Epistémologie pour une science en crise?

Depuis quelques années, existe au sein de PACTE (le laboratoire mixte Université-CNRS rattaché principalement à l’IEP de Grenoble) un séminaire « Lecture/Écriture », où l’on se permet de discuter aussi librement que possible en petit comité des textes, sans obligation ni sanction. Mardi dernier, nous nous sommes consacré à l’initiative de Pierre Martin à un article pour le moins étrange, signé d’un certain Shu-Yun Ma, intitulé « Political Science at the Edge of Chaos? The Paradigmatic Implications of Historical Institutionalism » (International Political Science Review, 2007, vol. 28, n. 1, p. 57-78).

La thématique de cet article tient en peu de mots : selon l’auteur, nous assisterions au sein de la science politique à un combat de titans entre deux « paradigmes » (au sens de Kuhn, of course) incompatibles. Cette lutte opposerait deux conceptions de la « Science » : celle héritée de Newton, où le monde, créé par « le Dieu des Protestants » (sic), est entièrement descriptible par la raison dans son langage privilégié, les mathématiques, et où, de surcroit, la description ainsi obtenue permet la prévision, et donc la maitrise de son destin par l’Homme via la Science; celle issue des nouvelles conceptions de la physique du début du XXième siècle, ayant conduit progressivement à la constitution d’une « Science de la Complexité » (Complexity Science), où le cours du monde, plein de bifurcations et de chausse-trappes, peut éventuellement être expliqué a posteriori, mais où la description ainsi obtenue s’avère incapable de donner lieu à quelque prévision que ce soit, sinon que… l’on ne peut vraiment rien prévoir de certain. Cette seconde vision de la « Science » ne serait pas loin, pour certains de ses exégètes cités par Ma, de se donner une base philosophique dans… la vision taoïste de l’univers, où l’ordre émerge du chaos et inversement. Pour cette seconde approche, la flèche du temps ne peut pas de plus être inversée en pensée (contrairement à la conception newtonienne), il n’existe que des processus uniques et irréversibles qui s’enclenchent à partir d’infimes différences initiales dans l’état du monde. En science politique, on aurait donc d’un côté de la barrière ainsi créée par l’auteur : le rational choice (inspiré par l’économie néo-classique) et le behaviorism (inspiré par la psychologie),  qui proposeraient en tendance des explications exclusivement synchroniques des processus politiques, et, de l’autre, le « néo-institutionnalisme historique », qui lui serait sensible à la diachronie et surtout à l’irréversibilité des chemins pris. Cette dernière serait d’ailleurs liée à une découverte plus générale, faite d’abord en économie, attribuée par l’auteur à  W. Brian  Arthur au début des années 1980, à savoir de l’existence de « rendements croissants ». Le néo-institutionnalisme historique, consisterait largement, toujours selon Ma, en une extension de cette découverte à l’ensemble de la sphère de l’action humaine. Ce serait essentiellement Paul Pierson qui assurerait par ses écrits théoriques le lien entre la théorie des « rendements croissants » et le « néo-institutionnalisme historique ». Le texte se situe e effet exclusivement dans l’abstraction, et ne cite d’ailleurs aucune recherche particulière (toutes les références citées par Ma sont déjà eux-mêmes des textes de synthèse).

