Rally around the flag effect? Ou simple réactivation des positions politiques déjà là?

Au delà de leur caractère d’évidence infiniment tragique pour les victimes et leurs proches, les événements de la semaine dernière, à Montauban et Toulouse, constituent pour le moins un test des théories disponibles sur le choix électoral.

Première hypothèse. Nicolas Sarkozy arrive largement en tête au premier tour le 22 avril et gagne (même de très peu) l’élection le 6 mai 2012.  Au vu de son bilan économique et social plutôt médiocre (avec un niveau de chômage record par exemple), au vu surtout des sondages de popularité encore plus médiocres qui l’auront accompagné pendant presque tout son mandat, et au vu enfin des défaites successives de son camp lors des élections intermédiaires, il sera très difficile de ne pas attribuer cette victoire, au moins en partie, à ces événements de Montauban et Toulouse. En effet, aussi bien par la personnalité du tueur que par la nature de ses victimes, c’est l’illustration parfaite des raisons qui justifient dans nos sociétés pour ceux qui y sont favorables des politiques toujours renforcées de law & order. Or, sur cet enjeu de la sécurité, la droite a, depuis les années 1970, la prééminence. Peut-être, la situation pourrait se retourner contre la majorité en place, si démonstration était faite clairement des carences de l’action policière en matière de prévention de ce crime.  En tout cas, dans cette première hypothèse d’une victoire de N. Sarkozy, les chercheurs discuteront obligatoirement de l’impact de cet événement. S’il se trouve que les équilibres de l’opinion en auront été totalement bouleversés, avec par exemple une très nette avance inattendue de N. Sarkozy au premier tour par exemple sur son concurrent socialiste et un résultat médiocre de la candidate du FN, il faudra bien se rendre à l’évidence qu’il y aura eu comme un « rally around the flag effect ». Comme au début d’une guerre, le pouvoir en place aura bénéficié d’un large appui de l’opinion publique.  En revanche, si, finalement, le résultat du premier tour n’a pas bougé pas tellement par rapport à ses équilibres antérieurs (mal?) mesurés par les sondages, on supposera plutôt que cet événement n’aura fait que réactiver des positions politiques déjà présentes chez les électeurs. Il comprend en lui-même en effet tout pour réveiller les convictions des uns et des autres. Le criminel dont je ne citerais pas le nom ici pour éviter de participer à sa gloire posthume nullement méritée représente sans doute la quintessence de ce que peut craindre un électeur de droite ou du centre-droit! – et, encore plus,d’extrême-droite! Or, rappelons-le, les intentions de vote pour les candidats des partis de gauche et d’extrême gauche (PS, EE- les Verts, Front de gauche, NPA, LO)  au premier tour sont minoritaires. Il suffirait donc à N. Sarkozy de rassembler tout le reste (y compris en particulier les électeurs du Modem) pour gagner, en transformant l’élection en un référendum sur la loi et l’ordre, et, implicitement, sur l’immigration et l’Islam. Au second tour, une majorité d’électeurs décideraient non pas d’éliminer N. Sarkozy comme les sondages le prédisaient avec constance depuis des mois, mais d’éliminer le candidat d’en face supposé être trop tendre, angélique, laxiste avec la menace terroriste, migratoire, islamiste.

Deuxième hypothèse. Nicolas Sarkozy fait un score médiocre au premier tour pour un Président sortant qui reste le seul représentant de la droite, et se fait battre par François Hollande au second tour. Dans cette configuration, plus conforme à tous les sondages antérieurs, les événements de Montauban et de Toulouse seront ramenés à un événement qui, finalement, n’aura pas changé grand chose : les électeurs ont une mémoire un peu plus grande que celle des « poissons rouges » (pour reprendre l’expression d’un collègue), et, de fait, les explications à la défaite de N.Sarkozy ne manqueront pas!

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10 réponses à “Rally around the flag effect? Ou simple réactivation des positions politiques déjà là?

