Pipolisation aggravée de la presse française… la nécrose gagne…

Il aura suffi d’un tweet… pour que la presse française s’élance d’un seul grand élan vers le néant qui la menace!

Témoin, la une de Libération de ce jour (13/6/2012).(Ajout: Mais aussi le contenu, ainsi que celui du journal Le Monde, et toutes les déclarations demandés aux uns et aux autres à ce propos par des journalistes ayant perdu le sens des proportions. La nouveauté n’excuse pas tout.)

C’est sûr, le vaudeville, tous les lecteurs peuvent comprendre, et, normalement, cela amuse, cela devrait faire vendre. Et puis, comme nous sommes en monarchie républicaine, il y aura toujours aux yeux du peuple une intrigante Marie-Antoinette pour pervertir notre normal débonnaire roi Louis XVI! Et, dans les temps anciens, la précédente favorite était envoyée au couvent pour méditer sur les hauts et bas de la destinée.

Tout cela porterait à sourire, si, dans le même temps, la crise européenne ne s’aggravait de jours en jours. Hier, il y avait un éditorial dans le journal du patronat italien (la Confindustria), il Sole 24 Ore, très très alarmiste. Sous la plume de son directeur Roberto Napoletano, le journal fait paraitre un appel intitulé : « Schnell, Frau Merkel », paru en première page. Ce dernier constitue un appel pressant à faire maintenant et pas après-demain un saut fédéral en Europe pour sauver l’Euro. Il se comprend au regard a) de la difficulté croissante du gouvernement de Mario Monti dans l’arène parlementaire (avec un Silvio Berlusconi qui s’agite en semi-coulisse), b) des contre-performances de l’économie italienne, et c) enfin du maintien d’un spread élevé entre dette publique italienne et dette publique allemande. Le texte se termine même sur une formule qui, pour le lecteur (politisé) italien, est extrêmement forte par l’univers de références qu’elle mobilise :

« Batta non uno, ma almeno due o tre colpi, e li batta subito, perché a tutti sia chiaro che gli Stati Uniti d’Europa sono una realtà e l’euro non è più attaccabile. Schnell, Frau Merkel. Faccia presto, signora Merkel. » [Frappez non pas un, mais au moins  deux ou trois  coups, et faites-le tout de suite, pour qu’il soit clair pour tout le monde que les États-Unis d’Europe sont une réalité, et que l’Euro est indestructible. Schnell, Madame Merkel. Faites au plus vite, Madame Merkel.](ma traduction)

Il se trouve que le journaliste a choisi d’utiliser l’expression (« battere un colpo », frapper un coup) qui correspond aux séances de spiritisme (sic) quand on attend en faisant tourner les tables que l’esprit que l’on évoque ainsi se manifeste par des coups. C’est une allusion à la même expression, employée à l’été 1944, lors de la République sociale italienne (RSI, 1943-45) par un éditorialiste de la presse fasciste du nord (donc sous domination nazie) à l’encontre de Benito Mussolini, trop absent à son goût de la vie politique de la RSI, et donc réduit à l’état d’un pur esprit dont il fallait attendre un signe. L’expression de l’éditorial de l’été 1944 (« Se si sei, batti un colpo » [Si tu es là, frappe un coup.]) est rentrée depuis lors dans le jargon politique italien pour indiquer à quelqu’un qu’il faudrait qu’il fasse acte de présence (minimale?) dans une situation le concernant. Si j’étais un eurosceptique britannique ou français, je me gausserais de la coïncidence (… les derniers fanatiques de l’Euro dans leur bunker font un appel désespéré à leur chef… la fin est proche…), mais j’y vois surtout l’énervement de ceux qui parlent au nom du capitalisme italien, tout aussi perceptible d’ailleurs depuis quelques jours dans les pages du Corriere della Sera. Cette crise de l’Euro, cela commence à bien faire…

Le journal italien a souhaité donner le plus grand retentissement possible à sa prise de position. L’article du Sole 24 Ore a en effet été publié sur le site du journal en allemand et en anglaismais pas en français!!! Il est vrai que, comme ici on se préoccupe d’un tweet à la mode crêpage de chignon, ces graves affaires européennes ne nous concernent  pas!

Il est intéressant de noter par ailleurs que il Sole 24 Ore traduit en italien des réactions de lecteurs allemands du Handelblatt à l’appel (au secours) de son éditorialiste. Par la fin de non-recevoir qu’elle représentent, elles ne sont pas bien étonnantes (pour qui a suivi les réactions allemandes à la crise), mais on peut saluer le travail de cet organe de la presse italienne pour faire vivre un espace public européen.

Enfin, hommage à George  Feydeau qui a si bien saisi ce qui nous importe! Si j’ai le temps ce week-end, j’irais déposer une rose sur sa tombe.

Publicités

4 réponses à “Pipolisation aggravée de la presse française… la nécrose gagne…

  1. « mais au moins un ou deux coups » : non, c’est deux ou trois ;) due o tre.

    J’imagine que vous espériez, avec cet article, porter la réflexion sur les « vrais » sujets. Alors désolé de céder, mais je reviens au non-sujet : le tweet.

    En général, je hais la fameuse « pipolisation » de la vie politique française (on s’en fout de Carla et de leurs gosses), mais là il s’agit quand même d’une sortie vraiment étrange de la part de Trierweiller. Tellement étrange que j’ai du mal à croire qu’elle soit la simple expression de la rancoeur de la copine actuelle contre l’ex…
    Elle devait avoir un intérêt à faire ceci (mais lequel ?), ou alors c’est vraiment l’une des erreurs les plus flagrantes que j’ai jamais vues.

    Quant à l’Europe fédérale, j’ai l’impression que personne n’en veut. Personne ne veut lâcher l’euro, mais personne ne veut lâcher sa souveraineté, on est parti pour rester dans un statu quo dont l’issue sera décidée par les autres (marché, grandes puissances…).

    • @ SebFGLive : merci pour la correction. Blogger suppose de ne pas avoir de relecteurs avant de publier, donc des erreurs dans ce genre.

      Pour le tweet en question, je n’ai aucune explication… allez si, j’ai fumé ma moquette: la dame est un agent dormant irano-russe dont l’honorable correspondant a décidé qu’elle devait maintenant déstabiliser la France dans le contexte de la crise syrienne. JE BLAGUE (dans la mesure de mes talents…). Je n’en sais rien, et sans doute, vous non plus, ni personne, et cela n’a aucune importance.

      Pour redevenir sérieux, sans doute, personne ne veut vraiment de l’Europe fédérale, mais comme personne ne sait comment démonter la zone Euro, sans aboutir à une crise économique et politique majeure, il va bien falloir y venir.

  2. Cette affaire est une illustration de la dérive pitoyable de la presse française. Malgré leurs précautions de style, Le Monde et Libération continuent à montrer leur attachement à la pensée franchouillarde et parisianiste. On n’est pas prêts d’en sortir!

    • @ Prataine : eh oui, le Monde aussi est tombé dans le piège, toute l’actualité a tourné autour de cette affaire pendant deux/trois jours, et au même moment… l’Espagne est en danger, l’Italie aussi… et j’en passe!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s