Il ne faut vraiment pas sauver le soldat Martine!

Sic transit gloria mundi! Comme les sondages et plus simplement le suivi de l’actualité le laissaient amplement prévoir, la plupart des alliés européens du PS français ont connu de très sérieuses déconvenues (euphémisme…) et le groupe du PSE au Parlement européen en ressort  pour le moins affaibli…  La très fantomatique nouvelle majorité de gauche au Parlement européen, dont Martine Aubry se faisait encore vendredi dernier le héraut auprès des électeurs français, a disparu dans les limbes de l’actualité dimanche soir. Et pour couronner le tout, le PS français dans l’opposition depuis 2002 (tout de même) ajoute sa propre part au déclin du socialisme européen.

En effet, pour ce qui concerne l’électorat français, certes dans un contexte d’abstention majoritaire qui demande à relativiser les résultats obtenus, il se fait humilier par le parti présidentiel et ses petits alliés  qui n’en attendaient pas tant (cf. le cas de Brice Hortefeux, élu par inadvertance), et  il manque de se faire doubler par un cartel électoral pour l’heure tout « de circonstance ». Le désastre en France semble particulièrement net si on compare les contextes qu’ont dû affronter les autres partis socialistes, travaillistes ou sociaux-démocrates, ayant eux aussi perdu les élections européennes cette année :  en effet, le PS n’est pas au pouvoir national seul ou en coalition depuis un temps qui détermine largement l’ampleur du désaveu subi (contrairement aux Britanniques, aux Espagnols, aux Portugais, aux Hongrois, aux Néerlandais, aux Allemands, aux Autrichiens, aux Bulgares); dans l’opposition, il n’est pas confronté à la force de frappe médiatique pro-gouvernementale d’un Silvio Berlusconi comme son futur allié, le Parti démocrate italien; dans des conditions de concurrence politique normales, il n’est même pas capable de limiter la casse comme certains  de ses confrères nordiques. Je n’épiloguerais pas sur la victoire du peu fréquentable (vu d’ici) SMER slovaque ou  sur la capacité des sociaux-démocrates roumains au pouvoir à se maintenir en tête (certes d’un cheveu de… jeune femme) malgré leur statut (récent) de parti au pouvoir en coalition, ni sur celui du PASOK  grec qui (hélas! Hellas!) repasse devant son rival habituel de droite, ni enfin sur celui des socialistes francophones belges qui restent le premier parti de leur communauté linguistique à la (mauvaise) surprise générale. Ces  cas, peu évoqués dans la presse française, démentent l’idée d’une déroute nécessaire des socialistes dans le contexte historique présent, qui verrait comme une inévitabilité de la droite.

Si l’on écarte donc cette idée d’inévitable  victoire des droites, il ressort d’autant plus crûment que le PS français  réussit  à faire un résultat presque aussi mauvais que celui des travaillistes britanniques, confronté à des circonstances bien plus défavorables dont un scandale d’une portée inédite (à ma connaissance) dans le contexte britannique. Les élections européennes ont déjà certes porté malchance à des dirigeants du PS français comme un certain Michel Rocard, et elles ne sont pas a priori faciles pour un grand parti de gouvernement qu’il soit au pouvoir ou dans l’opposition. La pitoyable déclaration de Martine Aubry dimanche soir n’a pourtant fait que souligner l’échec complet de sa stratégie sur cette élection. Difficile en effet d’apparaitre comme un personnage  crédible quand on annonce la veille la victoire européenne à portée de main et que son camp en général se prend une historique déculottée, difficile surtout de dire qu’il faut rénover encore et encore le Parti socialiste français quand on en représente un des représentants majeurs depuis des années…. Se battre la coulpe en public  pour se faire pardonner ses péchés est passé de mode et ne mènera pas très loin. La première rénovation passe par la liquidation politique de toutes les personnalités incarnant la ligne passée du Parti socialiste des années 1980-1990. N’importe quel jeune dirigeant à la place de Martine Aubry aurait pu avoir quelque crédibilité après quelques mois seulement de pouvoir à la tête du PS  pour appeler à une poursuite de la rénovation en proposant à l’occasion une réforme destinée à écarter tous les anciens, mais un vieil apparatchik comme Martine Aubry, « fille de » en plus, « figlia d’arte » comme on dit en italien, « politique né de politique »,  n’a plus aucune crédibilité à tenir ce genre de discours. A ce stade, cela fait presque comique de répétition. 1993, je dois rénover, 2002, je dois rénover, 2007, je dois rénover, 2009, je dois rénover, qui suis-je? sinon la même personne!

