Europe in our times? (I)

Le grand journal économique italien il Sole 24 Ore a eu la version préliminaire du rapport von Rompuy, il le met en ligne sur son site en version anglaise. Le Monde en parle aussi dans son édition du mercredi 27 juin 2012 (p.10, sous la plume de Philippe Ricard, qui n’a peut-être pas eu exactement la même version).

Ce document de quatre pages seulement dessine le chemin « Towards a Genuine Economic and Monetary Union » pour reprendre son titre, en quatre points : « union bancaire », avec surveillance commune des banques et mutualisation de l’assurance des divers risques liés au secteur bancaire, la fameuse union bancaire telle qu’on en a déjà beaucoup parlé dans les médias anglo-saxons ; union budgétaire, dans le droit fil de ce qui a été fait jusqu’ici, mais en plus mordant encore, en faisant allusion à la possibilité pour la zone Euro de corriger d’autorité les budgets nationaux déséquilibrés, avec une réserve intéressante: « keeping in mind the need to ensure social fairness » ; alignement des politiques économiques, dans la lignée du « semestre européen » et du « pacte de compétitivité Euro+ »; et enfin réduction du « déficit démocratique », lié à toutes ces nouveautés.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce texte laisse des portes ouvertes, envisage des hypothèses, et n’est pas très précis, sauf sur le premier point. Il reste beaucoup de choses à discuter d’ici les conclusions du sommet européen des deux prochains jours. Mais, surtout, il manque totalement de souffle épique! Il manque même à vrai dire d’une justification bien solide pour aller de l’avant. Il s’agit comme d’habitude d’« ensure economic and social welfare », de « ensure stability and growth in the euro area ». Vu les résultats actuels en la matière de la zone euro, c’est un peu maigre tout de même. C’est une justification politique minimale, réduite à l’économie, sans apparemment aucune vision géopolitique.

Seul le quatrième point, l’aspect démocratique, quoi que traité en dernier et rapidement, me parait vraiment nouveau. Pour la première fois, au fil de cette crise de l’Euro, un document pointe clairement le chantier de la légitimation politique. Cela doit sans aucun doute être mis en rapport avec les déclarations du ministre allemand de l’économie dans Der  Spiegel, affirmant que les Allemands auraient sans doute à se prononcer par référendum plus vite qu’on ne pouvait le croire si on allait plus loin dans l’intégration, ce qui correspond aussi à la pression mise en ce sens par la Cour constitutionnelle allemande depuis sa décision de juin 2009 sur le Traité de Lisbonne. Bien évidemment, les autorités françaises ne sont pas enchantées du tout de cette idée, mais si les Allemands ne peuvent plus faire légalement autrement s’ils veulent avancer, comment fait-on? Un putsch contre la Cour constitutionnelle allemande? En tout cas, un référendum en Allemagne implique un référendum en France, et cela il n’en faut à aucun prix, of course! Il est vrai qu’en pleine crise économique, je vois mal comment le PS et ses alliés pourraient gagner un tel référendum pour « tuer la France »!

Tout cela laisse donc anticiper encore un sommet qui prétendra que les Européens sont sur la voie d’une solution durable face à la crise de la zone Euro. Or le document von Rompuy lui-même indique pourtant que d’autres études sont nécessaires avec un rapport intérimaire en octobre 2012 et un autre rapport sur tout cela en décembre 2012. On se trouve encore une fois à mille lieux des inquiétudes des économistes apocalyptiques qui voient la zone Euro n’avoir que trois mois pour se sauver.

Partant de là, il sera intéressant de voir l’emballage politique qui sera donné à cette triste réalité d’un char européen qui avance tout de même bien lentement. Naturellement, tout le monde se proclamera très satisfait de l’extraordinaire compromis obtenu, et de cette belle « feuille de route ».

Enfin, si j’avais un conseil à donner, l’expression « feuille de route » devrait être bannie tant elle fait penser à la situation inextricable entre Israël et la Palestine. On se donne une « feuille de route » quand on sait qu’on est pas près d’y arriver!

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Une réponse à “Europe in our times? (I)

  1. Die Frankfurter Allgemeine Zeitung, mais Der Spiegel… l’Allemand est une langue complexe. [Ce commentaire peut être effacé après correction]

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