Réaction à la Suisse.

Plus d’une semaine après l’évènement, je me permets de réagir au référendum suisse du 29 novembre 2009 qui proposait d’inscrire dans la Constitution de la Confédération helvétique l’interdiction de toute construction nouvelle d’un minaret dans le pays. L’initiative populaire soutenue par la « droite de la droite » suisse a obtenu une majorité de 57,5%. Comme il se doit, les réactions en France ont été prises dans le contexte créé par le débat sur l’identité nationale (merci monsieur Besson!). Il faut bien dire que chacun a joué dans ses gammes habituelles, on aurait pu prévoir ce que chacun allait dire, je ne pense pas devoir déroger ici à cette règle. Toutefois, ad futuram memoriam, j’ai trois remarques qui me tiennent à cœur:

Primo, cette votation pourra servir dans les années à venir à illustrer un cours sur la notion de « spirale du silence » en matière d’étude de l’opinion publique. Tous les sondages rendus publics indiquaient une nette préférence pour le rejet de la proposition, on se retrouve avec une nette majorité de votants approuvant la proposition – à la surprise, semble-t-il, des personnes ayant appuyé cette proposition au départ qui ont cru, elles aussi, aux sondages publiés. Elisabeth Noelle-Neumann, une des pionnières des recherches d’opinion en Allemagne, avait théorisé dans les années 1950 le fait que, face à l’existence d’un consensus apparent dans l’opinion publique au sens institutionnel du terme (presse, partis, intellectuels, etc.), une partie des enquêtés lors d’un sondage d’opinion cachaient leur orientation réelle aux enquêteurs, ce qui faisait apparaitre dans le sondage cette orientation comme minoritaire, et qui renforçait, une fois le sondage rendu public par l’institution de mise en chiffres de l’opinion publique que constitue le sondage, le sentiment de ces minoritaires de l’être (d’où l’idée de spirale du silence). Il n’est bien sûr pas sans intérêt que cette idée d’une dissimulation de ses orientations par une partie du public soit apparue dans le contexte allemand (de l’ouest) après 1945. Les experts des sondages d’opinion se prémunissent contre un tel effet, en essayant de construire des batteries de questions qui obligent, sans qu’ils n’y prennent garde, les individus déviants à dévoiler leurs orientations réelles. L’effet disparait aussi de lui-même à mesure où toutes les orientations du public se sentent légitimes à s’exprimer et/ou à mesure que les sujets qui fâchent disparaissent de l’horizon. Or on se trouve ici dans le cas de figure de la présente votation dans un cas similaire de « spirale de silence » : la plupart de ceux qui font l’opinion publique (médias, hommes politiques, commentateurs) tiennent une ligne de respect vis-à-vis de l’islam; il n’était donc pas facile pour un enquêté de répondre franchement s’il était, lui, favorable à la proposition, présentée par ses opposants comme raciste, xénophobe, islamophobe, etc. Cet échec du sondage m’apparait presque plus intéressant que le résultat lui-même, puisqu’il indique bien que ce qui peut se dire ou pas dans l’espace public suisse  au sujet de l’islam n’est pas homothétique à ce qui est pensé  par devers soi ou dit seulement dans les espaces privés. Ce qu’on peut dire plus simplement en y voyant une fracture entre les élites et le peuple, en oubliant que certaines élites (émergentes) se trouvent à l’origine de la question posée.

