55%

55%…  j’ai du mal à y croire : les électeurs italiens se sont rendus aux urnes en nombre suffisant pour que le quorum de 50% de participation  pour qu’un référendum abrogatif soit valable soit atteint (y compris en tenant compte des inscrits italiens de l’étranger). Les quatre référendum abrogatifs proposés ont tous atteint le quorum, et, dans  les quatre cas (deux normes sur la privatisation du service de l’eau, une sur le nucléaire civil, une autre sur l’« empêchement légitime » concernant directement les affaires judiciaires de S. Berlusconi en tant que Président du Conseil), l’abrogation de  la norme votée auparavant par le Parlement a été votée avec des majorités « bulgares » comme on dit en Italie (94% et plus de « oui » à l’abrogation).

C’est la première fois depuis une éternité (16 ans si je ne me trompe pas?) qu’une série de référendum abrogatifs dépasse ce quorum fatidique. L’instrument du référendum abrogatif, après avoir connu des heures glorieuses de 1974 au début des années 1990 et avoir joué un rôle majeur dans la crise de la « Première République » (1946-1993), semblait devoir entrer dans les outils de démocratie directe destinés à l’obsolescence. Se lancer dans l’aventure d’un référendum abrogatif de la part d’un groupe politique italien avait fini par représenter l’équivalent d’une campagne de sensibilisation de l’opinion publique à sa cause, et ne pouvait au mieux que déboucher que sur une victoire à la Pyrrhus (un oui massif à l’abrogation de la part d’une minorité d’électeurs). Là, c’est le choc – du moins pour moi! -, l’instrument fonctionne de nouveau, et avec quelle force! Il semblerait que les électeurs italiens se soient enfin aperçus au cours de la dernière année que S. Berlusconi était l’arnaque du siècle! Ce n’est décidément pas lui, pourtant le plus grand dirigeant que l’Italie ait eu depuis son Unité, qui est destiné à régler les problèmes que l’Italie traine depuis les années 1970. Les questions posées avaient certes un sens en elles-mêmes : une fin définitive de l’énergie nucléaire civile en Italie (qui avait d’ailleurs déjà été votée par le peuple italien en 1987 lors d’un référendum abrogatif, mais sur laquelle la majorité de centre-droit voulait revenir lors de son retour aux affaires en 2008); un coup d’arrêt à la privatisation des services publics de l’eau; et enfin, la cerise sur le gâteau, une norme dite de l’« empêchement légitime », qui était destinée à permettre à S. Berlusconi, tant qu’il restait en charge des affaires de l’Etat, de jouer la montre dans les procès le concernant. Mais pas de doute, c’est la majorité actuelle qui était visée.

On se retrouve ainsi dans une situation très semblable à celle des lendemains du référendum abrogatif de juin 1991 : le pays profond vient d’exprimer avec force sa défiance majoritaire envers le bloc de pouvoir en place. Les membres de ce derniers savent désormais que leur temps au pouvoir leur est compté (surtout que ce résultat vient une quinzaine après une sévère défaite aux municipales de l’année). Ils peuvent encore faire semblant que cela ne les concerne pas directement.  Ils peuvent encore jouer sur l’existence d’une majorité parlementaire (encore que les « askaris » ralliés depuis l’année dernière pour colmater les pertes dues à la défection de Gianfranco Fini et de ses proches risquent de fuir… ou de demander une hausse de leurs rétributions), mais, là, cela sent vraiment la fin.

L’intéressant dans cette situation est bien sûr que tous les protagonistes importants du moment ont vécu les événements du début des années 1990, qu’ils ne peuvent que s’en rappeler parfaitement, que S. Berlusconi n’a sans doute pas envie de finir (politiquement puis humainement) comme son ami Bettino Craxi (en exil), que tous les protagonistes – y compris la Ligue Nord d’Umberto Bossi – n’ont pas envie d’être emportés par l’avalanche qui s’annonce.

Un petit 25 juillet 1943 alors, avec Giulio Tremonti comme Badoglio? Ou, plus gentiment, un John M. pour sauver la droite italienne de l’autisme de Margaret T. ?

Bon, c’est bien beau tout cela, mais qu’en pensent les agences de notation? Il ne s’agirait pas que les Mayas aient raison pour 2012!

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