Dernier post de la décennie… ou premier de la suivante.

Il n’y a rien de plus arbitraire que le passage d’une décennie. Nous voilà arrivé chemin faisant au jeudi 31 décembre 2009 et bientôt au vendredi  1er janvier 2010. Un beau soleil de printemps règne sur Lyon…

Les numéros spéciaux des journaux et magazines de fin d’année se doublent donc d’un caractère décennal. La décennie encore  sans nom n’aura – tout au moins en surface des choses, celle qui nous est accessible pour l’instant – rien apporté de très positif, c’est le moins que l’on puisse dire.  La temporalité historique semble de plus en plus clairement  orienté vers les futures catastrophes. Le discours politique en France et ailleurs dans les vieilles démocraties européennes s’en trouve en porte-à-faux : d’une part, les topoi du progrès sont devenus ceux de la réforme nécessaire pour éviter le pire, ce qui constitue une forme  somme toute nouvelle de progrès : pas le mieux comme jadis, mais l’échange d’un pire fantasmé contre un moins pire certain pour le coup ; d’autre part, un refus unanime chez les dirigeants des grands et petits pays de l’Occident d’une remise en cause des fondements sociaux et économiques qui amènent à cette situation où « il faut manger sa soupe, car demain il y aura du rata ». Bien sûr, en parole, « Ensemble tout est possible », « Yes we can » et autres billevesées qui font rêver les masses, mais l’arrière-plan philosophique de la situation se trouve être désormais la certitude des catastrophes à venir (comme il ya a un siècle tout juste existait la certitude du progrès à venir). Contrairement à ce que suppose un philosophe comme Jean-Pierre Dupuy dans la lignée d’un Hans Jonas, cette certitude rationnelle des catastrophes  à venir ne provoque aucune réaction massive de la population, pour ne pas parler des dirigeants occupés à noyer le poisson avec le beau concept à neu-neu de développement durable. De fait, le  succès public des divers films catastrophes témoigne surtout de notre  incapacité collective à y croire vraiment.  Il est vrai qu’au moins, en Europe de l’Ouest, le barycentre de l’électorat (de ceux qui vont effectivement  voter)  se déplace vers des générations qui, de toute façon, n’ont pas leur avenir devant elles. Si les déambulateurs sont faits en Chine par des esclaves, qu’importe, tant qu’on peut déambuler!

On dit souvent que la décennie a commencé le 11 septembre 2001. Elle continuera au delà du 1er janvier 2010 comme si de rien était avec les suites logiques de cet attentat manqué sur un vol reliant un pays européen aux Etats-Unis. Le scénario se répète ici avec une merveilleuse régularité : attentat réussi ou raté dans un avion de ligne – mesures nouvelles de sécurité prises apparemment dans l’urgence, mais préparées d’évidence de longue date – plus d’attentat  pendant un temps – engourdissement bureaucratique et  contraintes économiques autour des mesures de sécurité déjà prises – nouvel attentat réussi ou raté, et l’on recommence jusqu’à la fin des temps. On se trouve dans une boucle tragique, où nous  descendons chaque fois à un niveau supplémentaire de restriction des libertés individuelles et à un stade plus bas de respect de la dignité humaine. Le présent attentat semble avoir été fait pour permettre à qui de droit de placer dans tous les aéroports du monde développé des cabines de voyeurs, auxquelles,  comme voyageur soucieux de notre sécurité, il nous sera demandé de nous soumettre si nous voulons prendre encore l’avion.  Je ne dis pas bien sûr qu’il s’agit d’un complot pour imposer de telles machines, mais simplement que  cela arrive à point nommé pour ceux qui ont envie de les imposer sur le marché.  Cette  belle solution technologique permettra au moins d’éviter de se faire palper les parties intimes par des agents de (in)sécurité, mais, rassurons-nous, ce n’est que,  partie remise, comme les trafiquants de drogue cachent déjà des produits dans le corps, les terroristes sauront aussi le faire tôt ou tard et se faire détonner à l’occasion. Il faudra donc aller plus loin! Une radio intégrale pour tous les voyageurs en partance! Toujours plus loin! Nous sommes dans une configuration comme dirait Norbert Elias, un ensemble de relations  répétées qui nous mènent tout droit vers le meilleur pire des mondes…  Il ne nous reste  finalement pour espérer que les  saines nécessités de la valorisation capitaliste que les grandes sociétés font de nous: à force de contrôles aussi vexatoires qu’au fond inutiles, il serait tout de même dommage que nous prenions la mouche et que nous ne sponsorisions plus les compagnies aériennes et tout ce qui va avec. Il nous reste l’ultime carte d’être un consommateur qu’il s’agit de tondre avec son accord.

