Merci le Bayern!

Hier soir, le quartier, plutôt populaire,  où j’habite à Lyon a été d’un calme impressionnant. Après quelques rumeurs au tout début du match OL/Bayern, le silence s’est installé. Magnifique silence, bien plus profond qu’une nuit ordinaire. J’ai très bien dormi.

Ce matin, le Progrès de Lyon, qui faisait sa Une sur la saga européenne de l’OL depuis des semaines, n’est pas paru. Heureuse coïncidence. Pour une fois, le patronat et les syndicats ont dû trouver que ce conflit social, portant sur les salaires,  n’avait pas un si mauvais timing. Difficile en effet de trouver un titre adéquat pour informer le lecteur. Branlée historiqueSévère déculottade? Leçon magistrale? Correction méritée? et j’en passe des plus vulgaires qui me paraissent adéquats à la situation. Défaite honorable, aurait été un mensonge d’allure soviétique. Occasion perdue, une lapalissade style ministre de l’économie (du genre  : l’inénarrable, croissance négative).

Ne vous y trompez pas, je ne suis pas un supporter aigri de l’OL, et je n’ai aucune sympathie pour le sport-spectacle. Simplement, je déguste avec délectation l’échec d’une stratégie de mobilisation (anesthésie?) des masses à travers le sport-spectacle en vigueur dans nos parages. Cela devrait faire réfléchir un élu local important ici qui tient tellement à un « Grand Stade » pour une soit-disant grande équipe. Il serait tant de se rendre compte que le sport-spectacle n’est que la cerise sur le gâteau ajoutée aux performances socioéconomiques d’une région et non le remède à divers maux (par exemple, la désindustrialisation). Le Bayern a gagné as usual parce que, structurellement, derrière cette performance,  il y a l’une des plus riches régions d’Europe.

Déjà, avec l’épopée (enfin la promenade burlesque…) du GF38 en Ligue 1 cette saison, je me délectais. J’avais suivi (de loin) la stratégie de la mairie de Grenoble visant à créer un sport de haut niveau fédérant un esprit civique pour la Capitale des Alpes. J’avais beaucoup souffert pour les arbres centenaires d’espèces rares abattus au cœur d’une ville sans  beaucoup d’espaces verts afin d’installer un Grand Stade. J’avais trouvé très quelconque architecturalement le stade construit à leur place. Quelle  Schadenfreude, comme disent les Allemands!

Si cela se trouve, cette excellente année devrait s’achever sur le festival  donné par  l’équipe de France lors de la Coupe du monde de football en Afrique du Sud.

Cessons de rêver à des lendemains qui déchantent, pour l’heure, merci encore Bayern!

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10 réponses à “Merci le Bayern!

  1. Toujours pas digéré les petits ponts subis dans les préaux, toi… Et plus de bourdivinisme simplet, hein ? Promis ? Le football, nouvel « opium du peuple » ? Pfff…
    Mais cette défaite m’a aussi réjoui… pour d’autres raisons.

  2. @ YS : c’est vrai il y a sans doute un ressenti adolescent contre le football de ma part. Je ne le nierai point. Il y a aussi le ressenti du contribuable local qui se sent un peu floué.

    « Opium du peuple », c’est un mauvais terme, puisque l’opium calme et rend doux… d’après ce que j’en sais depuis les livres d’histoire sur « les Chinois abrutis par l’opium ». Donc « Amphétamine du peuple » plutôt disons. Ce n’est pas parce que tu pratiques ce sport en amateur qu’il faut en nier certaines vertus excitantes sur les spectateurs – mais cela pourrait être n’importe lequel des sports-spectacles, le vélo, le sumo, le cricket par exemple dans d’autres pays. Il ne me semble pas que P. Bourdieu était particulièrement contre le football, et je connais des bourdivins de stricte obédience très fanatiques de ce sport; par contre il existe un courant de philosophes fort acerbes contre ce dernier, un peu comme les Chrétiens qui n’aimaient guère les Jeux du cirque… Je confesse donc ma faute de lèse-football. (Si j’étais indien, de lèse-cricket, si j’étais japonais, de lèse-sumo, etc.)

  3. Relu du coup le papier de Bourdieu « Comment peut-on être sportif ? » dans Questions de sociologie. Pas son meilleur papier… Trop de Debord et pas assez d’observation participante… Mais, sur l’essentiel, je suis d’accord avec toi (et avec Bourdieu), même si les écrits sociologiques et philosophiques sur le sport en général, et le football en particulier, sont trop souvent empreints de méconnaissance et de mépris. Autant éviter ça dans tes posts (et, pour la posture de lèse-sumo, c’est bien, tu aimes le risque).
    Enfin, tout ceci me remet en mémoire la mauvaise foi d’un de nos collègues à l’heure de dire s’il y avait penalty ou pas lors d’un match profs-élèves à Sciences Po Grenoble… De l’agressivité ? Tss, Tss… Meuh, non.