  1. Pour le moment, Badinguet me semble suivre la trajectoire de VGE presque à la lettre (comme l’avait prédit, il y a plusieurs mois, un doctorant grenoblois qui se reconnaîtra). Il part de très bas dans les enquêtes de confiance, comme VGE (plus bas encore que VGE, même, c’est donc possible), et peut probablement gagner le premier tour, comme VGE ; les intentions de vote peuvent peut-être donner espoir aux électeurs et élus UMP à ce niveau-là.

    En revanche, pour ce qui est de gagner l’élection présidentielle après avoir perdu toutes les élections intermédiaires dans des proportions significatives, je demande à voir ; il faudrait que la prime au vainqueur du premier tour soit immense, que l’électorat revienne sur tous ses choix antérieurs ou qu’il s’hyper-fractionalise à gauche, et qu’il aille jusqu’à redonner une majorité parlementaire à l’UMP dans la chambre basse pour que le président ait les moyens de diriger le gouvernement.

    Ce scénario est beaucoup plus contraignant qu’un “croisement de courbes”, dans la mesure où il porte sur les deux tours des deux élections. Cela requiert de faire voter le centre à droite, et de faire voter l’électorat frontiste pour l’UMP au second tour de chaque élection. Badinguet n’a aucune garantie à ce niveau-là, mais s’il réussit ce tour de force, il aura mérité son second mandat. Peut-être espère-t-il beaucoup d’un éclatement du vote à gauche, mais la campagne de Jean-Luc Mélenchon lui réserve peut-être la surprise inverse.

    Pour ma part, je ne crois pas une seconde à une victoire électorale de la droite. Ce scénario ressemble à un alignement de planètes qui n’a aucune chance de se produire. Le centre devrait même rompre avec sa tendance historique à se déporter sur la droite au second tour : Badinguet est exactement le type de candidat sur lequel je ne m’attends pas au respect de cette logique. À mon sens, la droite peut, au mieux, espérer un gouvernement de coalition — ce qui serait encore pire que de perdre le pouvoir pour quelques années.

    Les massacres de Toulouse et Montauban n’auront, à mon avis, strictement aucun effet sur le déroulement des événements. Les commentaires sur des demi-points de sondages dans la presse me conforte dans cette opinion : une micro-secousse de degré 1 sur l’échelle hyper-sensible de BVA/CSA/LH2/etc. correspond, dans les faits, à une absence d’effet de type Colbert Bump.

    • @ phnk : vos analyses correspondent sans doute à la « sagesse » disciplinaire, je suis dans le fond sur cette ligne pour bien voir tous les indicateurs qui vont dans le sens d’une défaite de N. Sarkozy, mais il reste qu’une bonne partie de l’électorat français a sans doute été justifiée de nouveau dans ses convictions anti-Islam, anti-jeunes de banlieues, anti-immigrés, etc.. Cette France-là vote beaucoup, et peut faire la différence, au moins au premier tour.
      Je me demande aussi quelle va être l’attitude de F. Bayrou. Il ne peut pas être élu d’évidence, mais il peut tenter de jouer le rôle de faiseur de roi.

  2. Je réalise que j’ai surtout retraduit la position d’Éric Dupin, que je lis régulièrement et apprécie beaucoup depuis plusieurs années. Je n’avais pas lu son analyse avant de rédiger mon commentaire, mais mon sentiment est globalement le sien.

    La “montée” de Badinguet dans les enquêtes d’opinion montre que l’électorat UMP (qui a déjà, sinon toujours, voté pour ce parti, et qui vote rarement autrement) se rallie graduellement à son candidat au fur et à mesure qu’on lui pose la question et que l’échéance se rapproche. Cet électorat participe massivement aux scrutins, ce qui assure un score national minimum d’environ 25% à l’UMP. Pour cette raison, je n’ai jamais cru à un “21 avril inversé” pour la droite.

    Ma prévision est, depuis plusieurs mois, PS 25% + DVG 20%, UMP 20% + DVD 20%, FN 15%. J’ai probablement surestimé le score DVD parce que je pensais que DDV ou NDA seraient capables de se présenter pour le premier, et de créer une offre à la “MPF” pour le second. J’ai eu tort sur les deux plans, et on m’avait prévenu pour DDV, qui ne se présentait que par opportunisme post-Clearstream.