De fait, une grande partie de cette dérive  ne dépend que de nous-mêmes, membres  soit disant éclairés des classes moyennes salariées (ou en attente de l’être pour mes plus jeunes lecteurs) qui écrivent et lisent des blogs. C’est pour notre plus grand bien, nous dit-on (en effet qui prend en masse l’avion? sinon les classes moyennes salariées de l’Occident…). Si notre dignité se trouve blessée par certaines pratiques sécuritaires, eh bien, dans la mesure du possible,  évitons-les. Cela vaut aussi dans les petits actes quotidiens : dans ma propre ville, ces jours-ci, dans un hypermarché que je connais, un jeune S.D.F. marginal homme est mort suite à une intervention à son encontre des vigiles  dans des circonstances qui restent à éclairer par la justice. Il se trouve que, depuis un an ou deux, je me refuse à fréquenter cet endroit. Qu’une telle chose y soit arrivée ne me surprend pas du tout. Je ne suis certes pas un jeune S.D.F., mais j’ai bien perçu l’ambiance que crée le type de surveillance qui règne dans cet espace privé. Logiquement, je ne consomme plus à cet endroit, et j’évite d’ailleurs autant que possible tous les lieux du même type. On dira que c’est une restriction de ma liberté, pas vraiment puisque je me refuse ainsi à me trouver de facto sous la juridiction privée d’autrui. Bien sûr, un tel comportement restera longtemps structurellement très minoritaire à en juger par la fréquentation de ce genre de lieux, mais, pour la décennie à venir, ils peuvent gaillardement se passer de moi. Les compagnies d’aviation se passeront aussi de moi si la configuration précédemment décrite continue.

En somme, ces nouvelles année et décennie s’ouvrent sous les meilleures auspices. Chers lecteurs, je vous souhaite pourtant une belle et heureuse année. Et surtout le plus de liberté possible! Profitez-en tant qu’il en est encore temps!

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8 réponses à “Dernier post de la décennie… ou premier de la suivante.

  1. Cher Monsieur
    Sous les auspices de votre plume, l’année 2010 sera aussi enchantée que 2009…..
    Bien sûr , comme vous, je consens à refuser de me contraindre à une juridiction privée, et de fréquenter les lieux où meurent les gens ; je vais plus loin, je refuse de voyager à Cuba par exemple, en Chine, et autres…..
    Vous êtes un universitaire brillant, et, comme un prestidigitateur, fortement animé par votre main gauche, vous envoyez au fond du puits: les hommes et les évènements.
    Je vous remercie de nous instruire aussi , de ce qui va bien dans le monde, des efforts consentis, des projets préparés des aubes nouvelles.
    Comme la pythie qui rend l’oracle, laissez nous espérer la beauté platonicienne qui nous le savons se réalise dans une juste vérité.
     » Sursum corda », merci, bien à vous.

    Eliane Clement

  2. @ Eliane Clement: je vais donc m’efforcer d’être plus positif; ce n’est pas que je ne souhaite pas l’être comme tout un chacun, mais, plus je m’intéresse aux choses de mon point de vue de politiste un peu soucieux de la justice, plus je me sens inquiet.
    Bien à vous également.

  3. Ce n’est pas (et ce n’est pas fait pour être) réjouissant…
    Le refus de fréquenter les compagnies aériennes ou les grands magasins me semble être dérisoire. Dans une vision libérale, chacun est incité à rechercher son intérêt personnel, qui, par la main invisible du marché, entraînera l’intérêt collectif (je résume quelque chose que j’ai peut-être mal compris). Donc, en gros, dans cette vision, il ne sert à rien d’avoir des comportements contraires à nos propres intérêts, puisque les autres n’auront pas les mêmes comportements (contraire à leurs intérêts) et, donc, l’action d’un seul ne changera rien au système. Ce qu’il faudrait, c’est que chacun préfère, après un calcul, refuser de prendre un avion, car le fait de se faire palper serait moins intéressant que de prendre l’avion. Je pense que cela concerne peu de gens: j’ai personnellement pris l’avion ces vacances-ci pour aller visiter un membre de ma famille. 30 secondes de toucher (respectueux d’ailleurs, de mes parties intimes) ne m’ont pas bloqué.
    En revanche, toujours dans cette vision libérale, j’ai connu des gens qui, pour aller en Amérique du Sud, avaient refusé de passer par les Etats-Unis, car le risque d’avoir des ennuis à la douane était trop grand. A ce moment-là, ils ne l’ont pas fait par militantisme, mais pour leur intérêt personnel. C’est ce qu’il faudrait pour changer les choses…

    Mais je pense qu’à côté de cette solution libérale, il reste la solution du regroupement (dans une association, un parti, un syndicat, ce qu’on voudra). Dans ce cas-là, par des actions de lobbying etc…, on a plus de chance d’arriver à quelque chose. C’est pourquoi je suis surpris de vous voir, monsieur Bouillaud, mettre en avant seulement l’initiative individuelle et non l’initiative collective.

