O. Filleule, L. Mathieu, C. Péchu, Dictionnaire des mouvements sociaux.

fillieuleOlivier Filleule, Lilian Mathieu, et Cécile Péchu, se sont mobilisés pour offrir à la communauté des politistes un Dictionnaire des mouvements sociaux (Paris : PFNSP, 2009). Pour ce faire, ils ont demandé à des spécialistes, essentiellement à leurs collègues français, d’écrire de courtes notices sur les termes qui balisent ce domaine de la recherche en science politique. Levons un premier malentendu éventuel : ce dictionnaire ne prétend donc aucunement dresser la liste des « mouvements sociaux » qui existent dans la France contemporaine ou ailleurs, comme son titre pourrait le laisser penser un instant au profane; il s’agit ici de faire le point sur toutes les manières de conceptualiser en science politique les mouvements sociaux. On ne trouvera donc aucune entrée  qui désigne un mouvement social particulier (par exemple, celui des femmes,  des « sans », des Noirs américains, des homosexuels), mais seulement des entrées qui proposent l’état de l’art de la recherche sur les mouvements sociaux. On découvrira donc des notices  sur les grandes approches théoriques possibles (par exemple « Choix rationnel », « Comportement collectif », « Intervention sociologique », « Analyse marxiste », etc.), sur les moyens d’action plus ou moins typiques des « mouvements sociaux » (par exemple « Barricade », « Boycott », « Grève », « Squat », etc. ), et enfin des notices traitant de questionnements  contemporains (par exemple « Intellectuel spécifique », « Espace géographique et mouvements sociaux », « Média », « Réussite et échec des mouvements sociaux », « Politiques publiques », etc.) .

Autant que nous puissions en juger sans être directement spécialiste de ces questions, ce Dictionnaire atteint avec bonheur son objectif affiché d’une présentation problématisée et pluraliste d’un domaine de recherche. Mais, dira-t-on, sur quoi porte-t-il au juste ce champ de recherche? Comme cela transparait des articles eux-mêmes (et de l’Avant-propos, p. 13-15), l’idée d’un domaine spécifique de recherche dédié aux « mouvements sociaux » se trouve être très fortement indexée à l’histoire politique, sociale et même académique, des Etats-Unis d’Amérique. Dans ce cadre, l’enjeu du dictionnaire est alors pour le collectif des auteurs de montrer la vitalité et l’originalité d’une école française (ou francophone plutôt) d’étude des mouvements sociaux. En effet, les mouvement sociaux dont il faut faire la théorie sont d’abord ceux qui ont bouleversé la politique nord-américaine à compter des années 1950. En lisant ces courtes notices, qui vont donc à l’essentiel, on se rend compte facilement de l’importance que prend la matrice nord-américaine : c’est à la fois elle qui donne les exemples « focaux », et c’est elle qui propose la plupart des grandes machines théoriques toutes plus impérialistes les unes que les autres, surtout au début de leur lancement sur le marché des idées. Chaque notice « théorique » semblant d’ailleurs répondre à un plan commun : au départ, Y n’est pas d’accord avec l’approche X, alors dominante; Y prétend révolutionner le champ; il y réussit d’abord; ensuite Z montre que cette révolution est ratée, et propose lui aussi son approche, et, à la fin, il ne reste rien de Y sinon le terme dans le dictionnaire! Ainsi, on pourrait dire qu’il n’y aurait pas eu une discipline portant sur les « mouvements sociaux » s’il n’y avait pas eu aux Etats-Unis dans les années 1950-60 le mouvement des droits civiques – mais aussi un certain style de concurrence académique,  fondé sur la mise en avant d’un concept propre à chaque auteur et pour le moins moyennement coopératif. Plus généralement,  les « mouvements sociaux » dont il est ici question correspondent   à l’ensemble des « nouveautés » en matière de promotion d’un intérêt dominé (noirs, femmes, homosexuels, immigrés, écologistes, etc.) dans les pays développés – dont la France – depuis 1960, et à l’ensemble des théorisations qu’on a pu en donner. On notera d’ailleurs que peu d’exemples devenus ici canoniques, au sens où ils seraient le point focal d’une théorie nouvelle sur le marché des idées, portent sur un mouvement social dans un pays du monde sous-développé.

