L’article de C. Rollot est accompagné de verbatims d’enseignants-chercheurs, réalisés avec Benoît Floch et Philippe Jacqué,  qui ne vont pas tous , loin s’en faut,  dans la direction indiqué par les universitaires ayant signé les diverses pétitions disponibles. J’en compte quatre pour le décret (avec plus ou moins de nuances ou de réserves), et deux  clairement contre. Il se trouve qu’un des deux réfractaires n’est autre que notre estimé collègue, Frédéric Zalewski, maitre de conférence de science politique à l’Université Paris X-Nanterre. Il est rapporté avoir dit notamment : « Plus globalement ce projet s’inscrit dans le droit fil de la modernisation libérale de l’université française portée par la loi sur l’autonomie et c’est donc toute la critique de ce projet politique qui est engagée  à travers ce décret. » Il est le seul à monter en généralité de cette façon, les autres critiques portant sur le risque de « mandarinat » ou d’absence de procédures d’appel dans la détermination des services de chacun, ce qui est repris dans le titre de cet ensemble de verbatims : « On voulait en finir avec les mandarins, on leur offre un boulevard ». (Etre contre les mandarins passe encore, mais contre la modernisation libérale…)

D’évidence la dite C. Rollot n’est pas très favorable au mouvement de protestation. Son article précédent, du 15 janvier 2009, intitulé « Enseignants-chercheurs : nouvelle règle du jeu », commençait mal lui aussi :  » La réforme du statut des enseignants-chercheurs va-t-elle enfin aboutir? » Le mot « enfin » annonçait la couleur, et l’on comprenait à lire l’article que les modifications au décret devrait être suffisantes pour contenter les plaignants raisonnables (sans que l’on sache de quelles modifications précises il s’agissait) en laissant de côté les plaintes des éternels mécontents (SNESUP of course).

Le ton est encore moins favorable dans un article de la même Catherine Rollot dans LyonPlus, le gratuit du Progrès de Lyon, du mercredi 21 janvier 2009. Sous le titre « Le décret qui chamboule les enseignants-chercheurs », on trouve cet enchainement d’anthologie : « Le nouveau décret permettra aux présidents d’université de répartir ces différentes activités (enseignement, recherche et administration) selon les compétences et les envies des enseignants. Un maitre de conférence pourra donc faire davantage d’heures de cours, si la qualité de ses recherches est jugée insuffisante. A l’inverse, un  chercheur jugé excellent pourra être dispensé d’heures d’enseignements. » J’aime beaucoup la confusion dans ce texte d’une journaliste de la presse de référence entre la notion d’envie  au sens de désir et l’obligation d’accepter ce qu’on vous donnera à faire, et entre la compétence (supposée) et ce qu’on vous donnera à  faire. Il est vrai que beaucoup de gens ont « envie »dans ce pays de faire  les choses qu’on leur impose. Il y a plus fort et plus amusant : « Un coup de tonnerre dans un milieu réticent à la culture du résultat (…. surtout ne pas s’énerver et être mesquin, en citant les pertes du Monde et du Progrès et l’aide  de la part du contribuable  à ces titres privés de la presse généraliste en pertes depuis des années  ) et où de nombreux professeurs, moins actifs dans la recherche (gentil euphémisme tout de même), effectuent des heures supplémentaires pour arrondir leurs fins de mois. » Cet intéressant article s’accompagne d’une photo avantageuse de notre Ministre, Valérie Pécresse assise à une table de réunion sans doute pour bien montrer qu’elle est prête au dialogue, elle. Sur la question des heures complémentaires, il serait absurde de nier qu’elles sont payées…  (parfois au bout d’un certain délai), mais, de là, à prendre pour évidence que tous les universitaires les acceptent essentiellement pour des raisons de « fins de mois »; il existe peut-être ici une méconnaissance des conditions très diverses qui président dans les différents lieux d’enseignement à l' »acceptation » d’heures complémentaires. Les « sur-services » sont aussi liés à l’obligation de faire tourner la machine  en chaque lieu avec les moyens du bord, souvent faute de recrutements suffisants. Et refuser comme je m’efforce de le faire personnellement depuis quelques années tout débordement au delà des 192 heures équivalent TD  pour avoir le temps de faire un minimum de recherche suppose en pratique d’apparaitre auprès de nombreux collègues  de mon institution (ou d’ailleurs) comme un planqué ou un mauvais coucheur. Paradoxalement, C. Rollot met tout de même l’accent dans cet article sur un des motifs fondamentaux d’énervement: la suppression de fait des heures complémentaires payées par le biais de la modulation des services (que signale aussi notre collègue Zalewski dans son verbatim).

