Europe : politique d’abord.

A la demande d’un journaliste du site Atlantico, j’ai accepté de rédiger une opinion sur la crise financière actuelle. Vous la trouverez ici sous le titre de « L’euro ne mourra pas, la volonté politique le sauvera ».   Le contenu de ce que j’avais envoyé pour publication à ce site, marqué à droite selon ses critiques, a été respecté au mot près, et le journaliste a fort bien mis en valeur les articulations du texte. Je lui exprime donc ici publiquement mon satisfecit. Cela fera sans doute rire par contre quelques unes de mes connaissances de voir que mon article s’accompagne d’un petit sur-titre « Anti-catastrophisme ».

Qu’est-ce que je dis en résumé dans cette opinion pour être vu comme « anti-catastrophiste »? Que pour en finir avec le format territorial actuel de la zone Euro (sortie de la Grèce, sortie de l’Allemagne, etc.) comme l’envisagent des économistes, il faudrait une dose énorme de politique, il faudrait que les partis au pouvoir dans les pays européens découvrent qu’ils ont fait fausse route depuis 25 ans et l’admettent aux yeux de leurs électeurs, il leur faudrait en plus prendre la responsabilité d’un chaos économique, au moins temporaire, qui risquerait bien de les engloutir. Je dois dire qu’auprès des lecteurs d’Atlantico qui ont pris soin de réagir à mon article, cette analyse n’est pas bien passée, avec l’argument majeur qu’une vague de fond de nature économique pousse à l’éclatement de la zone Euro. La suite des événements tranchera. Il est même possible que la Grèce sorte de l’Euro, et que les politiques européens arrivent à expliquer qu’en fait, en réalité, ce pays n’a jamais fait partie de l’Europe, que le cas grec est une telle exception à la règle qu’il n’existe pas en fait, qu’il ne porte aucune leçon générale. C’est possible, mais cela va être difficile.

En même temps, j’ai l’impression qu’entre la publication (19 septembre) et ce jour (26 septembre), quelques faits renforcent mon hypothèse : en particulier, il semblerait que David Cameron, Premier Ministre conservateur du Royaume-Uni, ait invité les pays de la zone Euro à résoudre leur problème, en allant plus loin dans l’intégration financière entre eux.  Selon le Guardian, il a en effet appelé lors d’un discours à Ottawa le jeudi 22 les pays de la zone Euro à mettre en œuvre le plan du 21 juillet 2011 au plus vite. Le même article cite même une source gouvernementale anonyme (Cameron lui-même?) qui reconnaitrait que : « The remorseless logic of economic and monetary union is fiscal integration.  » Si l’information est exacte, c’est tout de même étonnant pour un Premier Ministre arrivé sur un programme partisan plutôt eurosceptique – certes gouvernant en coalition avec les Libéraux-Démocrates europhiles – que de le voir appeler à quelque chose dont rêvent les fédéralistes du continent, une plus grande intégration pour résoudre la crise de la dette dans la zone Euro. Il me semble même qu’à lire la presse, le futur FESF grossit à vue d’œil dans les rumeurs qui courent à son endroit. On n’est pas loin d’aller directement au « Trésor européen » voulu par la BCE.  Du côté grec, à ce que je peux en savoir ici par la presse, les leaders actuels du PASOK affirment toujours leur détermination sans faille à appliquer les mesures d’austérité demandées par la « troïka » (FMI-Commission-BCE) pour obtenir la dernière tranche des aides 2010 et d’enclencher l’approbation par les 17 du plan décidé en juillet 2011.

Bref, au moins sur la scène du monde à laquelle j’ai accès, tous les politiciens européens les plus importants déclarent toujours se démener pour « sauver la zone Euro » (et aussi la stabilité financière mondiale… alias les banques et autres joueurs du grand casino financier planétaire).

Ps. Le jeudi 29 septembre 2011, à une écrasante majorité, le Bundestag votait les modifications du FESF adoptées le 21 juillet en sommet européen. La « dissidence » au sein de la majorité CDU-CSU-FDP s’est réduite au final à un si petit nombre de députés que la Chancelière est restée majoritaire sur ce vote avec sa seule majorité, et en plus, les deux grands partis d’opposition, SPD et Grünen, ont voté presque comme un seul homme le plan du 21 juillet. Seul die Linke, parti en perte de vitesse comme l’ont montré les élections régionales berlinoises,  a refusé le plan du 21 juillet.  Le Parlement finlandais a voté le plan, n’en déplaise aux « Vrais Finlandais », alors même qu’il ne semble pas que l’histoire des garanties demandées par la Finlande ait été conclue d’une manière ou d’une autre. Seuls les Pays-Bas ou la Slovaquie pourraient encore poser un (petit) problème, mais je doute que l’un ou l’autre puisse bloquer un plan européen de cette nature. Ces développements n’empêchent toutefois pas des économistes de continuer le tracassin de la modification du périmètre de la zone Euro.

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2 réponses à “Europe : politique d’abord.

  1. La question est : les politiques ont-ils encore les moyens de faire quoi que ce soit ? J’ai quand même l’impression que l’on est entré dans une période d’apesanteur totale où beaucoup de choses que l’on pensait impossible vont se produire. Alors l’explosion de la construction européenne pourquoi pas, même si, comme vous, je n’y crois pas trop : il est évident que les gouvernements sacrifieront tout ou presque avant (les fonctionnaires, les retraites, la sécu…). Mais cela ne fera qu’empirer les choses. La dépression do it yourself, ou la forme moderne des saignées des médecins de Molière. Le fait est que malgré toute leur volonté politique, les gouvernements n’ont pas été en mesure d’imaginer la moindre ligne d’un plan qui permettrait effectivement de sortir de la nasse. Parce que, pour aller vite, cela voudrait dire mettre à terre Goldman Sachs et Standard and Poors. Au lieu de ça, la situation ressemble de plus en plus au naufrage du Titanic avec pas assez de chaloupes pour tout le monde (enfin sauf pour certains). Je m’amuse maintenant des comptes rendus des G20 et autres Conseils européens. On pourrait presque les écrire à l’avance : on écope à la petite cuillère, mais on communique qu’on utilise des pompes géantes. Evidemment personne n’est dupe (même les unes du Figaro n’y arrivent plus). Le moment de vérité approche. Vous avez aimé la crise des années 30, vous adorerez cette crise j’en ai bien peur.

    PS : Alors que j’écrivais ce commentaire tardif, je viens de tomber sur ce billet du Monde relatant le buzz en Grande-Bretagne autour des déclarations d’un trader à propos de la crise. Au delà de la question de sa crédibilité, je dois dire que rien dans son discours ne m’a surpris…
    http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2011/09/27/qui-est-alessio-rastani-trader-sans-foi-ni-loi-ou-mystificateur-efficace/

    • @ SL : que la situation soit grave d’accord, et si j’ai bien compris, les gouvernements cherchent d’ailleurs déjà à revoir leur copie sur le FESF avant même de l’avoir fait voter tous par leur Parlement respectif. Mais je suis persuadé qu’ils feront TOUT pour éviter d’avoir à assumer la débâcle complète de l’économie financière.
      Moi aussi, j’ai entendu parler de ce trader (fou?) qui vend la mèche.

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