Les auteurs du dictionnaire, ainsi qu’une partie des auteurs dont ils rendent compte,  sont sans doute pleinement conscients de ce biais originaire dans la mesure où ils tendent à étendre dans le temps leur champ d’analyse. Comme un clin d’œil bienvenu, les curateurs du volume ont d’ailleurs décidé de convoquer rien moins que Karl Marx lui-même et de lui faire écrire (en le citant) un article intitulé « Pommes de terre » (p. 437-440). Les « pommes de terre » dont il est ici question se réfèrent au passage bien connu du 18 Brumaire de Louis Napoléon où K. Marx fait le lien entre les rapports sociaux entre paysans parcellaires (qui sont « comme des pommes de terre dans un sac ») et leur soutien au bonapartisme version Napoléon III. Comme le disent avec humour les auteurs, « Karl Marx est décédé mais toujours d’actualité » (p. 11) – ce qui traduit  bien sûr l’orientation progressiste des auteurs, qui ne sont pas connus par ailleurs pour être proches du Club de l’Horloge ou pour être des admirateurs de Margaret Thatcher, mais aussi sans doute leur conscience que le champ disciplinaire tel qu’il s’est construit jusqu’ici, via le poids de l’académie nord-américaine, aurait intérêt à se désenclaver.

En effet, comme nous l’avons dit, un mouvement social, c’est ici l’ensemble des  « nouveaux » intérêts, groupes, personnes, dominés auparavant, qui se mobilisent dans les pays développés à compter du début des années 1960, à travers des formes « inédites », ou, plus précisément, à travers toutes les formes qui ne sont pas le vote pour des partis, ni l’action syndicale au cœur du « mouvement ouvrier ». Or ce découpage du réel revient  souvent à se donner des œillères :

– un mode d’action prétendu « nouveau » n’est bien souvent qu’une résurgence : l’article de Johanna Siméant sur les « Grèves de la faim » nous  rappelle (p. 263-270) par exemple que ,déjà au début du XXième siècle, ce mode d’action est bien connu; tout comme ne sont guère « nouveaux » au sens strict bien des mouvements sociaux, comme le conceptualise le terme d' »Abeyance structure », présenté ici par Florence Johsua (p. 17-23), qui désigne ce qu’on peut nommer aussi les « fleuves carsiques » de  la politique, bien connus par ailleurs des historiens;

-la réflexion sur la plus ou moins grande efficacité pour défendre la « cause du peuple » ou d’un groupe dominé quelconque, de l’organisation, du leadership, ou de la spontanéité populaire, ne date pas d’hier, ni même d’avant-hier, comme le montre l’article « Spontanéisme » de Cécile Péchu (p. 517-524) ou l’article « Leaders » d’Eric Agrikolianski (p. 319-325), et il est somme toute étrange de voir le débat commencer ici par quelque livre publié outre-atlantique après 1970;

– la spécificité même de ce qui serait un « mouvement social » ou qui n’en serait pas un se trouve d’ailleurs remis en cause directement par Michel Offerlé dans son article « Groupe d’intérêts » (p. 279-286), qui plaide, à sa manière un peu contournée, pour une vision plus large des mobilisations à étudier pour comprendre le jeu politique.

Pour ma part, malgré ces accommodements, ouvertures, ou précisions au sein même des notices, qui remettent en cause le champ en même temps qu’ils le décrivent, j’irais encore plus loin dans sa dé-construction.