Comme les participants à la séance (qui avaient lu le texte auparavant) l’ont montré par leurs réactions  pour le moins très divergentes, beaucoup d’hésitations sont possibles sur le sens même du texte : s’agit-il d’une attaque en règle contre les impasses du « néo-institutionnalisme historique »? Une défense de ce dernier contre les tendances rétrogrades des « newtoniens » qui n’ont rien compris à rien, et un appel à lever bien haut le drapeau du néo-taoïsme? Une blague à la Sokal? Une problématisation neutraliste du conflit? C’est peu de dire que ce texte n’a pas résisté très longtemps à l’analyse des uns et des autres, ne serait-ce que parce qu’on ne sait pas vraiment où l’auteur veut en venir. Pierre Martin, dans sa présentation du texte, a bien fait remarquer entre autres choses que les deux aspects distingués par Ma devaient en général être articulés l’un à l’autre pour faire des recherches qui fassent sens; je soulignais pour ma part que les deux « paradigmes » envisagés par Ma concernaient en pratique des objets de recherche différents, que la plupart des chercheurs  en science politique ne semblaient pas du tout (à ma connaissance) vivre dans leur pratique de recherche une opposition irréductible « entre Newton et le Tao, » que la description que Ma proposait du « néo-institutionnalisme historique » avec son insistance sur les « bifurcations » laissait de fait cette approche dans une redondance forte vis-à-vis de l’histoire au sens classique du terme sans en avoir par ailleurs la précision sur le moment même des bifurcations (cf. les révolutions russe, chinoise ou françaisen, selon Theda Skocpol ou par les historiens respectifs des trois cas). Les organisateurs du séminaire, deux doctorants un peu énervés, à cette occasion, soulignèrent que ce texte ne leur apportait rien, dans la mesure où le conflit ainsi décrit ne les concernait pas dans leur recherche de thèse tant la manière de Ma de poser les problèmes semblait concerner une « lutte entre géants » (anglo-saxons de plus) auxquels ils n’étaient pas de toute façon, par définition et par situation,  invités à participer. Seul Pierre Martin sauva le texte en expliquant par le menu à quel point cette opposition, telle que la décrivait Ma, correspondait quand même trés bien à des incapacités chez certains  collègues, français ou étrangers,  trop « newtoniens »  avons-nous cru deviner, de prendre en considération les spécificités de la « théorie des réalignements électoraux ».  Cette théorie que  P. Martin a adaptée au cas français (voir son Comprendre les évolutions électorales. La théorie des réalignements revisitée, Paris : PFNSP, 2000) s’inscrit pour son auteur dans la parenté des « Sciences de la Complexité » de Ma en ce sens qu’elle aussi ne saurait prévoir et qu’elle ne sait que décrire ex post si effectivement un réalignement électoral a eu lieu lors d’une élection en connaissant les résultats des élections suivantes. Etant plutôt entré dans la discipline via sa branche « socio-historique », je n’ai jamais rencontré de collègues aussi radicalement « newtoniens », mais je n’ai pas de raison de douter du fort témoignage de P. Martin. Plus largement, si l’existence de la « Science » se démontre à travers la seule capacité à prévoir l’avenir, il ne restera en effet pas grand chose des sciences sociales… y compris d’ailleurs de celle qui prétend être la plus aboutie du point de vue de la science vue comme possibilité de la prévision, à savoir l’économie néo-classique… Il existe certes un débat sur ce point, mais est-il bien nouveau?

Ce texte de Shu-Yun Ma parait donc sans grand intérêt. Pourquoi a-t-il été alors publié dans une revue qui se veut prestigieuse? Il se trouve que j’ai lu récemment dans le premier numéro de l’European Political Science Review (2009, 1:1, p. 33-61) un texte de Philippe C. Schmitter, « The nature and future of comparative politics ». Or ce texte, qui cherche à rendre compte spécifiquement de l’avenir possible de la politique comparée, repose sur une dichotomie presque similaire à celle proposée à notre attention par Shu Yun-Ma, à savoir une opposition entre la recherche de la complexité ou celle de la simplicité. Schmitter propose ainsi un arbre généalogique de la politique comparée d’Aristote à nos jours (p. 37), où, dans la canopée, deux avenirs s’opposent : la simplicité et la complexité – une troisième voie médiane représentant par ailleurs une continuation des tendances en cours à l’infinie différentiation de la politique comparée en sous-disciplines définies par leur objet (voie du « néo-néo-néo » selon Schmitter) .