Je me suis un peu attardé sur ces articles d’une journaliste de la presse de référence pour souligner à quel point nous devons être conscients que la défense d’un statut des universitaires passe par des médias qui  sont, pour partie:  pas  du tout bienveillant à notre égard. On voit déjà se profiler la thématique usée de la « prise en otage » des étudiants en cas de conflit un peu prolongé. J’espère que les collègues qui essayent de mener la mobilisation sont conscients de cette contrainte forte sur l’action.

Pour finir, je me permets de citer quelqu’un que je n’aurais jamais attendu dans une mobilisation de ce type, à savoir Jacques Lautman, sociologue émérite, ancien responsable des SHS au CNRS. Voir son texte sur le site de SLR: « Le populisme contre la démocratie des corps intermédiaires ».

Cet authentique libéral  (j’en témoigne pour avoir assisté à ses cours de sociologie à Paris V en 1985-1986), ancienne bête noire de bien des gens quand il fut en fonction au CNRS,  déclare même (presque à la fin de sa contribution)  :

« Disons clair : l’idéologie qui l’anime n’est pas libérale, elle est profondément populiste et vilipende, allègrement, les corps intermédiaires et les instances de démocratie interne qui échappent au contrôle du parti du président. »

Sans doute sera-ce là une autre preuve des grognements qui se font entendre ici ou là, n’est-ce pas Madame C. Rollot? Si même des « émérites » de cet acabit grognent, où va-t-on ma brave dame?

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5 réponses à “« La grogne monte dans les Universités » (C. Rollot).

  1. Il est clair que nous sommes dans une situation identique à ce qui s’est passé début 2006. Mais aujourd’hui comme il y à trois ans, la réponse ne peut être le statu quo. Or le mouvement dans les universités est loin d’être dénué d’ambigüité. L’alliance entre les contraires n’aboutira à rien. Les organisations syndicales, malheureusement, n’ont pas de ligne cohérente sur la réforme de l’enseignement. Si l’université a été délaissée depuis des décennies, c’est parce que le modèle dominant est celui de la sélection/ségrégation dans le lycée, des classes préparatoires et des Écoles grandes ou petites, publiques ou privées, et des multiples systèmes sélectifs acceptés par les mêmes syndicats (IUT, concours du PCEM, sélection par l’échec en droit, etc.) Je serais curieux de savoir le pourcentage des universitaires qui manifestent aujourd’hui et dont les enfants sont ou ont été dans les classes préparatoires. On récolte que l’on a semé et accepté. Nous ne sortirons pas de l’ornière sans une démarche qui rapproche les SHS des Sciences dans de véritables universités et qui, dans le même temps, accepte la diversité. Or ceci ne pourra jamais se faire sous la tutelle d’un état tatillon, seule une autonomie véritable, acceptée et maitrisée nous le permettra. Qui ne risque rien n’a rien.

