Plagier peut nuire (longtemps) à votre carrière.

La bonne nouvelle de la journée : le Ministre allemand de la Défense, Karl-Theodor zu Guttenberg, a été contraint ce mardi 1er mars 2011 de présenter sa démission, et cela suite aux diverses révélations dans les médias allemands sur la forte dose de plagiat (euphémisme) contenue dans sa thèse de droit. Se rendant compte de la gravité de sa malversation, il avait d’abord tenté de renoncer de lui-même à son titre honorifique, si prisé chez nos voisins, de « Doktor »;  il avait même  reçu le soutien politique de la Chancelière, mais cela n’a pas suffi. Il a démissionné. Bon débarras!

Je dis « Bon débarras! », parce que je vois surtout, du point de vue professoral qui se trouve être le mien, l’aspect éducatif de cette situation. En pratique, cela veut dire qu’un plagiat peut vous nuire, ô sombres plagiaires, quelque temps après avoir été commis, au moment où cela vous importe peu désormais d’avoir un peu forcé le destin académique en votre faveur.  Avec la mise en ligne de tous les travaux universitaires, effectués dans tous les pays, les plagiats (y compris ceux du passé), s’avèrent sans doute de plus en plus faciles, mais ils  peuvent aussi être de plus en plus facilement détectés (avec des logiciels et des sites ad hoc). On peut même imaginer que, dans un futur pas si lointain, on puisse comparer le contenu de textes écrits dans des langues différentes.

Bref, le cas Karl-Theodor zu Guttenberg devrait devenir une  petite leçon de vie pour tous ceux qui seraient tentés par le plagiat. (Bien sûr, cela constitue aussi une petite satisfaction pour les enseignants, qui, comme moi, malgré quelques précautions élémentaires, ne sont pas certains de ne pas s’être fait avoir de temps à autre par quelque étudiant indélicat, et qui en gardent au fond quelque amertume.)

Par ailleurs, un grand merci à nos voisins allemands de nous rappeler encore une fois que les circonstances qui peuvent amener outre-Rhin à la démission d’un responsable politique, y compris lorsqu’il semble efficace dans sa tâche et lorsqu’il bénéficie d’une couverture favorable des médias,  restent décidément plus inclusives que de ce côté-ci du Rhin. Le contraste s’avère de fait saisissant entre les causes qui ont fini par amener à la démission de notre Ministère des affaires étrangères et le motif de celle du Ministre allemand de la Défense. Dans le cadre du partenariat franco-allemand, la convergence des mœurs politiques reste encore à faire, même si la Chancelière allemande a tenté de copier en la matière le Président français.

Unis dans la diversité, ou unis dans la médiocrité… that is the question (plagiat).

Ps 1. Pour la petite histoire, l’après-midi même après avoir écrit ce texte, je découvrais un plagiat dans un des travaux que j’avais à corriger. Cela m’a déprimé au plus haut point.

Ps 2. Nos collègues universitaires allemands, suite à la réaction inadéquate de la Chancelière à propos du cas zu Guttenberg, ont rédigé une lettre ouverte  adressée  à cette dernière pour réagir à ce mépris de la science dont elle faisait preuve à cette occasion. Lancé le 24 février 2011, cette lettre (ou pétition si l’on veut) a recueilli plus de 60.000 signatures à ce jour. On trouve la version allemande ici, et une version anglaise là. Mille bravos aux collègues allemands qui ont réagi ainsi. On notera, pour la petite histoire, que nos collègues écrivent à un moment (avant-dernier paragraphe) : « Nous sommes peut-être démodés et nous en tenons peut-être pour  des valeurs conservatrices datées quand nous pensons que des valeurs telles que la vérité et le sens de la responsabilité doivent valoir aussi en dehors de la communauté scientifique. Il semble que Mr. zu Guttenberg était aussi de ce même avis jusqu’à très récemment. » (ma traduction) En dehors du sarcasme à l’égard du plagiaire démasqué, je ne peux m’empêcher de noter l’usage du terme de « conservateur » . Petit indice pour moi que des liens sémantiques sont en train de changer en profondeur : toute novation n’est plus bonne, et toute conservation n’est pas mauvaise.

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3 réponses à “Plagier peut nuire (longtemps) à votre carrière.

  1. Et les plagiats du vice-président de la section 19 du CNU, tu en as entendu parler ? Quelques éléments intéressants ici : http://archeologie-copier-coller.com/?p=3548
    Je crois que cela se passe de commentaires…

  2. @ Laurent W : oui, j’en avais déjà eu vent. Effectivement, no comment. En même temps, par bonheur, il n’est pas chargé de diriger une armée en guerre, comme zu Guttenberg, ce qui a sans doute rendu le cas encore plus déplorable. La personne soupçonnée de plagiat par une bonne part de ses collègues n’est pas (à ma connaissance) un « homme public ». L’impact général sur la société est donc bien moindre – même si les « dommages collatéraux » dans sa sphère d’activité existent eux aussi. Dans l’affaire zu Guttenberg, il y avait tout de même Bild qui soutenait de son influence le tricheur au nom d’une sorte de mépris populiste de la science.

  3. Certes, mais il s’agit tout de même de savoir quelle vision du travail scientifique et académique on défend. S’il est sans doute vrai que la plupart des citoyen-ne-s s’en moquent royalement, ça ne veut pas dire finalement que cette question ne les regarde pas… Et pour ce qui est de notre champ professionnel, ça me semble extrêmement important et dramatique.
    Mais peut-être que ma croyance dans la science (on pourrait dire ma croyance dans son illusio) est trop forte.

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