  4. @ YS : sur tes bons conseils, je vais essayer de limiter ma propre agressivité à l’encontre du sport-spectacle….

  5. Je ne sais pas à Lyon, mais ce qui est frappant à Grenoble, c’est qu’on y trouve des marques de soutien affiché aux équipes de Lyon comme de Marseille. Peut-être que cela date du temps où le GF 38 n’était pas en ligue 1. Ou bien du temps où il n’y avait pas de stade. Mais cela peut intéresser ceux qui travaillent sur les appartenances territoriales ou les identités locales. Le lieu de résidence ne détermine pas nécessairement, pour les footeux, le soutien à l’équipe locale. Bon, ce n’est pas une découverte absolue, mais on pourrait pousser plus loin. Par exemple, on pourrait payer la taxe d’habitation d’une ville (ou, plus rentable, d’un village) que l’on porte dans son cœur. J’avais vu passer il y a quelques années d’intéressantes propositions pour inscrire les citoyens sur les listes électorales de leur lieu de travail, plutôt que de résidence.

    Si la municipalité de Grenoble entendait créer ou ancrer une identité locale par le biais du football, elle aurait mieux fait d’interroger l’évidence du lien entre lieu de résidence et inclination de supporter. A Grenoble, à défaut de penser une ambitieuse politique de la ville, ou d’avoir des audaces architecturales (quoique ; et puis, si Le Havre a obtenu son classement au patrimoine mondial, Grenoble peut y espérer un strapontin), on a visiblement fait du foot un marqueur particulier. Il y a sans doute des politiques de ligue 2, comme il y a des clubs…

  6. Une seule phrase : G-E-N-I-A-L-E ! Géniale cette conversation footbolistique teintée de lectures sociologiques par deux de mes anciens professeurs à Sciences PO. Décidément, ces études vont vraiment me manquer !

    Au plaisir de vous revoir

    Bien à vous

  7. @ Emmanuel T. : tu as raison, et on peut aussi ajouter les supporters des équipes italiennes ou des équipes nationales étrangères (comme tu vas le voir pendant la Coupe du monde de cette année). La mairie a fort à faire en ce domaine; Grenoble souffre d’un déficit d’identification urbaine de ses habitants faute de lieu, de personnage (nb. Stendhal est connu pour ses diatribes contre Grenoble), ou de symbole marquant (en dehors de la Résistance et encore), telle qu’il y a quelques années nos collègues géographes-urbanistes avaient consacré un beau numéro de revue à ce fait de la « page blanche » grenobloise (où il était presque impossible d’inventer une histoire fédératrice parce qu’elle n’existait pas ou si peu). Faisant de nécessité vertu, ils proposaient de jouir de cette absence qui laissait toute sa place aux aventures individuelles ou collectives. Le passé n’ayant laissé aucune trace vraiment importante, l’avenir y est ouvert à qui voudra s’en saisir…
    Pour revenir au football, il se trouve que, selon le Monde d’il y a quelques jours dans une enquête sur la violence autour des matchs , c’est dans le stade de Grenoble qu’auraient lieu en proportion le plus d’incidents… Les responsables du GF38 semblaient affolés face à cette situation qui risquait de faire fuir le public familial; cela reflète sans doute la situation sportive désastreuse de cette équipe, mais cela tient peut-être aussi à la « fracture sociale » particulièrement nette dans cette ville. Ingénieurs et universitaires d’un côté, prolétaires post-industriels de l’autre.

  8. Oui, j’ai effectivement remarqué qu’à Grenoble avait été fêté une victoire footballistique de la Turquie il y a plus d’un an (je ne sais plus pour quel match), et que le match Algérie-Egypte, je crois, a donné lieu à pas mal de casse en ville. Je sais aussi que la ville réfléchit, via notamment des focus groups, à la manière dont elle pourrait rendre la ville immédiatement identifiable et attractive, en dehors des noix (!), et en dehors d’être la porte des Alpes (c’est-à-dire celle qu’on passe pour justement aller dans les Alpes et quitter Grenoble). Quand on vient par l’autoroute, le panneau touristique annonçant Grenoble représente une sculpture de type industriel de Calder (les 3 pics), mais ce n’est pas identifiable, et surtout si on ne connaît pas, cela ne renvoie à rien.
    Bref, il y a encore du pain sur la planche…

