Jean-sans-terre (reloaded).

Et, puis, voilà, la vox populi l’a emporté. L’opinion 2.0 a encore frappé. Jean Sarkozy, le fils de qui l’on sait, renonce à briguer le poste dont il se faisait fort de prouver au monde qu’il était digne malgré son jeune âge – celui d’un général de l’An II en somme…(en tout cas, il crève l’écran ce jeune homme, ce n’est pas la présidence d’un conseil d’administration qu’il devrait ambitionner, mais un poste d’animateur à la télévision!)

C’est fascinant la démonstration du pouvoir de l’opinion publique…  C’est aussi rassurant en un sens. On regrettera cependant que cette démonstration soit aussi celle selon laquelle on ne s’indigne que pourvu que l’histoire ne soit pas trop compliquée. Un fils de Président qui semble bien devoir  être privilégié par un acte de népotisme, tout le monde comprend, du bas en haut de l’échelle sociale. L’affaire fait le tour du monde, elle faire rire à nos dépens. Cela me rappelle l’histoire des  chaussures de luxe à je ne sais plus combien d’euros ou de francs qu’un ministre socialiste recevait en cadeau de sa maitresse sur les fonds d’un grand groupe pétrolier. Le prix exorbitant des chaussures attira bien plus l’attention que tout le scandale fort instructif qui allait autour. On peut donc se réjouir que les valeurs de la méritocratie républicaine semblent bien triompher  sur le népotisme supposé, mais on peut aussi constater à quel point ce triomphe s’appuie sur une vignette, une schématisation de la réalité qui cache d’autres aspects de la réalité  plus difficiles à appréhender (par ex. quels sont les enjeux fonciers réels d’un organisme comme l’Epad? pourquoi l’électorat de Neuilly est-il si fidèle à la « marque Sarkozy »? qu’est-ce exactement que l’UMP dans les Hauts-de-Seine?) Certes, ainsi va la vie politique, ne peut faire un grand scandale que ce qui est explicable en des termes simples à n’importe qui.

Du point de vue  de la stratégie politique du Président, c’est sans doute la première vraie reculade de N. Sarkozy depuis son élection en 2007. Les autres ont été noyées dans un rideau de fumée (par ex. avec la réforme du lycée ou sur « Gandrange »). Celle-ci est pour le coup patente, sans ambigüité. Pour tous ses opposants, cela prouve que, si la pression  se révèle assez forte, ce Président sait reculer – comme tous ses prédécesseurs d’ailleurs. Cela ouvre des perspectives. D’ici que des ministres incompétents, dissidents et/ou devenus peu présentables pour une raison ou pour une autre, soient poussés à la démission, pour soulager la pression sur le pouvoir exécutif, il y a un pas qui n’est pas encore franchi, mais cela pourrait venir.  On s’amusera aussi longtemps à se remémorer les diverses déclarations des membres de la garde rapprochée présidentielle pour étayer la légitimité des ambitions épadiennes de messire Jean. Cela m’a rappelé les déclarations d’un style similaire des chantres du « plus grand homme politique que l’Italie ait connu depuis 150 ans. » Le « Contre-ordre camarades! » fut du plus bel effet. 

Malgré tout, pour la gauche, pour l’opposition en général, cette reculade témoigne du sens de la réalité que le camp présidentiel conserve en dépit de tout ce qu’on pourra dire sur le retard à comprendre la situation morale, ou si j’ose dire, sémantique, qui se créait dans le pays. La nomination du Jean Sarkozy serait-elle allée à son terme (comme le prévoyait d’ailleurs bien peu  inspiré le Monde la veille…), les oppositions auraient eu comme un emblème à brandir durablement, un exemple à citer dans les réunions publiques des prochaines élections régionales. Dommage vraiment. Cela pouvait aider. Maintenant, le Président va se méfier de ce genre de pataquès encore plus qu’auparavant. Zut! comme disait ma grand-mère.

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3 réponses à “Jean-sans-terre (reloaded).