Secundo, il  faudrait éviter les formules choc telles que « le peuple suisse a appuyé majoritairement cette proposition », ou plus encore « les Suisses sont pour cette proposition », ou pire encore « la Suisse a voté contre l’Islam ». En effet, comme pour la plupart des votations en Suisse, les citoyens suisses ne se sont pas rendus massivement aux urnes. 53,4% de participation, on peut  certes y voir un bon chiffre au regard des habitudes suisses face aux votations, mais cela ne constitue pas non plus un raz-de-marée électoral totalement inédit dans un pays démocratique.  En pratique, il vaudrait mieux dire: une nette majorité des électeurs qui ont jugé bon de participer à cette votation-là ont approuvé l’initiative populaire d’interdiction de construction de minarets en Suisse, cela entraine de fait des conséquences légales et politiques pour la Confédération helvétique, mais ces électeurs-là ne représentent au fond qu’un gros quart de l’électorat potentiel qui constitue le peuple suisse au jour le jour. Cette remarque entend souligner la mobilisation somme toute limitée des électeurs  suisses en général sur cette question (comme sur d’autres d’ailleurs), ce n’est pas exactement la même chose qu’un vote positif à 85% sur 95% de votants. Constater le fond d’apathie électorale du peuple suisse réinscrit ce vote dans un système politique qui est loin d’avoir démontré quelque potentialité révolutionnaire que ce soit. Un commentaire d’origine suisse remet d’ailleurs ce vote dans  une telle perspective de longue période. Cela calme le jeu si j’ose dire que de le regarder sous cet œil – sans compter même l’objet précis (ne pas construire de minaret) de la question posée au peuple.

Tertio, du point de vue plus normatif, ce vote interroge sur les conceptions de la démocratie qu’on entend défendre. Soit, comme en Allemagne, toute activité référendaire est interdite par la Loi fondamentale, et, alors, de ce point de vue qui tient que tout référendum est démagogie pure, on peut se permettre de prendre le présent cas suisse comme illustration des dérives  inévitables de l’instrument. La volonté générale peut errer, mon cher Rousseau, tenez-vous le pour dit et n’en parlons plus.  Soit, comme en France, on admet que l’appel au jugement direct du peuple sur une question engageant le destin de la nation via le référendum possède un sens légitime : on distingue ainsi le référendum où le peuple choisit librement son destin, du plébiscite où le peuple acquiesce à ce que veut de lui le pouvoir. Dans ce cas, il devient proprement ridicule de critiquer le choix du peuple suisse en cette matière (même si on a en tête la réserve que j’ai évoquée  au point précédent sur le sens à donner ici au mot peuple). On peut fort bien penser qu’il s’agit d’un mauvais choix,  voire d’un très mauvais choix, mais, si on croit que le référendum possède sa juste place en démocratie, il n’y a rien là à objecter. Surtout si on se  rappelle qu’une large partie de la gauche française vient de se mobiliser pour obtenir de la part du gouvernement actuel un « référendum sur le statut de la Poste »; surtout si on se remémore qu’une partie de cette même gauche s’enorgueillit d’entretenir un esprit du « référendum du 29 mai 2005 »; par là, elle accepte que cet instrument de démocratie directe peut valablement exprimer la volonté du peuple; elle est donc la plus mal placée pour critiquer en quoi que soit le vote suisse – sauf à distinguer les peuples déraisonnables par essence  (peuple suisse par ex.) des autres (peuple français par ex.). De même la droite, tout au moins celle qui s’enorgueillit encore de ses racines gaulliennes, aura beaucoup de mal à ne pas se trouver en incohérence avec  elle-même si elle critique en quoi que ce soit le vote suisse. Bien sûr, les forces politiques voient souvent les  divers instruments de la démocratie à la seule aune des gains réels ou supposés qu’ils leur apportent, mais, il n’est pas interdit de faire remarquer  qu’un minimum de cohérence dans la doctrine de chacun en cette matière serait la bienvenue.  Les vitupérations d’un Daniel Cohn-Bendit à l’encontre des résultats de ce référendum suisse, tout comme son appel  à une instance de recours que représenterait la Cour européenne des droits de l’homme, m’ont paru ainsi cohérentes si l’on les replace dans leur contexte allemand, mais plutôt mal venues à une oreille française.  En suivant l’intuition française dominante dans notre République actuelle qui admet le référendum, je soutiendrais plutôt que les institutions suisses doivent se tenir à leur propre doctrine : si la procédure politique suisse a donné aux électeurs suisses le droit de se prononcer directement sur cette question, il ne reste plus qu’à respecter le résultat, ou, éventuellement, à le contrecarrer dans les mêmes règles du jeu. Tout le reste n’est qu’une gesticulation, destinée seulement aux publics étrangers, et risque bien de traduire au fond un certain mépris pour la multiplicité des interprétations possibles de la démocratie.