    Ou sinon, par rapport à l’esprit général de votre post, je dirais paradoxalement que ça fait du bien d’avoir une vision pessimiste structurée. Tout comme vous j’imagine, j’espère que ça n’est pas la réalité, mais peut-être que ça l’est tout de même. En tant que membre de la jeune génération qui a la vie devant elle, je me surprends à être assez optimiste pour l’avenir, et j’attends impatiemment 2050 pour voir les prédictions apocalyptique être ou ne pas être vérifiées. Cette impatience de l’avenir est, je le sais, due à ma situation privilégiée (d’élève nanti de l’IEP), et je ne prétends pas être représentatif. Mais, au risque de reprendre maladroitement des thèses naïvement optimistes, j’ai tendance à penser que les difficultés dans lesquelles on se situe serviront d’expérience pour nous améliorer.
    Quand l’armée de réserve de travailleurs chinois sera épuisée (dans 50 ou 100 ans…), le capitalisme aura digéré plus de la moitié de l’humanité, et alors les nouvelles arrivées seront plus supportables (je pense à l’Afrique, si elle sort de son marasme économique effrayant). Et puis après tout, il n’y a pas d’autre projet politique cohérent que la démocratie à notre époque et, si nos libertés individuelles sont en danger, je me plais quand même à ne pas vivre dans la période pré-68.

    Et, puis il y a l’Europe … mais, bon là, je risque de m’engager dans des eaux troubles

  4. @ champagne : vous m’avez un peu mal compris, je ne parlais pas tant de militantisme dans le boycott des hypermarchés et autres aéroports (in)sécurisés que de prise en compte de ses propres intérêts, de sa propre dignité, par tout un chacun comme consommateur-payeur, comme client. Le capitalisme devant tondre tout de même son bétail avec douceur, ce dernier (nous) peut fixer le niveau de douleur ou d’indignité qu’il tolère lors de la tonte. Pour les hypermarchés par exemple, je commence à atteindre très nettement mon niveau de tolérance, et cela devient dans mon intérêt de m’abstenir.

    A dire vrai, en matière de montée en puissance de la sécurité dans nos sociétés, je ne crois guère au militantisme classique. Cela existe bel et bien sur ces sujets (par exemple en France, « la Ligue des Droits de l’Homme » pour citer la plus vieille association sur ce thème), mais l’impact s’avère, pour l’heure, faible dans la mesure où nos pays apparaissent dans le sentiment commun des démocraties, or des gouvernements démocratiques, élus régulièrement par le peuple, agissent pour le plus grand bien de leurs citoyens contre les terroristes, les pédophiles, et autres menaces évidentes pour l’humanité civilisée. On aura beau militer, cela aura toujours un impact faible tant qu’un épisode similaire à la fin du « maccarthysme » n’aura pas eu lieu. En revanche, si le consommateur ne suit plus, chacun en fonction de son petit intérêt à « ne pas se faire emmerder » comme dirait Boris Vian… eh bien, là, il y a un hic!

    Sur la tonalité pessimiste du commentaire, j’espère être démenti, comme sans doute tous les commentateurs que j’ai pu lire entre temps depuis que j’ai rédigé ce post. Il entre surtout dans ma perspective une grande part d’effet générationnel : depuis le début des années 1980 (quand j’ai commencé mes études en sciences sociales), les choses semblent aller de mal en pis du point de vue social et environnemental. Même s’il y a eu de meilleurs moments, « la crise » semble bien être le lot de notre génération née à la fin des années 1960, et, en plus, avec l’âge, on peut s’apercevoir des récurrences dans les erreurs faites par les gouvernants (du moins si l’on suppose qu’ils ne veulent pas à dessein le malheur des populations). Du coup, on se sent sur la même pente générale de déclin du point de vue du bonheur public, mais j’ai pourtant du mal à l’admettre complètement, contrairement à ce que vous pouvez croire. J’espère que là n’est pas tout de même le fin mot de l’histoire!