  1. Au moins une autre question essentielle est ignorée dans cet article (qui ne pouvait pas être absolument exhaustif sans doute). A savoir, qu’est-ce qui fait la particularité de cet acte de népotisme, alors que, dans l’histoire de notre république, d’autres fils de présidents (entre autres) ont eu des facilités politiques et des circonscriptions gagnées d’avance?
    Une des particularités de l’ascension Jean Sarkozy tient sans doute dans la fulgurance de son évolution. Les jeunes de l’UMP qui militent depuis des années ont vu d’un mauvais œil l’accession de ce « fils à papa » pas plus méritant qu’eux.
    Mais, fondamentalement, on lui a reproché d’être: 1-trop jeune 2-sans diplôme. Et cela démontre bien l’état d’esprit de notre système politique, qui veut qu’on soit sorti d’une grande école et vieux pour avoir des fonctions. Belle méritocratie républicaine ! Mais de la part d’une démocratie qui refuse toujours sans justification théorique solide de donner le droit de vote aux mineurs, cela n’étonnera personne.

    Mon but n’est pas de soutenir messire Jean, car, dans son cas, le soutien personnel du Président (qui s’oppose à l’égalité) est évident. Je cherche à montrer que si ce soutien de Sarkozy père est si patent et n’échappe à personne, c’est que jamais une jeune personne « normale » de 23 ans sans diplôme n’aurait pu accéder à ce poste. Et ça aussi c’est un vrai drame.

  2. Certes reculade, il y a eu, mais n’est-ce pas pour mieux sauter ensuite? En effet, le ver est entré dans le fruit ou plutôt le Jean dans le CA de l’EPAD. Cela lui laisse le temps d’activer son réseau et d’attendre les prochaines élections, voire de les provoquer pour devenir président de cet établissement public. A ceux qui y verront un diktat présidentiel, Jean Sarkozy pourra opposer une rhétorique déjà rodée: j’ai été élu administrateur, j’ai une légitimité et des projets pour ce quartier auquel je suis profondément attaché, je peux être président.
    Pour se défendre devant David Pujadas lors du JT du 22 octobre, Jean Sarkozy n’a cessé de brandir sa légitimité d’élu cantonal et son amour des électeurs. Je pense que l’on n’a pas fini d’entendre parler de lui pendant les cinquante prochaines années. Il est peut-être même meilleur communiquant que son Président de peur, et, franchement, ça fait fait froid dans le dos quand on connaît l’hérédité politique dans le système politique français. (cf travaux de Jean-Luc Parodi et Claude Patriat, L’hérédité politique en France, aux éditions Lavoisier)

  3. @ Champagne : c’est vrai que j’ai occulté cet aspect de la gérontocratie et de l’élitisme (toute relative par rapport au passé) qui réservent de fait les postes électifs aux personnes d’un certain âge et d’une certaine qualification. Sur le plan empirique, en gardant une démocratie représentative fonctionnant sur l’élection, seule une rupture du régime politique permet un « saut de génération » : les élites politiques des ex-pays de l’Est sont clairement plus jeunes qu’à l’Ouest du continent. On peut y être ministre à 30 ans (mais on est diplômé!), mais cela ne va sans doute pas durer à mesure que les carrières politiques vont s’y solidifier. Un mode de scrutin proportionnel favorise aussi les carrières des jeunes impétrants, par exemple via des postes réservés sur les listes au mouvement de jeunesse du parti. Mais, fondamentalement, à moins de tirer les élus au sort, il reste que, dans nos démocraties par l’élection, les jeunes doivent prendre leur place dans une file d’attente.
    Personnellement, je suis aussi dubitatif sur l’abaissement de l’âge du vote. Les jeunes entre 18 et 30 ans (voire 40 ans…) s’intéressent peu à la politique, essentiellement parce que la plupart d’entre eux doivent affronter un très long parcours du combattant pour trouver leur place dans la société. Jean Sarkozy, l’exception par excellence de ce point de vue, a déjà une garantie de ne pas mourir de faim vu le « beau mariage » qu’il a fait avec une riche héritière (qui, normalement, ne devrait pas perdre sa fortune d’ici 2100).

    @ Cicéron : l’insistance de Jean Sarkozy sur le fait qu’il a été élu est imparable… tant que des électeurs votent pour lui. L’hérédité en politique n’est pas de la responsabilité de celui qui en profite (l’élu), mais de ceux qui la valident (les électeurs). Les mêmes qui s’indignent aujourd’hui ont peut-être un jour voté pour « un fils/une fille de ». Notre vision individualiste du monde, largement partagée, nous empêche de voir le monde sous forme de familles et de lignées.

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