Une dernière remarque : ce référendum semble n’avoir pas eu, pour l’instant, de répercussions internationales comparables à l’affaire dite des « caricatures de Mahomet », ou même à celle liée aux déclarations pour le moins maladroites de Benoît XVI au début de son pontificat. Est-ce simplement qu’il faut que quelque temps se passe avant que le scénario de protestations coordonnées ne se mette en place (ce qui avait été le cas à l’époque)? Ou est-ce que l’on se trouve dans une autre configuration où aucun groupe ou réseau de groupes ne croit trouver son intérêt à une protestation? Ou est-ce que les protestataires éventuels sont fatigués ou hors de combat? A suivre.

Ps. Lors d’une de mes conférences de méthode à l’Institut d’Etudes politiques de Grenoble ce mardi 8 décembre 2009, un étudiant après avoir lu de ce post a cru bon de me faire remarquer que j’étais le seul… avec Bruno Gollnish à faire remarquer la fracture entre les élites (suisses) et le peuple (suisse).  J’ai eu un choc sur le moment et le côté pince-sans-rire de l’étudiant a fait le reste, mais, depuis peu, je ne suis pas sûr d’être abandonné en si bonne compagnie – il me semble que la tribune de Nicolas Sarkozy dans le Monde remarque la même chose, je me sens donc moins seul désormais.

Pour préciser ma pensée, je constate banalement à mon sens que, sur la question posée au référendum suisse, le rapport d’opinion entre le oui et le non dans « les élites » (c’est-à-dire les personnes dont l’opinion était répercutée dans les médias) était, disons, 5/95 ou 20/80 (il faudrait affiner selon la manière de compter) en défaveur de l’initiative, et le résultat au sein des votants du 29 novembre est de 57/43. C’est cet écart qu’on peut nommer fracture entre « le peuple » et « les élites », mais, en oubliant les deux minorités : celle des élites qui font la promotion du oui sans lesquelles il n’y aurait pas de oui possible (les électeurs n’auraient pas eu à voter sans leur action) et celle des électeurs qui ont voté non (sans oublier les abstentionnistes) et qui font, semble-t-il, encore partie du dit peuple suisse. Cela ne veut donc pas dire que 100% des élites étaient pour le non et 100% des électeurs pour le oui, ce que laisse entendre ex post la phraséologie populiste. Dans la présentation d’une proportion, il ne faut jamais oublier l’autre part, mais la langue ordinaire exprime difficilement la situation.

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10 réponses à “Réaction à la Suisse.

  1. Je ne suis pas tellement d’accord avec votre troisième point.

    Un vote, à mon sens, fait appel à notre identité citoyenne. Cette identité n’est en théorie ni communautaire, ni statutaire, et on ne devrait donc pas poser aux électeurs, des questions relevant d’intérêts catégoriels comme celles demandant à une population de s’exprimer sur des questions liées à une profession ou une communauté particulière.

    Pour être plus clair : je pense que l’on peut faire un vote pour demander au peuple de s’exprimer, par exemple, sur l’interdiction de bâtiments de plus de 30 m, mais pas sur l’interdiction d’édifices liés à une communauté particulière.

  2. @ Mathieu : en bonne théorie libérale (le droit égal pour tous), il serait effectivement souhaitable de s’abstenir de toute question ou loi de ce genre qui désigne très clairement un sous-groupe précis de la population du pays en question. L’aspect symbolique dépasse largement l’aspect matériel, et il est vrai que la Constitution suisse avec son nouvel article sur l’interdiction de construire des minarets n’aura pas l’air bien fine de ce point de vue.

