« Nous ne sommes pas sûrs des lois de la Nature? Eh bien, votons-les! »

Le titre de ce post est un aphorisme attribué au sociologue Bruno Latour, dans le très beau portrait dans Libération du lundi 20 décembre 2010 qu’en donne Eric Aeschimann, sous le titre « Le climat mis au vote ». La présentation,  pour succincte qu’elle soit, et quelque peu vacharde par prétérition, ne semble pas trahir le personnage ainsi décrit.

Comme des lecteurs s’en douteront, je ne goûte guère le relativisme subtil propagé par Bruno Latour, relativisme à la défense élastique qui doit faire tressaillir  de joie le camarade Jdanov dans son tombeau:  nous aussi, nous avons enfin entendu son message, bien  mal compris il faut le dire à l’Ouest en son temps, mais je comprends qu’il soit bien adapté à notre époque. Votons en effet, et nous saurons! ( Il m’est d’avis que, dans quelques décennies, nous rirons moins de ces facéties, qui ménagent fort habilement la chèvre et le chou.) Les propos que prête à Bruno Latour le journaliste sur la France,  par lesquels ce dernier expliquerait (conditionnel de rigueur) l’accueil tardif de son œuvre (sur le modèle classique du génie qui ne saurait être « prophète dans son pays »), France qui serait « le pays de la raison, où l’État éprouve le besoin de prendre appui sur la science présentée comme une autorité sacrée » (citation là encore selon l’article), m’ont bien amusé : comme si depuis fort longtemps, bien des États n’avaient pas cherché à agir pour le mieux en fonction de ce que leurs dirigeants percevaient comme la réalité.  On pourrait facilement là retourner les armes du génie contre son propos. Mais peut-être est-ce une erreur de compréhension du journaliste?

Il se trouve que j’ai lu hier soir par le plus grand des hasards une citation d’un auteur protestant hollandais du XVIème siècle, Coolhaes : « Le nombre ne donne aucune supériorité, car la vérité ne peut être prouvée par le nombre de ses partisans. » (cité par Wilhem Dilthey, Conception du monde et analyse de l’homme depuis la Renaissance et la Réforme, Paris : Cerf, 1999, p. 110) Il s’agissait d’une critique en règle du poids des décisions synodales dans les conflits théologiques de l’époque. Comme quoi les positions structurelles sur l’accès à la vérité demeurent, même si ce qui importe aux hommes comme vérité change avec les époques…

Ps. Faut-il perdre son temps à écrire ce genre de posts, un peu cryptiques, dont un « bourdivin » ferait facilement l’exégèse…; sans doute pas, mais cela va mieux en le disant et comme je n’ai pas de jeu de fléchettes à disposition.

 

 

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