La « simplicité » de Schmitter, comme chez Ma le « newtonisme », repose essentiellement sur une imitation en science politique du rational choice en vigueur chez les économistes néo-classiques (elle est de plus si j’ai bien compris trés dominante selon lui chez les spécialistes de la vie politique américaine); la « complexité » reçoit elle une description (p. 41) de la part de Schmitter qui me semble pouvoir être synthétisée  à la manière d’un Durkheim : « les tous  sont plus que la somme (multiniveau) des parties » – en effet, si E. Durkheim fit en son temps ce constat fondateur de la sociologie classique du refus d’une perception du monde social réduite aux seuls individus, et ce alors à la seule échelle d’une société nécessairement nationale, P. Schmitter adapte de fait la conceptualisation de ce dernier à un univers où de nombreuses échelles d’interactions sociales doivent désormais être  prises en compte. Une telle approche de la part d’un spécialiste des affaires européennes et de politique comparée n’étonnera pas : l’Union européenne (les interactions qui la constituent) sont plus que les Etats qui la constituent (qui eux-mêmes sont bien plus que la somme des actions de leurs citoyens du moment), et la conceptualisation de la polity européenne doit aussi compter avec toutes les interactions transversales aux échelles habituelles de découpage du réel. Schmitter met aussi en garde de façon typiquement « holiste » contre les  erreurs liées à une perception exclusivement par le prisme de l’individu d’une réalité politique.  Schmitter appelle d’ailleurs dans la suite du texte à l’usage ou à l’invention de concepts permettant de saisir ces interactions multiniveaux (par exemple celui de « gouvernance »). La perspective de Schmitter parait donc plus ancrée dans une tradition proprement sociologique  que celle de Ma, mais ils citent tous deux comme seul lieu de la « Science de la complexité  » aux Etats-Unis, le « Sante Fe Institute » (p. 69 chez Ma, note 10 et 11, p. 43, chez Schmitter). Schmitter lâche d’ailleurs à cette occasion le morceau : l’opposition qu’il dessine est largement idéologique, la droite nord-américaine apprécie et soutient (financièrement?) la simplicité du rational choice pour son hostilité à la politique en général et à l’action de l’Etat en particulier, la gauche américaine se tourne vers la complexité pour des raisons spéculaires. Comme Schmitter tient fortement à une approche complexifiante (et critique à l’occasion le splendide isolement des politistes non-comparatistes spécialistes des Etats-Unis), on en tirera facilement les conclusions qui s’imposent.

Au total, Ma et Schmitter nous donnent une seule information pertinente : il existe dans l’univers anglo-saxon de la science politique un conflit simplicité/complexité, qui semble être la forme rejouée  du conflit de ce qu’on appelait jadis l’individualisme méthodologique et le holisme, ou plus récemment de l’agency et de la structure. Ou, plutôt, il existe un besoin de la part des éminents collègues qui acceptent de tels textes dans les revues académiques de premier plan de telles présentations platement dichotomiques d’un conflit,  présentations presque scolaires si l’on veut! En effet, si l’on allait regarder les recherches considérées indirectement  dans les deux textes, je ne suis pas sûr que les dichotomies proposées ici se révéleraient si solides, ou du moins, il apparaîtrait sans doute que les  recherches les plus intéressantes  pour comprendre le réel entremèlent les deux aspects opposés pour les besoins de ces deux surveys.

Il est pourtant à parier que ces surveys seront rentables en termes de citations pour leurs auteurs. A l’occasion du conflit en cours sur l’évaluation des chercheurs dans le monde académique français, j’ai lu quelque part (mais sans me souvenir où, désolé!) que le survey, plutôt que la recherche de base, était le bon moyen de se faire beaucoup citer. Ma, malgré la  mauvais plat qu’il nous propose, peut avoir des espérances en ce sens, et Schmitter, plus  argumenté, devrait cartonner. En effet, ces présentations mettent apparemment de l’ordre dans le chaos des publications, font croire un moment que l’on saurait vaguement où l’on va. Les deux textes doivent se comprendre comme l’indice plus général que la science politique de langue anglaise, par quelque bout qu’on la prenne, publie beaucoup, voire énormèment, mais s’avère incapable de faire les grandes percées scientifiques dont rêvent ces praticiens de haut niveau. La quantité n’est pas l’indice de la qualité.  Schmitter fait clairement allusion à des nouvelles conceptualisations, méthodes, instruments de mesure, à importer d’autres disciplines pour relancer la machine (en dehors de la troisième voie de la différenciation croissante qui consiste à diviser le réel en autant de parts infinitésimales qu’il existe de chercheurs). Il conclut sur les vertus de la méthode QCA de Charles Ragin dans sa version étendue (« fuzzy »), mais il n’y a là rien qui puisse enthousiasmer.Il ne s’agit là en effet que d’une amélioration de méthode, bienvenue certes, mais qui ne peut changer notre vision du monde comme un concept radicalement nouveau.

