En attendant Godot (J-6) : Haro sur le baudet européen!

Après l« environnement qui commence à bien faire » – le reniement à mes yeux le plus symbolique du quinquennat qui s’achève, car exprimé sans détours  – , voilà que N. Sarkozy vient de se rallier publiquement à la thèse selon laquelle le mandat de la BCE était à renégocier pour favoriser la croissance en Europe – ou, tout au moins, cela semble bien être le sens du propos qu’il a tenu hier à la Concorde devant la foule de ses partisans. Jean Quatremer en est un peu tombé de sa chaise, et le traite du coup de « Mélenchon ». Cette proposition de meeting vient après l’idée, déjà répétée à de multiples reprises pendant la campagne, de poser une sorte d’ultimatum aux partenaires européens sur la réforme des accords de Schengen, et après les rodomontades en matière de renouvellement de la politique commerciale de l’Union européenne  répétées d’une manière assez similaire. Ces deux derniers aspects sont d’ailleurs bien cités dans la « Lettre de Nicolas Sarkozy au peuple français » (cf. p.7-8 sur Schengen, et p. 28-29 sur les problèmes commerciaux), que j’ai récupérée des mains d’un militant UMP en allant faire mes courses. Par contre, sur cet appel à renégocier les Traités européens sur le mandat de la BCE, qui devrait faire plus pour la croissance, absolument rien n’est dit dans ce document. Au contraire, on trouve à la fin de la défense de l’action européenne de N. Sarkozy pendant la crise financière européenne l’argumentaire suivant, destiné d’évidence à contrer l’idée de F. Hollande d’une réouverture des négociations sur le « Traité Merkozy » pour y introduire un volet dédié à la croissance  : « Croire dans une réouverture des négociations est une utopie tout simplement parce que celles-ci viennent de s’achever et que pas un gouvernement en place en Europe ne le souhaite. «  La différence est d’ailleurs faite ensuite avec « la réforme de la zone Schengen que je [N. S.] propose, dont le traité fondateur date de 1985 et dont les insuffisantes sont donc criantes. Cette réforme est au surplus souhaitée par un nombre croissante d’États. » Autrement dit, lorsque N. Sarkozy rédige (ou fait plutôt rédiger) cette lettre, il ne croit pas pouvoir aller plus loin en matière  de réforme de la zone Euro que ce qui se trouve dans les accords à peine passés avec nos partenaires européens, et, hier, il affirme devant la « majorité silencieuse » qu’il peut amener ses partenaires à de plus grandes décisions encore. Le temps s’accélère décidément. A ce rythme, à la fin de la semaine, il proposera l’arrestation du directoire de la BCE, Draghi en tête, pour crime de haute trahison, et mise en danger du bonheur des Européens.

Ce ne sont sans doute que des propos de meeting. C’est à cela qu’on reconnait les vrais militants. On peut tout leur dire.  Et, en fait, depuis 2007, N. Sarkozy ne cesse de faire des déclarations hostiles à la marche actuelle de l’Union européenne dans ses différents aspects, tout en se félicitant  par ailleurs d’être le meilleur Européen du monde et d’être surtout le sauveur de l’Europe.

En fait, le cas de N. Sarkozy n’est pas isolé.  Si l’on en croit les sondages, les probable quatre premiers candidats par ordre d’arrivée auront tous tenus des propos au cours de cette campagne qui laissent à penser à l’électeur qu’il va falloir désormais que la volonté française s’impose en Europe. Chers concitoyen(ne)s, si vous m’élisez, vous allez voir ce que vous allez voir! N. Sarkozy va s’imposer désormais à ses partenaires – on en rit (jaune) déjà à Berlin, Helsinki, La Haye! François Hollande veut « renégocier » le « Traité Merkozy ». Marine Le Pen veut quitter la zone Euro, et revenir au Franc, sans demander son avis à personne. Jean-Luc Mélenchon, comme il l’a affirmé clairement lors de son passage à l’émission « Des paroles et des actes », en tant que Président à peine élu de la « Révolution citoyenne » , et chef en conséquence de la deuxième puissance économique de la zone Euro, mettrait les points sur les « i » avec nos partenaires. On rirait.