    Cependant, cette abstention souhaitable de faire des lois « générales » qui visent de fait des communautés particulières de citoyens n’est guère respectée dans les démocraties représentatives contemporaines. Pour rester dans le cadre des lois qui régissent le bâtiment, le régime français des bâtiments historiques (avec les réductions d’impôt qui vont avec) s’adresse, sous une forme généraliste et universelle, à une minorité bien particulière de citoyens français ou de résidents en France (héritiers ou possesseurs par acquisition d’un tel bâtiment). Vous n’en êtes pas sans doute, ni moi non plus, ni 99,9% des citoyens ou résidents de ce pays, mais il existe toute une législation à ce sujet. Hayek (d’un point de vue politique contraire au mien) remarquait déjà le problème en se plaignant de l’existence de l’impôt progressif qui, de fait, ne vise que les riches! Pour ne rien dire de l’impôt sur le patrimoine! Autrement dit, beaucoup de lois sont « biaisés » en faveur ou en défaveur d’un groupe précis de personnes, sans qu’elles soient clairement nommées certes dans la loi elle-même. Les juristes ont développé toute une casuistique sur le degré acceptable de biais, ou de rupture d’égalité en somme.

    Par ailleurs, je me répète, si les responsables de la procédure en Suisse ont jugé au regard du droit constitutionnel suisse cette initiative susceptible d’être porté devant l’électorat, il n’y a rien à objecter du point de vue interne de la démocratie suisse.

  3. Le problème des référendums, c’est qu’il faut poser une question simple au peuple, alors que la politique est quelque chose de compliqué. A cette question simple, les électeurs répondent simplement, et souvent à côté de la question.

    En 2005 en France, on demandait aux électeurs de se prononcer sur l’approbation d’un traité « constitutionnel », mais qui n’était en fait qu’un traité comme les autres, pouvant être réformé aussi « facilement » que celui de Nice, et ainsi pas plus gravé dans le marbre juridiquement.
    Les électeurs n’ont pas répondu à la question qui aurait en fait dû être : « préférez-vous les articles du Traité de Nice ou les articles du Traité constitutionnel? », mais ils ont répondu à la question : « approuvez-vous l’évolution de la construction européenne depuis 1957? ». A cela, ils ont dit non, et on en a conclu qu’il ne fallait pas de traité constitutionnel.

    Les Suisses cette année devaient se prononcer sur les minarets. En fait, ils ont répondu à la question : « Avez-vous des craintes sur la présence de l’Islam en Suisse? » Sans être forcément islamophobes, ils peuvent avoir des craintes (désolé de parler de l’opinion publique qui n’existe pas), et donc voter non aux minarets.

    Faire une loi suppose de la prudence et de la nuance (mais même nos législateurs n’ont pas cette prudence et légifèrent à tort et à travers). Cela n’a aucun sens politiquement de poser simplement la question des minarets sans s’interroger sur toutes les conséquences que ça implique.

    Un référendum ne devrait donc pas poser des questions précises pour une loi précise, mais devrait poser la question d’un sentiment général de la population, et devrait déboucher sur un débat de la population et du parlement (au niveau européen, on peut par pétition forcer la commission à se poser une question).
    On n’appelle pas ça référendum mais démocratie participative

  4. @ champagne : il me semble que la fin de votre texte dément le début. Les deux référendums (français de 2005 et suisse de 2009) ont fini par « poser la question d’un sentiment général de la population ». Ils ont rempli la fonction de démocratie participative que vous attribuez aux référendums, même s’ils portaient sur une question précise : notez toutefois que, si on avait pris au mot les Français de 2005, globalement plutôt mécontents de l’Union européenne, il fallait pour respecter leur volonté engager un processus de sortie de cette dernière, ou tout au moins proposer à nos partenaires de tout repenser à la base; et si on prenait au mot le sentiment des Suisses (s’étant exprimés en allant voter) de cette année, il faudrait interdire la pratique de l’Islam sur la territoire helvétique et inviter fermement les fervents de cette religion à émigrer sous d’autres cieux – un peu à la manière serbe des années 1990. Les questions précises, devenues par la force de la campagne électorale des questions de société, ont aussi l’avantage (parce qu’elles sont précises) de laisser la main aux politiques dans l’application de la volonté populaire. Ainsi, Nicolas Sarkozy peut prétendre avoir respecté la volonté des Français sur le référendum de 2005 (cf. son point de vue publié à l’occasion du vote suisse du 29 novembre 2009) : la lettre certes, mais du tout l’esprit!