D’une part, si l’on s’en tient à l’évolution des pays démocratiques sur les deux derniers siècles,  j’ai du mal à accepter que l’on sépare, parmi les modes d’action politique ouverts aux masses,  des « voies anciennes », partis et syndicats, et des « voies nouvelles ». Finalement, tout ce dont quoi les théoriciens des mouvements sociaux dissertent aujourd’hui a été l’objet de discussions, débats, controverses,  dès le XIXème siècle, en particulier dans ce qui était alors le mouvement  ouvrier/socialiste (cf. les travaux de Pierre Rosanvallon pour mesurer une partie de cet immense continent de discussions). Le présent Dictionnaire se montre d’ailleurs en retrait par rapport à ces vieux débats : par exemple, on ne peut qu’être étonné par l’absence de l’entrée « terrorisme », or la « propagande par le fait », comme les partisans de son usage l’appelaient jadis, ne peut être laissée de côté ainsi comme une simple dégénérescence de certains mouvements sociaux lorsqu’ils se trouvent dans une impasse.  Pensons par exemple au cas de l’Irlande du nord. Les auteurs ont ainsi consacré une notice à la « Répression » sous la plume d’Hélène Combes (p. 462-468), et une  autre à « Maintien de l’ordre » sous celle de Pierre Favre (p. 334-340), qui insistent toutes deux plutôt sur le rôle des forces de l’ordre dans le recours à la violence. Or cet oubli du terrorisme – pourtant un aspect important de l’action, supposée en faveur des dominés, des « Possédés » dénoncés jadis par F. Dostoïevski aux actuels « terroristes islamistes »  que le monde entier est censé pourchasser – revient en fait à définir l’objet « mouvement social » comme se limitant aux moyens d’action des dominés non létaux  pour leurs adversaires – même si on trouve des articles sur « Insurrections, Émeutes » par  Nicolas Bourguinat (p. 300-307) « Barricade » par Danielle Tartakowsky (p. 74-79)  et « Révolutions, crises, transitions » par Michel Dobry (p. 475-484), trois articles de tonalité plus historique que contemporaine. La forclusion de la violence existe sans doute dans les pays développés pour un « mouvement social », mais celle-ci doit être elle-même objet de réflexion.

Pourquoi surtout ne pas parler ici des partis? – et, là, je l’avoue, je suis partisan! Le cas américain, qui a inspiré toutes les théorisations essentielles à l’étude des mouvements sociaux,  se caractérise effectivement par le fait qu’aucun mouvement social n’y a débouché sur la formation à terme d’un parti politique et à son implantation durable dans la vie politique des Etats-Unis. La dernière tentative en ce sens remonte à la fin du XIXème siècle quand des partis « agrariens » ou « populistes » ont tenté sans succès d’entrer dans l’arène politique américaine – au mieux, ils ont été absorbés par l’un ou l’autre parti du duopole partisan, démocrate/républicain. En Europe, tout au moins à l’ouest du continent, c’est tout le contraire, la plupart des partis politiques trouvent leur origine, plus ou moins lointaine certes, dans un « mouvement social » qui a réussi.  La puissante et laïque CDU allemande d’aujourd’hui descend ainsi, entre autre, de la mobilisation catholique contre l’Empire bismarckien. De nos jours encore,  des « mouvements sociaux » débouchent sur la création et l’enracinement d’un acteur partisan, comme avec les partis de l’écologie politique ou ceux des divers régionalismes ou nationalismes infra-étatiques. Qui sait d’ailleurs si le « Parti des Pirates » d’origine suédoise, issu clairement d’un nouveau « nouveau mouvement social », ne deviendra pas à terme un acteur  de la vie politique du continent européen? Hors  d’Europe, il me semble que le « Parti des travailleurs »  brésilien ou l’ANC sud-africain constituent d’autres exemples de ce cheminement. En fait, les spécialistes des mouvements sociaux restent encore prisonniers de leur tropisme nord-américain, où, effectivement,  aucun groupe de dominés que ce soit ne peut envisager sérieusement d’avoir son parti, au mieux il devra s’intégrer en junior partner dans une vaste rainbow coalition.

