Montée des périls

Il me semble avoir été bien peu actif sur mon blog depuis quelque temps.

Peut-être suis-je en train (comme beaucoup) de me lasser de l’exercice. Notre Président est devenu sans doute moins primesautier, Frédéric Léfebvre et quelques autres porte-parole de choc  moins allants dans leurs propos de table – ou alors,  je  suis mithridatisé ou lassé. Surtout, je me sens un peu effrayé par le tableau que j’étudie. En effet, tous les dossiers ouverts depuis que je tiens ce blog ne cessent de se détériorer, d’aller vers une issue pour le moins incertaine.

L’Europe d’abord : le moins que l’on puisse dire est qu’à moins d’avoir la foi du charbonnier, elle parait naviguer dans de très basses eaux. On fait de nécessité vertu, mais toute grande ambition sonne creux tant les réalisations (visibles) ne sont pas à la hauteur. Il existe peut-être un arrière-plan invisible qui annonce le rebond, mais il se trouve hors de ma (courte?) vue. Contrairement aux prévisions des Cassandre, l’Euro est toujours là certes, mais les prévisions des économistes sur les effets récessifs des plans de rigueur imposés aux pays de la périphérie de la zone Euro (Grèce, Irlande, Portugal) commencent à s’avérer. La Grèce surtout s’enfonce lentement, mais sûrement, dans le piège (prévisible) qu’on a bien voulu lui construire par un plan d’aide aussi bien conçu que possible pour aboutir à ce résultat. Ce n’est pas un hasard complet, ou le fruit d’un complot de spéculateurs aux abois, si l’on recommence à entendre ces temps-ci des rumeurs de « sortie de la Grèce de la zone Euro » ou bien de « restructuration de la dette grecque » . A ce stade, il ne reste plus à l’Union européenne qu’à tenir sa ligne, à aider la Grèce à ne pas faire défaut, et à attendre que la reprise mondiale tire (même) la Grèce de l’ornière. (Idem pour d’autres pays hors zone Euro, comme la Roumanie).

Et, puis, il y a cette intervention en Libye, qui a permis aux Européens de démontrer par a + b que la politique étrangère commune n’était pas encore au point, et ce malgré le Traité de Lisbonne et  Catherine Ashton. Maintenant, s’y ajoute l’extraordinaire résistance du régime libyen. Pour l’instant, je n’ai pas vu dans les informations publiques d’allusions bien claires aux soutiens extérieurs dont il pourrait bénéficier, mais je commence à soupçonner (par déduction) qu’ils doivent bien exister. On se trouverait donc là face à un jeu bien plus compliqué que le simple soutien européen à une insurrection populaire contre un dictateur et ses affidés. En tout cas, je souhaite bien du courage à nos diplomates/militaires/espions dans cette zone du monde pour informer adéquatement nos dirigeants des tenants et aboutissants de la situation… Et je ne parle pas non plus de tous ces pays arabes qui oscillent visiblement entre révolution et contre-révolution… Comme tous les « Printemps », cela peut mal finir.

Et puis, il y a cette indéniable montée des périls internes :  le cas belge me parait symptomatique d’une ambiance plus générale au chacun pour soi et le marché pour tous. Il se confirme – quelle surprise! – que les Etats/régions/citoyens « riches » veulent de moins en moins payer (ou avoir l’impression de payer) pour les Etats/régions/citoyens « pauvres ». Les différentes formes de « solidarité » continuent certes à exister (et, parfois, sont inventées à l’occasion de la crise économique en cours), mais une grande partie des opinions publiques des Etats membres y voit un abus de la part d’« assistés », « paresseux », « tricheurs », etc. . La percée du parti des « Vrais Finlandais » aux récentes élections générales finlandaises ne fait que s’inscrire dans une tendance assez générale. Pour l’instant, c’est maîtrisable, puisque les forces politiques favorables au statu quo européen restent partout largement majoritaires, et, comme pour la Belgique, la situation s’en trouve comme figée, mais demain? En tout cas, si la Belgique doit éclater, la preuve sera faite que la « concurrence libre et non faussée » entre espaces productifs au sein de l’Union européenne n’amène pas nécessairement au grand optimum sociétal souhaité! Et cela en plus sur la longue durée, puisque le renversement du rapport de force économique entre les deux parties de la Belgique ne date pas d’hier, et que la politique régionale européenne aura été incapable de contrer cette tendance lourde au déclin des régions liées à la première industrialisation belge.

Quant à la situation française, du point de vue politique, je commence à me demander si les élections présidentielles de 2012 ne seront pas celles du grand désenchantement de la politique. Autant en 2007, les commentateurs avaient parlé de réenchantement (relatif) de la politique par la grâce de deux grands candidats plutôt jeunes et agressifs dans leur approche; autant, j’ai l’impression, à ce stade, qu’on se dirige vers un combat d’éclopés et de paralytiques. Nicolas Sarkozy va avoir du mal à faire rêver de nouveau d’une « rupture » (sauf avec lui-même!), et les possibles candidats de gauche ne semblent pas promettre de grandes envolées. Réinventer les emplois-jeunes de 1997 en 2012, c’est un tout petit peu affligeant tout de même.  Pour l’instant, en tout cas, je m’ennuie ferme à suivre la pré-campagne.

Pour couronner le tout, la nature se rappelle à notre bon souvenir. La sécheresse s’installe sur la France, et sur une bonne partie de l’Europe. Cette calamité à venir, si elle se confirme dans les prochaines semaines, aurait au moins le mérite de nous rappeler après d’autres régions de la planète (sud des Etats-Unis, Australie, etc.) à quel point le climat est en train de se dérégler. Cela fera plus réfléchir tout un chacun qu’un froid rapport d’assureurs constatant l’augmentation du coût des catastrophes naturelles.

Ceci étant, espérons que le contenu de ce post n’est que le résultat des premiers effets délétères de la chaleur estivale sur mon cerveau fatigué par une année universitaire.

Publicités

3 réponses à “Montée des périls

  1. Le joli mois de Mai ne prête pourtant pas à la mélancolie, peut être davantage à la nostalgie (36, 68,81); vos déceptions actuelles s’expliquent peut être par votre espoir déçu (je suppose…) dans la construction européenne, le droit d’ingérence ou le débat démocratique en période préélectorale.Sans doute, peut-on être ragaillardi par les intellectuels éclairés et les journalistes en éveil (ils sont rares) qui prouvent qu’au delà des débats sans intérêt, de la sondomanie, de la magie des petites phrases , il existe des lieux où la conversation « plate comme un trottoir de rue » provoque le rire.
    Conseil: bain froid et lecture d’un « classique » dont le style et la profondeur provoquent le frisson.

  2. @ erich le floch : c’est clair que ma déception vis-à-vis de l’Europe joue un rôle… et m’aveugle peut-être!
    C’est vrai aussi que la lecture d’un classique ne peut qu’être une bonne idée, mais j’ai déjà trop tendance à me réfugier dans le passé (comme dit ma femme), je ne veux pas complètement désespérer de mon époque (n’en ayant pas d’autre à disposition!); mais, là, je me sens vraiment dépité.

  3. Quoiqu’il en soit, essayez de continuer à écrire sur ce blog dont je loue la qualité!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s