  5. Monsieur,

    Votre analyse est intéressante, mais quelque peu pessimiste (c’est le moins que l’on puisse dire).
    A vous entendre nous serions oppressés par des supermarchés qui, pour protéger leurs biens, seraient prêts à tout, y compris à établir une sorte de surveillance Benthamienne à laquelle personne n’échapperait. Personnellement, quand je vais dans ce même supermarché Lyonnais, j’y vois l’opportunité de trouver des biens bon marché (car soumis à la concurrence), qui me permettront de passer un bon moment par la suite, et que je ne pourrais jamais trouver dans une société où ce serait l’État qui gèrerait la distribution des biens, entrainant encore davantage de privations de liberté qu’aujourd’hui. Au moins, votre acte militant n’enfreint pas la liberté des autres, contrairement aux actes de l’armée d’étatiste que forme l’IEP comme les blocages, ces étudiants se considérant plus à même que les individus de faire des choix dans certain nombre d’aspects de leur vie (sexualité, santé, consommation, et j’en passe…).

    Si j’ai bien compris votre pensée illustrée par les deux exemples de votre post, deux dangers nous guettent pour la décennie 2010 : la tentation de nos gouvernants de restreindre nos libertés afin de lutter contre le terrorisme (et vous rejoignez là l’analyse de libertariens comme Ron Paul), et les dérives d’un capitalisme prêt à tout pour défendre la propriété.

    Personnellement, je ne retiendrais que le premier danger, à l’heure où nos gouvernants fustigent le capitalisme et fant tout pour restreindre la liberté des agents économiques : taxes, plans de relance ruineux, renouveau de politiques industrielles…

  6. @ Un étudiant (que j’ai reconnu!) : mon pessimisme sur les libertés publiques me parait fondé en raison – la situation s’est d’ailleurs assombrie depuis que j’ai écrit le post, il y a quinze jours : de nouvelles mesures sécuritaires vont entrer en vigueur dans le transport aérien, ou elles sont déjà mises en œuvre (preuve d’ailleurs de la fenêtre d’opportunité qu’a représenté pour certains acteurs cet attentat manqué) . Par contre, j’ai remarqué non sans plaisir que beaucoup de caricaturistes de la presse française ou étrangère avaient fait des dessins nous invitant à rire jaune de là où cela nous menait tout droit cette accumulation de précautions « magiques » : prendre l’avion tout nu après une exploration approfondie de notre corps…. Je n’ai donc pas été le seul à ressentir comme une impression de déjà-vu, et d’excès, mais il reste que ces précautions « magiques » vont continuer à se mettre en place.

    Pour ce qui est du supermarché (ou des supermarchés) dont il était question, je ne suis pas contre la concurrence, bien au contraire, je souhaite la faire jouer en fonction de mes attentes, je ne rêve pas d’un magasin « administratif »: il se trouve que ma femme est roumaine et qu’elle a connu enfant de telles structures sous le régime communiste d’avant 1989. Je ne rêve donc pas du tout, mais vraiment pas du tout, de ce genre de situation.

    Par contre, mais il s’agit là d’une remarque de « ménagère », il se trouve que cette façon de faire ses courses en supermarché m’est apparue à l’expérience plus chère que d’autres circuits de distribution. Vu les pertes de part de marché de ce secteur, je n’ai, semble-t-il, pas été la seule personne à faire ce même constat. Si ces grandes structures connaissent une désaffection (relative) depuis quelques années, c’est aussi parce que le consommateur peut trouver mieux ailleurs.

    Pour ce qui est enfin de l’abus de règlementation dont le gouvernement actuel abreuverait les « créateurs de richesse » (entrepreneurs et entreprise) , il ne me semble avoir lu dans l’Expansion que l’Institut Montaigne, évaluant l’effectivité des promesses du candidat Sarkozy, notait que, en ce qui concerne les entreprises, le gros des promesses faites en 2007 avaient été tenues. J’ai la faiblesse de supposer que les entreprises avaient demandé au candidat Sarkozy des mesures leur étant favorables, et que l’Institut Montaigne n’est pas affilié à la IVème Internationale… Il me semble que le « statut d’auto-entrepreneur » pourrait difficilement être plus simple.