  5. Vous avez raison sur l’opposition entre le début et la fin de l’article. Ce n’est pas 100% cohérent, mais ce n’est pas non plus totalement incohérent: ce que j’ai reproché, c’est d’avoir une réponse sur un sentiment général (est-ce que j’aime la façon dont l’Europe a évolué, est-ce que j’ai peur de l’Islam) qui a des conséquences sur un petit point précis (pas de constitution, pas de minaret): il y a distorsion entre le résultat et les conséquences. Ainsi, je reproche (ou, plutôt, je me plains en fait, ne m’étant pas encore remis de la défaite de 2005) d’avoir des référendums auxquels les électeurs ne répondent pas à la question, mais où on suit quand même leur avis.

    Ou, sinon, vos lectures des votes sont un peu radicales (mais c’était une caricature je suppose): je pense que les Suisses ont exprimé une peur de l’Islam, et non qu’ils ont demandé aux musulmans de partir. Ils ont même peut-être exprimé plus globalement une peur de l’immigration qu’ils relient au problème de l’Islam. A partir de là il faudrait plutôt un débat ouvert entre les citoyens.
    Pour le référendum, ça me semblait plutôt être le désir d’avoir une Europe qui serait plus politique et sociale, et moins libérale économiquement. Effectivement, c’était en fait un référendum sur le Traité de Rome, 60 ans en arrière, mais je pense que les électeurs français ont fait cela en croyant au mythe du plan B auxquels beaucoup croyaient à l’époque (moi-même, j’espérais qu’il existe…). Et ainsi, plutôt que de sortir de l’Europe, ils souhaitaient un autre traité allant dans le bon sens, et savaient ce traité impossible si on disait OUI tout de suite au traité constitutionnel (présent pour 30 ou 50 ans, selon VGE à l’époque…).

    Souvenir de M.G. Buffet lors d’un débat sur TF1 : « On écrira la nouvelle Constitution d’une autre façon, avec les peuples ». F. Hollande : « Comment on fait ? ». Pas de réponse…

  6. @ champagne : je radicalisais à dessein mon propos pour bien me faire comprendre. De toute façon, pour le cas français, les motivations de vote pour le refus du texte étaient fort partagées, mais il faut un peu simplifier parfois… Vieux tic professoral.

  7. Vous êtes un des seuls Français à avoir dit que ce qui regarde la Suisse ne concerne que la Suisse. Merci. J’ai voté contre l’initiative, mais s’il est vrai que le débat s’est cristallisé plus sur l’Islam que sur un fichu édifice, les Français dans les médias (Fourest & Co) ont été totalement à côté de la plaque.

    Premièrement, la France a ce problème qu’elle ne voit le Monde qu’à travers ses yeux et son universalisme bien pensant qu’elle estime être supérieur à toute autre forme de fonctionnement démocratique et de pensée. Dès lors, le regard sur cette votation était à 99,99% des cas biaisé en France. L’universalisme et la devise « Liberté Égalité Fraternité » ne s’applique qu’à elle et qu’elle nous fasse donc grâce de sa « supériorité » à toujours juger tout le monde sans réellement savoir se juger elle-même (cf. FPOe et Autriche mis au ban de l’UE, mais quand on a Le Pen au second tour, là plus personne ne bronche…)