    Je ne vois vraiment pas comment ce tableau peut varier. Si l’islam radical et le terrorisme international deviennent un sujet de campagne, alors Marine Le Pen dispose d’un boulevard pour mobiliser l’électorat. Mais je vois mal un électeur qui ne prévoyait pas de voter pour Badinguet (ou du tout) se ruer sur son bulletin parce que le terrorisme existe encore 15 ans après le RER C et 10 ans après 9/11.

    François Bayrou, dans tout ça, va faire exactement ce qu’il fait depuis qu’il se présente : rendre le spectacle un peu plus divertissant. Je crois très sincèrement à un report du centre sur la gauche au second tour, même ç’aurait été encore plus plausible avec DSK. Badinguet a fait beaucoup pour dégoûter son électorat. Je suis peut-être sensible au fait que mes copains de droite sont deux fois moins nombreux par rapport à 2007 (certes, l’échantillon est réduit, et je suis dans la tranche 18-36…).

  3. @ phnk : vous avez raison en particulier pour le fait que ces attentats « islamistes » ne sont pas une nouveauté pour l’opinion française, et que chacun a pu se faire son avis sur les mesures à prendre. Depuis le milieu des années 1990 au moins, les attentats sont de fait directement liés par la personnalité de certains de leurs auteurs à des évolutions spécifiques de la banlieue française (auparavant, à l’époque de Carlos & Cie, tout cela pouvait réellement être qualifié de « terrorisme international »). Toutefois, avant de conclure sur l’absence totale d’effet électoral de cette séquence, attendons qu’elle se finisse. Les réactions de quelques « jeunes » peuvent encore changer les choses sur ce point.

    • Je viens d’écouter Henri Guaino sur France Culture, et son intervention vous donne plutôt raison : les “sorties” de Guaino sur le sujet sont à son image, agressives et ultra-conservatrices (cf. le passage au tout début sur les pauvres, les riches et la prison…).

  4. Petite correction : le chômage n’a atteint des niveaux records sous Sarkozy ; le niveau de chômage a été bien supérieur à la fin du mandat de Mitterrand et au début du mandat de Chirac.

    • @ Vince38 : c’est vrai, nous sommes toutefois dans une phase haute du chômage de masse que l’on connait depuis les années 1980, et les années 2009-2011 ont vu une nette hausse de ce dernier.

      • La définition du chômage a changé entre les mandats, et si l’on fait la somme des inactifs en prenant les DEFM, les travailleurs en incapacité et les jeunes hors scolarisation mais en formation (le “chômage déguisé” dont Pôle Emploi a fait sa marque de fabrique), alors le taux de chômage réel est peut-être supérieur à l’heure actuelle. Je ne sais pas si Eurostat ou l’OCDE arrivent à mieux cadrer ces populations.

        On pourrait aussi se baser sur les chômeurs de longue durée pour essayer de mesurer les rigidités endogènes, car la structure socio-démographique n’est plus la même que sous Chirac et encore moins que sous Mitterrand.

        Je pense d’ailleurs que ces questions de mesure expliquent en partie la faible valeur explicative des modèles électoraux utilisant cette variable sans trop se poser de question sur la qualité de l’indicateur.

  5. @ Fr : votre hypothèse d’un indicateur qui ne veut plus rien dire grand chose est aussi une hypothèse forte. Le « thermomètre » est désormais cassé à force de modifications au fil des années. En tout cas, les sondages indiquent bien eux ce fameux chômage comme la grande préoccupation des Français, avec le pouvoir d’achat et la crise économique.

    • À mon avis, il nous reste un « thermomètre » en assez bon état avec la variation trimestrielle du revenu net disponible ; à part celui-là, malheureusement, l’État a trop triché avec sa propre comptabilité. J’en profite pour mentionner une excellente initiative qui parlera de chiffrage, de quantification et de “statactivisme” le 15 mai (disclaimer : je connais quelques-uns des organisateurs).

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