Enfin, à voir ce résultat, il m’est venu le soupçon qu’une partie des électeurs avait de la mémoire. En 2004, aux Européennes, le PS triomphait sur le slogan « Et maintenant l’Europe sociale! ». Bien évidemment, celle-ci fit comme Godot, elle ne vint pas, et l’on eut « business as usual », l’arrêt Viking de la CJCE fut même offert en prime pour les déniaiser aux électeurs socialistes qui avaient cru respirer un temps avec la version amendée de la Directive Bolkenstein. En 2009, le PS a voulu promettre peu ou prou la même chose, soit du social au niveau européen. Une promesse ni  très nouvelle  ni très crédible (n’en déplaise à ma collègue de l’IEP de Grenoble, la juriste Florence Chaltiel, qui s’est essayé à faire rêver dans le Monde du 26 mai 2009 à ce sujet: « En Europe, tout est possible à condition de volonté politique », dixit l’éminente collègue), d’autant plus que quelques électeurs avertis se sont peut-être rendus compte que Martine Aubry n’était autre que cette même personne qui avait été Ministre des Affaires sociales de 1997 à 2002 au temps (un peu lointain déjà certes) où les gouvernements socialistes étaient majoritaires au Conseil européen et pire peut-être (même si elle n’y est pour rien) qu’elle était bien la fille de ce même  Jacques Delors qui avait  promis un volet « social » à l’Union européenne entre 1985 et 1995 (il y a donc très, très, très longtemps…) sans que cela ne se concrétise jamais… Las d’attendre l’Europe sociale, cet électeur qui aurait eu quelque mémoire des faits décida donc de sauver au moins la planète en attendant, cela irait plus vite.

Ps. Au matin du mercredi 10 juin, il me faut constater en plus que la direction du PS a réitéré ses promesses d’ivrogne d’arrêter de boire « dans les six mois ». Je promets quant à moi de faire du sport et de maigrir de dix kilos d’ici novembre.

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2 réponses à “Il ne faut vraiment pas sauver le soldat Martine!

  1. Pas grand chose à ajouter à vos propos tant la déroute du PS est nette et sans bavure. Effectivement, à la lecture des résultats dans toute l’Europe, seul le New Labour parvient à faire aussi mal, imaginons alors le score qu’aurait atteint le PS après 12 ans de suite au pouvoir et un scandale de corruption. Je me suis également fait la réflexion que, quand le premier (?) parti d’opposition atteint un score pareil à une élection intermédiaire en période de crise économique, on peut se demander s’il n’est pas en état de mort cérébrale.
    Il n’est pas très difficile de trouver la raison de cette catastrophe : le congrès de la refondation de Reims qui n’aura été qu’un nième règlement de compte à OK Corral. en guise de pansement sur une jambe de bois, Martine veut créer une sorte de « comité des consultation » avec les principales personnalités socialistes : Delanoé, Royal et Fabius. En voilà une idée qu’elle est bonne. Le seul salut possible semble pourtant être la retraite politique de toute la jospinie, mitterandie, et c’est l’inverse qui se profile :tant que les électeurs verront parler des personnalités, ministres dans les années 1980, nous expliquer qu’il faut refonder la gauche, ils fuiront en courant. J’entends déjà les partisans de Royal et DSK nous faire la comédie du « je vous l’avais dit ». Vivement la mort des dernières illusion aux régionales!

  2. @ Camille B. : cette incapacité à passer la main de la génération Mitterand-Jospin, celle qui a commencé à s’affirmer aux municipales de 1977 en fait, est en même temps logique, puisqu’ils ont tous (pour les présidentiables dans leur tête) l’exemple de Mitterand lui-même qui n’a jamais renoncé malgré ses échecs successifs (de 1965 à 1981 cela fait un bail tout de même). Malheureusement pour eux, les temps ont sans doute changé. En même temps, je les comprends : avouer que leur temps est fini, c’est psychologiquement difficile pour des gens qui investissent tant dans leur carrière politique. Rejoindre les poubelles de l’histoire de son plein gré, cela ne doit pas être très drôle au fond.

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