Crise terminée, crise interminable?

Dans trois jours (ce jeudi 21 juillet, fête nationale belge selon mon agenda) devrait avoir lieu un nouveau sommet européen, consacré à une nouvelle phase du sauvetage des finances de l’Etat grec. Bien malin sera le spéculateur ou l’observateur désintéressé qui va deviner ce qu’il va en sortir exactement cette fois-ci. Vu à travers les médias, les positions des uns et des autres semblent encore plutôt éloignées en ce début de semaine, et je parierais volontiers sur un autre compromis boiteux, avec la belle photo de famille habituelle. De plus, un changement radical de trajectoire par rapport à ce qui a été décidé jusqu’ici me parait bien improbable, quoique souhaitable, car la BCE, qui a largement imposé ses vues jusqu’ici, ne se rendra pas sans combattre.

Il faut bien dire que l’on se trouve en ce moment aux confins de l’absurde : a-t-on bien remarqué que les ministres des Finances européens ont mis la semaine dernière leur paraphe au traité instituant le « Mécanisme européen de stabilité » d’après 2013, traité qu’il faut ensuite faire ratifier par les Parlements nationaux, alors même qu’on peut avoir la désagréable impression que si ce dernier était en fonction actuellement, il ne va pas vraiment de soi qu’il résoudrait tous les problèmes rencontrés? De fait, la plupart des commentaires indiquent qu’il faut faire bien autre chose qu’instituer ce fonds…, et c’est un véritable concours Lépine de solutions.

J’ai surtout noté toute une série de commentaires qui soulignent qu’il s’agit d’une crise systémique de l’Union économique et monétaire, et pas seulement une crise de la Grèce, en ce sens qu’une union monétaire qui ne repose pas sur une union politique, fiscale, budgétaire, ne peut pas tenir bien longtemps. Cette critique n’est pas du tout nouvelle, et elle est revenu périodiquement au cours de la présente crise.

Toutefois, ce genre de considérations, qui font appel à un saut qualitatif fédéral de l’Union européenne qui serait au tournant de la rue, me paraissent parfaitement contre-productives, plutôt inquiétantes en fait. En effet, si l’on regarde l’état du débat public des deux côtés du Rhin, chez les deux plus grands partenaires de ce saut fédéral envisagé par certains, on ne peut que constater l’abîme qui les sépare. Du côté allemand, la notion d’« union de transfert » est depuis des mois au centre même de l’attention de l’opinion publique. Il faut rappeler pour comprendre le succès de la dite notion que les Allemands (de l’Ouest) ont vécu une assez belle illustration depuis 1990 de ce que signifie en pratique cette notion. Toute personne s’intéressant un tant soit peu à la vie publique de l’Allemagne (qu’il soit allemand ou étranger) n’a pu échapper à cet aspect des choses : on sait outre-Rhin ce que cela signifie pour le contribuable des régions riches de financer des régions pauvres et en retard de développement. Du côté français, cette notion nous est largement inconnue : depuis que Raymond Cartier a convaincu au début des années 1960 pour appuyer la décolonisation  l’opinion française qu’il valait mieux payer « pour la Corrèze plutôt que pour le Zambèze », il n’a plus été question de cette idée; de fait, il serait de bien mauvais goût de faire remarquer qu’il s’agit toutefois d’une réalité budgétaire française, et que, de fait, les DOM-TOM reçoivent de forts transferts de la métropole (sous forme de dépenses publiques ou de dépenses fiscales). On s’énerve certes parfois dans les bistrots sur la Corse dont les habitants fainéants, malhonnêtes et querelleurs vivent  aux dépens du reste de la France, mais, pour le reste, cette notion d’« union de transfert » est inconnue du grand public de la République une et indivisible. Nous avons des individus assistés, « cancer de la République », mais pas des régions assistés. Les médias français se sont en plus bien gardés de se lancer dans une dénonciation de ces Grecs fainéants et tricheurs qui allaient nous obliger à fermer nos hôpitaux, nos crèches, nos casernes de pompiers, etc. pour rembourser leurs dettes. Cette asymétrie du débat montre bien que toute officialisation d’un saut fédéral de l’Union européenne  se heurterait à l’incompréhension des opinions publiques des deux côtés du Rhin : opposition allemande d’un côté, et stupéfaction française de l’autre. Il me semble aussi qu’aux Pays-Bas, le très enjoué Geert Wilders a promis de faire sauter le gouvernement si le contribuable néerlandais devait y être encore une fois de sa poche (-et pourtant, la majorité des Grecs sont de bons orthodoxes… guère amis de l’Islam… allez comprendre…) En pratique, cela veut dire qu’il faut en passer par des solutions qui ne font pas trop appel à l’approbation de l’opinion publique. On va donc chercher une ou des solutions techniques, dé-politisantes, cela non pas parce les hommes politiques européens seraient des « enfants » comme le disait très bêtement un éditorial du Monde de la semaine dernière, mais, parce que les hommes politiques sont bien conscients qu’ils n’ont nul mandat populaire, implicite et encore moins explicite, pour passer ainsi au fédéralisme.

Et, franchement, ce serait pour moi une immense surprise de les voir ce jeudi se décider collectivement pour demander aux peuples européens l’habilitation nécessaire pour traverser le Rubicon fédéral…

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