D’autre part, si les spécialistes des mouvements sociaux entendent apporter leur pierre à l’édifice d’une description du fonctionnement de nos systèmes politiques démocratiques, il demeure qu’ils souffrent toujours de leur focalisation primitive sur leur objet de départ, les mobilisations  plus ou moins improbables des dominés. Or, pour décrire pleinement un jeu, il m’a toujours semblé myope ou asymétrique de ne s’intéresser qu’à un seul des joueurs. C’est certes bien sûr d’abord une contrainte du « terrain », qui empêche un individu ou une équipe d’individus de tout étudier à la fois dans le déroulement  du conflit étudié, mais cela se traduit ensuite en multiplications de théories pour corriger cette myopie ou asymétrie : le concept de « Structure des opportunités politiques » par exemple se trouve être l’un des moyens de refaire le lien entre un mouvement social particulier et son contexte politique d’opération (institutions, forces politiques en présence, etc.), or ce concept est  « exécuté » ici par Olivier Fillieule et Lilian Mathieu (p. 533-540) au nom justement d’une vision interactionniste ou pragmatiste (ajout critique d’O. Filleule sur ce point : je me trompe sur cette dernière qualification de sa position, voir réaction plus bas) de toute  mobilisation sociale. Celle-ci, si j’ose dire, se crée les opportunités qu’elle saura ou non découvrir. Cette vision, si elle est sans doute heuristique par la place qu’elle laisse à l’imprévu et à la créativité de ceux qui se découvrent acteurs de la cause qu’ils s’inventent face à des adversaires finalement tout aussi improvisés, revient pourtant à mon sens à une « simple » description historique des enchainements pertinents. Plus aucune « loi » ne peut alors être découverte au terme de la recherche. Surtout, c’est là une vision optimiste des situations : la « Structure des opportunités politiques » revient à souligner que les portes sont plus ou moins ouvertes pour une mobilisation, et que, si la porte est fermée à double tour, il n’y a pas grand chose à faire. Pour O. Fillieule et L. Matthieu, la porte peut toujours s’inventer. De fait, c’est sans doute  à une vision plus globale qu’invitent les réflexions de l’école française d’étude des mouvements sociaux, mais sous une forme pour le moins paradoxale. En effet, à ce compte-là, fallait-il proposer simplement un Dictionnaire des mouvements sociaux? Ne fallait-il pas aller jusqu’à un  Dictionnaire critique des mouvements sociaux pour bien indiquer le désenclavement complet qu’on cherche en fait à opérer?

Le lecteur que je suis, partial certes, ressort de la lecture de toutes ces notices, la plupart claires et didactiques, avec le sentiment que le découpage du réel ici proposé n’est au total pas le bon, que toutes ces études ne prendraient sens que dans une vision plus large dès le départ du système politique. En quelque sorte, il faudrait remettre tout le monde en mouvement (ce que tend à faire d’ailleurs le propos de Michel Offerlé, par ailleurs mon directeur de thèse….) : est-ce que, dans le fond, les groupes dominants ne sont pas eux-mêmes des mouvements sociaux? Est-ce que l’État et ses services ne sont pas un ensemble de mouvements sociaux? Pourquoi faire une distinction par exemple entre le « mouvement social », celui des « sans-papiers » , et le « syndicalisme » policier? Les élites dirigeantes de l’économie ne sont-elles pas elles aussi un acteur mobilisé politiquement? Les « traders » ne seraient-ils pas le mouvement social transnational de notre temps?

