« Devoir de réserve » pour les lauréats du prix Goncourt?!?

Eric Raoult a toujours été un homme d’à propos. Son idée selon laquelle un lauréat du Prix Goncourt en ce qu’il représente la France à l’étranger serait soumis à un « devoir de réserve » au même titre qu’un fonctionnaire de l’État  fera sans doute partie des annales de ce quinquennat. Que le même député ait crû bon d’ajouter qu’il n’était bien sûr pas pour la limitation de la liberté d’expression, mais qu’il existait selon lui des bornes de la décence à ne pas dépasser, ajoute le grain de sel si typique de notre époque. Jadis, on condamnait simplement ce genre de propos comme « anti-français », ou, sous d’autres cieux, comme « anti-américain », « anti-soviétique »,  ou encore « anti-parti ». Jadis, on avait la fierté de la censure que l’on en entendait exercer. Jadis, on aurait déchu sur l’heure la récipiendaire de son Prix, on aurait procédé à la dissolution du jury qui lui a accordé cette distinction, sanctionné les coupables de cette faute inacceptable, mis à l’amende la maison d’édition concernée, et comme l'(ex-)lauréate, réside chez l’ennemi héréditaire à l’étranger, on l’aurait déchu en deux temps trois mouvements de sa nationalité soviétique française. Jadis, les choses étaient plus franches du collier, et, pour tout dire, c’est heureux pour nous qui sommes (un peu, tout juste un peu) critique qu’elles le soient moins (enfin je l’espère, n’ayant pas envie de finir en prison ou en exil), mais quelle perte pour l’identité française, pour cette franchise si typique de notre race peuple, ah… , du temps de Clovis, il ne perdait rien pour attendre celui qui cassait le vase, fusse-t-il un  combattant loyal à la patrie franque. Tudieu!  On savait y faire jadis! Redonnez-nous la roue bon Seigneur!

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6 réponses à “« Devoir de réserve » pour les lauréats du prix Goncourt?!?

  1. Tant qu’on est dans le sujet, je citerais Azouz Begag qui est passé à l’IEP de Grenoble il y a peu (une vidéo est sans doute disponible): parmi d’autres choses, il a dû répondre à une question sur la liberté d’expression et la censure. Il s’est alors déclaré farouchement opposé à la censure (quand on accusait la Halde de faire interdire certains textes), mais il a ensuite ajouté une retenue: « en revanche, je suis contre tout texte qui s’attaque à la foi ». Les atteintes à la foi seraient donc exclue de la liberté d’expression (même si cela a été dit avec plus de chocolat).
    Sans trop commenter une réflexion qui pue la censure et qui ne mérite pas d’explications trop nombreuses, je m’attarderai tout de même sur l’absurdité de l’emploi du mot foi : si on définit la foi comme une croyance et un amour (foi=croire+aimer), la foi en Jésus ou Allah n’est pas différente par beaucoup d’aspect de la foi en la France ou de la foi en Staline. Devrait-on interdire les attaques contre le stalinisme ou le nationalisme, sous prétexte que leurs défenseurs seraient blessés ??

  2. @ champagne : je n’étais pas là pour voir la performance d’A. Begag, et je ne sais pas si cet ancien ministre de la République a effectivement tenu de tels propos. De fait, votre raisonnement est plutôt séduisant : j’ajouterais qu’en plus, il existe une vieille tradition anticléricale dans notre pays, et, si j’ose dire, pouvoir dire publiquement du mal du curé et de sa foi « irrationnelle » fait partie des acquis républicains. L’aile la plus radicale des rationalistes du siècle dernier organisait même des actes publics de moquerie de la foi, comme un copieux repas de viandes un vendredi. Pourquoi ne pas user de tels procédés de critique en effet avec toute religion ou foi? La différence cependant avec le catholicisme tient au fait qu’il s’agissait alors de la religion de la majorité du pays, la liberté d’expression permettait alors de s’en prendre « au Trône et l’Autel », or, dans le cas d’espèce typique de notre époque, on fait allusion à la religion ou à la foi de minorités qui se sentent- à tort ou à raison – en tous points de vue minorées dans notre société. Cela explique la réaction d’A. Bezag qui réagit là en sociologue de l’immigration. Cependant, si la liberté d’expression possède un sens, il va de soi que cette dernière blessera de quelque façon les croyants de telle ou telle cause. Croyez-vous que je ne souffre pas quand j’entends dire du mal des enseignants de ce pays, dans ma foi dans l’éducation nationale?… et pourtant je le tolère. S’exprimer librement est le plus fondamental des droits.

  3. Hors-sujet : j’attends avec impatience votre billet sur la sélection comme président de l’UE d’une élite dont le principal fait d’armes est la réunification des Flamands et des Belges francophones (Thomas Risse avait raison, en définitive : l’Europe est une compilation de stéréotypes identitaires bas-de-gamme qui renvoie trois siècles en arrière) ! Pauvre Belgique, si on lui enlève son sommet maintenant, je ne donne pas cher du royaume à moyen terme.

  4. @ Fr : je vais réagir! Mais que dire les bras m’en tombent…

  5. Hier, un copain me disait que Tony Blair aurait été un meilleur choix. Dans la foulée, il me demandait ce que la science politique avait à dire là-dessus.

    Comme je n’avais rien d’autre que des intuitions à partager, je lui ai dit que le choix avait dû être guidé par les éléments les plus immédiatement saisissables dont les acteurs disposaient. À la lecture de L’Europe difficile de Bino Olivi, j’avais cru comprendre que l’Histoire politique de l’UE (avec un H majuscule : celle des grands traités, des grandes décisions) servait souvent de guide spontané aux décideurs.

    Et, à cette aune, Tony Blair n’était pas vraiment le choix idéal. On peut tenter d’imaginer son discours d’intronisation : “Hello everyone. I come from a country whose membership to the EU was rejected twice by the French general who won the Second World War and founded the Fifth Republic. Then my country asked for its money back and decided against the Euro, just before going to war with two countries. My electoral majority is still among the strongest Eurosceptic block on the continent, and my banking system doesn’t really look like the best example of a stable market economy. Oh, and please do not mention anything like a ‘European social model’, it gets me tickly.”

    Quelque chose comme ça, donc. Est-ce que Delors s’est présenté ?

  6. @ Fr : c’est sûr qu’on échappe à T. Blair, mais pas à une Baronne qui, comme son titre l’indique, a été sa fidèle vassale…

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