Zombie Berlusconi

La situation de Silvio Berlusconi à la tête du gouvernement italien me fait de plus en plus penser à celui d’un zombie dans un film d’horreur : vu les scandales en cours sur sa personne (surtout depuis 2009), il devrait déjà avoir démissionné cent fois dans un autre pays démocratique, mais, même s’il parait un peu touché dans un premier temps, Zombie Berlusconi se relève à chaque fois et contre-attaque en hurlant au complot universel contre sa personne. Ne vient-il pas de remporter de haute lutte (en ralliant quelques ascaris) un vote de confiance , faisant pourtant suite à la défection de son plus vieil et constant allié politique (Gianfranco Fini)? Est-ce que le « Rubygate » comme dit la presse – commencé par l’arrestation d’une jeune prostituée d’origine marocaine nommée Ruby –   peut l’achever? Pourquoi ce scandale-là plutôt qu’un autre  lui  serait-il fatal ? Pour résumer, selon la presse, S. Berlusconi aurait donc une vie privée – des moments de détente dans une vie professionnelle fort remplie – qui ressemblerait à une émission d’une de ses trois chaines de télévision. Il a réussi à attirer l’attention du grand public (masculin) italien avec ses fameuses « soubrettes » qui parsèment les émissions de divertissement offertes par ses chaînes depuis le milieu des années 1980. Dans sa vie privée, il  s’organiserait ce même traitement V.I.P. dont il fait rêver le mâle italien (frustré) depuis 30 ans. En effet, à l’occasion du « Rubygate », tout ce qu’on peut lire dans la presse italienne, via les enquêtes de la magistrature et les témoignages recueillis par ailleurs par les journalistes, parait de la même médiocrité absolue, y compris sur le plan des fantasmes qui s’y jouent, que la télévision qui a fait sa fortune.  La première victime du berlusconisme comme phénomène culturel semblerait bien du coup être l’homme Silvio Berlusconi lui-même. On commence à mieux comprendre le sens que mettait dans ses propos sa désormais ex-femme quand elle le traita de « malade ».

Sa stratégie pour échapper aux conséquences politiques de ce nouveau scandale ne changent pas : tout nier en bloc jusqu’à la limite de toute vraisemblance (et, ici, de l’incohérence, puisqu’il chaloupe entre le semi-aveu sur ses habitudes privées et la dénégation totale de l’aspect mercantile des relations ainsi entretenues) ; affirmer qu’il s’agit d’un énième complot des juges (milanais!) rouges qui veulent le détruire au nom des (ex-)communistes impuissants à gagner les élections; donner le maximum d’écho à ces deux arguments via les  nombreux médias amis (télévision et presse écrite); multiplier via son équipe d’avocats-députés les arguties juridiques pour prouver que les juges n’ont de toute façon pas le droit d’agir comme ils le font et pour jouer la montre (ou plutôt le calendrier); éventuellement faire une loi pour le sauver des poursuites en cours;  impliquer ses alliés dans sa défense. Le scénario reste toujours le même depuis décembre 1994, même si le point cardinal reste bien sûr le complot des juges rouges (même si certains d’entre eux étaient presque fascisants en réalité dans leurs opinions politiques). On retrouve dans le « Rubygate » les mêmes ingrédients.

Ce qui me fascine par contre cette fois-ci, c’est l’imprudence du personnage. S’il existe ne serait-ce qu’une once de vérité dans ce que rapporte la presse – S. Berlusconi ne nie pas d’ailleurs se détendre en bonne et féminine compagnie…-,  comment se fait-il qu’il ait continué à fréquenter des jeunes femmes en 2010 (qui pourraient être ses filles…), alors même qu’en 2009, avait eu lieu le scandale Noemi L. à propos de cette jeune napolitaine qui avait eu droit à sa présence pour l’anniversaire de ses 18 ans? Que l’Église catholique s’était alors dite troublée, comme elle le dit un tout petit peu cette fois-ci aussi. Selon la presse, même les leaders de la Ligue du Nord semblent un peu irrités de la répétition d’un scénario semblable.

Pour l’image de l’Italie, qui fête par ailleurs cette année les 150 ans de son Unité (1861-2011), je me demande ce qui ferait le plus désordre : une crise politique partie sur un tel fondement (… sans jeu de mots!) ou la preuve que, décidément, rien ne peut achever le Zombie Berlusconi!

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