« Si l’Euro échoue, l’Europe échoue ».

19 mai 2010, c’est le temps des phrases qui seront peut-être historiques sous peu…

Mme Merkel a déclaré devant le Bundestag lors du discussion des dispositions du plan d’aide à la zone Euro : « Si l’Euro échoue, l’Europe échoue »(« Scheitert der Euro, dann scheitert Europa ».) On ne peut que lui donner raison.  On pourrait simplement ajouter cette Europe-là – mais combien de temps faudrait-il pour en reconstruire une autre sur des bases différentes après les inévitables querelles liées à la dissolution de l’Europe présente? Pour l’heure, il faut se demander si le piège fédéraliste d’une zone Euro intenable à long terme sans au moins l’équivalent d’un État fédéral pour la pérenniser va fonctionner. Jacques Delors semble se reprendre à espérer.

L’ entretien d’A. Merkel, ayant eu lieu  la veille avec la presse du sud de l’Europe qui compte dont le Monde,  avait mis les points sur les « i » sur ce que devait être cette Europe qu’il s’agit de sauver à coup de centaines de milliards d’euros. Dans l’entretien publié dans le Monde, du mercredi 19 mai 2010, la phrase la plus importante de l’entretien était à mon sens cette réaffirmation : « L’appartenance à la zone euro ne saurait donner naissance à une Union faite de transferts financiers. » Arnaud Leparmentier, le même journaliste qui avait donné un bel article l’été dernier sur ce que signifiait pour l’Union européenne la décision de la Cour constitutionnelle allemande sur le Traité de Lisbonne, résume : « Sur le fond, l’Allemagne [oserais-je ajouter « actuelle », tenant compte de la proposition de J.Fischer en 1999 d’une Fédération?] rejette une fédération, mais souhaite une Europe où chacun gère un budget équilibré et veille à sa compétitivité. » Un commentateur du FAZ titre son article de commentaire à cette ligne de la chancelière : « Bis alle Schwaben sind » (Jusqu’à ce que tout le monde soit souabe). L’article fait allusion à une ménagère souabe particulièrement réputée pour son sens de l’économie : ainsi, selon Merkel, à terme, tout le monde devrait devenir à terme souabe en Europe… ce qui suppose un rapprochement radical des cultures économiques et sociales. J’y sens comme une ironie face à la Chancelière.

Cette réaffirmation des principes inscrits dans les Traités européens correspond peut-être à une dénégation à usage interne de ce qui est en train de se passer (aussi bien autour du plan d’aide aux finances de l’État grec et éventuellement à celles d’autres États de la zone Euro que du changement de ligne de la BCE dans ce cadre : l’esprit du Traité de Maastricht se trouve un peu en mauvaise posture ces temps-ci), mais il peut tout aussi bien traduire la véritable vision de l’avenir de l’Union européenne de la part de Madame Merkel. Une Europe à la souabe. Je veux bien:  effort soutenu d’investissement, épargne raisonnable, joies simples, mais, en dehors des problèmes du côté de la « demande effective » que cela risque de poser au niveau agrégé (que soulignent tous les économistes avec plus ou moins de virulence, y compris d’ailleurs à l’industrie allemande…), je ne peux croire ne serait-ce qu’une demi-seconde à une transformation des sociétés européennes en un temps aussi réduit que celui que supposerait l’adaptation par cette voie du « tous souabe » aux  contraintes économiques posées par l’existence de la zone Euro. La convergence des sociétés nationales dans leurs mœurs  (par exemple le rapport à la loi, à la tricherie, à l’État, etc.) ne peut être que longue. Que la majorité des classes supérieures grecques payent à compter de cette année tous les impôts qu’ils doivent à leur État tiendrait par exemple de la science-fiction. Que la main d’œuvre portugaise gagne comme par miracle en qualification de même. Que l’Espagne se découvre championne de la R&D. Que la Calabre  mute en  Lombardie (et non l’inverse…).