Ainsi tous les grands candidats (pour les sondages) s’en prennent à l’état actuel des politiques de l’Union européenne, et postulent que la France (seule) pourrait faire la différence. Certes, on peut leur donner acte à tous qu’il y aurait sans doute une dynamique européenne autour du vainqueur de l’élection présidentielle française (en fonction aussi des conditions de son élection, large ou serrée), mais il reste que les rapports de force ne sont pas a priori par exemple du côté d’une réforme du mandat de la BCE  ou de la politique commerciale de l’Union européenne. Il y a vraiment à ce stade comme un mensonge général de la part des quatre grands prétendants à présenter la France comme pouvant décider seule d’un changement d’orientation de l’Union européenne, ou, même simplement, pouvant impulser seule un changement. Il faut absolument des alliés dans ce genre d’aventure, et construire une majorité autour de soi. F. Hollande par exemple pourra sans doute construire une alliance autour de la « croissance »…  pour autant qu’il  accepte d’avaler les couleuvres « néo-libérales » en matière de libéralisation de tout mises en avant par la récente lettre des douze Etats à la Commission européenne sur ce point.

Plus généralement, la contradiction institutionnelle de cette élection me parait de plus en plus tragique. La Vème République a été conçue largement par un homme, qui avait en vue la sauvegarde de la Nation face à des périls imminents ou lointains. Il s’agissait d’éviter un nouveau « Juin 40 », d’affirmer la souveraineté de l’État. L’élection présidentielle au suffrage universel direct couronnait cette idée de la souveraineté, en faisant la synthèse de la pérennité de l’État et de la démocratie des masses. Or, désormais, cette élection revient en fait en pratique à élire l’un des membres (un sur 27 ) de la Présidence collégiale de l’Union européenne (le « Conseil européen »), un membre certes très important, plus que le représentant maltais, chypriote ou letton, dans cet organe suprême qui nous régit, mais un membre seulement, qui ne saurait décider seul de l’orientation future de l’ensemble.

Pour compléter le tableau, à en croire les sondages, il faut bien admettre que donner foi à cette souveraineté française semble payant électoralement.  Le (ex-)grand candidat  le plus philo-européen par ses alliances, François Bayrou, qui  fait cependant campagne sur le retour du « Fabriqué en France », risque la Bérézina électorale, alors qu’il propose un programme de rigueur budgétaire des plus cohérents avec les attentes européennes actuelles.  La candidate d’Europe-Ecologie-les Verts, Eva Joly, surprendra elle favorablement son propre camp, si elle dépasse les 2% des suffrages exprimés.

Cette situation est d’autant moins tenable que,  vu les difficultés de la zone Euro, c’est peut-être le prochain Président qui devra annoncer aux Français que l’Euro est un échec, ou que, pour maintenir ce dernier, il faut passer maintenant à la Fédération européenne, et que la France éternelle et souveraine, c’est fini.

Ps. N. Sarkozy sur France-Inter ce matin 17 avril 2012 persiste et signe sur le rôle de la BCE dans la croissance européenne. Il abandonne cependant l’idée d’une renégociation des Traités, mais, cela reviendrait en pratique au même.  L’explication est désormais la suivante : il faut un « dialogue » entre la BCE et les autres institutions européennes sur le modèle américain de la Fed, explicitement cité. Il faut aussi gérer ensemble (BCE et autres institutions européennes) le taux de change de l’Euro. N. Sarkozy explique désormais que le « Traité Merkozy » (sur l’austérité budgétaire) (n’)est (qu’)un moyen nécessaire pour que la France  devienne crédible pour demander de la croissance. Admettons. Admettons. On se rapprocherait ainsi du policy mix des États-Unis, avec par exemple une politique monétaire mettant comme dans les circonstances actuelles le taux d’intérêt de la banque centrale aux alentours de 0%  tant que le marché de l’emploi ne s’améliore pas  vraiment – certains en Europe vont apprécier…-, et on chercherait à faire glisser le taux de change de l’Euro – là encore, certains en Europe vont apprécier. Il reste l’autre aspect : la politique budgétaire. Si tous les pays membres de l’UE se tiennent à l’austérité budgétaire demandée, toujours pour faire un parallèle avec les États-Unis, qui relance au niveau continental?  Pour l’instant, le budget communautaire représente autour de 1% du PIB européen, et les déclarations des Etats membres pour les négociations budgétaires à venir vont plutôt vers un blocage à ce niveau (y compris celles de N. Sarkozy). Mais, après tout, à ce stade, il n’est pas impossible que N. Sarkozy suggère d’ici la fin de la campagne présidentielle une augmentation massive du budget communautaire, appuyée sur un impôt spécifiquement européen. On avance, on avance, on avance, vers la fédération, mais en dénigrant l’Europe.

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