    Bref, ce vote a certes été repris par une majorité de gens, comme un signal clair contre l’Islam et non les Minarets. Il y a cependant des questions qui doivent se poser et que personne n’a posé pendant le débat:

    1) Pourquoi donc l’Islam crée donc tant d’excitation et que d’autres religions, tel que l’hindouisme par exemple aussi présent en Suisse, ne cristallisent pas autant d’énergie négative.
    2) Pourquoi les Musulmans ne se sont pas réellement fait entendre ni fait comprendre lors des votations et qu’il n’y a pas eu un réel travail de leur part afin de défendre le NON à l’Initiative? – Responsabilité… partagée?
    3) La Suisse menait une guerre diplomatique avec la Libye, pays musulman et notamment contre Kadhafi à l’époque avec deux otages en Libye (cela a joué manifestement un rôle très fort dans l’opinion lors du vote).
    4) Que répondre à tous ces laïcards français qui ne veulent, ni voile dans les écoles, ni burqa dans la rue et dans l’espace public et qui étaient les premiers à se plaindre qu’un édifice symbolique et non obligatoire de plusieurs mètres de haut était plus acceptable que 1,5m de tissus… Là, tous ces gens bien pensants n’ont jamais rien dit (et en Suisse, sous prétexte de laïcité, il est « interdit d’interdire » le voile à l’école…).

    Il est intéressant de voir qu’après maintenant un an passé depuis cette votation, les rapports entre la Suisse et le monde musulman ne se sont pas tendus contrairement à Al-Qaida qui continue de menacer la France récemment d’ailleurs (moins d’une semaine). Que, de plus, l’effet « démocratique de l’UE » n’a eu aucun effet en Suisse (malheureusement, les Suisses ne sont pas encore des Irlandais, à savoir on ne leur pose pas deus fois la même question en leur disant, « Vous avez mal compris la première fois, revotez bande de ploucs, c’est comme ça qu’on comprend la démocratie au sein de l’UE. » (Le résultat aurait été encore plus catastrophique, j’aurais certainement revoté, mais cette fois « oui », non pas contre l’Islam ou les Minarets, mais pour dire à l’UE: « Nan, la Suisse n’est pas l’Irlande! »)

    On aura tout entendu : les Suisses sont désinformés (cela faisait plus d’un an que l’on en parlait toute les semaines !), le Référendum biaise la question car la politique est compliquée et voter oui ou non c’est simple, bref, pas un seul n’a donc regardé le matériel édité par la Confédération : pourquoi l’initiative, comment l’initiative, arguments du comité référendaire, argument du comité contre-référendaire, arguments du Parlement, arguments du Conseil Fédéral, recommandations de vote du Parlement (Conseil des Etats et Conseil National) et recommandations de vote de l’Exécutif, texte de loi soumis à votation, constitution « avant » et constitution « après » éventuellement acceptation. S’il y a bien quelque chose que l’on ne peut pas dire, c’est que les gens n’étaient pas informés !

    Et contrairement à la France qui, lorsqu’il y a des référendums (sauf sur le Quinquennat), vote systématiquement « contre » le Gouvernement plutôt que « pour » la proposition soumise au peuple, la Suisse ne sanctionne pas comme la France, son gouvernement lorsqu’on lui demande la parole, puisqu’elle a les référendums obligatoires, facultatifs, les initiatives populaires, et les référendums financiers. De plus, les opposants au « référendum » ont donc tous martelé les « limites » de l’objet, mais ils se sont bien gardés de dire que par la suite ou avant la votation sur les Minarets, par Référendum, la Suisse est le seul pays au monde à ce jour à avoir octroyé un PACS (impensable en France), qu’elle a dernièrement augmenté la TVA pour renflouer les caisses de la sécurité sociale (impensable en France), qu’elle a refusé la réduction du temps de travail (impensable en France) et j’en passe. Dès lors le « Référendum » n’est pas un outil utile comme vous le dites quand cela arrange une partie des élites et inutile quand il ne les arrange pas.