Pour en revenir aux Noirs américains qui tiennent un rôle si éminent dans tout ce récit scientifique, leur sort avant 1950 n’était-il pas dû à un « mouvement social » qui avait fort bien réussi dans le Sud des Etats-Unis dans les années 1865-1875 au point de s’institutionnaliser dans la ségrégation gérée par le Parti démocrate du sud des Etats-Unis ? Leurs victoires dans les années 1950-1960 ne sont-elles pas aussi le résultat de l’épuisement de ce mouvement social ségrégationniste devenu parti unique en bien des lieux ? Bref, je plaiderais pour ma part dans tous les cas pour une vision vraiment « marxienne » – où l’on étudie les deux camps.

Il est vrai que c’est là une difficulté pratique supplémentaire : au départ, comme le soulignent parfois les notices dans le cas nord-américain, les analystes des mouvements sociaux sont des « compagnons de route » de ces derniers, ou tout au moins des gens qui se demandent comment  ces mobilisations des pauvres, déclassés et autres sans-voix, auxquelles ils ont parfois participé, ont pu fonctionner. Il existe souvent une sympathie, plus ou moins évidente, entre le chercheur et l’objectif que cherchent à atteindre les mouvements sociaux étudiés. Y a-t-il ainsi une seule femme anti-féministe  convaincue qui ait consacré son temps de recherche au mouvement d’émancipation des femmes? Peu de gens, qui participent de l’industrie académique de l’étude des mouvements sociaux, peuvent être classé d’emblée parmi ceux qui pensent que tout cela n’est qu’une vaste chienlit à éradiquer de suite.  On se pose du coup rarement la question face à un mouvement social : comment s’en débarrasser? Les auteurs du présent Dictionnaire tendent à  présenter les travaux en cours  comme ayant atteint une vision plus objective et sont fort prompts à dénoncer les visées idéologiques de certains de leurs illustres prédécesseurs, comme dans l’article sur l »‘Intervention sociologique » de Philippe Corcuff (p. 313-319), mais,  sans disposer comme preuve des fiches aux Renseignements généraux (ou au service qui l’a remplacé) de chacun des auteurs pour autant qu’elles soient à jour…, je doute que la congruence de chaque chercheur ici présent avec son objet ait disparue. Elle s’est peut-être simplement adaptée à une époque plus cynique, plus désenchantée, elle se moule dans une bienséance académique. Quoi qu’il en soit, cette congruence, cette sympathie, pour les mouvements étudiés tend souvent à occulter la vision globale que l’on se devrait d’avoir. Il est vrai aussi que, par définition, un chercheur « progressiste » aura quelque mal à infiltrer les lieux où se définissent éventuellement des stratégies répressives, de la « contre-insurrection » à la surveillance ad hoc. On laissera cela à l’historien quand les archives seront ouvertes, ou au journaliste courageux. On écartera les hypothèses dérangeantes au profit de ce qui est du domaine public.

Au total, il faut remercier les curateurs, O. Fillieule, L. Mathieu et C. Péchu de cette publication qui participera grandement  à la réflexivité disciplinaire, tout en regrettant qu’ils n’aient pas osé aller plus loin encore dans leur travail de re-définition des questions pertinentes à se poser et de réinscription de leurs objets d’étude dans une histoire européenne et extra-européenne de la mobilisation des masses et des contre-mobilisations des élites en place.

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6 réponses à “O. Filleule, L. Mathieu, C. Péchu, Dictionnaire des mouvements sociaux.

  1. C’est très intéressant, mais… Voilà mon problème : au prochain semestre, je dois faire un cours de L3 sur la sociologie des mouvements sociaux. Et je fais quoi ? J’adopte la perspective déconstructiviste proposée par Christophe, et les étudiants ne vont pas bien comprendre l’objet du cours (ce sont des L3, il faut être assez simple) ? Ou j’adopte la définition positiviste ci-dessus, qui moi non plus ne me satisfait pas tout à fait ? Question classique de l’enseignement des sciences sociales : comment enseigner la réalité des phénomènes sociaux et leur explication d’une part, le caractère construit de tout ça d’autre part ? Si, sur la sociologie des mouvements sociaux, s’il y a des idées, je suis vraiment preneur…

  2. Question : le dictionnaire vous semble-t-il défendre une science unifiée des mouvements sociaux, avec des entrées sur les théories hexagonales mélangées (voire mieux,mises en rapport) aux théories sociologiques anglo-américaines (structures d’opportunités, leadership version Marshall Ganz, effets de réseaux sociaux, les travaux de Zald, Tilly, Tarrow et al.) ? Ou s’agit-il d’une réification supplémentaire d’un corpus théorique et méthodologique national, qui traiterait par le mépris ce qui se fait ailleurs ?