Dans le fond, qu’arrive-t-il à un domaine du savoir quand il continue presque imperturbablement à produire mois aprés mois des tombereaux d’articles,  de livres, de workings papers, mais qui s’avère incapable de faire de grandes percées comme par le passé? Qu’est-ce qui le fait encore tourner? Sinon le simple académisme?

Ps. Je m’en vais préparer de ce pas mon propre survey sur l’influence persistante du jansénisme sur la science politique française.

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13 réponses à “Epistémologie pour une science en crise?

  1. Présentation claire et intéressante des articles et des questions qu’ils soulèvent. Même si je pense que la lecture de ces deux articles ne m’apportera pas beaucoup plus qu’aux deux doctorants « énervés », je vais m’y atteler.

    Ta question conclusive me laisse par contre un peu circonspect. Tu reproches à la science politique d’être « incapable de faire de grandes percées comme par le passé ».

    J’ai toujours eu un peu du mal avec l’idée d’un éventuel âge d’or. Certes, je n’étais pas là dans le passé (qu’il conviendrait de dater plus précisément, en gardant en tête que la science politique est très jeune), mais je peine à croire que les grandes percées étaient perçues comme telles à l’époque. Par ailleurs, certains travaux actuels me paraissent puissants et fructueux, même s’ils s’inscrivent, de par l’aspect cumulatif de la recherche, dans la lignée de travaux antérieurs (c’est le cas de la théorie des réalignements ;-).

    Je ne pense pas non plus que l’éventuelle absence de grandes percées soit propre à la science politique. C’est plutôt le signe d’une spécialisation et d’une division du travail qui a aussi gagné la science politique (après tant d’autres) et qui empêche le chercheur de se poser des questions d’ordre très général (à l’image d’un Downs ou d’un Duverger). Du coup, les percées ne concernent qu’un nombre restreint de chercheurs de la discipline et ne sont plus des hypothèses générales stimulantes pour l’ensemble de la communauté.

    Ce qui me mène à mon dernier point. Les « tombereaux d’articles, de livres et de working papers » des dernières années ont aussi eu pour but de tester les grandes hypothèses des « pères fondateurs ». Pour reprendre l’exemple de Downs, toute la série de travaux menés par le Manifesto Research Group n’avait finalement pour but que de vérifier ses hypothèses sur la structuration de la compétition partisane (dans un esprit assez simplificateur, si l’on se fie à la dichotomie de Schmitter et Ma). C’était le seul but, mais j’ai envie de dire que c’est déja pas mal. Dans ce cadre (nécessité de tester les hypothèses des grandes théories fondatrices) la question des méthodes me paraît essentielle.

  2. Très rapidement, la distinction de Ma est largement bidon :

    – Au SFI, Bowles, Gintis et d’autres travaillent dans le canon de la théorie des jeux – so much pour la distinction simple/complexe…;

    – Les travaux du rational choice ne se réduisent pas au public choice, et leur parcimonie est de moins en moins évidente.

    Il me semble que ce style d’article n’apporte rien aux lecteurs de philosophie anglo-saxonne et continentale (ou de sociologie classique, comme vous le signalez), qui connaissent déjà le débat sous toutes ses coutures.

    Il n’est même pas sûr que la connaissance de cette distinction soit éclairante pour les scientifiques et aboutisse à « faire de la meilleure science ». Il y a d’ailleurs, chez Weber et chez Wittgenstein notamment, des outils pour passer outre la division agens/non-agens.

    (Pour terminer en sortant un peu les crocs, je suis totalement d’accord : l’article a une visée purement instrumentale, devant servir à booster le citation index de l’auteur à partir de rien.)

  3. @ phnk : vos remarques, fondées sur des informations qui ne sont pas secrètes (!), posent encore plus la question de savoir pourquoi une revue d’un certain prestige publie ce genre de texte.(Et encore nous ne jugeons pas en tant que spécialistes d’histoire des sciences, ce que nous ne sommes ni l’un ni l’autre!) Comment cela a-t-il pu passer le (si exigeant en principe) peer review? Vos collègues doctorants énervés suggéraient qu’il y allait aussi de l’intérêt de la revue elle-même de faire du buzz autour d’un texte dans ce genre, de se donner un air d’organiser ainsi un grand débat. Peut-être y a-t-il aussi un réseau social derrière cela qui nous échappe, peut-être tenons-nous un petit indice que, là aussi, le copinage existe.