  2. @ Bereziat.
    S’il faut sortir du statu quo (qui est par ailleurs très diversifié selon les lieux et les disciplines), il faut le faire en « conservant » des garde-fous institutionnalisés et d’une certaine façon autorisant certains à « en profiter » pour permettre à d’éventuelles minorités dissidentes de survivre. La question est particulièrement sensible dans les sciences humaines et sociales, parce qu’il n’y existe presque jamais de critères unanimement partagés de l’excellence scientifique. Il existe des écoles de pensée antithétiques, qui, si on les laissait faire, n’auraient d’autre envie que d’exterminer littéralement le camp adverse. With no prisoners. Comme disait Machiavel, « il faut supposer les hommes mauvais » et faire les institutions en conséquence pour les maintenir autant que possible dans le droit chemin. Du coup, une norme nationale qui définisse nos obligations d’enseignement me parait fondamentalement légitime. Elle est à 192 heures équivalent TD. actuellement, on peut discuter du nombre d’heures et même créer un maximum plus important (inférieur toutefois à 384 équiv. TD par an) pour ceux qui seraient mal jugés par leurs pairs, mais il faut préserver le « privilège » de pouvoir ne faire que ce maximum pour son Université de rattachement. Cette mesure permet aux minoritaires de continuer à exister par leurs recherches, leurs activités intellectuelles, même si la majorité considère que ce ne sont pas des recherches, ni rien d’intellectuel qui vaille. Vous vous étonnerez peut-être de tant de divisions au sein de disciplines qui se parent tout de même du nom de « sciences », mais, pour prendre un exemple, c’est souvent comme si Aristote et Galilée discutaient encore de physique. Nous ne sommes d’accord sur rien, sinon peut-être sur l’orthographe et la grammaire (et encore…) Il faut donc parer ce cas, d’autant plus que nous travaillons par ailleurs à mettre en forme les options de sociétés que nous voulons pluralistes et libérales. Pour donner un exemple, après la crise financière de cet automne, selon ma sensibilité, tout enseignement d’économie fondé sur la prémisse que les marchés financiers sont spontanément efficaces et que les marchés à terme aident à stabiliser le tout, devrait être interdit- sauf dans les cours d’histoire de la pensée économique -, si nous étions dans un régime scientifique où on sait vraiment distinguer le bon grain de l’ivraie . En sciences humaines, cela ne troublera pas plus les tenants de cette approche que cela, ils diront simplement que les critiques (dont moi) se trompent comme des débutants qui n’ont décidément rien compris à rien (et là je reste poli). Ma propre supposition sera considérée comme complètement erronée et mal informée. Dans nos domaines, nous avons donc besoin de cette marge d’autonomie individuelle, sinon nous allons sous peu refaire l’Université à la soviétique avec les petits Lyssenko de service. En toute autonomie of course.

    Sur l’organisation générale de l’enseignement supérieur en France, j’enseigne depuis 1999 dans un établissement accessible par concours d’entrée. De manière cohérente avec cette position académique, je serais pour que l’ensemble des filières universitaires deviennent accessible avec un mécanisme de concours – de fait, l’actuelle majorité s’est dirigée doucement dans cette direction avec l’idée d’un conseil d’orientation à tous les bacheliers, en contournant ainsi le terme « dynamite » de sélection. Cette proposition dans mon esprit ne veut pas dire réduction globale du nombre d’étudiants en France (ce qui serait une erreur), mais simplement non admission dans une filière d’enseignement supérieur de quelqu’un qui n’y est visiblement pas préparé et dont la probabilité d’échec dans les six premiers mois dépasse le raisonnable en fonction de l’expérience passée qu’on en a. Avec une telle modification, je suppose aussi que bien des problèmes liés aux heures d’enseignement seraient résolus. Pour avoir été aussi ATER à Nanterre en 1995-96, j’ai expérimenté la difficulté, pour ne pas dire plus, à enseigner quoi que ce soit à des étudiants, dont une partie ne vous comprend littéralement pas. J’ai alors été à deux doigts de me faire frapper, parce que j’avais tenu un discours sociologique (en français) qui était littéralement incompréhensible par une partie de l’audience. Il est dès lors logique que les collègues souvent confrontés à cette impasse soient effrayés de devoir enseigner plus. Il est vrai en plus que, souvent, une bonne part de ces enseignements difficiles sont attribués aux jeunes précaires (ATER, vacataires, doctorants, etc.).

