Zizanies picrocholines (suite).

Les collègues restants au Cevipof ont souhaité répondre aux articles de S. Zappi du Monde du 12 mars 2008, dans une tribune intitulée : « Le Cevipof victime d’un faux procès ».

En la lisant, je n’ai pu m’empêcher de penser au célèbre album de bande dessinée, de la série des Astérix, intitulé la Zizanie, où les Gaulois s’entredéchirent à coup de poissons pourris en oubliant la cause directe de leur querelle, à savoir un petit personnage (dont je ne me souviens plus du nom) envoyé par César pour les détruire de l’intérieur .

En effet, nos collègues y répondent point par point aux allégations, certes étranges, contenues dans les articles de S. Zappi, mais tout en faisant comme si ces allégations étaient le fait, tout au moins indirect, des propos réels et littéraux des partants du laboratoire. Ils ne semblent s’être posés, ni la question de la fidélité des propos rapportés, ni celle de la construction journalistique de la controverse (ou du moins, leur article n’en porte pas trace).  Ils répondent donc comme si S. Zappi n’existait pas ou était simplement la « petite télégraphiste » des partants. (Il est possible qu’ils diposent d’éléments concrets pour étayer cette thèse, mais ils ne souhaitent pas les révéler au lecteur.) Du coup, piqués au vif, ce qui est bien compréhensible comme il n’était pas difficile de le deviner à la lecture des articles, ils répondent sur le fond, mais ils s’en prennent aussi  par la même occasion aux partants sans les nommer directement même lors d’une allusion à un article précédent paru dans le Monde d’où ils extraient une citation pour leur démontrer que « c’est-celui-qui-dit-qui-est », comme on dit dans les cours d’école.

Cela peut continuer ainsi longtemps si les « partants » répondent de même. Je peux d’ailleurs le faire à leur place, en faisant remarquer aux « restants » que les paragraphes concernant le rapport aux publics de la recherche seront facilement accusés de trahir leur orientation politique (ou même idéologique!) : je ne vois pas en effet pour ma part de différence fondamentale entre « dévoiler aux masses ce qu’elles ignorent » (bad) et « faire connaitre au public les recherches qui le concernent » (good) (pour citer en changeant les formes grammaticales les deux expressions clés, merci de s’y reporter). C’est là une question de perception des rapports entre la science et la société, et cela revient à un procès (croisé) d’intention, qui devrait finir dans le genre d’invective que je suggère ici pour aider mes collègues des deux bords  : « cattivi maestri! » contre « chiens de garde! ».

Ceci étant, il est vrai que les collègues « restants » au Cevipof auraient sans doute eu du mal à faire publier un point de vue dans le Monde, disant en substance qu’une journaliste de ce « journal de référence » dit n’importe quoi ou presque, ou qu’elle ne fait pas son travail correctement puisque, selon eux, elle ne les a même pas consultés (ce qui est en contradiction flagrante avec le contenu des articles du 12 mars en question). Ils auraient été renvoyés à la rubrique « Médiateur », au milieu de  vieux grincheux se plaignant de la nouvelle maquette mortuaire du journal, leur rappelant sans doute trop leur destin prochain. Pour avoir le droit de s’exprimer, il valait sans doute mieux faire semblant de croire que tout le contenu de l’article dépendait, indirectement au moins, du fiel répandu par les partants (ce qui semble être le sens des dernières phrases de l’intervention).

Comme dans la Zizanie et ses histoires de poissons pourris, on sait au moins qu’il existe un conflit entre les protagonistes. Cela n’intéressera pas grand monde. A ce propos, je signale par gourmandise que le Monde aurait perdu 7% de ses lecteurs depuis 2007! (selon TNS-Sofres cité par 20 Minutes, lundi 16 mars 2009, p. 9, édition de Lyon). En (mal)traitant des sujets pareils deux fois de suite, il aggrave son cas, même si en l’espèce nous voilà fourni d’un bel exemple de cécité (feinte?) de collègues face à l’importance de la médiation journalistique du réel!

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4 réponses à “Zizanies picrocholines (suite).

  1. Tulius Detritus…
    Tout cela est fatiguant… Mes copains du CEVIPOF veulent faire circuler mon post. Ils devraient ajouter les tiens à la liste.

  2. Detritus, voyons !

    Au moins Le Monde peut servir à emballer les poissons pourris.

  3. Merci! Vous avez bonne mémoire ou vous révisez souvent.

  4. Pingback: Premier numéro de l’European Political Science Review | Polit’bistro : des politiques, du café

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