RFSP nouvel habillage.

J’ai reçu il y a maintenant quelques jours le premier numéro de la Revue française de science politique dans son nouvel habit de lumière. On abandonne  pour la couverture la dominante bleue rayée façon bagnard pour une bien plus sympathique version à dominante orangée. Une petite « révolution orange » en somme. La couverture bibliographique se trouve étendue, avec l’idée de rassembler, un numéro sur deux, toute une série de compte-rendus d’ouvrages ayant trait à un même domaine de la science politique. On élargit ainsi la vocation d’une revue disciplinaire de rendre compte de ce qui s’ écrit.

On crée aussi une rubrique « Chronique professionnelle » pour y mettre des articles de réflexion sur les pratiques de la discipline. Un peu bizarrement à l’heure d’Internet, lors de cette rénovation, on a cependant conservé les pages dites de « Revue des revues », qui consistent  simplement sans autre commentaire à donner les sommaires des revues considérées comme importantes à consulter. Tant qu’à faire chic et moderne, on aurait pu publier une « cotation » des revues, françaises et  étrangères, dans lesquelles il serait de bon ton de publier pour être recruté ou promu en science politique.  Soit que l’on invente sa propre cotation, soit que l’on reprenne l’une ou l’autre grille déjà disponible sur le marché de l’évaluation. De fait,  ce même numéro comporte un article qui traite de ces questions  sous la plume avisée de Fabien Jobard, « Combien publient les politistes. La productivité des politistes du CNRS  et leurs supports de publication », RFSP, vol. 60, n° 1, février 2000, p. 117-133, où, justement,  sont listés les supports privilégiés de publication  d’une partie significative des membres académiques de la discipline (ceux travaillant pour le CNRS). L’article de F. Jobard, issu d’une élaboration sur les données recueillies lors de son mandat au CNU, amène  à des conclusions plutôt rassurantes sur l’état des publications : les politistes de la section 40 du CNRS qui ne publient vraiment rien sur quatre ans (années 2004-2008) sont vraiment une infime minorité (0,8%); les pratiques de publication se ressemblent dans l’hétérogénéité des supports choisis (vaste gamme de revues françaises et étrangères, rôle important des ouvrages collectifs et individuels), qui traduisent clairement l’existence de réseaux scientifiques sous-disciplinaires, à ramifications françaises et étrangères ; la seule distinction marquante entre les individus étudiés semble reposer sur l’existence d’intensités variables de publication. Les quelques éléments de comparaison internationale (avec des sciences politiques non anglophones à la taille critique suffisante : Allemagne et Italie) ne semblent guère indiquer une grande spécificité française dans le rapport aux publications dans les grandes revues anglophones.  Ainsi, à en croire F. Jobard (et notre propre expérience du milieu), les supports de publication (voir en particulier p. 126-128) , aussi bien en français que dans d’autres langues, s’avèrent bien plus divers que ces revues exclusivement anglophones dont la RFSP s’entête à nous donner encore et toujours les sommaires – si j’ose dire, ces revues (listés p. 197-202) à une ou deux exceptions prés sont de fait celles où les politistes français ne publient pas (ou très rarement). A suivre F. Jobard dans son analyse optimiste (?),  ils n’ont même pas l’idée de calibrer leurs articles aux normes en vigueur dans ces revues et d’y proposer une publication (alors qu’ils publient par ailleurs dans d’autres supports en langue étrangère, dont l’anglais). Je connais d’ailleurs des  jeunes collègues  bien décidés à partir à l’assaut de ces  forteresses en suivant le conseil du F. Jobard. Quoi qu’il en soit, proposer une telle « Revue des revues » témoigne comme d’un relent de masochisme, ou encore d’une mauvaise conscience qui rappelle à chacun qu’il faudrait (enfin?) investir les lieux considérés comme internationalement centraux de la discipline – peut-être aussi de la « diplomatie entre revues » où la RFSP attend d’être citée en retour par les revues qu’elle cite .  Cependant, même si cela aurait constitué une rupture dans une vieille tradition de la RFSP, il aurait mieux valu supprimer ces pages et les consacrer à autre chose de plus novateur.

Deux petites remarques en passant : la typographie et le papier utilisés ont aussi été changés. J’approuve, mais, comme j’ai mauvais esprit, je m’étonne que notre revue disciplinaire ne soit,  ni écologiquement correcte, ni historiquement durable. En effet, le papier utilisé n’a ni un label pour témoigner qu’il est issu d’une exploitation soutenable des forêts, ni non plus un label témoignant du fait que le papier est « sans acide », c’est-à-dire qu’il est préparé à résister aux assauts du temps. Cela paraîtra un infime détail, mais, dans la mesure où la RFSP fait le pari d’un maintien pour un temps encore de sa forme matérialisée et a cherché à la rendre plus attractive aux sens (vue, toucher), il fallait aller jusqu’au bout de cette logique de durabilité. Les livres de poche édités en Allemagne répondent à ces deux critères, pourquoi pas une revue scientifique (donc à visée de permanence) dans un pays qui se targue d’être autant à la pointe de l’écologie que son voisin?

Un peu de lamentation italianiste enfin : dans ce numéro, deux articles parlent d’Italie, celui , fort bien informé, de Magali Della Sudda, « Mobilisations féminines catholiques en France et en Italie (1900-1914) », p. 37-60, mais aussi celui de Julien Talpin, « Ces moments qui façonnent les hommes. Éléments pour une approche pragmatique de la compétence civique », p. 91-115. Pour ce second article, ni le titre (très général), ni même le résumé (p. 204), ni même les premières pages de l’article, gavées de généralités théoriques, n’indiquent qu’en fait le terrain de la recherche n’est autre qu’un « dispositif de budget participatif dans le 11ème arrondissement de Rome entre 2004 et 2006 » (p. 99). Ce dispositif d’occultation  du caractère italien et même romain du terrain m’a bien fait rire (jaune) : cela m’a fait le même effet que le ferait, je le suppose, à un spécialiste du Pakistan de découvrir un article intitulé « Pratiques pédagogiques innovantes et tradition : éléments pour une approche goffmanienne » s’apercevant à la lecture que le terrain a été fait dans une madrasa du Waziristan du Nord entre 2001 et 2004…  Je comprends bien la stratégie de publication et de présentation de soi qui veut transformer un épiphénomène institutionnel (qui existe d’ailleurs en Italie dès les années 1970 sous d’autres noms) en lieu de test d’une théorisation « pragmatique »… , mais j’ai encore du mal à admettre « pragmatiquement », que l’Italie soit si peu intéressante qu’on doive la censurer pour publier.

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2 réponses à “RFSP nouvel habillage.

  1. J’espère quand même que la RFSP conservera une certaine dose d’acidité dans ses papiers (si j’ose dire…).

  2. @ Emmanuel T. : oui, mais il lui faudra aussi réviser ses bases… (jeu de mots pour lycéens).

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