    Ce qui était encore plus frappant, c’était les politiques qui nous ont gratifié que le peuple n’était pas mature pour décider librement. Mais en oubliant qu’il savait donc faire les bons choix quand ce même peuple devait les élire !

    Bref, cette votation a démontré plusieurs choses, mais surtout que la France s’était, comme d’habitude, outrée de plein de choses qu’elle aurait certainement fait pareil. Demandez aujourd’hui un référendum sur la peine de mort ou les minarets en France et on dépasser les 70% de oui ! Avec une grande participation. Au contraire de la Suisse…

  8. @ Romandie : merci pour cette appréciation. Vous avez entièrement raison sur l’excitation française de certaines élites, à la fois à géométrie variable, à cohérence logique faible et appuyée sur une solide méconnaissance du pays en cause… Et, si j’ose dire, il n’y a pas que la Suisse qui est méconnue! Quant à la suffisance française, je suis malheureusement d’accord. En même temps, je me demande comment construire en France une vision du monde moins arrogante…

  9. @ Romandie: même si votre intervention me blesse un peu car vous décrivez une France (décrite comme un bloc uni) hypocrite, égoïste, égocentrique et arrogante, il y a sans doute de la vérité dans ce que vous dîtes. Je vous invite néanmoins à méditer sur le fait que vous reprochez à « la France » de juger la Suisse par le petit bout de la lorgnette, et que vous faîtes à peu près la même chose dans l’autre sens. « La France » est plus compliquée que ce que vous décrivez…

    Je reviens simplement sur un point (car d’autres pourraient aussi être débattus). Quand vous dîtes « toujours juger tout le monde sans réellement savoir se juger elle-même (cf. FPOe et Autriche mis au ban de l’UE, mais quand on a Le Pen au second tour, là plus personne ne bronche…) »
    Là, je ne suis pas d’accord du tout. Il existe une auto-critique en France, et on entend beaucoup de voix chez nous dire qu’on devrait avoir honte d’être Français, avec Le Pen au 2ème tour en 2002, ou avec le débat sur l’identité nationale. Je pense qu’il est très réducteur d’affirmer que personne ne bronche en France quand l’extrême-droite prend de la place.

  10. @ Champagne
    Certes, réduire la « France » à la « France » est réducteur je le conçois. Cependant, lorsqu’il s’agit de déplacer le problème de Woerth pendant l’été sur les Roms, plus de 60% de la population dans les sondages accepte et trouve cela juste. A méditer.
    A méditer d’autant plus que lorsque l’UE remet en place la France avec ses « directives » dont « personne n’était au courant » (ben voyons, les ordinateurs écrivent les textes tout seul et les envoient automatiquement dans les ministères qui les transmettent automatiquement au personnel de la Commission Européenne!!) et là, la « France se sent outrée » (la France = son gouvernement), et pire, puisqu’elle met des sommes considérables, sa « diplomatie » active les ficelles pour que l’UE se rétracte. Mais là, personne en France pour demander à la France elle-même d’être mis au ban de l’UE comme elle a pu le faire pour d’autres pays avant elle. BHL et consorts l’ont toujours bien ouverte pour tirer sur tout ce qui ne leur plaît pas, mais quand il s’agit de mettre leur « beau pays » devant ses responsabilités, là, il n’y a plus aucun BHL et consorts pour dénoncer quoique ce soit. J’espère encore qu’il reste un peu de panache au peuple français pour s’élever contre LePen au second tour, cela serait le pompon si personne ne disait rien.

