L’Europe qui en plus… n’a pas d’idées!

« La France n’a pas de pétrole, mais elle a des idées », tel était le slogan de l’époque de VGE pour faire face à la crise économique des années 1970 – on pourrait dire la même chose de l’Union européenne, « L’Europe n’a pas de pétrole, mais elle a des idées. » Le 17 avril 2010 étaient organisés à Strasbourg les 3ième Etats généraux de l’Europe. A cette occasion, le journal fondé par Hubert Beuve-Méry ouvrait ses pages de commentaires (Horizons) à des personnalités proches de cette manifestation,  sous le titre « L’Europe est morte, vive l’Europe! » (p. 20-21, samedi 17 avril 2010), et, là, le lecteur que je suis déchante et se demande pourquoi le quotidien vespéral parisien a imprimé ces banalités.

Jacques Delors en appelle à la « mémoire » pour repartir… « Plus fondamentalement, il s’agit de rappeler que les peuples sans mémoire n’ont pas d’avenir. » Extraordinairement mobilisateur comme concept, tout à fait nouveau,  jamais entendu, et pas usé du tout par quelques abus, très mobilisateur surtout pour le jeunesse européenne soixante cinq ans après la fin de la  Seconde guerre mondiale.  Marcel Grignard et Gabriele Bishoff, respectivement responsable syndical français (CFDT) et allemand (DGB), en appellent œcuméniquement à donner « plus de place au dialogue social »… et, bigre, concluent sur leur croyance en une « dynamique de progrès pour tous les Européens ».  Les a-t-on briefé sur la post-modernité? Naturellement, ils ne s’interrogent pas vraiment sur les raisons de ce Godot de l’Europe sociale qui ne vient pas depuis un bon moment déjà. L’ancienne Présidente de la Lettonie, Vaira Vike-Freiberga, ici intervenante en tant que membre du Groupe de réflexion sur l’avenir de l’Europe, en appelle elle aussi à un « dialogue social européen », et surtout écrit – elle ou une personne à laquelle elle a confié cette tâche – cette phrase carrément amusante : « Aujourd’hui, le choix est devant nous : celui d’agir ou de ne rien faire ». Cela continue dans le grandiose, le lourd, l’historique : « En agissant et en démontrant une volonté politique forte, nous survivrons pour mieux jouer un rôle dans un futur dont la seule certitude est son incertitude [sic]. Pour ne pas subir, il faut grandir [re-sic]« . On nous épargne la citation attribuée au philosophe allemand mort à Turin, mais  nous y sommes presque. En gros, fonçons dans le brouillard de l’avenir, cela nous mènera toujours quelque part. Super! Fond sonore : « I will survive », ou « We shall overcome »?  Les responsables français et allemands d’Arte, Gottfried Langenstein et Jérôme Clément, tiennent le discours convenu (pour des gens de médias) qui renvoie la faute du désintérêt citoyen et des médias en général à propos de l’Union européenne sur les hommes politiques. « Aux politiques maintenant de prendre leurs responsabilités. »

Enfin, un article signé par un collectif, intitulé « La génération des ‘Enfants d’Erasmus’ veut prendre ses responsabilités » m’a paru le seul digne d’intérêt en ce qu’il s’appuie sur un constat non dénué de fondements : « N’est-ce pas là un véritable sujet d’inquiétude? Deux générations qui se côtoient, l’une qui a grandi bercée par le rêve européen et qui s’investit plutôt dans la société civile [à savoir les associations européennes et les entreprises], une autre qui gravit les échelons des partis et des médias nationaux, en s’appuyant parfois sur l’euroscepticisme ambiant pour avancer. » Ce constat, émis justement par ceux qui occupent des postes à responsabilité auprès de divers mouvements européens ou entreprises à dimension continentale, traduit sans doute presque naïvement leurs ambitions de carrière, mais il rappelle aussi  à juste titre que, pour l’instant, les clés de la vie politique européenne restent entièrement dans des espaces politiques et médiatiques nationaux. Les récentes élections en Hongrie, avec leur résultat caricatural, forment comme un parfait contrepoint à cette prétention à incarner une élite européanisée montante.  En croyant faire masse en organisant des Etats généraux de l’Europe, avec plusieurs milliers de participants revendiqués d’avance, ces jeunes leaders associatifs ou dirigeants d’entreprise soulignent – à leur corps défendant – le caractère minoritaire, élitiste, isolé, de leur démarche.

En tout cas, à en juger par cette expression publique des plus européistes dans un journal historiquement pro-européen, la panne d’idées neuves du côté de ces philo-européens auto-proclamés est totale. Mémoire, volonté politique, dialogue social, y a-t-il des concepts plus creux disponibles sur le marché des idées de notre temps?

Dans le même ordre d’idée, ce même jour, toujours samedi 17 avril 2010, le Monde éditorialisait en première page :  « Enfin une bonne nouvelle du côté de l’Europe! » en se félicitant que les représentants de la majorité des eurodéputés semblaient bien décidés à obliger Madame la Baronnesse Ashton à réviser son projet d’organisation du Service européen d’action extérieure (SEAE). Le Monde y voit un signe de la montée en puissance du Parlement européen. Sans doute est-ce bien le cas, mais peut-on trouver un sujet plus élitiste que  l’organisation du SEAE? Bien sûr, si l’on croit un peu que les arrangements institutionnels comptent en matière de politiques publiques, cela  aura son importance dans les affaires du monde, mais comment ne pas voir que les ressortissants des Etats membres de l’Union européenne n’en ont absolument rien à faire en pratique dans leur immense majorité? Si c’est cela la bonne nouvelle…

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