    Je me permets aussi de réagir à une remarque sur votre propre blog selon laquelle en sciences contrairement aux sciences humaines, le travail en TD ou TP est le seul productif. De fait, en sciences humaines, dès que l’on dépasse les effectifs qui permettent une interaction entre enseignants et étudiants, avec par exemple le cours magistral à 600 étudiants ou plus en 1ère année, on est soumis au même constat. De mon point de vue, le cours magistral en grand amphithéâtre est un archaïsme, dans toutes les sciences humaines. Les IEP ont inventé la Conférence de méthode depuis les années 1940-1950 au moins, mais n’ont pas réussi à supprimer ces grands cours, essentiellement pour des raisons financières et aussi de prestige pour certains enseignants qui brillent dans l’exercice. Dans le cadre de l’autonomie, on pourrait imaginer des universités qui suppriment tout cours magistral en sciences humaines et sociales aussi. Pour rester dans les enveloppes budgétaires allouées, il faudrait alors réduire le nombre d’heures d’enseignement aux étudiants (mais est-ce possible avec une régulation ministérielle de l’accréditation des licences et masters?). Toutefois, avec des enseignements en petits effectifs, on pourrait alors aussi demander plus de travail de préparation aux étudiants, puisqu’on pourrait mieux le suivre. En bien des lieux, on se dirige dans ce sens, mais personne n’ose prendre ces options. Une collègue qui enseigne une Faculté de droit me racontait que les nouvelles maquettes alourdissaient au contraire les charges d’enseignement, au point que tout le monde allait se retrouver en extrême sur-service, littéralement étouffé d’enseignements (sauf à espérer une vague de recrutements d’enseignants-chercheurs totalement improbable). L’autonomie est une chance, encore faut-il en faire un usage rationnel. Ne pas jouer les moutons de Panurge.

  3. D’accord pour reconnaître que l’écart-type entre courants de pensée est très grand en sciences sociales, mais il n’y a pas que des forces centrifuges : il y a aussi des efforts constructifs de synthèse. Même les revues favorisant les raisonnements d’économiste autrichien commencent à intégrer des éléments de sociologie… Il faut surtout introduire un distingo, je pense, entre les courants qui recherchent leur propre falsification (partielle) de manière à parfaire leurs modèles, et ceux qui réfutent quasi-systématiquement (ou plutôt qui se contentent d’ignorer) toute tentative de faire mentir leurs brillantes idées, figées à jamais—c’est à mon sens le reproche principal que l’on peut adresser aux courants hégémoniques.

    Un exemple. En science politique (franco-française…), on caricature souvent le rational choice pour éviter de constater que la plupart des analystes inscrits dans ce courant ont, d’une part, produit des modèles remarquables, et d’autre part, accepté d’amender ces modèles lorsque mis au contact de nouvelles théories ayant fait leurs preuves. Les théories de la bureaucratie le montrent bien : le modèle de Niskanen a remarquablement progressé au contact de celui de Dunleavy (bureau-shaping). Plus récemment, Analytical Narratives illustre aussi le propos. À l’inverse, de nombreux bourdieusiens me semblent pris dans une stase intemporelle qui les empêche de réviser les préalables épistémologiques du Métier de sociologue ou de faire évoluer la théorie du champ (caveat : c’est parce que je connais des contre-exemples remarquables dans les deux cas que je me permets de généraliser le propos).

    C’est ce distingo qui m’a incité, il y a quelques années, à approfondir mes connaissances du côté des néo-institutionnalistes, parce que l’article de Hall et Taylor ou bien le fameux article des “trois i” (que certains adorent détester) fournissent de réels efforts de synthèse contrôlée. C’est un courant qui a réussi à faire dialoguer des économistes (tendance historique), des sociologues (de l’économie notamment) et progressivement des historiens, pour le mieux il me semble.

