Commentons, commentons, il en restera toujours quelque chose (II).

Second tour des élections régionales de 2010 : les résultats binaires imposent un peu le silence aux commentaires. Qui a gagné, qui a perdu, c’est indéniable. Xavier Bertrand a bien essayé de compter les régions, et de souligner que M. Aubry n’avait pas obtenu son grand chelem – ce qu’elle avait d’ailleurs avoué elle-même dès la veille du second tour en tenant compte de G. Frêche – , mais  l’écart en pourcentage dans la plupart des régions métropolitaines entre les coalitions de la majorité présidentielle et celles de l’opposition de gauche est apparu tel qu’il a mieux valu ne pas trop insister dans les arguties. Vae victis. Et en plus game over pour ce malheureux Xavier Darcos, guère plus coupable qu’un autre du résultat de la majorité présidentielle dans sa région.

Une première confirmation tout de même : les territoires ultramarins de la République une et indivisible fonctionnent selon des logiques spécifiques, qui, pour le coup, valident le caractère régional de cette élection. Non seulement les candidats liés à la majorité présidentielle y gagnent deux régions (Guyane et Réunion), en nette contre-tendance  par rapport à la situation de la métropole, mais encore, pour les deux autres régions (Martinique et Guadeloupe), les forces politiques et leurs rapports de force ne sont pas moins atypiques : en Guadeloupe, la gauche socialiste l’emporte au premier tour avec un score qu’on retrouve au second tour de métropole, et l’alliance autour de l’UMP ne regroupe que 14% des suffrages; en Martinique, dans la triangulaire du second tour qui y a eu lieu au second tour, l’alliance autour de l’UMP ne dépasse que de très peu les 10% des voix, alors que deux forces spécifiques à cette île se battent pour la suprématie en regroupant autour de 40% des votants chacune. Le basculement de la Réunion à droite tient sans doute à l’incapacité des partis se réclamant localement de la gauche à se coordonner – phénomène tout à fait possible par ailleurs – ,  mais il reste que les régions ultramarines forment chacune une configuration très particulière, plutôt déconnectée des seuls logiques nationales de l’élection.

Un seconde confirmation : l’Alsace est décidément un cas sui generis. Je disais dans mon post précédent que l’électorat ne se mobilisait au second tour que s’il avait peur de l’adversaire. Il semble bien que l’électeur conservateur de l’Alsace rurale (entre autres celui d’Alsace d’abord du premier tour?) ait vraiment eu un (petit) coup de sang à l’idée des « social-écologistes » prenant le contrôle de la région. En 2010, les territoires y ont de la mémoire : seuls Strasbourg et Mulhouse, et plus généralement l’Alsace urbaine, portent la gauche. Vieille histoire qui oppose les grandes villes aux populations partiellement renouvelées après 1918 et après 1945, et les campagnes aux populations plus enracinées. Sans doute cette spécificité alsacienne doit aussi être reliée au maintien du statut concordataire. Celui-ci fait sentir ses effets de longue période sur le maintien d’un solide conservatisme d’orientation chrétienne-démocrate.

Une troisième confirmation : comme l’aurait dit Warren Buffet, pour les marchés financiers, « c’est quand la mer se retire que l’on voit ceux qui se baignent nu », ces très basses eaux de la droite  républicaine permettent de bien cerner les bastions inexpugnables de cette dernière.

Ainsi,  si l’on observe les résultats du second tour, la situation au niveau départemental semble encore plus frappante qu’au niveau régional : sur les  96 départements métropolitains, la coalition menée par l’UMP n’arrive que 6 fois  en tête [région Alsace :  2 départements sur 2, Bas-Rhin et Haut-Rhin; Auvergne : 1 sur 5, Cantal; Ile-de-France : 1 sur 9, Yvelines; Provence Alpes-Côte d’azur : 2 sur 6, Alpes-Maritimes et Var].

On sera surtout étonné par la situation de la droite républicaine dans les Hauts-de-Seine, en Savoie et Haute-Savoie, ainsi qu’en Vendée. Ce n’est pas brillant… Quand on s’intéresse aux résultats communaux, il me semble bien que l’on distingue  assez nettement un vote de classe ou plutôt de patrimoine: ainsi, en région parisienne, la géographie électorale semble calquée sur les prix (relatifs) de l’immobilier. Paris reste ainsi coupé en deux. Si la droite républicaine n’est pas majoritaire dans les Hauts de Seine (de peu cependant…), Boulogne-Billancourt, Levallois-Perret et surtout Neuilly (83% pour la majorité présidentielle!) résistent à la vague. Dans les Yvelines, Versailles, Chatou, Le Chesnay, Saint-Germain en Laye, restent eux aussi acquis à la droite républicaine. Sur la Côte d’Azur, Antibes, Cagnes-sur-Mer, Cannes, Fréjus, etc. constituent un chapelet de bastions de la droite regroupée autour de l’UMP, même si Nice ne met pas en tête de ses suffrages le parti de son maire actuel. Dans ma région, aucune ville d’importance ne donne une majorité à la droite républicaine, mais, si l’on rentre un peu plus dans les détails, dans les arrondissements de Lyon par exemple, les 2e et 6e arrondissements, bastions de la droite bourgeoise la plus traditionnelle, donnent une nette majorité à la droite républicaine. Ouf, l’honneur est sauf.

Bien sûr, l’analyse demanderait à être (r)affinée – et je ne doute pas qu’elle le soit par l’un ou l’autre collègue-, mais la majorité de l’homme qui a fait le « bouclier fiscal » semble bien avoir une géographie des plus rationnelle. Celle-ci correspond en bonne partie à celle des contribuables soumis à l’ISF (à l’exclusion des deux départements alsaciens et du Cantal). Bref, N. Sarkozy peut se féliciter que le cœur de sa base électorale, la plus aisée  à tout prendre, ait eu  tout de même de la reconnaissance à l’égard de la politique menée depuis 2007. Il est alors assez logique que le remaniement ministériel donne des satisfactions à celui qui incarne au gouvernement une ligne résolument libérale, Eric Woerth, à charge pour lui de finir le travail entre autres sur le dossier des retraites.

Cette France « propriétaire », qui se reconnait dans la majorité présidentielle, ne court-elle pas cependant un risque à apparaître ainsi dans toute sa nudité?

Surtout, la tentation dans les années qui viennent va être immense de l’ouverture à l’extrême-droite…  En tout cas, s’il se confirme que le gouvernement entend bien remettre la taxe carbone aux « calendes européennes », l’investissement fait depuis 2007 par N. Sarkozy dans la séduction de l’électorat sensible aux problèmes écologiques semble devoir être pour l’heure abandonné. Puisque les « bobos » nous boudent décidément, nous les bouderons nous aussi! Back to basics!, réaction classique d’une majorité gouvernementale battue à mi-mandat.

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