Heureusement, avec ce bel exercice de gouvernance européenne qui va permettre d’écrire des dizaines d’articles scientifiques pour le disséquer, la valeur de l’euro en dollars s’effrite rapidement. La France va peut-être enfin réussir à vendre des Rafale.

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2 réponses à “« Si l’Euro échoue, l’Europe échoue ».

  1. Au moment de la panique de 2008, les comparaisons ont fleuri avec la crise de 1929. Avec pour réponse néanmoins : « ne vous inquiétez pas braves gens on a appris de nos erreurs ». De fait, les Etats ont sauvé le système financier. Applaudissements. La crise est derrière nous. La reprise bientôt là. Maintenant c’est l’effet « kisscool », avec le problème qui s’est déplacé sur la dette souveraine des Etats… que « les marchés » imposent de réduire au plus vite. D’où les traitements de cheval auxquels tous les Etats européens actuellement sont en train de succomber. Cela avait commencé avec d’obscurs pays de l’Est, et en Irlande, maintenant, c’est l’Espagne, le Portugal, et bientôt (déjà) la France, le Royaume-Uni, etc..

    Néanmoins j’aimerais bien que l’on m’explique comment on compte sortir de la crise (et donc rétablir nos finances publiques) en décapitant de façon aussi minutieuse et coordonnée à l’échelle continentale la demande globale. Cela ressemble quand même pour le coup beaucoup aux politiques de déflation catastrophiques menées dans les années 1930. Jusqu’ici le choc avait été absorbé grâce à nos Etats-providence supposés obèses qui avaient permis à la demande globale de ne pas s’effondrer (comme cela avait été le cas justement dans les années 1930). Quid de la période à venir ? D’autant plus que « les marchés » vont peut être finir par s’apercevoir que tous ces plans de « dépeçage » (le qualificatif de « rigueur » me parait inadapté, sur ce point je suivrais de façon ironique l’avis du gouvernement français) sont contreproductifs pour l’état des finances publiques en aggravant la situation économique… cela ne sera pas beau à voir.

    Sinon quelqu’un aurait-il des nouvelles de Patrick Devedjian et de son ministère de la relance ?

  2. @ SL: vous avez entièrement raison, le grand économiste Michel Aglietta ne dit pas autre chose dans son article du Monde d’il y a deux jours (qu’il faut absolument lire pour se faire une idée exacte de la situation). J’ai bien l’impression que le « Cassandre » du Financial Times, Martin Wolf, dit plus ou moins la même chose. Si les gouvernements européens font vraiment ce qu’ils annoncent tous les uns après les autres vouloir faire comme coupes des budgets publics, ils vont provoquer une crise tout à fait réussie : le gouvernement économique « procyclique » de l’Union européenne sera né, tout le monde sera en phase dans la crise, et enfin le Phénix resurgira de ses cendres….

    Vous remarquerez que cette réaction des gouvernements, tout particulièrement celui de l’Allemagne, montre une remarquable inertie : A. Merkel veut accentuer l’effort de réduction des déficits de l’Allemagne dans la lignée des gouvernements précédents, alors même que de nombreux économistes signalent qu’il y aurait une nécessité du point de vue commun à augmenter la consommation interne en Allemagne (pour permettre aux autres pays de la zone Euro de vendre des biens et services aux Allemands). Vous remarquerez que les deux grands partis de gouvernement allemands (SPD et CDU) ont lié leur sort à cette idée de réduction du déficit (ils ont même « constitutionnalisé » l’affaire), qui correspond à une dévaluation interne (vis les prestations sociales et les salaires), il n’existe donc pas pour l’instant d’alternative interne au système politique de ce point de vue, et les extrêmes sont bien trop loin du pouvoir pour l’influencer. Si l’on reprend votre comparaison avec les années 1930, il s’agit maintenant de voir comment le nécessaire changement de paradigme économique va cheminer au cours des années qui viennent. Cela va être long et accidenté.

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