Diète crétoise.

Et, voilà, c’est presque fait maintenant, le gouvernement grec a demandé l’activation du plan d’aide géré conjointement par l’Eurogroupe et le FMI. Finalement, l’addition triennale ne sera que de 110 milliards d’euros (soit un peu moins de l’équivalent d’une année de budget de l’Union européenne). Il est difficile en ne parlant pas grec de savoir ce que le gouvernement grec a véritablement annoncé comme mesures d’austérité à ses concitoyens ce dimanche. En se basant sur la presse française, allemande et italienne, il semble bien que ce plan d’austérité doive faire reposer le gros de l’ajustement sur les salariés du secteur public et les retraités (surtout les mieux payés) et sur les consommateurs (hausse de la TVA et des assises sur l’alcool, le tabac, l’essence). Des mesures visant à faire diminuer (indirectement ou directement) les salaires du secteur privé sont aussi présentes : plus large possibilité de licenciements et institution d’un salaire très minimum pour les jeunes. De la génération des 700 euros par mois à celle des 500, 400, 300 euros? Jusqu’où faudra-t-il diminuer les salaires pour être de nouveau compétitif? Comment organiser la déflation salariale, nécessaire selon les économistes, tout en maintenant la consommation, soutien de la croissance selon d’autres économistes, à un niveau décent? Mystère…

Parmi toutes ces mesures évoquées par la presse internationale, j’ai noté une absence – mais peut-être est-ce un effet de la mauvaise transmission de l’information entre pays européens? – : aucune indication de réductions  drastiques de l’effort de défense grec. Notoirement excessif comme on le sait.

Pourtant, cela m’aurait semblé une bonne idée, européenne, que d’annoncer la suppression de l’armée permanente de la Grèce à l’occasion de cette crise, au profit par exemple d’une garantie européenne de sécurité. Après tout, nous sommes en paix entre Etats européens : pourquoi ne pas  profiter de cette crise budgétaire d’un petit pays de l’Union pour faire des économies d’échelle en matière de défense? Bien sûr, c’est là je le sais la proposition la plus irréaliste qui soit. Je la cite ici seulement pour bien souligner les choix qui sont faits en réalité en les opposant à ceux qu’on ne fera pas de toute évidence.  Il n’est pas de cas, où un ajustement budgétaire mené par le FMI ait sérieusement considéré cette option de démilitariser complètement le pays considéré pour y faire des économies budgétaires. Le modèle du Costa Rica devrait pourtant inspirer quelques réflexions en ce sens. En effet , quoi de plus logique du point de vue économique? Quelle dépense plus improductive que la défense pour un petit pays que personne ne menace  et qui ne va sans doute pas comme la France, la Russie, Israël,  la Corée du Nord, ou la Grande-Bretagne, devenir grâce à son primat en la matière un exportateur de biens ou de services à partir de cette spécialisation militaire ? (Et ne me dites pas que la Turquie est fort agressive, ne veut-elle rejoindre l’Union européenne? Et qui compte sur l’armée grecque pour sauver la paix dans la région?).

Enfin,  la diète crétoise, c’est très bon pour la santé. Nos compatriotes grecs vont vraiment tous vivre centenaires.

Publicités

2 réponses à “Diète crétoise.

  1. D’ailleurs à ce propos, il est intéressant de noter l’inquiétude des militaires en France ainsi que des industriels de la défense devant la chute du « modèle grec » en matière de dépenses militaires. Jusqu’ici cité en exemple (avec pour objectif le fameux seuil de 2% du PIB pour la défense), la Grèce est devenue un repoussoir européen. Dans un contexte de réduction drastique des dépendes publiques (RGPP régulièrement dénoncée par les militaires), la crise grecque n’est pas une bonne nouvelle pour les armées nationales (surtout que ses comptes ont été maquillés pour financer l’effort militaire précisément), puisqu’elle confirme une période d’austérité pour les militaires européens dont aucune sortie n’est en vue.

    Autre dimension à prendre en compte, la Grèce ne voulait certes pas devenir un exportateur militaire, mais constituait surtout un marché dynamique en la matière. Tous les plans de modernisation de sa marine sont désormais ajournés (vu dans DSI), et ce n’est pas une bonne nouvelle pour nos industriels français et nos chantiers navals.

    Quant à une démilitarisation de la Grèce, elle pourrait objectivement mener à une politique plus « active » de la Turquie dans la zone et la réaffirmation de sa souveraineté sur des îles grecques (ce qui a causé de nombreuses tensions dans le passé… et des pertes aériennes turques dans les années 1990 avec des combats aériens F16 grecs, F15 turcs). La Turquie veut certes devenir européenne, mais le sentiment anti-grec (au niveau militaire néanmoins) demeure vivace ainsi que la compétition de « prestige » entre les deux pays.

    Enfin, ceux qui comptent sur l’armée grecque pour les protéger des 40 000 soldats turcs (officiellement) positionnés au nord de l’île de Chypre… ce sont bien les Chypriotes… (ce n’est pas un luxe au regard de la qualité de la garde nationale…)

    PS : S’agissant de la garantie européenne de sécurité, il est à craindre qu’une démilitarisation hypothétique des petits pays fasse reposer l’effort de défense européen sur les épaules de quelques grands pays (France, R.-U., Allemagne…) engagés également dans une réduction forte de leurs dépenses; et conduirait sans doute à réduire à néant les espoirs déjà minces d’Europe puissance (car la réduction des coûts au niveau national ne mènera pas à une compensation européenne…).

  2. @ MasterEurope : j’ajouterai à ces perpectives sombres pour l’Europe-Puissance que, selon les sondages disponibles, les opinions publiques sont prêtes à faire des économies dans ce secteur là justement, la défense.

    Sur la rivalité entre les militaires grecs et turcs en Mer Égée, et indirectement à Chypre, on pourrait imaginer une implantation de forces allemandes, françaises et britanniques pour garantir définitivement le statu quo. (C’est sûr que des forces allemandes en Grèce, cela ne va pas être apprécié des Grecs…). En tout cas, aussi bien le fait que la Grèce ne désarme pas complètement ou que l’on ne saisisse pas l’occasion pour communautariser la défense du continent, montre bien les limites, tragiques, de l’Union européenne.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s