    Il y a eu le vote sur la Double Peine et les renvois automatiques dimanche passé, un an jour pour jour après le vote sur les Minarets. Les journaux, de gauche principalement, en France parlent de « délinquants » alors qu’il y a des peines concernant viols, meurtres, crimes, vols et où l’on parle de « criminels ». La situation est encore plus intéressante, l’exercice le plus réel de démocratie directe et populaire est mis systématiquement et graphiquement en rabaissement, on parle de « votation » entre guillemets. Ce mot est dans le dictionnaire, pas besoin graphiquement d’y mettre des guillemets pour en parler comme un mot impropre à la phrase, voire farfelu ou en tant que néologisme. C’est très révélateur de la condescendance qu’ont les élites politiques et les médias français par rapport à la Suisse et à des gens qui votent en moyenne sur une 30aine de sujets par année et qui savent que lorsque l’on vote en Suisse, on ne vote pas pour sanctionner le gouvernement en place, mais pour l’idée même de la votation.

    Bref, depuis hier, on peut relire partout que c’est honteux de vouloir renvoyer des criminels étrangers chez eux, et comme d’habitude, on lit encore partout que l’argent sale (très probablement moins sale qu’ailleurs vu la législation bien plus sévère et stricte qu’en France – remarquons, Monaco arrange bien la France, au lieu de taper sur son voisin du Sud où on y met sa thune, on préfère taper sur son voisin de l’Est) lui est accepté de ces criminels. Il revient à dire que si un étranger vient dans votre maison pour violer femme et voler enfant, il va de soi que vous ne lui offrirez ni l’hospitalité, ni le thé pour le goûter et que vous ferez tout pour qu’il dégage le plus rapidement de chez vous. Par analogie, le commerçant se fiche de savoir comment vous avez reçu et touché l’argent que vous utilisez pour payer vos courses hebdomadaires. Mais comme la France se veut le chantre de la bonne éducation et du savoir-vivre en distillant par-ci par-là ses recettes à qui veut l’entendre, alors effectivement, on comprend plus facilement les jugements à l’emporte pièce qu’on entend un peu partout, pour reprendre les « superbes » formules d’un ancien premier ministre, autant parmi la « France d’en bas » que parmi la « France d’en haut ». Faites un tour au café du commerce, à Libération ou au sein de la classe politique et le constat sera le même face à ces « petits suisses » impertinents qui ont le culot de voter ce que tout le monde aimerait voter mais que personne ne fera.

    Le résultat de ce dimanche me dérange. J’ai voté contre l’initiative et contre le contre-projet, car j’estimais qu’il suffisait d’appliquer la loi et que la gravité des peines devait être prise en compte. Pour ces raisons, cette initiative m’a dérangé. De là à réentendre maintenant partout que les Suisses sont des racistes qui ne fonctionnent que sur l’argent sale, on dira qu’on ne critique que ce que l’on envie.

    Ne vous en faites pas, je sais porter un regard parfois très virulent sur la Suisse, bien que vivant en France depuis quelques années déjà. Mais il y a un moment où il faut vraiment se remettre en cause et cesser de donner des leçons de morale à qui veut l’entendre quand on voit comment fonctionne les élites du pays.

    Bref, je reste convaincu que les outils de démocratie directe sont mieux utilisés en Suisse qu’ailleurs car son utilisation est rôdée, que les mécanismes font qu’ils ne servent pas à sanctionner un gouvernement en place mais plus une idée (parfois très simpliste, je vous l’accorde, la faute non pas aux extrémistes qui utilisent l’initiative populaire ou le référendum (et non le référendum d’initiative populaire qui ne veut rien dire à part être un joujou inventé par la France, pour la France car on ne supporte apparemment pas l’idée que le français appartienne à la Francophonie et pas qu’à la France) mais aux Parlementaires qui ne déclarent pas les initiatives anticonstitutionnelles ou contraires au Droit International.

    Mais la démocratie populaire suisse a fait ses preuve : augmentation de la TVA pour renflouer les caisses de la sécu, seul PACS au monde approuvé par le peuple, mise en place d’une assurance maternité, mise dans la légalité partout sur le territoire fédéral du droit à l’avortement. Si la démocratie directe peur paraître mauvaise sur certains points, elle est formidable pour d’autres. Et malheureusement, force est de constater qu’en France, on ne parle de démocratie directe que lorsque les décisions sont abruptes. C’est aussi ça qui me dérange.

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