LOL

Ceux qui me connaissent savent mon appréciation (dé)raisonnée de ce sport-spectacle qu’est le football. Je  dois dire que les évènements boulevardiers de ces derniers jours m’ont amusé à un point inimaginable. C’est mal, pas scientifique pour un sou, pas détaché du tout, mais franchement, qu’est-ce que c’est drôle! Aucun scénariste actuel n’aurait pu imaginer une situation aussi comique et en faire un film à gros budget. C’est du Jean-Pierre Mocky ou du Jean Yanne de la haute époque. On se régale.

Et, en plus, Alain Finkielkraut qui intervient avec une verve incroyable dans le débat. Il fait de la situation rien moins que la preuve d’un processus de dé-civilisation en cours, rien de moins.  Les propos qu’il a tenu ce matin sur France-Inter devraient  lui valoir des plaintes pour injures de la part des joueurs concernés de l’équipe de France de football. Il se sont fait agonir, sans d’ailleurs que , ni  un responsable de la Fédération française de football,  présent à l’antenne mais pas dans le studio,  ni les journalistes dans le studio, n’osent rétorquer quoi ce soit.

Je n’aime pas le football, mais le théâtre de boulevard, je ne dis pas non…

Ps. Et, en plus, le spectacle continue avec la Ministre Rosyne Bachelot en « protal » d’occasion qui descend dans la classe des garnements pour leur faire la morale, et ils auraient « pleuré »…. comme dans toute classe verte quand une grosse bêtise a été faite.  J’ai beaucoup aimé aussi l’allusion de la Ministre aux « enfants » de France qui doivent pouvoir continuer à rêver. L’hallucination continue… en tant que ministre, elle n’a rien d’autre à faire de plus urgent… il est vrai que la secrétaire d’État, concernée en principe, était indisponible.

Plus sérieusement, allez lire la chronique de Stéphane Beaud, « Les bleus sont les enfants de la ségrégation urbaine », dans Libération du 22 juin 2010.  C’est plutôt bien vu : S. Beaud, spécialiste de la jeunesse ouvrière contemporaine, reconstitue les parcours des uns et des autres, et explique ainsi la mutation des comportements par rapport à la « génération 1998 » par les transformations des parcours professionnels liés à la marchandisation croissante de ce sport.  Il ne cache pas non plus une prise de distance, qu’il explique, de certains joueurs avec l’aspect cocardier d’une équipe nationale.

Pour finir, il ne manquerait plus que nos braves se qualifient pour le tour suivant.

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4 réponses à “LOL

  1. Norbert Elias cité dès le matin sur France-Inter, je dois dire que ça m’a fait plaisir !

    Pour le reste, j’ai trouvé les séquences qui viennent de s’écouler tout à fait passionnantes. D’abord, on a pris la mesure, depuis le coup de boule de Zidane en 2006 et pour continuer avec Elias, du relâchement des manières sur le terrain, et depuis Anelka des manières verbales dans les vestiaires. Et l’argument selon lequel ce type d’insultes est fréquent laisse penser, au choix, que nos amis sportifs savent moins s’autocontrôler, ou bien, pour le dire avec Cas Wouters, qu’ils sont en permanence dans un relâchement contrôlé de l’autocontrôle, où les limites de l’étiquette peuvent être franchies s’il y a un consensus sur ces manières de faire. Et c’est bien la forme écrite donnée à l’injure verbale par « L’Equipe » qui casse la régulation propre aux pratiques de vestiaires, en rapportant les mots prononcés aux standards existant dans le reste de la société qui, eux, ne l’admettent pas.
    Avec l’inquiétude des entraîneurs amateurs, largement relayée par les médias, que les mots d’Anelka ne se substituent aux standards communs.
    On notera au passage que si la vulgarité des propos de Nicolas Sarkozy au Salon de l’Agriculture avait été largement reprise par les journalistes, qui répétaient ses mots avec une certaine jubilation, comme si le chef de l’Etat avait subitement autorisé qu’ils soient proférés, les termes utilisés par Anelka, plus forts, plus grossiers encore, ont été moins repris explicitement ; « Le Monde » du week-end n’osant même pas imprimer en entier, dans un courrier des lecteurs, les termes employés…

    Ensuite, du point de vue du « répertoire d’action » adopté par les joueurs, on a assisté à une tentative de « voice » (leur communiqué, la recherche du « traître » proposée par Evra, occupant physiquement la conférence de presse, et son soutien à Anelka sur le mode « Libérez notre camarade ! »), puis à une « exit » (le refus de l’entraînement). Au vu des réactions à la « grève » de l’entraînement (je ne suis pas sûr de la pertinence du terme), on peut dire que les footballeurs font partie des professions qui n’ont pas le droit d’arrêter le travail.

