Le mode de scrutin et ses effets… républicains?

Premier tour des élections législatives 2012. Pas de grande surprise. Tout est normal. Le mode de scrutin se montre toujours aussi favorable aux deux grands partis en place et à leurs (petits) satellites directs. Le barrage à 12,5% des inscrits pour se maintenir au second tour, en plus en contexte de faible participation, limite les triangulaires au strict minimum. La faible participation résulte en plus clairement de la séquence présidentielle-législative dans cet ordre-là.

Résultat : le centre indépendant (Modem) a sans doute fini son existence politique, même si F. Bayrou sauvait dimanche prochain par un petit miracle politique son siège à l’Assemblée. On ne se moque pas impunément des règles non écrites d’un système politique, elles finissent par se venger. Le FN « dé-diabolisé » peut lui envisager d’avoir au mieux quelques élus (trois au maximum selon les sondeurs), ce qui constituera certes une belle victoire symbolique, mais ne lui permettra pas d’être vraiment présent dans l’arène parlementaire. Que fait-on en effet à trois pékins parmi 577?  EE-les Verts et le Front de gauche vont sauver eux (un peu) les meubles, uniquement parce qu’ils sont alliés avec le PS, et auront peut-être les 15 élus leur permettant d’avoir leur groupe parlementaire. Idem pour le Nouveau centre et le PR avec l’UMP. Bref, point de salut comme d’habitude dans ce mode de scrutin uninominal majoritaire à deux tours pour celui qui n’est pas allié à l’un des deux camps, à l’un des deux grands partis de gouvernement, PS et UMP.

De ce point de vue, il faut noter l’incohérence du PS. Martine Aubry indiquait ce matin sur France-Inter que son parti ferait tout pour faire battre les candidats du FN, y compris appeler à voter pour le candidat UMP si nécessaire en cas de duel FN-UMP. Belle attitude républicaine, serait-on tenté de dire, qui me parait tout de même par sa radicalité en contradiction avec la promesse du même PS, dirigé par M. Aubry, d’introduire une « dose de proportionnelle » dans le mode de scrutin des législatives. Or quelque soit la « dose de proportionnelle » choisie, il serait alors dans ce cas difficile d’empêcher le FN (surtout s’il se maintient à un étiage autour de 15-20% des voix) d’avoir des élus à l’Assemblée nationale. La contradiction me semble patente : la proportionnelle accroit la diversité de la représentation des opinions dans les assemblées. Elle n’est d’ailleurs pas nouvelle parmi les partisans de gauche de la « dose de proportionnelle », mais cela fait peine de la voir perdurer et devenir une simple hypocrisie. Certes, ce n’est pas exactement la même chose de voir un candidat du FN l’emporter à la pluralité des suffrages dans une circonscription (50%+1 des votants) et de voir des candidats FN élus à l’Assemblée en vertu du fait qu’au niveau national le FN aurait eu autour de 15% des suffrages. Il reste que la contradiction est patente : on ne peut pas vouloir la proportionnelle sans accepter que tous les partis (légaux) de quelque importance aient des élus… Cela se passe ainsi dans tous les pays qui ont ce mode de scrutin : les extrêmes et le(s) centre(s) ont des élus. Pour l’heure, l’actuel mode de scrutin continue de faire les riches heures de l’UMP et du PS.

Bref, une élection normale, normale, normale…

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6 réponses à “Le mode de scrutin et ses effets… républicains?

  1. D’un point de vue purement tactique, le PS a intérêt à appeler à voter UMP en cas de duel de ce parti contre le FN, car cela met l’accent sur l’absence de réciproque de la part du parti de droite (qui n’appelle pas à voter PS en cas de duel PS-FN). Cela ne vous aura sans doute pas échappé, même si vous ne le précisez pas dans votre post.

    Mais même en se plaçant sur le terrain de la cohérence, ça ne me semble pas contradictoire d’être à la fois pour une dose de proportionnelle, et en même temps d’appeler à faire barrage au FN lors des scrutin majoritaires. Si j’ose cette analyse, le PS est incohérent sur le plan de la rationalité en finalité (puisqu’il soutient la proportionnelle, et soutient le front républicain, qui auront pourtant des effets inverses). En revanche, sur le plan de la rationalité en valeur, le PS n’est pas incohérent (car on peut être pour un mode de scrutin plus représentatif de la population ; et en même temps, dans le respect de ce mode de scrutin, tout faire pour battre un parti qu’on juge anti-républicain). Les démocrates se battent pour que leurs opposants s’expriment, mais ils ne vont quand même pas jusqu’à voter pour les anti-démocrates…

    • @ champagne : vous avez raison sur l’opposition dans le cadre de la rationalité en valeur, avec une petite modulation tout de même : certains possibles élus UMP sont critiqués par le même PS pour être sur la même ligne politique et morale que le FN. Il faut alors distinguer, si l’on se situe sur le plan strict des valeurs, selon les personnalités UMP que l’on fait élire.

  2. Cohérent avec la présidence « normale », alors…

    Cette élection est la plus illogique de la Vème République, à mon sens. Un scrutin national réparti en circonscriptions locales, censé élire les représentants du peuple, sauf que ceux-ci ne représentent en réalité que les deux partis dominants et rarement les autres.

    Évidemment, un système complètement représentatif, avec une seule circonscription nationale et un scrutin de liste, donnerait peut-être un peu trop de pouvoirs aux extrêmes pour le bien de la République (quoique, au moins droite et gauche chercheraient à faire des coalitions au centre pour gouverner). Mais en l’état, cette élection n’est qu’une validation de la présidentielle.

    Probablement, la « dose de proportionnelle » vivra et mourra comme elle l’a fait en 88 (ou était-ce 86?).

    • @ Sébastien : en fait, pour les élections de 1986, le PS et ses alliés avaient introduit une élection proportionnelle dans le cadre départemental. Il y eut alors des élus FN à l’Assemblée. La droite majoritaire revint immédiatement au scrutin majoritaire, qui fut appliqué depuis lors. Il est possible qu’on retrouve le même type de configuration, si l’UMP n’est pas partie prenante de l’éventuelle réforme électorale à venir.

  3. Je pense que depuis que le PS a obtenu la majorité absolue à lui tout seul dimanche soir, la proportionnelle est enterrée. Des gens bien placés au PS me disent que je me trompe. On verra, mais j’imagine mal le PS se tirer une balle dans le pied et mettre en place un scrutin qui lui serait défavorable.

    • @ Joel Gombin : en tout cas, ce ne va pas être une réforme prioritaire…. en plus, je vois mal comment concilier une « dose de proportionnelle », le maintien d’un scrutin uninominal majoritaire à deux tours pour la plupart des députés, et la nécessaire certitude d’une majorité parlementaire « automatique » pour le Président élu…. à la limite, la « dose de proportionnelle » pourrait être si faible qu’elle en deviendrait ridicule…
      De plus, le PS doit d’abord réviser la « réforme territoriale » et revoir le mode de scrutin alors choisi.

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