En souvenir de Jacques Lagroye.

L’AFSP vient d’annoncer que Jacques Lagroye est décédé.  Une « pointure » de notre discipline disparait ainsi.

Je fais partie de cette génération d’enseignants-chercheurs et de chercheurs en science politique qui ont « potassé » son manuel Sociologie politique paru au début des années 1990, je ne suis pas sûr d’ailleurs d’en avoir assimilé toutes les leçons tant le contenu en était consistant.

J’ai eu l’honneur de l’avoir pour président de mon jury de thèse en 1995, et d’avoir assisté de sa part à cette occasion à un discours aussi caustique que subtil sur mon orientation intellectuelle d’alors. Il était réputé pour ce genre de morceau de bravoure comme président de jury de thèse, et il ne m’a pas manqué le bougre.

Je l’ai recroisé quelquefois par la suite et j’ai été quelque fois encore la cible de son humour.

Quand quelqu’un fera l’histoire de la science politique française depuis 1945, j’espère que son rôle éminent  ne sera pas oublié. Il me semble en effet que, bien au delà de mon cas personnel, il a joué un rôle important dans l’évolution intellectuelle de nombreux collègues.

En souvenir donc…

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6 réponses à “En souvenir de Jacques Lagroye.

  1. Je me souviens de cette soutenance, inclassable comme tout ce que fait Christophe… Et si je ne me rappelle plus ce qu’avait dit exactement J. Lagroye, je me souviens aussi de ma soutenance à moi, de son humanité, de sa gentillesse, mais aussi de sa manière de prendre au sérieux ce que chacun disait ou faisait…

  2. Lorsque Jacques Lagroye était parti à la retraite, il y a quelques années, un de mes camarades de Paris 1, Olivier Tanguy, avait fait un papier là-dessus dans un canard édité par les étudiants, en titrant : « La retraite de Yoda ». Car c’est bien d’un sage, d’un maître et d’un passeur, dont il s’agit. Un enseignant qui a su donner la vocation à plusieurs d’entre nous. Et pour ceux qui n’ont pas fait de la science politique leur métier, il a fourni nombre d’outils intellectuels pour appréhender différemment le monde social, et au fond pour l’éclairer en permanence sous le jour des sciences sociales.

    Jacques Lagroye incarnait une figure rare à l’université, celle du maître qui se refuse à être un mandarin. Et je crois que ses étudiants comme ses doctorants peuvent témoigner de sa répugnance à l’égard des combines du métier et des rapports de force, témoigner de sa disponibilité, de l’évidence naturelle avec laquelle il faisait ses cours, de sa truculence et de sa causticité. Y compris dans les moments les plus ritualisés et les plus formels, comme une soutenance de thèse, où comme membre du jury ou président, il parvenait toujours à désamorcer la tension du moment, ou à rire avec ses collègues, mais sans jamais casser l’importance du dispositif ni déstabiliser l’impétrant.

    De Jacques Lagroye, il nous faut peut-être hériter la rigueur intellectuelle, et la passion pour les sciences sociales du politique, au sens où il a toujours conçu la science politique dans son dialogue continu avec les autres sciences humaines. Son Manuel est là pour en témoigner, qui mobilise des références éparses et inattendues, des textes canoniques de la discipline à des oeuvres plus singulières d’anthropologie ou de philosophie politique.

    Sans doute est-ce cette façon de faire de la science politique qu’il faudrait garder intacte.

  3. @ Laurent et Emmanuel T. : la convergence de vos témoignages est frappante. Sa conception ouverte de la science politique restera sans doute, c’est un acquis, du moins je l’espère; par contre, nous voilà face au constat de l’unicité de la personne J. Lagroye. « Yoda » est irremplaçable, ne serait-ce que parce nous-mêmes n’avons plus l’âge de percevoir l’excellence d’un maître.

  4. Bastien François

    Je me souviens de cet excellent papier sur « la retraite de Yoda ». Mais je ne l’ai plus, et je ne me souviens plus où je l’ai lu. Si quelqu’un peut m’aider à le retrouver…

  5. Je fais partie de ceux qui ne l’ont connu que par ses ouvrages, articles et revues. En plus d’avoir de la clarté et consistance, son approche de l’analyse du fait politique m’a particulièrement structuré. C’est surtout auprès de prof de l’IEP de Bordeaux que j’ai découvert l’auteur et l’enseignant.

  6. Merci pour lui…

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