Primaires socialistes : premier tour.

Voilà, nous avons les résultats des premières primaires socialistes-radicales ouvertes à l’électorat en général. (Je garde le pluriel pour respecter l’usage mis en place par les organisateurs de ces primaires citoyennes.)

Victoire (presque) totale des sondeurs : ces derniers ont globalement bien prévu le résultat de ce premier tour. Certes, ils n’ont pas prévu l’ordre exact d’arrivée de tous les candidats, avec une percée d’A. Montebourg qui prend la troisième place et un écroulement de S. Royal à la quatrième, mais ils avaient décelé dans leurs études les deux tendances d’opinion permettant de rendre possible cette situation. Pour l’anecdote, ils avaient aussi vu que, malgré sa proposition choc sur la légalisation du cannabis, le candidat du PRG, J.M. Baylet, ne ferait pas de percée. Décidément, les fumeurs d’herbe illégale ne sont pas un public mobilisable dans l’arène électorale. Dommage pour eux…

Cette victoire des sondeurs ne doit pas être sous-estimé, puisqu’elle réitère le scénario de 1965 quand les sondages se sont avérés capables de prédire la mise en ballotage du Général De Gaulle à la première élection présidentielle au suffrage universel direct. Même s’ils s’en défendent (en insistant dans toutes leurs interventions sur le fait qu’ils ne font pas de prédictions!), les sondeurs fondent l’attrait de leur instrument sur la capacité de prédire le pas-encore-advenu, à prophétiser. Belle réussite en tout cas, avec un corps électoral aussi inédit. (De son côté, notre collègue Rémi Lefebvre n’ira pas en vacances, et va pouvoir se désespérer encore plus sur le caractère de prophétie auto-réalisatrice des sondages.)

Victoire à ce stade du Parti socialiste comme organisation. Le niveau de la participation est important pour un tel exercice totalement inédit en France – même si l’on peut le relativiser en le ramenant au nombre  des inscrits, dépasser  les deux millions de votants constitue tout de même un exploit.  Il semble de plus que l’organisation partisane ait tenu sur le choc sur le terrain. Les résultats définitifs ne sont pas encore disponibles en ce lundi matin, mais aucune contestation du tableau général de la part de l’un ou l’autre perdant n’a émergé ces dernières heures. Pour le second tour, le PS va devoir encore plus soigner ses procédures, et cela d’autant plus, qu’il n’est guère probable à ce stade que l’un des candidats restants s’écroule dans l’opinion publique pendant la semaine (ou ne déclenche une volonté populaire massive d’élimination qui profiterait à son adversaire).

Victoire aussi de la logique de présidentialisation. L’écroulement du score de S. Royal tendrait à prouver que l’électorat (au moins celui qui a voté dans ces primaires) est désormais entré dans une logique de recherche de la nouveauté, qu’on connait dans d’autres pays européens, et bien sûr en Amérique du nord. La rhétorique de l’expérience d’une Présidentielle n’a pas du tout profité à S. Royal, c’est le moins que l’on puisse dire. En même temps, par comparaison avec les systèmes politiques où la « virginité » du candidat dans l’arène nationale est de règle, il est difficile de ne pas noter que l’électorat ici mobilisé a beaucoup oublié à propos des deux premiers candidats restés en lice. François Hollande a dirigé jadis le PS, sans que sa (longue) période de direction y reste dans les annales comme un « âge d’or ». Quant à Martine Aubry, il me revient en mémoire un repas de mariage peu avant les élections présidentielles de 2002, où il n’était question entre les convives (dont une majorité de gens de gauche) que de la nullité absolue des « 35 heures », source de tous les maux de la France. La « dame des 35 heures », cela ne rappelle donc rien à personne? La branlée historique du candidat PS au premier tour de l’élection présidentielle de 2002, cela ne concerne donc  que Lionel Jospin? Ni F. Hollande, ni M. Aubry?

Par ailleurs, ce qui ressort aussi de ces primaires, c’est qu’elles consacreront  nécessairement au final un leader socialiste profondément lié par son histoire personnelle au tournant libéral du Parti socialiste dans les années 1980. Malgré le beau score d’A. Montebourg, ces primaires ne vont pas accoucher d’un personnel politique très neuf. On peut y voir un avantage en terme de connaissance des rouages de l’État de la part du probable candidat, ou bien un échec à faire émerger par ce processus une vraie nouveauté. De ce dernier point de vue, c’est un peu raté tout de même.

Maintenant, place au second tour.

Publicités

2 réponses à “Primaires socialistes : premier tour.

  1. Apparemment rien de bien étonnant dans ce premier tour, en effet les 2 finalistes étaient prévus. Mais en fait n’est-ce pas le cas Montebourg qui va être intéressant ? Va-t-il donner une consigne à ses partisans ? Ces derniers la suivront-ils ? En définitive, si Montebourg se déclare pour Aubry, non seulement le second tour sera incertain, mais encore les vues assez radicales de Montebourg devront être prises en compte par le vainqueur.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s