  9. @ Emmanuel T. : la mairie aura beau chercher, elle ne trouvera pas grand chose dans l’esprit de ses citoyens à valoriser, sinon que Grenoble correspond à un « camp de base » pour d’autres choses. Comme l’avait écrit il y a quelques années un collègue, éminent directeur de recherche au CNRS et responsable d’un vaste programme de recherche, Grenoble possède cet immense avantage, c’est qu’on peut la quitter pour explorer le monde sans aucun regret… et y revenir sans crainte. Quand j’y habitais, j’avais fondamentalement ce sentiment que cette ville invitait aux voyages, proches (la montagne), un peu moins proches (la mer, l’Italie, la Suisse, l’Allemagne, Paris, Lyon, etc.), ou plus lointains. Ce qui est fondamentalement stendhalien, non? Un slogan pour le focus group de la mairie : « Grenoble, la ville que vous aimerez quitter »… (là je suis de mauvaise foi). Plus sérieusement, à force de chercher de l’identité locale pour attirer le chaland dans toutes les villes de France, et d’Europe, parfois on ne trouve rien de valorisable. La houille blanche, le CEA, les chasseurs alpins et la Résistance, pour ne pas se faire rire avec les noix…, cela ne fait pas vraiment rêver les masses. A Grenoble, ville de l’innovation technologique, plutôt que de construire un stade (inutile), il aurait mieux valu récupérer le « Beaubourg 2 » qui vient de s’ouvrir à Metz. Il faudrait ainsi déjà commencer par restaurer la tour de B. Perret dans le parc de la Mairie, ce vestige de l’exposition de la Houille Blanche en 1926. Actuellement, elle menace ruine. On pourrait en faire un belvédère. On pourrait aussi recréer un ligne de tramway pour le Vercors. Il faudrait jouer à plein la ligne de la modernité la plus radicale.

  10. Je souscris complètement à ce que tu dis, et à tes propositions d’aménagement de Grenoble.

    Pour des raisons qu’il faudrait examiner (alliance avec les écologistes ? panne idéologique ? perception uniquement fonctionnelle de la ville ?), les équipes municipales de gauche ont tendance à axer leurs programmes urbains uniquement, ou quasi uniquement, sur la question des transports. C’est visible à Grenoble, où la politique de construction de nouveaux tramways (bientôt une 5e ligne) tient lieu de politique… Ça a été visible à Paris, lors de la grande période « Denis Baupin », avec entre autres le tramway venant doubler la petite ceinture de bus, et qu’il faut maintenant achever. Politique de transports qui se substitue à d’autres ambitions, comme on a pu les voir à Londres (réhabilitation de lieux culturels comme la Tate Modern, audaces architecturales, destruction de quartiers entiers pour des rénovations). Il y a certes des choses à Paris (le 104, hum, des rénovations aux Batignolles ou à Belleville) mais rien de marquant. A Grenoble, on s’émerveille de l’éco-quartier de Bonne, aux prix d’achat prohibitifs, mais on s’accommode d’horreurs architecturales, comme les Grands Boulevards et tout ce qui se trouve à leur Sud, ou encore le Rectorat et la Mairie, qu’on ne songe même pas à détruire ou à réaffecter (j’ajoute qu’à côté de l’inutile Tour Perret il y a une vasque olympique toujours éteinte et sans grand intérêt). La première fois que je suis venu à Grenoble, j’ai cru que le parc Paul Mistral était une friche industrielle, et que le Palais des Sports était une usine désaffectée… ! Par ailleurs, je commence à penser que Grenoble aurait besoin d’une politique de rénovation « esthétique » !

    Ayant vécu près d’un an à Levallois-Perret, et y ayant des attaches, abstraction faite du cas Balkany qui fait toujours obstacle quand on évoque cette ville, la politique urbaine, et de destruction/construction, y est spectaculaire. Attirant de nouveaux publics (cadres trentenaires avec enfants), au fort pouvoir d’achat, qui n’ont pas les moyens d’aller à Neuilly, et n’appartiennent de toute façon pas à la bourgeoisie patrimoniale, et qui trouve que Clichy est sale (pour parler des villes qui enserrent Levallois). Et fidélisant ces nouveaux publics à coups de crèches, d’écoles, de piscines, bref de services.
    On m’objectera que Levallois est très endettée. C’est exact. Mais Grenoble aussi, pour des politiques urbaines moins intéressantes.

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