    Pour revenir en une ligne sur la réforme des universités, Amartya Sen explique souvent que les discours évoquant le développement en termes de richesses relatives finissent toujours par se planter, parce qu’il existe, matériellement, un niveau de richesse en-deçà duquel le développement échoue systématiquement (chez Sen, c’est celui de la famine). Par analogie, les universités me semblent dans un état de paupérisation tellement déplorable que toute réforme à budget constant sera équivalente à la modest proposal de Jonathan Swift aux Irlandais.

  4. @ phnk

    Vous avez raison sur l’existence de ces tendances « centrifuges », d’hybridations entre traditions, d’évolutions dues à l’épuisement de certains paradigmes, mais dans vos exemples mêmes (sur le rational choice), il me semble que l’élément conceptuel de départ subsiste : l’intérêt rationnel de l’agent détermine ce qui se passe (même si la définition de cet intérêt change ou devient plus subtil ou contraint). De même le néo-institutionnalisme, alors même qu’il engage un dialogue fructueux entre disciplines, reste lié à son postulat de base, qui peut surtout s’exprimer négativement en disant par exemple que les rapports de genre ou la lutte de classes ne sont pas l’alpha et l’oméga de toute connaissance du monde social. Je pourrais multiplier les définitions négatives en prenant tous les autres courants qui existent dans le vaste domaine des sciences sociales et humaines. Il y a certes rapprochement avec d’autres courants de pensée, mais cela reste pour parler en jargon politique italien des années 1970 des « convergences parallèles » (comme celle entre le PCI et la DC de ces années-là). Je retrouve ici la thématique des « tables séparées », exprimée par Gabriel Almond au début des années 1990 pour la seule science politique, en admettant par ailleurs que les rumeurs des autres tables s’entendent et ont des effets sur chaque tablée. Par ailleurs, sur les « bourdivins » qui seraient en quelque sorte bloqués dans leur système, vous avez peut-être raison sur le dernier carré des fidèles auto-proclamés, mais vous négligez l’immense diaspora des anciens « bourdivins » ou compagnons de recherche de Pierre Bourdieu. En science politique, on peut citer par exemple Michel Dobry, Daniel Gaxie ou Bernard Lacroix dans une génération un peu ancienne maintenant, sans même citer la longue cohorte des « sociohistoriens » ; en sociologie, on peut citer bien sûr Luc Boltanski pour en rester au « renégat » le plus connu. En fait, il n’y a plus personne de vraiment « orthodoxe », chacun y a ajouté sa propre vision, même si bien sûr du point de vue d’un « boudonien » ou « tourainien » orthodoxe, tout cela, c’est un peu du pareil au même.

    Sur la réforme des universités, mon idée suppose peut-être quelque chose d’idiot, à savoir une discontinuité assumée dans les choix : admettre qu’on ne peut pas faire plus d’heures de cours avec un budget constant ou moindre, et en (re)venir à une vision de l’institution où les étudiants doivent faire beaucoup de travail personnel. Il est vrai que, si je prends l’exemple des IEP, cette vision s’avère exactement inverse au déroulement historique depuis les années 1940 : on n’a cessé de rajouter des heures de présence, de l’enseignement, et, récemment, entre filières de second cycle, on a fait une compétition à qui proposera le plus d’heures de cours dans son master… pour après s’étonner que les étudiants ne lisent plus, sont épuisés, voire écœurés, n’assimilent plus grand chose. La réaction à cette situation perçue comme insatisfaisante est en plus souvent d’ajouter des heures de cours supplémentaires. En plus, chaque discipline en demande plus pour elle sur le même motif: « ils » (les étudiants) ne savent rien, il faut donc tout leur réapprendre à chaque niveau.

    Donc, si l’on continue à fonctionner de la même façon, et que l’argent manque de plus en plus, cela sera effectivement un magnifique désastre – vous aurez eu raison!

  5. Pingback: L’horreur universitaire selon Catherine Rollot, journaliste au Monde « L (B) L O G

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