    Enfin, pour ceux qui travaillent sur la politisation, plusieurs de ses mécanismes en étaient visibles (montée en généralité, présence de clivages marqués, appel à un arbitrage ministériel, etc.). Politisation portée par ceux qui ont fait profession de commenter l’actualité, autour des questions d’argent dans un premier temps (salaires indécents, primes, cherté de l’hôtel des Bleus), puis autour de ce que l’attitude et le naufrage de l’équipe disent de la société (Alain Finkielkraut parlant d’un « putsch débile de voyous milliardaires », ou Joachim Barbier de « So Foot » parlant de « petits caïds », et tant d’autres commentateurs, notamment sportifs), et enfin la prise en charge directement politique, visant à arbitrer, sermonner, soutenir, et bientôt sanctionner, via la Ministre des Sports invitée à prolonger son séjour en Afrique du Sud et à rencontrer les acteurs concernés.

    Séquences passionnantes, disais-je !

  2. @ Emmanuel T. : je reconnais là ton esprit scientifique! Certes Nobert Elias a été cité, on peut se féliciter en ce sens.

    Je ne suis pas assez ces affaires de football pour ne pas être surtout effaré de la place que cela prend dans la partie la plus centrale des médias. Un quart d’heure, voire plus dans les journaux d’information de TF1 et France 2, lundi soir. Les journalistes font sur tous les médias comme si tout le monde savait qui sont les protagonistes, les noms de joueurs s’enchainent comme si cela faisait partie du savoir commun, mais, moi, je les découvre à cette occasion, et je me demande combien de gens sont comme moi. Politisation et publicisation en effet, mais, de quelque chose, dont, rationnellement du point de vue des affaires de la France, il ne devrait pas être plus question que le championnat de monde de wrestling! ou de bilboquet! Et le tout en pleine crise économique mondiale!

    A noter pour ajouter à tes remarques que la Ministre a promis un audit fait par un cabinet d’audit (donc privé?), comme si en France, il n’y avait plus de corps d’inspection, de députés ou d’universitaires. Cela aussi me semble significatif de l’époque. Moins de salaires pour les fonctionnaires, plus d’argent pour les auditeurs de tout poil!

  3. @ Bouillaud. Tu as complètement raison. Sur les chaînes d’informations continues, c’est encore pire, avec de longues émissions sur le sujet, emplies de gens qui se meuvent dans ce champ (cette pelouse, hum…) avec tout le « naturel » possible. Et, évidemment, à partir du moment où le politique s’en mêle (y compris avec le réflexe de l’audit renvoyant à l’univers du privé), il devient légitime d’en parler. Cela renvoie aussi à la manière dont le football, sans doute plus que le catch (même si sport monte depuis quelques années ; en tout cas à la télé), s’impose comme une évidence, un univers familier, et un sujet de conversation, dans différents milieux et dans les médias. « La bagatelle la plus sérieuse du monde », était le titre d’un livre de Christian Bromberger sur le football. C’est bien vu.

    A propos du « savoir commun », tu pointes un tropisme médiatique qu’on retrouve sur d’autres sujets que le football. Les journalistes, vivant dans le flux continu des informations et des dépêches, pensent que les spectateurs y sont immergés aussi et ont tout suivi depuis des jours et des jours. C’est visible dans la manière dont, au fil d’une même journée, les pronoms indéfinis cèdent la place au articles définis : « Disparition d’une fillette dans l’Aude », puis « La petite Sally retrouvée saine et sauve ». Si on a loupé le début, la mention d’un nom propre ou d’un événement ne renvoie littéralement à rien (d’autant qu’il y a rarement des rappels). Quand on sait comment les gens s’approprient les nouvelles (de manière discontinue, approximativement, et en se mélangeant les pinceaux dans les noms de lieux, d’acteurs, de groupes, de pays, etc.), c’est assez terrible. Mais apparemment les journalistes postulent un « bon spectateur » attentif et hypermnésique, comme ailleurs on postule un citoyen impliqué et politisé…

  4. @ Emmanuel T : dans le fond avec le football, je me retrouve donc à faire l’expérience de la « malinfo », telle que la décrit régulièrement Denis Muzet, que vivent régulièrement nos concitoyens sur mille et mille autres sujets. On postule un supporter aimant le football et ayant suivi les épisodes précédents…

    Ceci étant, la montée en généralité a continué depuis : désormais, on fait appel en haut-lieu au concept de « États généraux »(du football) – terme d’autant plus utilisé depuis un quart de siècle dans la vie politique que le pouvoir entend calmer le jeu dans un domaine de l’action publique, et non pas bien sûr y amener par inadvertance une révolution au sens fort du terme.

    Et je continue de rire très fort avec l’implication présidentielle… et la demande pressante d’entrevue d’un joueur auprès du chef de l’État.

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