La Grèce, J. C Trichet et nous

Selon ce qu’on peut apprendre depuis  vendredi dernier, l’État grec va avoir de nouveau besoin d’une vaste rallonge (40, 60, 100 milliards d’euros) de la part du FMI et de ses partenaires européens de la zone Euro pour boucler ses fins de mois…, et jusqu’en 2013, 2014, 2016? C’était prévisible et prévu, seules les modalités semblent encore à discuter : combien exactement? Quelles autres mesures d’austérité pour les Grecs?  Demandera-t-on à l’occasion aux créanciers privés de rester scotchés eux aussi dans cette mélasse hellénique? (ce qui reviendrait sans le dire  à la restructuration tant attendue de la dette grecque) Dans le même temps, Jean- Claude Trichet, recevant le Prix Charlemagne,  propose son programme pour sauver la zone Euro, à savoir d’une part, la possibilité pour le centre européen (Commission, BCE, Conseil) de mettre son veto aux décisions budgétaires nationales d’un État membre en difficultés financières, une mise sous tutelle en somme de l’aspect le plus important de la vie financière d’un État souverain, son budget, et d’autre part, la création d’un Ministre européen des finances chargé de gérer l’ensemble européen du point de vue financier. Les propositions de J. C. Trichet sont présentées comme étant du ressort du « moyen terme », or, bizarrement, n’est-ce pas exactement ce qui se trouve en train de se passer dans le cas grec? Ne peut-on pas dire que l’État grec se trouve déjà de facto, sinon de jure, sous tutelle? Certes, il n’y a pas encore une administration européenne parallèle qui, sur place et au jour le jour, serait en charge des affaires courantes des ministères hellènes, et aucun proconsul n’a encore été nommé à Athènes pour surveiller les autorités nationales (factices) en place, mais au train où vont les choses, cela ne saurait trop tarder… Bien sûr, j’exagère à dessein, on évitera ce genre de symboles qui sentiraient un peu trop leur protectorat ou leur occupation étrangère, mais la proposition d’une sorte de Treuhand (reprenant le nom de l’organisme en charge de la liquidation-privatisation des biens économiques de la défunte R.D.A.) pour effectuer les privatisations, soit disant absolument nécessaires au rétablissement des comptes grecs, commence assez à ressembler à cela. Donc, notre bon Trichet ne fait qu’appeler à la pérennisation, légalisation, codification, d’une situation de fait, sans se rendre compte un seul moment qu’un peuple auquel on demanderait d’approuver explicitement, à froid, une telle disposition le concernant (ou plutôt concernant son État) n’existe pas en Europe. Allez donc demander aux Français ou aux Allemands s’ils acceptent une telle disposition pour eux-mêmes? Mettre les autres sous tutelle (via le centre européen) pour défendre les intérêts de ses propres banques, investisseurs, épargnants, tout le monde sera d’accord a priori, mais prévoir de se faire mettre soi-même éventuellement sous tutelle de « Bruxelles » et perdre ainsi le cœur de sa souveraineté, soyons un peu sérieux, cela serait un choc énorme. Une telle réforme des Traités n’est tout bonnement pas vendable aux électorats, même si l’expérience est en train de montrer qu’il est devenu tout à fait possible de faire la même chose sans changer les Traités.

Quoi qu’il en soit de ces propos de J. C. Trichet, la situation de l’Union européenne face à la crise grecque me fait de plus en plus penser à celle de ce personnage de dessin animé qui continue de courir dans le vide d’un ravin dans lequel il va inévitablement tomber quand il se sera enfin avisé qu’il court dans le vide. Je n’ai en effet pas trouvé dans mes recherches sur Internet ou dans la presse un seul propos d’économiste qui ne fasse pas remarquer que la Grèce ne pourra pas payer une telle dette accumulée. Tous ces économistes peuvent se tromper dans leurs calculs; la Grèce à travers l’économie souterraine est peut-être deux fois plus productive qu’elle ne l’est officiellement, et la fraude fiscale va s’arrêter demain; les fonds d’investissement chinois vont tout racheter à prix d’or sans regarder à la dépense et à la qualité de leurs achats parmi les biens publics à vendre; les richesses de l’Église orthodoxe grecque vont finir en « biens nationaux », etc.  On peut imaginer mille scénarios de sortie de crise, mais, pour l’instant, il faut surtout croire que Saint Jean Monnet veille sur la Grèce et sur la zone Euro. (Voilà bien le miracle qui manque à sa béatification!)

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Une réponse à “La Grèce, J. C Trichet et nous

  1. Je souhaite tout le bien pour la Grèce. Trichet? Merci. http://cmirafr.wordpress.com

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