Euro-obligations?

Aujourd’hui, discussions franco-allemandes  à l’Élysée sur les voies et moyens de se sortir de la crise européenne. Frappant déjà de constater la différence d’approche franco-allemande dans l’espace public (tel que la presse en rend compte) : du côté allemand, vaste débat sur l’introduction éventuelle d’euro-obligations; du côté français, pas grand chose, sinon une sorte de consensus mou des élites, de droite comme de gauche d’ailleurs, appuyé sur le « yaka » de nombreux économistes pour ces fameuses désormais euro-obligations, et pour toutes les autres mesures d’intégration financière et budgétaire. Le fédéralisme (budgétaire), voilà la solution! (comme si, en France, quelqu’un avait jamais compris quelque chose au  fédéralisme…) Je me demande parfois si nos élites politiques sont bien conscientes de ce que cela représenterait vraiment, je veux dire du côté « devoirs » et non pas seulement « droits ». Le même Nicolas Sarkozy qui, d’évidence, n’hésite pas un moment à penser actuellement ses choix budgétaires en fonction de clientèles à satisfaire (ou tout au moins à ne pas trop indisposer) et d’électeurs à récupérer à la veille de sa possible réélection, se trouverait fort marri si une instance européenne vraiment indépendante lui signalait publiquement avec ordre d’obtempérer ou de se démettre toutes les coupes budgétaires à effectuer, toutes les niches fiscales à supprimer, toutes les augmentations d’impôts à faire. Les Italiens sont habitués depuis au moins le début des années 1990 à ce genre de scénario : les gouvernants doivent couper dans les dépenses du pays et augmenter les impôts et taxes des Italiens (honnêtes) au nom de l’Europe.  Les derniers jours ont vu ce genre de scénario bien connu au delà des Alpes (cf. 1992-1993, 1995-1998) se répéter, avec pour le coup des mesures plutôt drastiques. En France, même si la politique budgétaire se trouve pareillement contrainte entre autres par les engagements européens du pays depuis au moins vingt ans, cela se fait tout de même jusque là un peu plus discrètement : mais le prochain de plan de rigueur au nom de l’Europe a-t-on vraiment besoin de cela pour faire aimer aux Français l’Union européenne?

Plus généralement, pour qui regarde la situation politique de l’ensemble des pays développés, il serait possible d’être frappé par la contradiction qui apparait entre, d’une part, l’aspiration soutenue par les électorats à une plus grande décentralisation des décisions les concernant et/ou à une souveraineté étatique pleine et entière, et, d’autre part, la nécessité affichée par les élites (pro-)européennes d’une plus grande centralisation des décisions financières concernant (tout de même) ces mêmes populations. Il y a comme une poussée autonomiste généralisée de la base contre une poussée centralisatrice des élites. Je risque sans doute le « concept-stretching » (l’utilisation trop large d’un concept par rapport à sa définition de départ dans un contexte particulier), mais j’ai tendance à faire le lien entre :

– le développement d’un mouvement politique comme le « Tea Party » aux Etats-Unis qui possède clairement un aspect anti-Washington, donc anti-centralisation;

– celui de forces politiques dites « populistes », particulièrement en Europe du Nord, comme les « Vrais finlandais » en Finlande ou le « Parti de la Liberté » de G. Wilders, qui  défendent la ligne des « Finlandais d’abord » et des « Néerlandais d’abord » et refusent de payer pour les autres européens;

– celui de forces politiques dites « régionalistes » ou « ethno-nationalistes » dans la partie ouest du continent européen,  comme avec les partis catalans ou basques en Espagne, ou les partis nationalistes flamands en Belgique;

-celui des fortes politiques nationalistes dans la partie est du continent européen, qui ont réussi à faire éclater les ensembles étatiques plurinationaux, comme bien sûr dans l’ex-Yougoslavie et l’ex-Tchécoslovaquie.

Du point de vue électoral, populaire, on dirait bien qu’en Occident,  sur la dernière décennie, les partis qui se proposent de défendre le chacun pour soi (et éventuellement Dieu pour tous…) au niveau d’un territoire connaissent plutôt une embellie. Le moment parait donc assez mal choisi de ce point de vue pour effectuer un grand bond en avant dans l’intégration européenne.

J’entendais ce matin 16 août 2011 sur France-Inter une  représentante du SPD allemand. Elle admettait fort bien que les électeurs allemands tendaient à être eurosceptiques, mais, dans leur propre intérêt bien compris, il faudrait selon elle qu’ils cessent de l’être en acceptant de payer pour l’Europe, car la fin de l’Euro les lèserait avant tout. C’est, comme je l’ai déjà dit dans ce blog, la version de plus en plus en vogue de la part des défenseurs de mesures nouvelles d’intégration financière, c’est cela ou le désastre.

Je me demande sincèrement s’il est possible de « fédéraliser » l’Union européenne sur ce seul fondement, qui n’est autre que le  vieil argument de la « bicyclette qui tombe si elle n’avance pas ». Cela peut fonctionner encore sans doute, mais en entrainant des réticences croissantes des populations.

A dire vrai, comme la popularité globale du projet européen (telle que mesurée par les sondages d’opinion) est fortement corrélée sur le moyen terme au niveau de la croissance économique du continent, cette pilule amère de la fédéralisation dans un contexte d’austérité au nom de l’Europe serait bien vite oubliée si une nouvelle ère de croissance stable et forte s’ouvrait enfin …

Ps. Allez donc lire l’article d’Harald Hau, un économiste exerçant en Suisse publié dans le Monde du 16 août 2011. Il souligne que « sauver la Grèce » signifie aussi sauver les individus détenteurs, directement ou indirectement, de dette grecque, et que ceux-ci ne sont pas les plus à plaindre dans ce bas monde … Pour le reste, il se demande à combien de décisions dans ce genre l’Union européenne peut survivre. Un certain nombre encore.

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