  7. Pour répondre également à « un étudiant » (que j’ai reconnu moi-aussi), je pense qu’il est inexact d’affirmer « à l’heure où nos gouvernants fustigent le capitalisme et font tout pour restreindre la liberté des agents économiques : taxes, plans de relance ruineux, renouveau de politiques industrielles… »

    Je trouve qu’à force de lire la société à travers le prisme libertarien, tu finis par ne plus faire la distinction entre un libéral (normal, qui a des valeurs quoi, pas un libertarien… (ceci est une touche d’humour…)), , un social-démocrate, un socialiste ou un révolutionnaire communiste. A tes yeux, c’est bonnet-blanc et blanc-bonnet.

    Cela ne me semble pas plus pertinent politiquement que l’accusation inverse faite par un militant d’extrême gauche qui dira qu’entre DSK, Cohn-Bendit, Bayrou, Sarkozy ou Le Pen, il n’y a pas de différence fondamentale puisque toutes ces personnes acceptent dans une certaine mesure le capitalisme et le libéralisme. Entre le tout-marché ou le tout-État, il y a des nuances…

    En réalité, nous n’avons pas « des gouvernants qui fustigent le capitalisme », parce que tout d’abord la critique française est assez originale par rapport aux autres pays. De plus, même en France, le gouvernement n’a jamais dit prétendu s’opposer au capitalisme en soi, mais seulement s’opposer à ses excès. Enfin, concrètement, les mesures pour « restreindre » ce capitalisme existent à peine, et par rapport à la fin des années 1970, cela n’a rien à voir (je regrette un peu les années 1970 parfois, même si je n’ai jamais vécu à cette époque…) Ne citons que le décloisonnement « banques d’affaires-banques de dépôt » ou la non-indexation des salaires sur la croissance.

    Ainsi, il faut avoir l’honnêteté de le dire, nous vivons dans un système libéral sur le plan politique (au sens de Montesquieu, séparation des pouvoirs …), libéral sur le plan des libertés individuelles et libéral sur le plan économique. Après, sur chaque point, on pourra relever qu’il y a des limites, des restrictions… Mais fondamentalement, nous sommes un pays libéral.

    Encore une fois, ta phrase (je le dis en toute amitié, rassure toi !!) semble anecdotique, elle vient tout à la fin, mais elle relève de quelque chose de plus profond: selon toi, il existe une pensée unique anti-libéralisme. En réalité, l’accusation de pensée unique est portée par tous les camps (certains citeront l’OCDE, le FMI ou la Commission européenne pour dire qu’on est entouré de libéraux, d’autres diront que tous les discours s’attaquent au libéralisme), et il n’y a pas de pensée unique en France. Chacun peut prendre sa part du débat.

    Je m’adressais à l’étudiant, mais toutes les remarques seront intéressantes…

  8. @ champagne : évidemment, notre pays est « libéral » sous bien des aspects, y compris sous l’aspect de la discussion publique; et la « pensée unique » est largement un mythe, ou plus exactement, elle est devenue une figure de style de tout le monde, de tous les acteurs : chacun se prétend en minorité, opprimé, etc., ce qui évidemment brouille les pistes. On semble désormais se dire d’autant plus en minorité que son poids social, politique ou médiatique est important (cf. les propos d’un Alain Minc, BHL, Attali et j’en passe). Le fait social intéressant me semble alors être de constater que plus personne ne semble vouloir assumer le fait d’être en ligne avec ce qui est! (à savoir un régime capitaliste-libéral-étatique-social-national). Tout le monde se déclare hautement contre l’existant, et ce de l’extrême-droite à l’extrême-gauche, en passant par tous les centres possibles et imaginables. En effet, dans notre post-modernité, tout le monde déclare avoir pris le parti du novateur Van Gogh contre l’académisme, personne ne tient plus le parti de l’académie, de la défense de ce qui est. Il me semble que Pierre-André Taguieff a inventé le terme de « bougisme » pour désigner cette situation.

    Pour répondre plus directement sur la perception d’une hydre anti-libérale à l’œuvre , remarquons tout de même qu’il existe en France une concentration du pouvoir au niveau de quelques grandes entreprises, entremêlées avec certains secteurs de l’État et de la politique. Cette concentration se trouve bien loin des vertus libérales – au sens de répartition du pouvoir économique dans une myriade d’agents. De ce point de vue, la critique libertarienne peut porter, elle rejoindrait d’ailleurs horresco referens la critique communiste des années 1930 parlant des « 200 familles » dominant l’État ou celle plus récente des mêmes communistes des années 1970 parlant de « capitalisme monopoliste d’État » pour décrire cette situation. Le drame si j’ose dire, c’est que ce même secteur nationalisé des années 1970-80 a été privatisé dans les années suivantes en créant un nombre bien trop limité de pouvoirs économiques distincts et concurrents.

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