    @ Simon Persico : je n’ai certes pas connu l’âge d’or des sciences sociales, qui correspond pour moi à la période 1890-1970, mais je peux en lire les textes. Je constate souvent que ces textes sont plus forts, intéressants, troublants, que ce qui va se publier ensuite. J’ai relu, il me semble presque quatre ou cinq fois le Suicide d’E. Durkheim depuis que j’ai 18 ans en diverses occasions (comme étudiant, puis comme enseignant), je trouve toujours cela d’une grande force, d’une fécondité inouïe. Je lisais récemment encore le texte de S. M. Lipset et de S. Rokkan qui introduit la notion de « clivages » (texte paru dans les années 1960 et qui vient d’être traduit enfin en français aux Presses de l’Université libre de Bruxelles) et je ne pouvais m’empêcher de trouver cela « fort ». Ma conviction repose largement sur un sentiment de lecteur. Il est sans doute logique que les débuts soient plus passionnants que les suites; comme dans toute série qui se respecte, on se lasse, on a compris les ficelles.

    En dehors de cet aspect « littéraire » qui correspond de fait à votre argument de la spécialisation croissante d’une science mure, je concède bien volontiers qu’il faille vérifier les hypothèses des pionniers, c’est là un travail utile et typique d’une activité scientifique entendue comme recherche de la falsifiabilité à la K. Popper, mais ce que je constate, c’est que bien souvent à l’âge des épigones où nous nous trouvons, une partie des chercheurs ne sait même plus exactement dans le cadre de quelle théorie ils cherchent (contrairement au bon exemple du « M.R.G. » que vous citez). On ne se situe donc plus dans le cadre général d’une théorie qu’il faudrait tenter de falsifier ou d’améliorer à la marge, mais, plus simplement, dans celui d’un système académique dans lequel il faut « publier ou périr ». La différence est ténue évidemment si l’on regarde la seule littéralité des textes (où chacun joue le jeu de la cumulativité et de la falsifiabilité), mais, à fréquenter les chercheurs, il se peut bien que l’on se rende compte du sens très différent engagé dans les recherches de chacun. Il y a ceux qui jouent simplement le jeu académique sans de fait trop se poser de questions et ceux qui ont quelque chose à dire sur le monde. Je préfère lire les seconds, qui sont noyés de fait dans la masse des premiers, d’où mon désarroi de lecteur.

  4. Le peer review n’est excellent que s’il n’est bien organisé.

    Sur un texte comme ça, il fallait prévoir une triangulation avec un auteur du courant « HI ». Je doute que le texte ait été soumis à la sagacité de Paul Pierson, Margaret Weir ou Kathleen Thelen.

    Tant pis pour IPSR, que je ne lisais déjà pas (les revues des international associations m’ont toujours semblées plus opaques que les autres ; idem pour International Sociology, celle de l’ISA).

    Je doute que la revue ait réellement souhaité organiser un « buzz » (la théorie du complot intéressé impliquerait que la revue soit un agent unitaire ; or c’est certainement l’inverse : en particulier sur une revue d’association internationale, on peut s’attendre à ce que le board soit juste un ensemble disparate d’individus se connaissant à peine). Le manque de compétence me semble une meilleure explication.

  5. Pingback: Faut-il commenter les articles ratés ? :: Boîte noire

  6. P.S. Les informations citées ne sont pas secrètes, effectivement, c’est même pire que ça : elles sont dans les textes cités par Ma.

    Sur l’âge d’or, pas d’avis personnel. Il faut toutefois tenir compte du fait que, à trois générations derrière nous, personne ou presque ne faisait un PhD, ce qui a certainement eu pour effet de “nous” priver de quelques excellents travaux, mais aussi de nous épargner de nombreux travaux médiocres.

    L’excellence était plus concentrée dans les années pré-70, certes (par exemple, le CASBS de Stanford avait au moins quatre futurs auteurs classiques de la science politique dans une seule de ses promotions de postgraduates dans les années 1960), mais c’est dû en partie au moins au base rate.

