Portugal coulé.

C’est par pur esprit de système que j’écris ce billet, puisque les évènements continuent inexorablement, sans grande surprise à ce stade,  à se dérouler dans le sens d’une résolution « néo-libérale » de la crise financière en Europe.  Tout le monde  ou presque (contribuables, fonctionnaires, consommateurs, retraités, salariés du privé, bénéficiaires d’aides publiques, etc.) semble devoir payer pour les erreurs de jugement d’acteurs majeurs du  système financier, sauf ces derniers et leurs responsables bien humains tout de même.

Comme cela se profilait maintenant depuis des mois, sinon une année entière, le Portugal par la voix de son gouvernement socialiste démissionnaire vient de demander de l’aide à l’Union européenne, et, par la même occasion, au FMI…  L’austérité – qui bien sûr résout tout selon le schéma adopté par le Conseil européen – va pouvoir vraiment commencer. Troisième pays de la zone Euro à être dans cette situation. Grèce, Irlande, Portugal, trois petits pays périphériques de l’Union européenne, avec sans doute des causalités différentes à leurs malheurs financiers (faible compétitivité, prodigalité publique et fraude fiscale; bulle immobilière; faible compétitivité), mais des résultats du point de vue démocratique et social assez similaires. Comme me l’a fait remarquer une étudiante lors d’une récente soutenance, en pratique, quelque que soient les arguties juridiques, il se trouve que, désormais, des Etats membres de l’Union européenne se trouvent « sous tutelle » des autres via le jugement des marchés financiers. C’est sûr que, dans notre belle Union, le mythe de la souveraineté nationale et de la volonté du peuple (périphérique) en prend un coup. Le cas portugais me semble encore plus tragique si possible que les précédents. Au moins, le gouvernement socialiste grec venait de recevoir un mandat pour gouverner. Même si l’opinion publique lui était hostile, le gouvernement sortant  irlandais  pouvait se prévaloir d’une fragile majorité parlementaire, et, quand elle a disparu, des élections anticipées ont permis de sanctionner durement les sortants. Ici, au Portugal, c’est un gouvernement minoritaire, démissionnaire parce qu’ayant perdu un vote décisif sur son propre plan d’austérité, qui va devoir traiter avec l’UE et le FMI un autre plan d’austérité,  et ce avant même que le peuple portugais puisse s’exprimer dans les urnes. (Dans le même temps, les très vertueux Finlandais ont demandé au dernier Conseil européen de sursoir à toute décision définitive sur le Mécanisme européen de stabilité parce que… la période électorale était déjà ouverte dans leur beau pays nordique…)

De fait,  l’ensemble des décisions du Conseil européen du 24/25 mars 2011 (faisant suite aux précédentes) dessine une Union européenne résolument ancrée dans la conviction qu’il faut ménager à tout prix les marchés financiers, et qu’il faut donc tout faire pour les rassurer.  On est à mille lieux des paroles imprudentes d’Angela Merkel à l’automne dernier sur le « haircut ».

Maintenant que le Portugal va être « sauvé », normalement, c’en est fini avec ces sauvetages d’urgence… Et, comme il n’est absolument pas question de revoir la question de la dette publique grecque…, tout va donc parfaitement bien!

(Enfin, il ne reste plus à se faire que l’Espagne… , et, là, on pourrait rire jaune!)

 

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2 réponses à “Portugal coulé.

  1. Tout à fait d’accord. Alors même que le néolibéralisme en tant que paradigme économique est assez largement discrédité, ce sont ses préceptes qui continuent à être appliqués concrètement. Tout se passe comme s’il continuait à dominer « faute de concurrent ». A ce titre, la comparaison avec les précédentes crises structurelles du capitalisme est fascinante, même si le manque de recul doit inciter à la prudence. La résolution « néolibérale » de la crise pose deux défis majeurs, à la rationalité économique d’une part, à ce que signifie la souveraineté des Etats d’autre part. Question : est-il possible aujourd’hui pour un pays, même non-périphérique, de « gouverner contre les banques » ? Mélenchon le proclame, Besancenot n’y croit guère et préfère attendre la levée des masses… Est-ce que ce n’est pas cette question qui nourrit principalement l’impasse stratégique de la gauche radicale (et partant son manque de crédibilité) ?

  2. @ Escalona : à ce stade, je crois qu’il ne s’agit pas tant de gouverner contre les banques que d’arrêter de gouverner pour les banques. Même le chroniqueur du Financial Times (W. Mundchau) avertit tout le monde qu’en Europe, il s’agit d’une crise bancaire rampante avant que d’être une crise de la dépense publique. Il chiffre même le trou des banques européennes à rien moins que 10% du PIB européen! Un chiffre énorme, qu’il sort de son chapeau, mais qui doit correspondre aux bruits qui courent dans les milieux financiers. Il n’y a pas besoin d’être O. Besancenot ou A. Laguiller pour gouverner contre les banques, il suffit d’être un gouvernement qui ne peut plus éponger les bêtises en matière de prêts de ses banques privées, et qui a des contribuables incapables de payer encore. De fait, on semble s’approcher du précipice à grand pas (puisque les plans d’austérité ne font qu’aggraver le problème des pays touchés – cf. les rumeurs sur la Grèce).

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