    Avertissement : je pose la question sans aucune intention rhétorique : je ne connais presque rien à ce champ sous-disciplinaire, qui me paraît a priori assez ouvert (ce qui est un critère de qualité scientifique à mes yeux), à l’image d’autres champs comme les gender studies (idem, je n’y connais rien) ou l’analyse des politiques publiques (là, je m’y connais un petit peu plus, mais disclaimer, je tente moi-même de m’inscrire, à moyen terme, dans ce champ). Question, donc, pour me situer un peu mieux ce champ et son évolution récente.

  3. @ Fr : les auteurs du Dictionnaire se situent tous dans une connaissance de ce qui se fait outre-Atlantique, et aucun d’entre eux ne traite pas le mépris les travaux de nos collègues. Bien au contraire. Tous les articles entrelacent autant que possible, perspectives américaines et françaises sur le sujet. Il faut rappeler que O. Fillieule et C. Péchu avaient proposé il y a quelques années un état des lieux de ce domaine en tenant compte de ces apports nord-américains (Lutter ensemble. Les théories de l’action collective). Dans la génération précédente , un François Chazel, d’ailleurs présent comme auteur du présent Dictionnaire, avait organisé la connaissance sur ce point à destination du public francophone. Inversement, il faut rappeler que des auteurs nord-américains ont parfois pris la France comme lieu d’enquête (comme bien sûr Charles Tilly). Ici nulle « insularité » française n’est vraiment à constater – peut-être d’ailleurs parce qu’ici on se trouve à la lisière de la sociologie et de la science politique.

    @ Laurent : je conçois bien que mes remarques te compliquent (un peu) la vie, mais je te fais confiance pour trouver un bon angle pour traiter le sujet. Pourquoi ne pas simplement dire en début du cours que les « mouvements sociaux » dont tu vas traiter et les théories qui tentent d’en rendre raison ont des coordonnées historiques, géographiques et institutionnelles bien précises (les pays développés à « démocratie libérale », essentiellement après 1960) ? Ce qui permet aussi de faire le lien, par exemple avec la sociologie de la jeunesse et avec celle de la déviance. En plus, tu disposes d’un avantage spécifique : vu les différents « mouvement sociaux » qu’a connu le lieu où tu enseignes, il y a pour le moins matière à réflexivité de la part de tes étudiants.

  4. Super nouvelle, alors ! Merci pour la précision.

  5. Salut, Merci d’abord pour la fiche de lecture, intéressante.
    Juste deux choses:
    d’une part, je crois que ce n’est pas une approche pragmatiste que je défends (loin de là…) mais interactionniste, et donc effectivement peu intéressée à une logique d’explication toujours causale et statique, mais aussi toujours attentive aux contextes d’actualisation et aux logiques contextuelles des situations. Je me permet de renvoyer là au chapitre émergence des mouvements dans le récent Nouveau manuel de science politique.
    Pour ce qui est des plans de cours et des difficultés à monter un enseignement, je peux faire quelques suggestions sur la base de ma propre pratique à Laurent. Il n’a qu’à m’envoyer un mail.
    Bye

  6. @ Olivier Filleule : désolé pour cet affichage tardif de la réaction, la machine à filtrer les commentaires spams a encore fait des siennes…
    Merci pour cette précision de positionnement (interactionniste vs. pragmatiste). Je laisse toutefois mon imprécision dans le texte plus haut, en la signalant.

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