  7. L’IPSR n’est pas une « revue d’un certain prestige ». C’est une revue médiocre, comme c’est bien connu. Ceci explique beaucoup de choses.

  8. @ anon et phnk : même si la revue de l’IPSA n’est pas en tout état de cause une revue majeure, ce n’est pas non plus la revue auto-éditée d’un U.F.R. comme il en existe aussi dans des disciplines proches de la science politique dont personne n’aurait entendu parler auparavant – malgré tout, dans l’univers immense des revues, des périodiques, on se trouve face à une revue « institutionnelle », diffusée à grande échelle, ce que je voulais dire par « revue d’un certain prestige », du coup la publication de l’article de Ma me surprend quand même – en même temps, je ne devrais pas l’être, car cela correspond bien à ce que j’ai entrevu de l’IPSA quand une petite réunion de cette association internationale s’est tenue il y a quelques années à l’IEP de Grenoble.

  9. En même temps, les revues ne sont pas essentiellement bonnes ou mauvaises (et je vais me garder de juger sur un seul article). Ce qui me semble faire l’excellence de certaines revues US, c’est (1) que les éditeurs prennent leur job très, très au sérieux, et que (2) ils y sont fortement incités à la fois par la pression du marché de l’emploi universitaire américain, où deux publications dans ces revues valent un tenure track. Le forum « revues » de Poli Sci Job Rumors est assez informatif de ce point de vue.

  10. Désolé, mais pour ma part, je ne comprends pas qu’on propose dans un séminaire de recherche un travail sur des articles ou des ouvrages qui n’ont aucun intérêt : il y tant de choses à lire, nous avons tellement peu de temps à perdre ; OK pour en tirer des réflexions épistémologiques, mais pour nous tous qui avons besoin de soutenir (et de croire à) une certaine illusio sur notre travail de recherche (vu la conjoncture, cette illusion est encore plus nécessaire pour continuer de travailler), n’y a-t-il pas mieux à faire ?

  11. @ Laurent W : si sans doute, mais une fois que le vin est tiré, il faut le boire! Et puis, après ce genre d’expériences, on sent la différence! Un mauvais Beaujolais rend certains Côtes du Rhône délicieux… Ici le vin d’Outre-atlantique sentait le bouchon, bon on n’y reviendra plus.

  12. Je reviens brièvement à la charge. Lu aujourd’hui :

    At the risk of oversimplification, I suggest that the modern political science has been dominated by two polar understandings of the political world (…) In one world, Newtonian understanding of causation holds (…) In the second world, probability and uncertainty are dominant (…) The analogy is biology, rather than Newtonian physics.

    — Bryan D. Jones, p. 7-8 dans l’intro. de Leadership and Politics, 1989, c’est dire si l’argument est novateur.

    On retrouve bien les deux courants : d’un côté les grandes lois universelles, de l’autre les systèmes complexes rapprochables des systèmes complexes. Sauf que les grandes lois peuvent être historicisées (avec les “covering laws” de Robert Evans, et malgré Popper), et sauf que les systèmes complexes expriment des lois physiques (la distribution des conflits dans le long 20e siècle suit une loi de puissance).

    Chez Jones, la dichotomie donne quelques pages de description des deux world-views et puis l’auteur passe rapidement à quelque chose de plus substantiel, où les world-views ne sont finalement que des points de départ et pas des points d’arrivée de l’analyse.

    C’est la même controverse épistémologique que celle qui sous-tend la guerre inutile entre l’épistémologie bachelardienne, amoureuse des discontinuités historiques, et la philosophie analytique (racontée par Pierre Jacob dans l’introduction de L’empirisme logique ; le terme “inutile” lui est propre et je la reprend à mon compte sans difficulté).

    En trois pages de Kuhn, ou en quatre pages de Dawkins v. Gould sur la théorie de l’évolution, on a comprend que le conflit est une poupée de chiffon, et que les auteurs qui s’y arrêtent ne comprennent pas pourquoi une polarisation existe (et par conséquent comment le dépasser). En fait, je soupçonne les reviewers de Ma de ne pas lui avoir demandé de relire ce que postule l’incommensurabilité.

  13. @ phnk : vos utiles précisions enfoncent le clou, et rendent encore plus étonnante la publication de ce texte, même dans une revue médiocre.

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